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Signes d’anorexie chez l’adulte : ne les ignorez pas !

Signes d’anorexie chez l’adulte : ne les ignorez pas !

Signes d’anorexie chez l’adulte : ne les ignorez pas !

Peut-être que lorsque vous entendez le mot anorexie, vous avez facilement l’image d’une jeune fille en tête. Pourtant, l’anorexie, la boulimie ou n’importe quel trouble alimentaire, ne fait pas de discrimination. Peu importe le genre, la nationalité, l’âge… Tout le monde peut être touché par un trouble alimentaire. Même l’anorexie du nourrisson, ça existe ! Mais on parle beaucoup moins souvent des signes de l’anorexie chez l’adulte.

Personnellement, je suis tombée dans l’anorexie mentale quand j’avais 19 ans. Certains catégoriseront cet âge dans la catégorie « adulte ». Pour moi, j’étais une pré-adulte. Je ne suis donc pas vraiment concernée, n’ayant pas été anorexique adulte, mais écrire cet article me tenait à cœur. En effet, depuis que j’apporte mon aide auprès de ceux qui en souffrent encore, j’ai eu de nombreux messages de femmes et d’hommes qui étaient adultes et qui souffraient de troubles alimentaires.

Cet article s’adresse donc aux adultes qui souffrent de trouble alimentaire, mais aussi aux proches de ces adultes-là. 

Alors à partir de quand est-on adulte ? Franchement, ça en est presque une question philosophique ! Mais ici, je vais parler d’adultes lorsqu’on s’approche de la trentaine. Mais cet article touche évidemment les adultes de la quarantaine, cinquantaine et plus.

L’anorexie chez l’adulte : quelles sont les causes ?

Concernant l’anorexie chez l’adulte, il y a 3 « types d’histoire » :

  • Ceux qui sont tombés malades en étant plus jeune
  • Ceux qui ont été malades en étant enfant, qui ont guéri et qui ont connu une rechute à l’âge adulte
  • Ceux qui sont tombés malades à l’âge adulte

Cette partie se concentre sur les personnes qui ont connu une rechute à la période adulte ou qui sont tombées malade en étant adulte.

Les traumatismes de l’adulte engendreraient-ils des TCA ?

Malheureusement, on lit dans beaucoup d’études que le nombre de cas d’anorexie parmi les adultes est en forte croissance depuis les 2 dernières décennies. À vrai dire, globalement (et ça me rend profondément triste), les troubles alimentaires sont en forte croissance, que ce soit pour l’enfant, l’adolescent ou l’adulte. 

Mais est-ce que les causes de l’anorexie mentale chez l’adulte sont différentes de l’anorexie pour une personne plus jeune ? 

Je vous ai déjà partagé mon point de vue à ce sujet dans mes autres contenus. Mais personnellement, je ne pense pas que l’on puisse expliquer la cause d’un trouble alimentaire par une seule raison. C’est pour moi multifactoriels même si les causes sont souvent liées entre-elles. 

Un trouble alimentaire à l’âge adulte peut subvenir, comme à n’importe quel âge, suite à un traumatisme. Lorsqu’on parle de traumatisme dans le cas d’un trouble de la conduite alimentaire, on pense généralement à un événement lié au rapport au corps (attouchement, viol…). Mais un traumatisme est très vaste comme termes. Surtout qu’il faut bien retenir une chose : un traumatisme est subjectif à chacun. Je parle notamment en termes de ressenti. Quelqu’un peut vivre un événement comme un traumatisme, là où une autre personne ayant vécu le même événement au même moment ne l’a absolument pas vécu comme un traumatisme. Cela dépend de chacun, de l’histoire, du passé de la personne, de ses schémas de croyance, de ses sentiments, etc. Et l’important, ce n’est pas si les autres trouvent que l’événement est traumatisant. L’important, c’est comme la personne l’a vécu. 

(Voilà, petite parenthèse sur les traumatismes, mais pour moi, c’est très important de l’expliquer et que vous le compreniez).

Là où ça peut différer avec l’anorexie pour un patient plus jeune, c’est qu’à l’âge adulte, on rencontre plus fréquemment d’autres traumatismes ou cap à vivre : la perte d’êtres qui nous sont proches, la pression du travail (combien de burn-out aboutissent à une dépression ou à un trouble alimentaire ?), les divorces, le fait d’être mère, le départ d’un enfant…

Oui, je sais, j’ai mis dans le même paragraphe « traumatisme » et « le fait d’être mère ». Je sais que c’est très souvent la plus belle chose au monde d’avoir un enfant. Et je ne dis absolument pas qu’avoir un enfant est traumatisant. D’ailleurs, qui suis-je pour dire ça alors que je n’ai pas encore d’enfant ? J’aimerais beaucoup être mère un jour. Mais je sais qu’élever un enfant n’est pas tout rose tous les jours. On se confronte à certaines difficultés et parfois, l’enfant, nous renvoi à nos propres blessures. Des blessures qu’on a parfois oubliées, mis dans son inconscient, qu’on a jamais vraiment travaillé. Et ces blessures sont ravivées à des moments où l’on n’avait vraiment pas prévu que ça arrive. Parfois on n’est pas armé pour y faire face au moment-même, et la seule issue qui semble apaisante peut être le développement d’un trouble alimentaire. Bien sûr, tout ça est un processus inconscient. 

La pression sociale à l’origine de l’anorexie chez l’adulte ?

Si vous me lisez depuis un moment ou que vous suivez sur Instagram, vous savez à quel point je lutte contre les diktats de cette put*** de diet culture qui occasionne de nombreux dégâts sur la santé mentale de chacun.

Eh bien, les adultes ne sont pas épargnés. Lorsque j’écris cet article, j’approche de mes 27 ans. Honnêtement, j’ai encore « de la marge » avant d’être la cible des industries pharmaceutiques qui veulent me vendre des produits anti-rides, anti-âge, des crèmes liftings… Punaise mais qu’est-ce que c’est culpabilisant !! On a le droit de vieillir sans qu’on nous dise quoi mettre sur notre peau ?!

Franchement, j’ai peur de vieillir à cause de cette pression sociétale. Une fois, j’ai entendu qu’à Hollywood, le prix journalier des actrices décroît à partir de leurs 40 ans. Non mais ça veut dire quoi ? Qu’à 40 ans une femme est périmée ?  Ça me donne mal au ventre rien que d’écrire ça. Le corps de la femme évolue et c’est complètement normal ! N’importe quel être vivant qui vit prend des années, mais ça ne rend pas cet être moins beau !

Je me focalise sur le corps de la femme car je me sens davantage concernée. Je ferai un article prochainement sur l’anorexie et les troubles alimentaires chez l’homme.

Mais avec le temps, la femme connaît certaines étapes de changements corporels pas simples à vivre : porter un enfant peut changer un corps, le passage à la ménopause, etc. Ces deux exemples que j’ai donnés là sont quand même deux choses complètement naturelles. Et si l’on parlait davantage de la beauté du geste de donner naissance à un enfant, ou de la normalité du corps qui évolue ; plutôt que de parler des solutions auxquelles doit recourir la femme pour lutter contre ces étapes naturelles de la vie… Peut-être que la culpabilité serait moins présente !

Bref, je m’emballe un peu mais j’avoue que ce sont là des sujets qui me mettent en rage.

Et je parle de ça dans cet article car la ménopause, voir son corps évoluer… Ce sont des causes de l’anorexie chez l’adulte justement. 

Les problèmes d’adultes… à l’origine des TCA chez l’adulte ?

Des « problèmes d’adultes » ça veut un peu tout et rien dire. D’autant que malheureusement, des enfants vivent des problèmes d’adultes beaucoup trop tôt. Mais ici, je vous parle de toutes ces choses dont on ne sait même pas qu’on va s’en soucier un jour lorsqu’on est enfant : gagner suffisamment d’argent pour vivre convenablement, investir de la bonne façon pour s’assurer une bonne retraite, s’occuper de ses parents qui vieillissent, etc. La liste est assez subjective en réalité, et je suis sûre qu’en lisant cela vous pensez à des choses qui vous concernent ! 

Devenir adulte a été l’un des caps qui m’a aidé à guérir de mon anorexie mentale. En fait, j’avais peur d’être adulte. J’avais peur de ne pas être capable de gérer toutes ces choses administratives, financières. Je me mettais une telle pression… Aujourd’hui, je crois que je peux dire que je suis adulte ! Et je gère toutes ces choses-là mais je sais que parfois on se sent déborder par le nombre incalculable de choses auxquelles il faut penser… Et encore, je n’ai pas encore d’enfant ! 

Et parfois, pris dans le rythme à 1000 km/heure de sa vie, sans s’en rendre compte, on sombre dans des mécanismes de contrôle et de perfectionnisme autour de son image corporelle et de son alimentation. Et sans que l’on s’en rende compte, les troubles alimentaires ont implanté leur « virus » en vous.

Les signes de l’anorexie chez l’adulte qui doivent alerter

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Cette partie de l’article sera utile pour vous, si vous vous demandez si vous souffrez d’un trouble alimentaire. Très souvent, lorsqu’on souffre d’un TCA, on minimise beaucoup pour ne pas mettre de notion de gravité. Je vais donc vous présenter des comportements dans lesquelles vous allez pouvoir vous retrouver.

Et cette partie peut également vous être utiles en tant que proche d’une personne qui semble souffrir d’un trouble de la conduite alimentaire. Peut-être reconnaitrez-vous le comportement de votre proche à travers ces symptômes de l’anorexie.

Je tiens à préciser que parfois, il est plus difficile d’avoir un diagnostic pour un patient adulte. Simplement car parfois, le corps étant plus âgé, le changement physique est parfois moins prononcé. De même, la personne étant adulte, elle sait parfois mieux cacher les comportements de son trouble alimentaire face à sa famille (ses enfants, son partenaire) ou ses amis. Enfin, les médecins étant moins familiers à de l’anorexie mentale chez l’adulte, ce sera beaucoup moins rapidement suspecté.

Les signes physiques de l’anorexie chez l’adulte

  • Le poids et l’apparence physiques ne sont pas forcément des facteurs visibles. On peut souffrir d’anorexie sans perdre de poids. Souvent, on voit sur la plupart des sites d’informations de santé que l’IMC (indice de masse corporelle) et le poids sont les deux facteurs indiquant une anorexie. C’est complètement faux ! Il ne faut pas oublier qu’un trouble de la conduite alimentaire est une maladie mentale et pas physique.
  • Problèmes de digestion et inconfort intestinal (crampes d’estomac, constipation, ballonnement)
  • Disparition des règles ou perturbation du cycle menstruel
  • Difficulté de concentration, perte de mémoire 
  • Avoir constamment froid, avoir du mal à se réchauffer
  • Problèmes de sommeil (insomnie, sueur la nuit)
  • Problème de dentition (érosion, perte de dent) notamment si la personne recourt à des vomissements
  • Peau sèche, imperfections sur la peau
  • Perte de cheveux, cheveux secs et cassants
  • Douleurs musculaires
  • Battements du cœur irrégulier
  • Ostéoporose 

Les signes comportementaux et émotionnels de l’anorexie de l’adulte

  • Ne pas être à l’aise pour manger en présence d’autres personnes
  • Le refus constant des invitations impliquant un repas (restaurant, soirée)
  • Sauter des repas ou réduire largement ses portions
  • Avoir des nouvelles façons de manger (couper en très petits morceaux, séparer les catégories d’aliments, mâcher de nombreuses fois avant d’avaler)
  • Se checker souvent dans les miroirs ou les vitres
  • Prétendre avoir déjà mangé pour éviter un repas
  • Retrouver de la nourriture qui était cachée pour ne pas être mangé
  • Être très sensibles face aux discussions sur la nourriture, les régimes, l’image corporelle, l’apparence physique et même le sport
  • Une peur accrue de prendre du poids, se peser très fréquemment
  • Constamment parler négativement de son apparence et se dévaloriser
  • Des changements d’humeurs radicaux
  • Utiliser fréquemment la salle de bain ou les toilettes après les repas
  • évelopper une obsession excessive sur la qualité de son alimentation, les calories, les macronutriments
  • Changer son alimentation : Éviter la prise alimentaire de certains produits ou groupe d’aliments tant aimés auparavant pour ne manger que des aliments considérés comme « healthy »
  • Cuisiner des plats élaborés pour les autres sans se permettre de goûter
  • Tester de nouvelles méthodes de régime
  • Être très rigide face aux imprévus et même répondre par des émotions négatives
  • Porter des vêtements plus amples pour cacher son apparence
  • Boire beaucoup d’eau ou des boissons chaudes pendant et entre les repas ou mâcher excessivement des chewing-gums pour tromper sa faim
  • Développer de l’activité physique constante : notamment marcher, être toujours debout, en mouvement, faire du sport excessivement, peu importe sa fatigue

Disclaimer : Ce n’est pas parce que vous n’avez aucun de ces symptômes que vous n’avez pas de TCA ou qu’il n’est pas valide. Les troubles alimentaires se manifestent différemment selon chacun ! Cette liste n’est qu’une liste d’exemples non exhaustifs. 

Je vous conseille de compléter cette partie en allant voir mon article sur les 38 symptômes d’anorexie dont on ne parle jamais.

Pourquoi c’est d’autant plus difficile de souffrir d’anorexie à l’âge adulte ?

Si vous êtes adulte et que vous souffrez d’anorexie, de boulimie ou de n’importe quel trouble alimentaire, j’imagine que vous savez parler de ce sujet mieux que moi.

Néanmoins, après avoir parlé et rencontré des personnes adultes anorexiques (c’est la maladie dont j’ai souffert, donc je rencontre davantage de patient anorexique), je peux imaginer quelques raisons pour lesquelles c’est plus difficile :

L’anorexie adulte : un diagnostic moins donné

Déjà parce que comme je disais précédemment, c’est parfois moins facilement détectable. Donc il est plus difficile de recevoir un diagnostic attestant votre trouble alimentaire. Or, on ressent souvent le sentiment d’illégitimité lorsqu’on souffre de TCA. Donc ça ne doit pas être évident de contrer ce sentiment-là lorsqu’il est moins reconnu.

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Avoir un TCA en étant adulte : se sentir seul, coupable, honteux

Ensuite, j’imagine qu’il y a un sentiment de honte. Lorsque l’on voit que la plupart des personnes qui souffrent d’anorexie sont des jeunes, on doit peut-être ressentir de la honte, de la culpabilité sur le fait de développer cette maladie de « jeune ». Mais dites-vous que vous voyez ceux qui « se montrent ». Je veux dire que si d’autres femmes souffrent d’anorexie à 40, 50 ans… Mais qu’elles ont honte, elles restent dans l’ombre. Donc elles existent mais vous ne le savez pas. 

Il y a peut-être aussi un sentiment de culpabilité vis-à-vis de sa famille (son partenaire, ses enfants si vous en avez), et de ses proches. Lorsqu’on est adulte, on a souvent la pression d’être « fort », de moins se montrer vulnérable. Mais c’est du bulshit ça ! Justement, montrer qu’à l’âge adulte il faut « être fort » renforce la peur d’être adulte quand on est jeune, je trouve. Même si vous êtes adulte, vous restez humain. Et c’est complètement normal de rencontrer des difficultés sur le chemin de votre vie. Ça ne fait absolument pas de vous quelqu’un de faible.

Anorexie chez l’adulte : les services de soins ne vous aident pas

C’est assez déconcertant, mais je me souviens que lorsque je cherchais une clinique ou un hôpital spécialisé en trouble alimentaire quand j’avais 21 ans, je voyais souvent que dans les critères, l’âge maximal accepté était de 30 ans voire même 25 ans. Nombreux sont les établissements qui restreignent leur prise en charge pour adolescent. Et du coup quand on est anorexique et qu’on est adulte, on se débrouille tout seul ?!

Quiconque ne devrait se sentir exclu dans le traitement des troubles alimentaires. Pourtant, c’est souvent le cas. On pourrait dire que les TCA ne font pas de discrimination mais les services de soins, oui. Les hommes et les femmes plus âgées en font les frais. 

Généralement, les CHU qui sont publics proposent une prise en charge pour les femmes plus vieilles, tout comme les hommes. Lorsque j’étais à Lille, j’étais dans un CHU et dans mes 5-6 mois d’hospitalisation, j’ai connu 2 patients hommes et 2 femmes de plus de 30 ans et 2 femmes de plus de 40 ans. 

Anorexie à l’âge adulte : les conséquences dramatiques peuvent arriver plus vite

Le corps adulte est souvent plus fatigué que celui des jeunes. Et c’est complètement normal, aucune raison de culpabiliser à ce propos.

Néanmoins, de ce fait, les ravages du trouble alimentaire se font connaître parfois de façon plus rapide et plus drastique. C’est d’autant plus le cas si la personne recourt à des vomissements ou à la prise de laxatifs. (Mais ne vous dites pas que si vous ne recourez pas à ces compensations, votre cas est “moins grave”. Ça, c’est votre TCA qui minimise la gravité de votre situation).

Je pense notamment à l’ostéoporose, les problèmes gastriques, les problèmes cardiaques, etc.

Que faire si vous êtes concernés ?

Une fois de plus, cette partie vise autant les personnes qui se reconnaissent en tant qu’adulte souffrant de troubles alimentaires. Mais également pour les proches qui s’inquiètent pour une personne qu’il aime. 

Ne restez pas seul

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Si vous êtes adulte et que vous vous reconnaissez dans cet article, ne restez pas seul dans votre souffrance. Une chose que j’ai apprise de mes 6 ans de troubles alimentaires, c’est que la solitude donne de la puissance à la maladie. Lorsque vous exposez ces « combines » à la lumière, cela rend vulnérable la maladie. 

Demandez de l’aide à vos proches mais également à des médecins spécialisés dans les TCA. Le médecin traitant est parfois moins sensibilisé à ces problématiques et peuvent au contraire dire des choses qui vous mettront plus bas que terre. C’est pourquoi je recommande de s’adresser à un médecin spécialisé en TCA qui connaissent les mécanismes de l’anorexie mentale, y compris pour l’adulte.

De plus, comme je disais juste au-dessus, le corps étant plus fatigué, le risque de complications est plus élevé. Il est donc indispensable d’avoir un suivi médical pour assurer votre suivi.

Si vous êtes un proche, encouragez votre proche à obtenir de l’aide. Au plus vite le trouble est pris en charge, au moins il a de temps pour faire des dommages sur la santé.

Gardez en tête que les troubles alimentaires sont des maladies mentales très difficiles à combattre mais dont la guérison est possible, à 100%. Et ce, peu importe l’âge ou le temps depuis lequel vous êtes malade. Il faut être patient car ça ne s’en ira pas du jour au lendemain, mais n’abandonnez jamais, je vous promets que vous méritez de vivre une vie fluide, paisible, sans toutes ces peurs qui vous rongent. 

Essayez la thérapie familiale

Les troubles alimentaires impactent les personnes qui sont malades, mais aussi les proches. C’est parfois plus simple de recourir à une thérapie familiale pour avoir un médiateur qui permet d’expliquer les choses calmement. En effet, je me souviens que parfois, j’étais dans un état de stress tellement élevé et mes parents tellement apeurés de me voir dans cet état que nos discussions se faisaient toujours dans les cris. Avec une thérapie familiale, il est plus facile de mettre des mots sur ces maux, dans le calme et de façon à ce que chacun se comprenne.

Renseignez-vous le plus possible

Les troubles alimentaires sont des maladies aux mécanismes complexes. Alors, renseignez-vous le plus possible pour comprendre l’impact (sur votre cerveau et votre corps) et le fonctionnement de ce trouble alimentaire. Je suis persuadée que le fait de comprendre les choses aident énormément dans le processus de guérison. Ce fut mon cas et c’est quelque chose de reconnu dans les maladies mentales.

Si vous êtes un proche, le fait de vous renseigner au maximum sur la maladie vous permettra de mieux comprendre ce que vie la personne qui en souffre. Les TCA font souvent l’objet de nombreux mythes. Et déconstruire ces mythes est pour moi indispensable si vous voulez aider votre proche. Je vous propose d’aller voir les articles que j’ai écrits dans la catégorie « Parents » ou « Couple ».

J’espère que cet article vous aura aidé. Je vous propose de laisser un commentaire à cet article, notamment si vous êtes concerné. Cela ne pourra que renforcer la pertinence de cet article. Car comme je vous disais, n’étant pas complètement concerné par ce cas spécifique, ce sont ceux qui le vivent qui sauront mieux en parler !

Retrouve ton kit de guérison gratuit dans mon espace Ressources :

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Publié par Norainnoflower dans Couple, Mieux connaître, Parents, 0 commentaire
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Cet article traite de la thématique de la vie de couple et des TCA. Il peut être lu avant ou après mon premier article que j’ai écrit sur ce même sujet qui explique davantage les impacts d’un trouble alimentaire sur les relations amoureuses

D’ailleurs, mon article s’appelle “Ma copine est anorexique”, mais il est tout aussi valable si vous êtes dans la configuration inverse, à savoir que c’est votre copain qui est anorexique ; et il ou elle peut souffrir d’un autre trouble alimentaire que l’anorexie (boulimie, hyperphagie, orthorexie, etc.) J’ai simplement choisi ce titre car j’étais moi-même dans cette configuration, à savoir que je souffrais d’anorexie. Et je me suis inspirée de ce qui a aidé mon copain ou ce que j’aurai aimé qu’il fasse pour m’aider dans mon chemin de guérison. 

Dans cet article, je vais vous donner pas mal de conseils en vrac, qui n’ont pas forcément d’ordre logique. Je me base sur mon propre vécu donc bien sûr les conseils sont à appliquer selon votre propre histoire, votre propre cas.

1. Ignorer le trouble alimentaire ou ne parler que de ça ?

L’ignorance du trouble peut être une forme de protection : ne pas voir la réalité en face est parfois plus facile que de traiter le problème. Je dis cela sans jugement car je sais que c’est difficile pour les proches, de se sentir impuissant face à une maladie qui ronge le ou la bien-aimé(e).

Mais ignorer n’est vraiment pas la solution. Vous ne pouvez pas ignorer une maladie grave parce qu’elle a besoin d’être traité pour être guéri. La laisser dans le silence, c’est lui donner de la puissance. J’avais remarqué qu’en parler lui donnait beaucoup moins de force. De plus, en ignorant la maladie de votre partenaire, il ou elle se sentira délaissé et non soutenu. 

Mais il faut trouver un juste milieu pour que la maladie ne prenne pas trop de place dans le couple. Il faut savoir garder des sujets de conversation plus légers, qui ne sont pas tournées autour de la maladie ; faire des activités qui n’ont rien à voir avec la nourriture (expl : regarder une série, s’offrir un massage, aller au cinéma, se balader, faire un spa…). 

J'aborde ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

2. Vous ne pouvez pas guérir à sa place

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L’encourager à se battre, c’est vraiment génial. Mais vous ne pouvez pas vous battre à sa place. Si vous devenez trop combattif, à lui répéter sans arrêt de se battre, à l’encourager à faire face à ses peurs constamment… ça peut devenir oppressant. C’est normal qu’il/elle puisse y aller à son rythme, et que parfois il/elle rencontre des difficultés. Et si, il/elle ressent une pression, il/elle finira par vous éviter. 

Vous ne pouvez pas jouer le rôle de l’infirmière, du médecin, ni même du policier d’ailleurs. C’est difficile de rester sans rien faire parfois, vous aimeriez peut-être la/le secouer mais ce n’est pas la chose à faire. La personne malade sait qu’elle doit travailler sur de nombreuses choses mais c’est très difficile. Donc il faut la laisser faire avec patience. Essayer de faire un électro-choc à votre proche, le forcer à manger ou l’empêcher à faire quelque chose, ce n’est pas votre rôle en réalité. Forcer c’est brutaliser. La personne sait qu’elle doit manger ou diminuer le sport par exemple, mais elle est malade. Donc, elle fait comme elle peut au moment-même. Je sais que c’est difficile parce que vous vous sentez impuissant. Mais vous pouvez offrir l’écoute. Et c’est déjà tellement primordial. Écouter avec bienveillance, sans jugement, c’est déjà un support et soutien incroyable, je vous assure ! 

3. Ne lui mettez pas d’ultimatum

Cela rejoint mon point précédent lorsque je dis que vous ne pouvez pas guérir à sa place. Vous pouvez être un soutien imparable, certes. Mais la décision ne peut venir que de la personne qui en souffre. Et lui mettre un ultimatum ne fera que la braquer.

Et lorsque je parle l’ultimatum dans le couple, cela fait référence au fait de dire “si tu ne guéris pas, je te quitte” ou “si tu ne manges pas, je te quitte”. C’est très difficile d’entendre ça car elle n’a pas choisi d’être malade. Et la maladie affecte tellement sa vie qu’elle a une très faible estime d’elle-même. Elle a déjà très peur que vous la quittiez à cause de sa maladie. Elle a honte et se sent coupable de savoir que son trouble affecte autant le couple. Alors lui sous-entendre qu’elle pourrait vous perdre à cause de sa maladie l’anéantirait. Cet ultimatum fait penser à du chantage et ce n’est pas la marche à suivre pour soutenir quelqu’un même si vous pensez bien faire.

4. Informez-vous sur les TCA

C’est sans doute le premier conseil que j’aurai dû donner en fait. Car il est primordial et même indispensable. Les troubles alimentaires sont des maladies mentales très compliquées, aux mécanismes complexes. Donc pour mieux comprendre votre partenaire et donc mieux l’aider, c’est indispensable de savoir le maximum d’information que vous puissiez sur ce qu’il peut vivre. 

Les TCA sont des maladies mentales qui sont encore mal connues et qui font souvent l’objet de nombreux mythes. En vous informant, vous pourrez déconstruire les idées reçues sur ces maladies. Et vous apprendrez de ce fait les choses à ne pas dire ou à ne pas faire, qui sont parfois contre productifs pour la guérison de votre conjoint.

J’ai réalisé un article de blog qui traite les choses que votre proche aimerait que vous sachiez au sujet de son TCA. Je sais qu’il a aidé de nombreux parents, frères & soeurs, mais aussi conjoint à mieux comprendre leur proche. Il existe également au format podcast : 

5. Attention à vos commentaires sur la nourriture ou le physique

Si vous vous êtes renseignés, ou même si vous avez lu mon article précédemment cité, vous savez à quel point les commentaire sur l’alimentation, l’apparence physique corporelle et le sport sont des déclencheurs pour votre partenaire. 

Alors faites vraiment attention à ce que vous dites. Les conséquences sont parfois plus dévastatrices que vous ne l’imaginez. Peut-être, vous n’en avez pas conscience, essayez d’être honnête avec vous-même et de vous demander s’il vous arrive de juger les autres en fonction de leur apparence physique. Est-ce que, peut-être, vous vous êtes déjà vous-même interdit de manger un certain aliment que vous catégorisiez comme “mauvais” pour votre poids. Malheureusement, la société dans laquelle on vit nous conforte à catégoriser les aliments comme “bons” et “mauvais”. Mais si vous voulez que votre partenaire évolue positivement sur son rapport au corps et à l’alimentation, vous devez vous-même travailler sur votre idéal de la beauté et votre relation à la nourriture. Montrez-lui ce que c’est d’avoir une relation saine à son corps.

Si cela peut vous aider : face à un ami qui tente d’arrêter de fumer ou de boire, vous n’allez pas vous prendre une grosse cuite avec lui ou fumer un paquet de cigarettes sous son nez, ce ne serait absolument pas le soutenir, et au contraire, ça l’entrainerait vers le bas ; n’est-ce pas ? Eh bien, on est dans la même configuration 😉 

Pour la personne qui souffre de TCA, n’hésitez pas à dire à votre conjoint(e) lorsqu’il/elle a dit quelque chose de péjoratif pour qu’il/elle puisse faire attention à ne pas le redire une prochaine fois. 

6. Soyez conscient des déclencheurs

Tout comme les commentaires sur l’alimentation et l’apparence physique, il existe de nombreux déclencheurs qui diffèrent selon chaque personne. Comme je dis souvent, il y a autant de type de trouble alimentaire que de personne qui en souffre. Sous-entendu, chaque malade a des symptômes et une guérison qui lui sont propres (même si on est d’accord, il y a généralement de nombreux points communs). Le mieux est donc d’en discuter directement avec votre conjoint(e). Lui/elle-même seul(e) sera le/la mieux placé(e) pour vous dire les actions, mots, situations qui lui déclenchent des comportements néfastes. 

7. Communiquez et écoutez : vos deux plus grands soutiens

La communication et l’écoute sont pour moi les deux façons les plus puissantes dont vous disposez pour aider votre bien-aimé. Et en plus, pour ma part, c’est ce qui a sauvé mon couple face à la tempête des TCA. 

Soyez à l’écoute de ses sentiments, de ses ressentis, de ses peurs. N’hésitez pas à lui demander régulièrement comment elle/il se sent vis-à-vis de son trouble alimentaire. Même si vous prenez en face une réponse négative et fermée. Vous lui montrez que vous êtes présent(e) pour lui/elle et c’est primordial. 

L’écoute doit être sans jugement. Il n’est pas rare d’entendre des choses non sensées, ambivalentes de la part d’une personne souffrant de TCA. Lui dire que vous ne jugez pas, c’est important aussi à mon sens.

La communication est la base de toute relation saine. Mais elle est indispensable lorsqu’il y a une difficulté comme un TCA entre les deux personnes du couple. Exprimer ce que vous ressentez l’un et l’autre, demandez-lui s’il y a quelque chose que vous pouvez faire en particulier pour l’aider. Montrez-leur que vous voulez comprendre la maladie, posez-leur des questions en demandant si cela ne les gêne pas.  Mais exprimez-lui aussi que vous l’aimez, que vous êtes là pour elle ; exprimez-lui souvent ses qualités selon vous. Elle/il a besoin de se reconstruire et votre appui est vraiment important. 

Aussi, vous aurez peut-être tendance à avoir la sensation de répéter toujours les mêmes choses. Mais il faut prendre conscience du fait que la personne qui souffre de trouble alimentaire, elle a comme un filtre (celui du TCA) qui biaise sa réalité, sa façon de réfléchir de façon “logique” sur certains points (alimentation, exercice physique, perfectionnisme…). Donc en effet, parfois il faut répéter pour la rassurer, même si vous l’avez déjà dit mainte et mainte fois. Elle a besoin de recréer des schémas de penser plus cohérent et elle a besoin de votre aide pour cela. 

8. Ne vous oubliez pas

Comme je disais en début d’article, lorsqu’on accompagne quelqu’un qui souffre d’un TCA, on est impacté aussi par sa maladie. Différemment, mais sûrement. C’est épuisant mentalement et c’est pourquoi vous avez aussi besoin de soutien. Vous pouvez rejoindre des groupes destinés aux proches, ou simplement avoir votre propre thérapie. Il n’y a rien de péjoratif à cela, cela ne veut pas dire que vous gérez mal la situation ou que vous êtes faible. À mon sens, tout le monde devrait voir une thérapie. Parce qu’on a tous besoin d’une écoute attentive externe, on a tous aussi des choses à travailler. 

En plus de ça, si vous prenez soin de vous et que vous êtes favorable à prendre soin de votre santé mentale, cela encouragera inconsciemment votre bien-aimé à en faire autant.

N’oubliez pas aussi d’avoir des moments pour vous seul, de voir des amis qui vous changent les idées. Vous ne l’abandonnez pas pour autant. Au contraire, vous faites le plein d’énergie positive qui lui seront favorables. Et c’est important aussi que la personne qui est malade comprenne ça. Je sais que souvent on se coupe de sa vie sociale quand on souffre de TCA. Mais cela ne doit pas empêcher l’autre de ne pas en avoir une. Ce ne serait pas sain de l’empêcher de vivre sans vous. Et cela ne veut pas dire qu’il/elle s’amuse mieux sans vous. Juste, c’est normal qu’il/elle ait une vie indépendamment du couple. Personnellement, je trouve ça très sain même si lorsque j’étais malade, c’est quelque chose que j’avais du mal à accepter. 

9. Pensez à la thérapie familiale/de couple

Lorsque j’étais à l’hôpital, j’ai eu recours à la thérapie familiale.

Je n’étais pas en couple à ce moment-là, et lorsque c’était le cas, par chance, la communication était notre fort. Mais je me souviens qu’à l’hôpital, certaine fille avait des copains/maris et optaient pour la thérapie de couple.

Même chose, il n’y a rien de péjoratif à cela, et ça n’envoie pas un signal indiquant un problème dans le couple. C’est juste que c’est parfois difficile d’exprimer les choses calmement quand on est pris par des émotions intenses.

Et l’accompagnement d’un médecin, qui plus est impartial dans votre couple, est parfois un bon médiateur qui permet de communiquer et faire entendre les besoins d’un côté comme de l’autre.

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10. Encouragez à demander de l’aide

Pour moi, l’accompagnement des professionnels spécialisés dans les TCA est indispensable. C’est pourquoi je vous recommande d’inciter votre partenaire à trouver de l’aide. Et s’ils ont déjà eu une expérience négative avec un praticien, encouragez-le à en trouver un autre.

Malheureusement, on tombe parfois sur des thérapeutes non compétents sur le sujet ou tout simplement qui ne corresponde pas. Mais si je m’étais arrêté à ça, je serais peut-être encore malade. Il faut retenter avec d’autres thérapeutes jusqu’à trouver celui avec qui il/elle aura le bon feeling. 

Et si votre partenaire est déjà accompagné, faites confiance à l’équipe médicale qui le/la suit. Comme pour le fait de prendre soin de votre santé mentale, votre conjoint(e) vous observe inconsciemment. Si vous doutez des médecins, que vous êtes sceptiques à leurs méthodes, il/elle le sera aussi. Et croire au fait que ça va marcher, c’est déjà une grande partie du process de guérison. Donc encouragez-le/la en ce sens. 

11. N’obéissez pas à son TCA

Il est fort possible que votre bien-aimé vous demande de manger plus, de faire moins de sport, et de lui répéter qu’elle n’est pas trop grosse ou assez mince. Il/Elle vous dira que c’est pour la rassurer et l’aider dans sa guérison. Sauf qu’en réalité, c’est son trouble alimentaire qui parle lorsqu’il/elle vous dit ça. 

Je sais qu’il peut sembler plus facile d’obéir à son trouble alimentaire car vous avez la sensation de l’aider. Mais en vérité, ça alimente le TCA. 

N’allez pas contre-nature, à l’opposé de ce que votre propre corps vous demande. Je pense que la personne qui souffre de TCA me haïra en lisant ces mots, mais je vous assure que je fais ça pour votre bien. Dans le cas contraire, si votre conjoint répond à ce que votre TCA vous demande, il/elle ira contre ses besoins et finira par craquer un jour. Et ce n’est pas ce que vous voulez parce que d’un seul coup il/elle pourrait tout arrêter du jour au lendemain et le choc sera brutal.

Même chose, le fait de rassurer en disant que l’autre est beau/mince ne fait que renforcer l’idée que la minceur est un critère de beauté. Moi, quelque chose qui m’aidait, c’était que mon copain me répétait très souvent que peu importe le nombre de kilos que je prendrais et mon apparence physique, il m’aimerait tel que je suis si je m’accepte moi-même dans mon corps, que je m’y sens bien. Cela m’a beaucoup aidé à travailler sur l’acceptation de mon corps. 

12. Ne la jugez pas quand il/elle n’est pas bien

Je ne vais pas mentir, il y aura des jours vraiment pas simple.

Comme dans tous les couples mais il y aura les jours où c’est difficile de se battre. Ne jugez pas votre partenaire qui est la première victime de sa maladie. Ne la culpabilisez pas, ce n’est pas sa faute.

Et de ce fait, ne lui dites pas des choses simples comme “tu n’avais qu’à t’arrêter de manger” ou “tu n’avais qu’à manger” ou encore “tu n’avais pas besoin d’aller faire ta séance de sport, je te l’avais dit”.

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La personne qui souffre de TCA sait ce qu’elle doit faire. Elle est en lutte constante contre ce petit démon culpabilisant.

Ne portez pas de jugement sur cela, elle fait ce qu’elle peut. Au lieu de ça, apportez-lui une écoute attentive qui sera d’une bien plus grande aide. 

13. Toujours croire en sa guérison.

Dernier conseil mais qui reste l’un des plus important : toujours croire en sa guérison.

Ne perdez jamais espoir et ayez toujours confiance en le fait qu’il/elle va guérir. Comme je dis, y croire est tellement important ! Et vos doutes, il/elle le sent. 

D’ailleurs, autre point, les rechutes font parties de la guérison. Une rechute ça veut pas dire qu’on repart à zéro. Ca ne dure parfois qu’une semaine, 2 mois. La guérison n’est pas linéaire et souvent les rechutes permettent d’aller plus loin dans la guérison : dans le sens où 1 pas en arrière = 2 pas en avant. Ne vous découragez pas quand vous voyez que votre partenaire éprouve des difficultés sur des choses qui avaient été dépassées depuis longtemps. Ce n’est pas forcément péjoratifs et au contraire.

J’en ai fini avec mes conseils même si en réalité il y en a bien plus mais cet article serait beaucoup trop long ! J’imagine que cela peut faire peur lorsqu’on lit cela et qu’on est en couple avec une personne malade. Mais dites-vous que tout n’est pas noir, comme dans tous les couples il y a des périodes de doute et c’est sain. Gardez en tête que la guérison est possible et que votre bien-aimé est un(e) vrai(e) combattant(e) dont vous pouvez être fière, et vous êtes un véritable support dans ce combat. Dans nos 4 ans de relation avec mon copain actuel, j’ai eu plus de la moitié de notre relation où j’étais en lutte contre mon TCA. Lui comme moi n’en gardons pas uniquement un mauvais souvenir. Au contraire, c’est quelque chose qui nous a rendu plus fort, plus proche et a vraiment développé nos capacités d’écoute et de communication.

D’ailleurs, je vous propose d’écouter directement l’interview que j’ai réalisé avec mon copain où l’on répond à vos questions. Cela vous permettra d’avoir son point de vue et de voir plus concrètement comment on a géré ça. 

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Couple, 1 commentaire
TCA et vie de couple : quels impacts ?

TCA et vie de couple : quels impacts ?

TCA et vie de couple : quels impacts ?

Les troubles alimentaires ont de nombreux impacts sur la vie des personnes qui en souffrent. On pense généralement aux conséquences sur l’alimentation et le physique. Mais des centaines d’autres conséquences sont moins souvent abordées et pourtant tout autant néfastes si ce n’est pas plus. Parmi elle : les répercussions sur les relations sociales.


Les relations sociales sont larges et peuvent englober les interactions avec ses amis, sa famille mais aussi avec un partenaire amoureux. Je vais me focaliser sur le dernier type de relation comme c’est un sujet que vous m’avez beaucoup demandé sur Instagram. J’ai tellement de choses à dire que je proposerai 3 contenus : le premier (celui-ci) sur l’impact des TCA dans la vie de couple. Le second sera des conseils pour le/la conjoint(e) et plus globalement pour le couple. Et le dernier sera une interview avec mon copain afin de savoir comment lui, nous et moi-même avons concilié la guérison de mon anorexie dans notre vie de couple. Les liens des 2 autres contenus sont en bas de l’article.

Les troubles alimentaires impactent la vie de la personne qui en souffre, c’est évident. Mais ils impactent également les proches qui partagent la vie du malade : les parents, les frères & soeurs, et le copain ou la copine.

Le TCA prend tellement de place que le partenaire peut avoir le sentiment que la maladie représente presque une tierce personne. Sous l’emprise de la maladie, on est parfois plus soi-même, on est sous les “ordres” de cette petite voix culpabilisante qui dicte quoi faire, quoi dire, quoi penser. Alors évidemment, cela impacte la relation de couple. Mais je vous assure que c’est possible d’être en couple tout en se battant contre le TCA. Je connais de nombreuses personnes qui sont en couple et se battent quotidiennement contre leur maladie. Et moi-même, j’ai été en couple lors de ma guérison, et aujourd’hui, je partage toujours ma vie avec ce même homme. (et j’en suis très heureuse)

Les TCA impact la communication du couple

Une relation saine est basée sur une communication ouverte. Malheureusement, c’est quelque chose de très difficile lorsqu’une des deux personnes souffrent d’anorexie, de boulimie ou de n’importe quel TCA. 

Il est difficile pour la personne malade de parler de sa maladie, d’être honnête sur ce qu’elle fait, ce qu’elle pense sans en avoir honte. Au-delà d’être honnête avec son/sa conjoint(e), c’est parfois difficile de reconnaître soi-même les impacts de la maladie. Donc pas étonnant qu’en parler est un véritable défi. 

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Mais pourtant, la communication, je pense que c’est ce qui a justement sauvé notre couple. C’est super important que le/la partenaire invite à la discussion en précisant qu’il sait faire la distinction entre la personne qu’il aime et la personne malade, qu’il ne jugera pas ce qui sera dit. Et d’ailleurs, pour ne pas juger, il faudra être bien renseigné sur la maladie. Mais ça, c’est quelque chose que j’explique plus en détail dans l’article sur les conseils destinés au conjoint. Mais je vous rassure, la connaissance viendra aussi avec le temps et la communication avec votre partenaire justement. 

Et pour la personne qui souffre de TCA, j’invite vraiment à expliquer les choses en exprimant ce que vous ressentez.

Donner les informations de façon brute, c’est trop agressif pour le partenaire et il pourrait se braquer, ne pas comprendre. Je vous donne un exemple pour que ce soit plus concret : s’énerver quand votre partenaire parle de son physique ou du fait qu’il fasse de sport juste en disant “Je déteste que tu parles de sport !”. C’est très brut. Et il/elle ne comprendra pas parce que dans la logique, pour une personne qui ne souffre pas de TCA, il n’y a rien de mal à parler de faire du sport.

Il faut donc argumenter en expliquant que pour vous, ça vous culpabilise, que c’est un véritable déclencheur à des comportements néfastes. Ça vous parait peut-être évident pour vous mais pour l’autre, ça ne l’est pas.

Donc il faut répéter, tout comme votre partenaire doit vous répéter les mêmes choses pour vous rassurer.

TCA et l'mpact sur l'intimité

Les troubles alimentaires impact évidemment le rapport au corps de la personne qui en souffre. Elle éprouve facilement du dégoût de son corps, n’a pas confiance en elle et a une image corporelle négative. En plus de ça, que ce soit la restriction ou l’abondance de nourriture, cela occasionne un dérèglement hormonal. Tout cela impact négativement la libido, ce qui entraîne des rapports intimes beaucoup moins fréquents. Or, c’est un pilier du couple donc forcément, c’est difficile à vivre pour le partenaire en face qui ne comprend pas. 

Les TCA sont parfois aussi la conséquence d’un traumatisme suite à une violence sexuelle, ce qui impact forcément aussi le rapport à la sexualité. La personne touchée par la maladie n’éprouve aucune envie d’avoir des relations intimes et pourrait même vivre sans (je parle en connaissance de cause puisque ce fut mon cas). Je vous rassure, ce n’est que passager ! Je sais que ça peut faire peur en lisant ça, mais en réalité, même si c’est tabou et que peu de gens en parlent librement, nombreux sont les couples qui rencontrent des difficultés passagères à ce niveau-là et c’est complètement ok.

 

Enfin, parfois on est sous médicaments (anti-dépresseurs, anxiolytiques…) et même chose, cela peut impacter défavorablement la libido.

Bref, vous l’aurez compris, tant de facteurs qui font que les relations intimes lorsqu’on a un TCA sont assez compliquées. 

Alors, je ne vais pas m’étaler plus que ça sur ce sujet parce que c’est des choses assez intimes, et même par respect pour mon copain, je ne partagerai pas ça. Mais sachez que je sais que c’est difficile pour la personne malade qui se culpabilise. Tout comme c’est difficile pour le partenaire qui peut perdre lui-même confiance en lui, en se disant que son corps dégoute ou qu’il n’est pas assez séduisant. Non, absolument pas ! Le problème n’est pas vous. C’est juste que cela peut faire partie des symptômes du TCA. 

Moi, personnellement, j’ai résolu cela en travaillant sur les causes de mon anorexie. Et de surcroit, ç’a réglé ce problème-là. Encore une fois, c’est super important de communiquer en expliquant l’un à l’autre ce que vous ressentez. Je m’arrête là pour ce sujet.

Retrouver votre kit de guérison gratuit dans mon espace Ressources :

Les gestes romantiques du quotidien avec un trouble alimentaire

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Le romantisme implique culturellement de la nourriture : le petit dej’ au lit, un restaurant, un dîner surprise, une boîte de chocolat à la Saint-Valentin… Sauf que, les activités impliquant de la nourriture sont souvent source de stress pour les personnes souffrant de TCA. Donc, même si c’est frustrant, il vaut mieux éviter de préparer des activités avec un repas. Dites-vous que c’est temporaire.

Une des solutions peut être d’en parler en amont ensemble pour déterminer une date à laquelle partager un restaurant par exemple. Parce que oui, le contrôle est omniprésent dans les troubles alimentaires. Si la personne malade ne contrôle pas le repas, quand cela se passera, ou, vers quelle heure… ça peut être problématique et déclencher des pensées très négatives. Je sais que c’est parfois trop beau de voir le visage surpris et heureux de votre conjoint(e). Mais vous risquez surtout de voir que le côté surpris qui peut se transformer en crise de larme après (enfin, je ne veux pas faire de généralité, mais c’était mon cas). Donc mon copain savait qu’il fallait facilement me prévenir 10 jours avant, 1 semaine avant, 3 jours avant, la veille, jusqu’à ce qu’il puisse me faire des surprises qui me font plaisir ! Cela prend du temps, mais c’est possible. Après la communication comme remède, la patience est la deuxième clé.

D’ailleurs, vous pouvez faire aussi des surprises qui n’ont juste rien à voir avec la nourriture : des fleurs, un appel, un petit message attentionné, un petit post-it laissé sur son bureau, un parfum, un bijou, un massage. Offrir un massage je trouve que c’est le must have! Car les tensions et le stress ont tendance à créer des douleurs dans la nuque, dans le dos. Et le massage c’est idéal pour détendre votre partenaire (moi j’adore haha)

Voilà, je vous ai présenté de façon synthétique les impacts d’un trouble alimentaire sur la vie de couple. Mais ce qu’il faut retenir c’est que ce n’est pas toujours négatifs et surtout, il faut garder en tête que bien que les TCA sont des maladies graves et difficiles, la guérison est possible et même conciliable avec une vie de couple épanouie (j’en suis la preuve). 

Et avec de la communication, du temps, et les conseils que je vous donne dans mon article suivant, le couple devient un véritable réconfort et soutien indispensable pour la personne malade.

Tous les couples traversent des choses difficiles et je peux vous dire que lorsqu’on surmonte ça, on est tellement plus fort et prêt à affronter n’importe quoi ensemble.

N’hésitez pas à me partager en commentaire vos expériences de couple avec votre TCA !

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13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

La relation avec les proches est très compliquée lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire. Parce que c’est difficile de faire comprendre ce qu’on ressent à ceux qui nous entourent. Et que les actions ou paroles de nos proches peuvent parfois être très frustrantes, voire être perçues comme des bâtons dans les roues qui viennent s’ajouter en plus des difficultés de la maladie sur le chemin de la guérison. Parfois, la fatigue du combat, les émotions que l’on ressent nous empêchent de dire clairement ce qu’on ressent à nos proches. J’ai écrit cet article sur la base de ma relation avec mes proches lorsque j’étais moi-même malade, de tout ce que je leur ai dit ou que j’aurais aimé leur dire pour qu’ils puissent mieux me comprendre.

Cet article a pour vocation d’aider les personnes malades qui ne parviennent pas à mettre de mots sur leurs maux, et qui aimeraient que leurs proches comprennent mieux ce qu’ils traversent afin de mieux les aider sur le chemin de la guérison contre les TCA. Et cet écrit a, de ce fait, pour but d’aider également les proches, ceux qui accompagnent les malades dans leur combat, quotidiennement ou plus ponctuellement. Cela peut vous aider, vous, maman ou papa, conjoint ou conjointe, petit ami ou petite copine, ami(e)… d’une personne souffrant d’un trouble du comportement alimentaire.

Dans les lignes qui vont suivre, je parlerai à la première personne du singulier, en me mettant dans la peau de quelqu’un qui souffre actuellement de trouble alimentaire et qui s’adresse directement à son proche.

Enfin, juste pour information, ayant souffert moi-même d’anorexie restrictive mentale sévère, j’adapte cet article surtout autour de ce trouble alimentaire.

Voici 13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez …

1 - Ce n’est pas ta faute

Non, ce n’est pas ta faute. Les troubles alimentaires sont une maladie qui n’est pas causée par une personne. Et d’ailleurs, un trouble alimentaire ne s’explique pas par une raison. Il y a souvent une multitude de petits facteurs qui ont entraîné le déclenchement d’un TCA : des facteurs génétiques (et tu ne choisis pas la génétique…) ; des facteurs environnementaux ; la diet culture ; des schémas de croyance ancrée depuis des années à partir de blessures du passé… Il y a un tas de raisons qui peuvent expliquer mon trouble alimentaire, et qui sont propres à chaque malade. Et je te rassure, tu n’es responsable d’aucune de ces facteurs. 

Maman, si tu lis ces lignes, j’insiste, tu n’es pas responsable. Même si parfois j’ai pu te dire le contraire. Même si parfois, même les médecins ont pu te dire le contraire. On dit souvent que la nourriture fait référence à l’allaitement maternel et que donc, la maman serait responsable des troubles alimentaires. Mais c’est des discours ancestraux et culpabilisant ! N’écoute pas ça, je te jure. Même si à un moment j’ai pu croire ça, j’ai pris énormément de recul aujourd’hui et après beaucoup de temps de thérapie j’ai réalisé que tu n’es pas la cause. Je pense que, j’avais aussi besoin de trouver un coupable pour rejeter ma colère d’être malade. 

Évidemment tu as fait des erreurs, mais c’est normal, tu es humaine. Et même si j’essaierai de faire de mon mieux, je ferai certainement des erreurs lorsque je serai moi-même maman. Et toutes les relations parents-enfants sont conflictuels. C’est normal. Ne t’en veux pas, je t’assure. Je sais bien qu’être parent c’est difficile, que tu dois te sentir coupable. Tu dois te demander comment tu aurais pu faire pour éviter que je tombe malade, ou que ça s’aggrave. Mais tu n’as pas choisi que je tombe malade. C’est comme un cancer, un trouble alimentaire, ça arrive sans qu’on ne contrôle quoi que ce soit. 

J’ai besoin que tu travailles sur ce sentiment de culpabilité que tu as, car je m’en veux que tu puisses penser que c’est ta faute que je sois malade. 

2 - Ne t’attends pas à un changement rapide

Il faut que tu comprennes que la guérison d’un trouble alimentaire est longue. Ne t’attends pas à des changements rapides. Ne te dis pas que, parce que j’ai commencé une thérapie avec un professionnel de santé, alors en quelques semaines je vais faire des progrès incroyables.

Non, malheureusement, ça ne se passe pas comme ça. Ne pense pas ça parce que franchement, ça me met la pression. Moi aussi, je t’assure, j’aimerais que ça aille plus vite, même si guérir me fait peur. Souviens-toi que je suis la première victime de ce trouble alimentaire. Même si j’ai conscience que ça t’impact, c’est ma vie que la maladie me vole. 

Alors oui, ça va prendre du temps. C’est vraiment étape par étape, un pied devant l’autre que je vais vers la guérison. Ça peut prendre des années ! Mais l’important, c’est que je guérisse, non ?

J’ai vraiment besoin que tu comprennes ça pour me soutenir. Parce que le genre de remarque “bah, je pensais que tu voyais un psy. ça ne t’aide pas?” ou “tu n’arrives toujours pas à manger ça ?” ou “Pourquoi tu fais encore autant de sport ? Je pensais que tu avais compris maintenant”. Ce genre de remarques font tout sauf m’aider. Oui, je comprends que je dois manger, oui je comprends que je dois arrêter d’avoir peur de prendre du poids, oui je comprends que je dois arrêter d’être hyperactive. Mais s’il suffisait de comprendre les choses pour guérir, le problème serait vite réglé. 

L’une des clés de la guérison d’un TCA, c’est la patience.

3 - Peut-être que tu ne réalise pas la difficulté que c’est…

Je pense que tu n’imagines pas la difficulté que c’est pour moi de me battre contre mon trouble alimentaire. Déjà, parce que c’est comme se battre contre soi-même. 

Mais aussi, parce que la conséquence de mon trouble alimentaire tourne autour de la nourriture. Et la nourriture, surtout en France, c’est central dans notre vie !

Déjà, pas de bol, l’Homme a besoin d’au moins 3 repas par jour pour avoir de l’énergie pour vivre. Donc 3 à 5 fois dans la journée, je dois faire face à ma plus grande peur. Mais s’il n’y avait que ça ! La nourriture est omniprésente dans notre vie ! Essai de te rappeler la dernière fois que t’as passé un bon moment avec tes amis ou avec ta famille, il n’y avait pas une histoire de repas ? Que ce soit au boulot, avec les amis, ou la famille, on se retrouve tout le temps autour d’un petit déj’, dans un restaurant, au bar, dans un salon de thé… Les gens se rassemblent tout le temps autour d’un repas. Et ce qui est censé être une festivité ou un moment agréable est un enfer pour moi ! Y’a pas un jour où je peux éviter cette peur.

Et en plus de ça, on est dans une diet culture… quel aliment manger, en quelle quantité, à quel moment de l’année, pour quel bienfait… On ne parle que de ça ! Que ce soit sur les réseaux sociaux, à la radio, la télé, dans les magazines ou juste dans la bouche des gens. C’est littéralement omniprésent ! Alors oui, je m’isole parfois. Parce que ça crée un sacré brouhaha dans ma tête qui m’épuise littéralement !

J'aborde ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

4 - Mais en même temps, ça n’a rien avoir avec la nourriture

Je viens de te faire tout un discours sur le fait que la lutte de mon trouble alimentaire est difficile parce que l’alimentation est omniprésente. Et en même temps, sache que les troubles alimentaires… bah ça n’a rien avoir avec l’alimentation ! 

Ambivalent n’est-ce pas ? Oui, bah le dualisme c’est toute l’histoire de mon trouble alimentaire en fait !

En réalité, quand je dis que ça n’a rien avoir avec l’alimentation, c’est que la nourriture n’est pas la cause de mon trouble alimentaire, c’est la conséquence. Ce qui veut dire que ce n’est pas “juste en mangeant” que je vais guérir. Sinon, encore une fois, ce serait trop simple. Mon TCA ce n’est pas non plus comme un régime, où j’ai arrêté de manger du jour au lendemain. Non vraiment, c’est une maladie. 

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Les causes de mon TCA, comme je te le disais avant, elles sont multiples. Et je dois faire tout un travail sur moi-même pour comprendre comment j’en suis arrivée là, pour m’aider à en sortir. D’ailleurs, c’est certainement le combat de toute une vie. Ça ne veut pas dire que je vais être malade toute ma vie, non ! Je vais guérir ! Mais en fait, c’est mon corps qui a voulu exprimer le mal-être que j’avais sous la forme d’une anorexie, boulimie, orthorexie… En travaillant sur mes blessures, je vais peu à peu sortir des TCA.

Comme je t’ai dit aussi, il y a aussi une partie de génétique. Et il y a des modifications concrètes au niveau du cerveau, comme des zones qui sont “altérées”. Mais ce n’est pas rédhibitoire, ça va se “normaliser” au fil de la guérison. Simplement, ce n’est pas juste en mangeant que ça va se réparer. C’est avec de la reprogrammation/restructuration cérébrale. Je vais devoir réapprendre à mon cerveau de ne pas avoir peur de certains aliments, de lui faire comprendre que lorsque je sors de ma zone de confort, je ne suis pas en danger, de lui faire accepter que le perfectionnisme n’est pas un but ultime dans la vie, etc.

5 - Félicite-moi de mes petites victoires

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Comme tu l’as compris, les TCA sont des maladies super complexes. Alors quand je parviens à remporter une victoire, j’ai besoin que tu me félicites. Quand j’ai enfin réussi à diminuer mon hyperactivité, à sauter une séance de sport, à manger un aliment qui me faisait peur, à aller au restaurant, à accepter que des invités viennent à la maison, à faire preuve de spontanéité, etc. 

Sauf que je ne veux pas que tu le soulignes verbalement et de façon trop explicite. Je sais, je t’en demande beaucoup… Mais c’est important. Parce que me dire “c’est bien tu as bien mangé” ou “c’est bien, tu n’as pas été au sport aujourd’hui” ; c’est un véritable déclencheur dans ma tête. Il faut que tu prennes conscience qu’il y a le moi “sain” et le moi “contaminé” par la maladie. Et lorsque tu dis ce genre de commentaire, c’est le moi contaminé qui s’active. En réalité, j’entends “c’est bien, tu vas bien t’engraisser” et j’ai un énorme sentiment de culpabilité qui s’accroit en quelques secondes. Alors, je sais bien que ce n’est pas ce que tu as voulu dire. Mais je suis malade, et c’est comme ça que le moi malade le perçoit. Et du coup, je vais me braquer, et ça peut même générer des comportements compensatoires en moi. Bref, de quoi gâcher les belles victoires que je viens de remporter…

Alors j’ai besoin que tu fasses les choses de façon plus subtile. Par exemple, tu peux me dire “je suis contente d’avoir passé ce moment avec toi” ou “j’ai bien rigolé avec toi, c’était très agréable”, “ça me fait plaisir de discuter avec toi”, “j’ai vraiment passé une bonne soirée en ta compagnie”, etc. 

6 - Tu ne comprendras jamais ce que je vis

C’est frustrant pour moi, et j’imagine que pour toi aussi, mais tu ne comprendras jamais ce que je vis. Et je me console en me disant que, tant mieux si tu ne comprends pas. Car si tu comprenais, ça voudrait dire que toi aussi tu es malade. Personne, à part les gens qui sont ou ont été malade, ne peut comprendre. 

Non, je te jure, ce n’est pas comme faire un régime. Parce que, qu’est-ce que j’ai pu l’entendre ce genre de commentaire : “Ah oui, je te comprends, moi c’est pareil, parfois je me trouve super gros !” ou “Oh oui moi parfois je rentre le soir et je me fais un paquet de chips entier sur le canap’ devant la télé” ou encore “Ah oui je comprends cette sensation, ça me fait ça quand je fais un régime”. Non, je t’assure, avoir un trouble alimentaire, ça n’a rien avoir avec tout ça. 

Avoir un trouble alimentaire, c’est une maladie, pas un régime. Ce n’est pas quelque chose que j’ai choisi. Ce n’est pas non plus une sensation de se sentir gros, une fois de temps en temps. Ce n’est pas non plus se faire plaisir avec un bon gâteau ou un paquet de chips tranquille devant la télé. C’est être obsédé par la nourriture, par le contrôle sur son corps. C’est tellement oppressant comme sensation, comme peur, que ça te bouffe la vie. Genre vraiment, mon contrôle sur la nourriture, sur mon corps passe devant tout ! Ça passe devant ma vie sociale, devant mes amis, devant ma famille, devant mon travail, devant mes projets de vie, devant ma santé ! Et je ne le choisis pas ! Je n’arrive pas à faire autrement. L’autre fois, j’ai dit à mon médecin que je préférais creuver que de prendre 100 grammes. 100 grammes, non mais tu imagines ?! C’est tellement insignifiant ! 

Un trouble alimentaire, c’est comme un tourbillon, une spirale infernale qui t’emmène tellement loin, que tu ne peux plus contrôler et qui te bousille ta vie ! Mais je ne t’en veux pas, tu ne peux pas comprendre, mais arrête de penser que tu peux comprendre. C’est frustrant pour moi…

7 - C’est un combat de tous les jours

Je pense que tu l’as compris quand je t’ai expliqué la difficulté que c’est de se battre contre un trouble alimentaire, mais c’est vraiment un combat de tous les jours.

C’est vraiment se battre chaque seconde, de chaque minute, de chaque jour ! Jour, et nuit en fait ! Parfois, je me réveille, et ça y est mon cerveau est focus sur une peur liée à mon trouble alimentaire. Alors oui, je suis épuisée parfois, et très facilement.

Je ne dis pas, lutter contre une addiction à l’alcool ou à une drogue, c’est extrêmement compliqué et c’est une maladie grave et un combat de tous les jours aussi. Mais la différence, c’est que le combat réside dans l’abstention à une substance. Là où moi, je ne peux pas m’abstenir de manger parce que j’en ai besoin pour vivre ! 

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Au magasin, je ne dois pas éviter le rayon alcool, je dois lutter contre tous les déclencheurs dans chaque pu*** de rayon ! 

Des déclencheurs j’en ai constamment : dans le discours des gens, dans les publicités, dans la rue quand je passe devant une boulangerie, au boulot quand on me propose un chocolat à la pause, quand je vois des gens courir, quand j’entends des personnes dire qu’elles font une cure detox, quand je croise une personne plus mince que moi, quand j’entends un commentaire sur l’apparence, quand je me vois dans le miroir, quand je revois une photo de moi plus mince, etc. 

C’est vraiment un combat QUOTIDIEN.

Alors oui, parfois j’ai besoin que tu me répètes tous les jours la même chose. Pour me rassurer, pour que dire que j’ai le droit de manger, que j’ai le droit de me reposer, que c’est mon trouble alimentaire qui me fait croire que je ne suis pas digne de tout ça. Parce que moi, ma réalité est biaisée. Et oui, j’ai besoin que tu le répètes, même si tu me l’as déjà dit hier, avant-hier et tous les jours de la semaine dernière. 

8 - Arrêtes de faire des commentaires autour de la nourriture ou du corps

Je t’en supplie, arrête de parler de nourriture ou de l’image au corps. Je veux dire, vraiment, fais attention. Tu n’imagines pas les impacts que cela a sur mon trouble alimentaire. 

Je sais que tu es certainement bien intentionné, mais ne me dit pas quand tu vois que j’ai regagné du poids. Me dire “Tu as l’air en forme, tu as repris du poids, c’est bien, tu es jolie, ça te va bien”. Tu as beau me faire des compliments, ma tête n’a retenu que le début de ta phrase et plus précisément “tu as repris du poids”. Mon TCA transforme ça en “tu es trop grosse”. Et c’est un véritable déclencheur qui va me faire adopter des comportements compensatoires pour reperdre ce poids que j’ai gagné. C’est vraiment très très dur pour moi, alors juste, ne le souligne pas.

C’est la même remarque pour mes assiettes, ne me dis pas que j’ai des assiettes plus remplies, ou que je mange mieux et que c’est bien. Non ! Parce que mon TCA transforme ça en “tu manges trop”. Juste, ne parles pas de nourriture, ni de mon apparence physique. Encore une fois, il existe d’autres compliments qui n’ont rien avoir avec l’apparence : “j’admire ta capacité à te battre”, “j’adore ton rire”, “tu es une personne très agréable avec qui j’aime passer du temps”, “tu es quelqu’un d’authentique”, etc.

Et ces commentaires sur la nourriture ou le corps valent aussi bien pour toi. Même si tu te dis que ça parait évident que les commentaires que tu te fais ne me sont pas destinés, mon trouble alimentaire va toujours ramener ça à mon propre corps. Si tu dis devant moi que tu trouves que tu as grossis, c’est un déclencheur pour moi. Si tu dis que tu as trop mangé hier et que du coup tu ne vas manger qu’une salade ce midi, c’est un déclencheur pour moi. Si tu te dis qu’avec l’été qui arrive, tu vas reprendre le sport à fond, c’est un déclencheur pour moi. Encore une fois : ne me parles pas de ce qui a un rapport avec la nourriture, le sport ou le corps. Parce que vraiment, ce sont de gros déclencheurs à des comportements néfastes pour ma santé. 

Ce genre de commentaires nourris mon trouble alimentaire. Et je dois déjà lutter avec les messages de la diet culture que l’on a quotidiennement autour de nous. Alors, s’il te plait, épargne-moi cela dans mon propre petit cocon. 

9 - La guérison n’est pas linéaire, et ce n’est pas parce que j’ai fait un pas en avant, que je ne peux pas faire deux pas en arrière.

La guérison, ce n’est pas une ligne ascendante droite. Non, la guérison d’un trouble alimentaire, c’est une véritable bataille avec des hauts et des bas. Parfois, il y aura des jours avec, et des jours sans. Il y aura des jours où je ferai un pas en avant, d’autres où je ferai deux pas en arrière. Mais ça ne veut pas dire que je suis retombée plus bas. Non, parce que les rechutes font parties de la guérison. Quand j’ai appris à marcher, comme toi d’ailleurs, je suis tombée. Et au plus je tombais, au mieux je me relevais et au moins je tombais. C’est ainsi que l’on avance ! 

Alors ne sois pas déçue quand tu vois que j’ai moins réussi à manger, que j’ai fait plus de sport, quand j’ai refusé une sortie à l’extérieur… Même si tu essaies de me le cacher, je le ressens. J’ai besoin que tu acceptes que ces difficultés-là font parties de la guérison. Ce n’est pas négatif, ça fait partie du cheminement. 

Ne pense pas que c’est parce que ce soir j’ai réussi à manger un aliment qui me faisait très peur que je le remangerais sans aucun problème. Non, et je peux même déjà te dire que la prochaine fois sera encore difficile. Ne crois pas non plus que c’est parce que je regagne du poids que je vais mieux. Le poids n’a rien avoir avec la gravité de mon trouble alimentaire. D’ailleurs, regagner du poids me terrifie. Alors même si je sais que j’ai besoin de reprendre ce poids, c’est très dur pour moi psychologiquement. Et la maladie est si forte qu’elle me fait culpabiliser et me rend encore plus mal que lorsque j’étais plus mince. 

10 - Oui, parfois je vais te mentir…

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Parfois, tu t’es peut être déjà rendu compte que je ne te dis pas toujours la vérité : quand tu me demandes si j’ai mangé, si j’ai bien respecté le fait de ne pas faire d’exercice, ou simplement quand tu me demandes si je vais bien. 

Le mensonge fait partie des troubles du comportement alimentaire. Mais je ne te mens pas juste parce que je suis sournoise. Absolument pas. C’est parce que j’ai honte aussi de mes actions. J’ai honte de ce que je mange ou ne mange pas. J’ai honte de ne pas savoir respecter les consignes du médecin. J’ai honte et j’ai peur de te décevoir. J’ai peur que tu ne perçoives pas, que tu oublies que je sois sous l’emprise de la maladie et que ce n’est pas tous les jours facile de lutter contre la petite voix qu’il y a dans ma tête. 

Alors oui, parfois je te dirai que j’ai mangé quand je n’ai pas mangé, que je suis restée à la maison pour me reposer alors que j’ai été au sport, que je suis juste allé faire un tour dehors alors que j’ai fait une compulsion alimentaire à la boulangerie, que je vais bien… alors que mon corps hurle de douleurs causées par le trouble alimentaire.

Je te mens parfois, mais ne m’en veux pas. Je ne veux pas te faire de mal, je ne veux pas te décevoir, je ne veux pas non plus voir la réalité en face, voir ce que la maladie me fait faire. 

11 - Beaucoup d’activités qui te paraissent simples sont extrêmement difficiles pour moi

Je pense que parfois, tu n’en as pas conscience, mais des activités qui paraissent détentes pour toi, simples, sont extrêmement compliquées pour moi.

Par exemple, les vacances. Tout le monde attend les vacances avec impatience. Eh bien moi, c’est difficile. Cela veut dire potentiellement des barbecues, des soirées, des repas avec les amis ou la famille. Cela veut dire peut être se mettre en maillot de bain et donc exhiber ce corps que je déteste tant. Cela veut dire ne pas contrôler les personnes qui viennent à la maison à l’improviste ou les activités. Cela veut dire que peut être je n’aurai pas accès à ma salle de sport. Bref, les vacances sont sources d’angoisse pour moi ! 

Se retrouver dans un salon de thé ou dans un bar, juste pour prendre un verre ou un thé. Tu vas te dire que j’ai la possibilité de prendre une boisson sans sucre ou un thé. Mais sauf que moi j’ai peur que d’autres personnes prennent un gâteau qui me donnerait envie et qui donc me ferait compulser. J’ai peur qu’il y ait des commentaires sur la nourriture qui me créent un déclencheur.

Aller voir un spectacle d’un ami, de théâtre ou de danse peu importe. Pareil, tu peux te dire qu’il n’y a pas de problème puisque il n’y a pas de repas comme une sortie au restaurant. Oui, mais sauf que du coup, ça va peut-être décaler mon heure de repas. J’ai peur aussi que sur place, ils vendent de la nourriture et que j’en ai envie. J’ai peur de voir d’autres personnes qui n’auront pas dîné et que du coup, je vais me fixer toute la soirée sur le fait que j’ai mangé avant de venir tandis que d’autres n’ont pas mangé, etc. 

Tu vois, des choses qui te paraissent simples sont si difficile à gérer pour moi. Tout va très vite dans ma tête. La petite voix me balance un tas d’idées négatives. Elle me plonge dans un brouillard qui me fatigue. Alors oui, parfois je refuse des choses simples. Mais sache que ce n’est pas parce que je ne fais pas d’effort ou que je suis asociale. J’aimerais avoir une vie normale. Mais mon trouble alimentaire m’en empêche. 

12 - Non, tu ne peux pas guérir à ma place

Je comprends que ce soit difficile pour toi de me voir comme ça. Tu as le sentiment d’être impuissant(e) face à ma maladie. Tu as l’impression de ne pouvoir que regarder la maladie me détruire sans savoir comment m’aider. Et je sais que tu aimerais tout faire pour me sortir de là, pour me voir guérir.

Mais non, tu ne peux pas guérir à ma place. Je ne suis pas responsable de ma maladie, en revanche, je suis actrice de ma guérison. Et les seuls changements qui puissent se faire doivent venir de moi. Et ce n’est pas parce que je te dis ça que tu dois me créer des électrochocs pour me faire réagir. Ça ne sert à rien à part me brusquer et altérer nos relations. Tu peux m’aider autrement que par la confrontation. Parce que oui, tu peux quand même m’aider. Et d’ailleurs ton aide est précieuse. 

13 - J’ai besoin de toi 

Oui, ton aide est précieuse et j’ai besoin de toi dans ma guérison. J’ai besoin de toi, car moi, j’ai comme un filtre. Le filtre de mon trouble alimentaire qui m’empêche de discerner la réalité, le vrai du faux.

Je ne me vois pas tel que toi tu me vois. Mon trouble alimentaire me murmure que je mange trop, je ne sais plus comment on mange en fait. Mon trouble alimentaire me dit constamment que je ne fais pas les choses assez bien, que je dois mériter pour manger, que je n’ai pas le droit de me reposer. Alors j’ai besoin de toi, pour me rassurer, pour me rappeler la vérité. 

J’ai besoin aussi que tu me changes les idées. Que tu me parles de choses qui me font rire, qui me font penser à d’autres choses que mes troubles alimentaires. 

J’ai aussi besoin que tu prennes soin de toi. Car je t’observe, même inconsciemment. Et si je vois que tu prends soin de ta santé, que ce soit physique et mentale, cela m’aidera à prendre soin de ma propre santé.

J’ai besoin de toi, de ton écoute, sans jugement, de ton empathie. J’ai besoin de sentir que je peux compter sur toi. J’ai besoin de sentir que tu as confiance en moi, que tu crois profondément en ma guérison. Je te jure que ça, c’est primordial. Parce que j’ai peur parfois de ne plus y croire moi-même. Donc j’ai besoin de sentir que toi, tu y crois. 

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Et j’ai besoin que tu me dises que tu m’aimes. Parce que mon TCA me fait toujours croire que je ne suis pas digne d’être aimé.

Enfin, je terminerai en te disant merci. Merci d’être à mes côtés. Je sais que ce n’est pas simple pour toi. Et j’en suis profondément désolée. Mais merci de me soutenir dans un combat qui est certainement l’un des plus grands combats de ma vie. Je sais que je vais en sortir, et que j’en sortirai plus fort. Et même si c’est mon combat, c’est aussi un peu grâce à toi.

J’espère que cela vous aura aidé. Si vous lisez cet article et que vous souffrez vous-même de TCA, je vous invite à le partager à vos proches. Cela pourrait vraiment les aider à mieux vous comprendre, et donc vous aider dans votre combat. 

Si vous êtes un proche qui accompagne une personne souffrant de TCA, j’imagine que ça ne doit pas être forcément simple de prendre conscience de la difficulté dans laquelle se trouve la personne que vous aimez. Mais retenez bien que c’est une maladie que l’on peut guérir. Et faites confiance à votre proche, il ou elle va s’en sortir ! 

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Publié par Norainnoflower dans Couple, Mieux connaître, Parents, 3 commentaires
Ce que c’est vraiment de se battre contre un trouble alimentaire

Ce que c’est vraiment de se battre contre un trouble alimentaire

Ce que c’est vraiment de se battre contre un trouble alimentaire

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J’ai décidé d’écrire cet article au cas où certaines personnes pensent encore que les troubles alimentaires sont juste une période passagère d’une petite fille capricieuse en pleine crise d’adolescence qui veut attirer l’attention. C’est un préjugé complètement faux ! D’autant plus que les hommes sont également touchés et les troubles alimentaires peuvent apparaître à n’importe quel âge !

Cet article sera intéressant pour les proches d’une personne anorexique ou boulimique afin de mieux comprendre l’enfer que le malade traverse au quotidien. Mais le récit qui va suivre pourra conformément aider les personnes souffrants elles-mêmes de troubles alimentaires. Peut-être qu’elles se reconnaitront et se sentiront moins seules. Mais elles devront surtout se dire que j’ai vécu tout ce que je m’apprête à raconter et surtout que j’en suis sortie ! Ainsi, si moi je l’ai fait, tout le monde peut en guérir ! La guérison est possible !

Pendant 4 ans, j’ai vécu jours et nuits avec l’anorexie mentale, et en outre, j’ai connu une période de boulimie à la fin de mes troubles alimentaires. Alors je sais ce que c’est de vivre avec un trouble alimentaire. Ce récit est propre à mon histoire mais beaucoup de patients éprouvent les mêmes peurs, sentiments et étapes dans le processus de guérison.

Manger

Manger : tout être humain mange chaque jour, et ce plusieurs fois dans la même journée. C’est un besoin primaire, tout à fait normal. Pourtant, quand on souffre d’un trouble alimentaire, manger est une épreuve terrifiante. Lorsque j’étais malade, j’étais à peine levé que je songeais à ce que j’allais manger au petit-déjeuner. Je devais connaître la contenance calorique exacte de chaque aliment pour me rassurer. Si je ne savais pas la teneur énergétique, alors je ne prenais pas le risque de manger. À peine je sortais du petit-déjeuner que je pensais déjà à ce que j’allais déjeuner le midi. Tout était préalablement planifié des heures avant chaque repas. Généralement, c’était toujours les aliments identiques, dans le même lieu et à la même heure. S’il y avait le moindre changement (un retard dans mon repas, un invité surprise, une impossibilité de manger seule dans l’endroit qui me rassurait), dès lors c’était la catastrophe. Je devenais hors de contrôle, tétanisée par la panique et l’imprévu. Comme-ci ma vie en dépendait. Et je ne dramatise pas. Vraiment, les imprévus lorsqu’on souffre de trouble alimentaire sont des véritables dangers de mort. La moitié des personnes souffrant de troubles alimentaires ont déjà fait une tentative de suicide. Et malheureusement, dans les 10 % de décès, beaucoup ont recours au suicide. C’est donc des maladies à ne pas prendre à la légère…

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Manger lorsqu’on se bat contre un trouble alimentaire, c’est s’obliger à mettre une cuillère à soupe de féculent en plus, à ajouter cette demi-cuillère de sauce qui nous fait si peur. C’est aussi devoir se nourrir plus que les autres personnes autour de soi qui elles ne souffrent pas de trouble alimentaire. J’explique dans cet article pourquoi les personnes récupérant d’un trouble alimentaire doivent manger plus pour regagner du poids. Guérir d’un trouble alimentaire c’est également se forcer à manger plus tandis que notre appareil digestif n’a plus l’habitude d’ingérer une quantité normale de nourriture. C’est continuer de se nourrir malgré les douleurs au ventre. C’est devoir manger malgré la culpabilité et la voix de l’anorexie qui nous hurle de n’avaler que de la salade et des pommes. C’est aussi finir tous ses repas en étant frustré, en se demandant s’il l’on n’aurait pas dû prendre plus ou plutôt moins. C’est ruminer quant au repas qu’on a mangé, et ce encore pendant des heures après l’avoir terminé.

Manger, lorsqu’on se bat contre un trouble alimentaire, c’est l’enfer.

Penser sans cesse à la nourriture

Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, on parle souvent d’une petite voix. Dans mon cas, cette petite voix c’était elle, l’anorexie. Presque toutes les heures, j’entendais sa voix me faire comme un récapitulatif de ce que j’avais déjà mangé et ce que j’avais encore le droit de manger le reste de ma journée. Dès que je commençais à ne plus trop l’entendre et à me changer les idées, elle revenait au galop. Elle venait me dire que je devais culpabiliser pour tout ce que j’avais mangé. Elle me titillait pour que j’aille faire du sport, histoire de griller le maximum de calorie. 

Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, on a faim. Oui vraiment, on a terriblement faim. Moi j’entendais mon ventre gargouiller si fort que je mettais de la musique à fond pour ne pas l’entendre. J’avais tellement faim, mais l’anorexie m’empêchait de me nourrir, car il n’était pas l’heure à laquelle elle m’autorisait de me restaurer. Parce que souffrir d’un trouble alimentaire c’est aussi se battre sans cesse pour ne pas écouter la sensation de faim de son corps. Alors je me nourrissais par procuration. Je visionnais des recettes en vidéo, des photos de nourriture… j’y consacrais bien 2 heures chaque jour pour cela sur internet. C’était totalement malsain. Autre chose complètement maladive : je m’assurais que les autres mangent bien, mais surtout plus que moi. Dès que j’en avais l’occasion, je leur proposais des gâteaux, des biscuits, des bonbons… jusqu’à cuisiner des pâtisseries pour eux afin de les regarder en manger sans en prendre une miette.

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 C’est ça aussi souffrir d’anorexie : avoir des comportements malsains et malveillants envers ses proches. C’est avoir honte de soi, jusqu’à même se détester. Mais c’est surtout ne pas parvenir à faire différemment. C’est être sous l’emprise d’un monstre qui est invisible, que les autres ne voient pas, mais surtout qu’ils ne comprennent pas.

Et le pire, c’est que la nourriture est PARTOUT. Si vous avez enfin réussi à ne plus y songer ne serait-ce qu’une fraction de seconde, il y a toujours quelque chose pour vous y faire repenser : vous passez devant une boulangerie, votre collègue a ramené le petit-déjeuner au bureau, vos amis vous invitent à un restaurant, vous apercevez des posts de nourriture sur les réseaux sociaux, etc. Si vous ne souffrez pas de trouble alimentaire, pour mieux comprendre vous pouvez vous imaginer que vous êtes sans cesse confronté à votre pire crainte tous les jours, et ce plusieurs fois dans la journée. Par exemple, si vous avez peur des énormes mygales : Vous vous réveillez le matin et vous devez faire face à une immense mygale qui vous attend dans la cuisine. Ensuite, vous sortez et vous en croisez une dizaine dans la rue. Vous devez êtes en constante alerte et toujours faire attention. Vous arrivez au bureau, on vous a ramené des mygales servies sur un plateau. Le midi, rebelote une mygale… et je vais m’arrêter là en supposant que vous avez compris ! Vraiment imaginez-vous cette situation.

Et quand arrivait le moment de dormir, il m’était impossible de fermer l’œil sans devoir recompter mon total calorique de la journée. Des chiffres, des calories, des kilomètres, des grammes… Lorsque vous souffrez d’un trouble alimentaire, votre tête est envahie par les nombres.

Avant de dormir, je devais planifier mes repas du lendemain qui étaient pourtant similaires à ceux de la veille. Je devais préparer ma séance de sport pour être certaine de pouvoir la faire même si ça impliquait que je travaille mes cours jusqu’à minuit ou que je ne vois pas mes amis que je n’avais pas vu depuis déjà 3 mois.

Le poids et la balance

Souffrir d’un trouble alimentaire c’est monter sur la balance, dans certains cas plusieurs fois par jour, puis pleurer après avoir vu le chiffre. Même si cela n’implique que +100 grammes. La balance c’est elle qui avait le pouvoir de déterminer si oui ou non j’avais le droit de manger toutes mes tartines à mon petit-déjeuner.

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Lorsque vous êtes atteint d’un trouble alimentaire, vous réduisez votre vie à un seul chiffre : votre poids. C’est ce put*** de nombre qu’indiquait la balance qui me disait si j’avais le droit d’être heureuse ou non ! Souffrir d’anorexie c’est souhaiter peser un poids de plus en plus bas, tellement faible qu’on en devient presque inexistant.

Je savais que j’étais en sous-poids, je savais que je devais reprendre du poids si je ne voulais pas mourir. Et j’avais envie de regagner du poids pour guérir. Mais c’était plus fort que moi, je n’y arrivais pas. J’étais satisfaite uniquement si le poids avait diminué voire stagné. Parce que souffrir d’un trouble alimentaire, c’est aussi ça : savoir ce qu’il faut faire, mais ne pas réussir à mettre en œuvre des actions concrètes pour y parvenir.

Les autres

Avant l’anorexie, j’étais une fille sociable, souriante, qui allait toujours vers les autres. Lorsque je suis tombée malade, l’anorexie a tué ma vie sociale.

Lorsque je parle des autres, je fais d’abord référence à ma famille. Souffrir d’un trouble alimentaire c’est se rendre compte qu’on fait du mal à nos parents, à nos frères et sœurs, mais de rester impuissant face à cela. Non, je n’avais pas envie de faire pleurer ma sœur en lui déclarant qu’elle ne pouvait plus venir manger chez ses parents, car j’y vivais et que je ne supportais pas les invités. Non, je n’avais pas envie de regarder ma mère pleurer quand je lui disais que la seule chose qui pouvait m’arriver de bien c’était de ne pas me réveiller le lendemain matin. Non, je n’avais pas envie de voir mon père ruminer, culpabiliser et stresser parce qu’il voyait sa fille s’éteindre à petit feu. Lorsqu’on est atteint d’un trouble alimentaire, on voit son entourage souffrir également, mais on ne parvient pas à faire autrement. Ce n’est pas une question de manque de volonté ou d’essayer d’attirer l’attention. C’est juste qu’on a tellement peu d’estime pour soi qu’on n’arrive pas à se protéger et à s’aimer soi.

Les autres font aussi référence à mes amis. Durant mes 4 années d’anorexie, je me suis vu refuser des dizaines d’invitations à des soirées, des restaurants ou des week-ends entre copines simplement parce que je craignais de ne pas pouvoir contrôler les repas. J’avais peur que les autres fassent une remarque en ce qui concerne ma façon de manger, quant au poids que j’avais probablement perdu tandis que j’avais le sentiment d’avoir grossi. Souffrir d’un trouble alimentaire, c’est se couper de ses amis malgré soi. Non, on ne le fait pas exprès de rater toutes les invitations. Notre trouble alimentaire ne nous laisse pas le choix que de les refuser. L’isolement est le meilleur ami de l’anorexie. À deux, ils formaient un combo de choc et se trouvaient en pleine puissance pour m’anéantir.

Et enfin, les autres font référence à toutes les personnes que je pouvais croiser dans la rue. Leurs regards pesants sur la maigreur de mon corps. Leurs mots mal placés sur mon apparence ou ma manière de manger. Leur incompréhension blessante sur la maladie qui me terrassait. Et puis leur façon de manger. Une personne atteinte d’un trouble alimentaire à un comportement terriblement malsain à l’égard de l’alimentation des autres : surveiller ce qu’ils mangent, quelle quantité, à quelle heure, etc. Quand j’étais malade, mon trouble alimentaire ne me laissait jamais démarrer le repas en premier. Je devais toujours commencer de manger lorsque les autres étaient déjà à la moitié de leur repas. C’était épuisant : se nourrir en fonction des autres sans écouter les besoins de son corps.

Et si jamais ils venaient à parler de leur poids, leur alimentation ou du prochain régime qu’ils allaient essayer… cela réveillait mon trouble alimentaire et multipliait par 10 ma culpabilité et mes comportements destructeurs envers moi-même. Dans cet article, je vous donne des conseils pour gérer les personnes qui suivent un régime autour de vous

L’hyperactivité

Regarder un film Netflix à 15 : 00 un dimanche après-midi ? Faire une sieste dans l’après-midi pour se reposer ? Faire une grasse mat’ jusqu’à 10 : 00 du matin ? Ou simplement, s’assoir plus de 2 heures sans bouger ? Je n’avais plus le droit à tout ça. L’hyperactivité accompagne souvent les troubles alimentaires. L’hyperactivité c’est pas juste faire plus de 5 séances de sport par semaine. Non, l’hyperactivité c’est également aller faire ses courses au magasin de l’arrondissement d’à côté. C’est aussi faire le maximum de trajet à pied. C’est pareillement ne jamais avoir le droit d’emprunter un ascenseur. C’est aussi gigoter continuellement lorsqu’on est assis sur sa chaise. C’est aussi être constamment en train de penser ou de réfléchir à quelque chose qui nous pompe de l’énergie. L’hyperactivité, c’est ne jamais s’accorder de repos. Vraiment, jamais.

Les TOCs (troubles obsessionnels compulsifs)

Lorsque j’étais malade, ma vie était rythmée par les TOCs : les troubles obsessionnels compulsifs. Bien évidemment, cela commençait dans l’assiette : je ne pouvais pas manger si chacune des catégories d’aliments était bien distincte l’une de l’autre dans mon assiette. Il fallait que je coupe tout en petits morceaux, que je fasse des mélanges très bizarres… Ensuite, il y avait les TOCs de comptage : les calories, les grammes. C’était compter, recompter et re-recompter. J’avais également des TOCs de vérification. Je vérifiais que je sentais toujours bien les os de ma cache thoracique, que je pouvais toujours faire le tour de mon biceps avec mes doigts. Et puis il y avait les TOCs dans le ménage : je ne pouvais pas manger tant que le ménage n’était pas fait et que mon appartement était totalement propre.

Pourquoi tous ces TOCs ? Pour avoir un sentiment de contrôle. Pour se rassurer. Mais en fait, ce ne sont que des illusions. Compter les calories, toucher mes os, faire le ménage ne me mettait pas plus en sécurité. Et puis il y a le regard des autres, encore une fois. Lorsque je mangeais à des repas de famille, il m’était impossible d’abandonner mes TOCs. Je détestais la façon dont les gens m’observaient manger en me demandant ce que je pouvais bien foutre avec ces aliments ! Je savais que c’était stupide et que j’avais l’air d’une folle en faisant cela. Mais c’était plus fort que moi. C’était la maladie qui me dictait cela.

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La culpabilité

La culpabilité est le sentiment qui nous hante lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire. La culpabilité après avoir mangé évidemment : Est-ce que j’ai trop mangé ? Est-ce que je n’ai pas fait une connerie en me resservant ? Pourquoi ai-je mangé ce pain ?! Pourquoi ai-je compulsé sur ces puta*** de biscuits ?! Mais malheureusement, la culpabilité ne se limite pas à la nourriture. Il y a la culpabilité de ne pas faire assez : pas assez de sport, pas assez de travail à l’école ou en entreprise, pas assez de marche, pas assez de ménage… juste pas assez. Je me souviens combien je culpabilisais d’être assise sur une chaise en cours. Je n’avais pas d’autre choix que de rester assise et la culpabilité rongeait tellement mes pensées que je n’arrivais plus à me concentrer sur l’intervenant de mon école.

Et puis il y a la culpabilité d’être malade. Combien de fois je culpabilisais d’être anorexique. Je me disais que si je n’étais pas malade, mes parents ne seraient pas aussi inquiets, que ma sœur ne devrait pas m’envoyer un message dès qu’elle souhaitait voir ses propres parents pour ne pas me déranger pendant un repas. J’aurai sans doute était une meilleure amie pour mes copines. Bref, je me culpabilisais pour une maladie que je n’avais pas demandée et dont j’étais moi-même la première victime.

La honte

La honte est l’autre sentiment qui cohabite avec la culpabilité dans notre tête. Quand j’étais anorexique, j’avais honte de mon corps maigre. J’avais honte de porter trois couches de vêtements, même lorsqu’il faisait 30 degrés dehors. J’avais honte de ressembler à une vieille de 50 ans alors que j’en avais 22. J’avais honte d’être toujours tendue et stressée dès qu’on parlait de nourriture ou qu’il y avait quelque chose à manger à proximité.

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Lorsque je suis tombée dans les compulsions alimentaires puis dans la boulimie, j’avais honte de mes crises. Je passais de boulangerie en boulangerie, englobant des muffins, cookies, brioches et j’en passe. Je voyais déjà dans le regard des commerçants leur pitié de me voir stressé en train d’acheter une quantité astronomique de nourriture. Ils me voyaient maintenant souvent et se doutaient que ma relation avec la nourriture n’était pas saine. Et puis j’avais honte de mon comportement face aux passants dans la rue. Je mordais dans une brioche puis le balançais dans la poubelle à proximité. Aussi vite, je me ruais dans un magasin pour acheter d’autres sucreries avec lesquelles je répétais la même action. Il m’est déjà arrivé de jeter un aliment puis d’aller le récupérer dans la poubelle, devant tout le monde… Même la honte n’arrêtait pas mon trouble alimentaire. Je me haïssais plus que tout de faire des choses pareilles.

J’avais encore plus honte de moi devant mes parents. Ma mère m’a déjà surprise en train de faire une crise de boulimie, vomitive ou non. Et elle me demandait pourquoi je n’avais pas réussi à me contrôler. Cette question que moi-même je me posais, mais à laquelle je ne savais pas répondre. J’avais l’impression de terriblement la décevoir. Après chaque crise, nous discutions ensemble. On se disait toutes les deux que c’était certainement la dernière, que maintenant j’avais compris les choses. Jusqu’à ce que le lendemain une nouvelle crise survienne, voire même parfois quelques heures après notre discussion.

Ces sentiments de honte et de culpabilité étaient tellement puissants qu’ils généraient souvent des envies suicidaires chez moi. Combien de fois j’ai marché près d’une ligne de chemin de fer en me disant qu’il fallait que je trouve le courage de sauter sous le prochain train ! Parce que vivre avec un trouble alimentaire c’est aussi ça : avoir des désirs de mettre fin à sa vie en permanence. Avoir la sensation que la mort est la seule arme qui permettrait d’arrêter la petite voix dans notre tête.

Le froid

Si vous n’êtes pas ou n’avez pas été atteint.e de trouble alimentaire, vous n’imaginez pas à quel point on a froid lorsqu’on souffre de ces troubles. Le froid est là en permanence. Comme un corps sans vie. J’avais tellement froid que je me collais souvent au radiateur de ma chambre. J’avais déjà 4 couches de vêtements sur moi, mes mains sur le radiateur, mais elles restaient froides. Mettre un t-shirt sans avoir froid n’était plus possible pour moi. Même en plein été. Même lorsqu’il faisait plus de 30 degrés. Je devais toujours avoir un petit gilet sur moi parce que le froid glaçait mon corps.

La solitude

La solitude est la meilleure amie des troubles alimentaires, avec la culpabilité et la honte. Ces derniers sont en pleine puissance lorsqu’ils se trouvent isolés de tout le monde. Pendant mon anorexie, je me suis vu rejeter des dizaines d’invitations m’empêchant de profiter de mes amis, de voir ma famille. J’avais tellement besoin d’eux, mais paradoxalement je refusais de les voir. Encore une action de l’anorexie que je ne maîtrisais pas.

Mais la solitude réside même lorsqu’on se trouve accompagné en fait. Parce qu’on a beau avoir notre famille et nos amis autour de nous, aucun d’eux ne comprend réellement ce qu’on vit tant qu’ils ne l’ont pas vécu. Ils ont beau nous apporter tout le soutien du monde, nous sommes la seule personne à nous battre contre la maladie. Nous sommes la seule personne à pouvoir guérir. Et c’est vraiment difficile de se sentir seule, incomprise.

Notre reflet dans le miroir

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Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, nous sommes obnubilés par notre image corporelle. Chaque matin et chaque soir, je vérifiais dans la glace que j’avais toujours mon corps squelettique. Comme-ci j’avais pris 10 kilos dans la journée. Cela peut paraître complètement insensé. Mais pourtant, j’avais parfois réellement la sensation d’avoir pris 10 kilos et qu’on ne voyait que cela.

Lorsque je marchais dans la rue, je regardais systématiquement mon reflet dans les vitrines. Non pas que j’étais narcissique. Loin de là, mais j’avais ce besoin de vérifier que j’étais toujours aussi maigre. C’était une obsession constante. Une autre obligation de la maladie.

Les moments festifs

Le jour de son anniversaire, la nouvelle année, les fêtes de Noël… ces jours-là ont toujours été mes moments préférés dans l’année. Je les attendais avec impatience. Sauf lorsque j’ai eu mes troubles alimentaires. À ces moments-là, je les craignais plus que tout.

Le jour de mon anniversaire, je redoutais qu’on m’offre des bonbons, des gâteaux ou chocolats. J’appréhendais de devoir organiser une fête et que donc j’allais devoir nourrir les invités et avoir ce besoin de tout contrôler pour obéir à mon anorexie. Pendant 4 ans, j’étais souvent seule le jour de mon anniversaire. Je pleurais parfois parce que j’avais mangé un chocolat. J’avais envie de souffler les bougies sur mon gâteau pour faire un vœu. Mais je ne pouvais pas manger mon gâteau, je n’y arrivais pas. Alors on ne faisait pas de gâteau.

Les fêtes de fin d’année je les redoutais dès le début novembre. Je me souviens de mon Noël 2017. J’ai pleuré du début à la fin. Je voyais toute ma famille me regarder, complètement démunie. Et moi j’étais terrifiée par toute cette nourriture qui m’apeurait, que je désirais, mais que l’anorexie m’interdisait. Je n’avais plus le droit de simplement manger et célébrer Noël et la nouvelle année. Je devais résister, me contrôler pour ne pas craquer sur un aliment. Lorsque j’arrivais à la table de Noël, je ne voyais pas ma famille, j’additionnais mentalement toutes les calories qui se trouvaient sur la table. Je ne pouvais plus profiter de ceux qui m’entouraient et que j’aimais. J’étais esclave de mon anorexie.

Me battre contre l’anorexie est la chose la plus compliquée que j’ai surmontée. C’est une bataille quotidienne, constante, à chaque seconde de chaque journée. C’est comme avoir un démon en soi qui critique chaque chose que l’on réalise, mange ou pense. Vivre avec un trouble alimentaire c’est comme tomber d’un bateau qui nous maintenait dans une stabilité générale dans la vie. Et à chaque fois que vous êtes sur le point de remonter sur le bateau, vous vous prenez une grosse vague qui vous renvoie loin du navire. Vous avez envie d’arrêter de nager, vous êtes épuisé et vous voulez abandonner pour vous laisser couler.

Vivre avec un trouble alimentaire c’est comme essayer de respirer dans un tout petit bocal où il n’y a presque pas d’air. À chaque respiration, on a l’impression qu’on se rapproche un peu plus de la mort. C’est une bataille difficile, mais je suis la preuve que l’espoir existe et est réel. Continuez de vous accrocher. Continuez de respirer peu à peu jusqu’à ce que vous sortez de ce petit bocal qui vous empêche de vivre. Le rétablissement consiste à respirer de mieux en mieux, et tellement mieux qu’un jour vous réussirez à faire exploser le couvercle du bocal pour en sortir. Il se pourra que le couvercle tente de se révisser par lui-même. Mais votre respiration aura déjà affronté des épreuves qui l’auront rendue plus forte. Elle sera donc capable de rouvrir le couvercle d’autres fois encore. Tenez-bon. Je vous assure que ça en vaut la peine.

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Couple, Mieux connaître, Parents, 8 commentaires
Les choses que vous ne devez absolument pas dire à une personne souffrant d’un trouble alimentaire

Les choses que vous ne devez absolument pas dire à une personne souffrant d’un trouble alimentaire

Les choses que vous ne devez absolument pas dire à une personne souffrant d’un trouble alimentaire

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Lorsque j’étais moi-même malade, j’en ai entendu des phrases en tout genre de la part de mes amies, de ma famille et de mes parents. Ils étaient tous bien intentionnés et avaient cette envie de m’aider. Mais la plupart du temps, leurs phrases me blessaient plus qu’elles ne m’aidaient. Je ne les blâme pas, ils ne comprenaient très certainement pas la situation. Et c’est pour cela que j’ai décidé de faire cette article.

En voyant un proche qui souffre d’un trouble alimentaire, vous vous sentez sûrement impuissant et vous tentez de dire certaines phrases en pensant soutenir la personne, en essayant de déclencher chez elle un électrochoc qui la mènera sur le chemin de la guérison. Rappelez-vous d’abord que les troubles du comportement alimentaire sont une maladie mentale et que le malade agit contre sa volonté, il procède sous l’influence de son trouble qui le ronge de l’intérieur.

Et ainsi dans certains cas, vos mots, malgré qu’ils soient exprimés avec la meilleure intention possible, peuvent s’avérer plus douloureux qu’encourageants. Ils peuvent parfois faire plus de mal que de bien. Je vous ai fait une liste d’exemples de commentaires qu’il ne faut absolument pas dire à une personne souffrant de trouble du comportement alimentaire, et notamment d’anorexie.

Ces phrases, vous devez éviter de les dire à une personne anorexique, mais également à quelqu’un en rémission et qui s’en est sorti. Car parfois, le simple fait de lui mettre en face les peurs qu’elle a vécu peut la faire rechuter.

« Waouh, comment est-ce que tu as fait pour perdre autant de poids ? Tu peux me donner des conseils pour perdre du poids ? »

Je le rappelle encore une fois au risque de me répéter, mais les troubles du comportement alimentaire sont une maladie mentale grave. Ce n’est pas une volonté de faire un régime. Une anorexique ne choisit pas de perdre du poids, elle est contrainte de se restreindre ou de se gaver pour ensuite se faire vomir par la petite voix qu’est l’anorexie dans sa tête.

Quand vous avez conscience que c’est une maladie, réfléchissez à ce que vous venez de demander. Est-ce que vous souhaitez demander à quelqu’un atteint d’une leucémie de vous apprendre comment attraper la leucémie ? Bien sûr que non ! En sollicitant des conseils concernant la perte de poids à une anorexique, vous négligez la gravité de la maladie.

De plus, en soulignant l’aspect positif de la perte de poids, vous donnez du pouvoir au trouble lui-même en renforçant la croyance que maigrir est bon pour la santé chez le malade.

« Mange normalement, comme tout le monde ! » « Tu n’as qu’à manger, ce n’est pas si compliqué ! »

Manger est un besoin primaire. Alors quand vous voyez un ami qui ne s’alimente pas, cela vous parait incompréhensible et insensé. Et vous pensez certainement qu’en donnant un argument aussi logique, cela va créer un électrochoc chez votre proche.

Je comprends que ce soit déconcertant et que vous vous sentez complètement impuissants. Mais la nourriture n’est pas le vrai problème d’une personne anorexique, boulimique, hyperphagique… Non, les problèmes sont souvent psychologiques et dus à des blessures ancrées au plus profond de son être. Ce sont ces problèmes-là qui rendent une personne souffrante de trouble alimentaire incapable de se nourrir convenablement. Elle a une peur irréfutable de manger. Et lui demander de « tout simplement manger » ne sera pas utile. C’est comme demander à quelqu’un en fauteuil roulant de tout simplement se lever et marcher. Elle ne le peut pas, même avec toute la volonté du monde.

Lui réclamer de manger comme tout le monde lui montre juste que vous ne comprenez pas sa maladie, que vous ne prenez pas cela au sérieux. Elle se sentira incomprise et se renfermera sur elle-même.

« J’ai tellement mangé hier soir, je vais sauter le petit déjeuner »

Peut-être que vous ne souffrez pas de trouble du comportement alimentaire et que lorsque vous mangez un paquet de biscuits entier, vous sautez le prochain repas sans culpabiliser trop longtemps à propos des biscuits avalés quelques heures avant. En revanche, si vous dites cela devant une personne souffrant d’un trouble du comportement alimentaire, le simple fait d’en parler pourrait déclencher des ruminations à propos de son alimentation, de son poids et pourrait même provoquer une rechute chez une patiente en convalescence. Parce qu’une personne souffrant de trouble du comportement alimentaire ne peut pas sauter de repas, car ça la ramènerait sur la pente glissante de la restriction alimentaire. Et le simple fait de savoir que vous allez sauter un repas va l’inciter à elle-même sauter son prochain repas quand bien même elle n’a pas dévoré le paquet de gâteau que vous avez mangé. 

Si je peux vous donner un conseil : juste, ne discutez pas de repas avec une personne souffrant de troubles alimentaires. Ni même de poids, de kilos et de tout ce qui s’y rapproche. C’est peut-être difficile pour vous de vous empêcher d’en parler. Mais ça peut éviter d’accroître les troubles alimentaires d’une personne voire d’enclencher une rechute chez elle.

« C’est tout ce que tu manges ? »

c'est tout ce que tu mange

Cela s’apparente à ce que j’ai écrit juste au-dessus : ne parlez pas de nourriture ou de la quantité que la personne malade avale pendant son repas. Cela peut paraître une question inoffensive et même bienveillante de votre part, mais cela va générer beaucoup d’anxiété et un énorme blocage chez la personne en souffrance.

« Vu comment t’es maigre, tu pourrais te faire un kebab ou un gros McDo ! »

Les personnes souffrant de troubles alimentaires catégorisent généralement les aliments de bon ou mauvais. Ils ont des aliments confort, qui ne leur font pas trop peur et qu’ils s’autorisent de manger. Et ils ont des aliments qu’ils redoutent terriblement. Ceux qu’on appelle les « fear food ». Ces derniers englobent très souvent des aliments gras, des hamburgers, des kebabs, etc. Les inciter à manger leurs fear food peut générer chez eux une anxiété intense. Les pousser à faire face aux aliments qu’ils craignent prouve une fois de plus que vous ne comprenez pas ce qu’ils vivent.

De plus, sachez qu’inverser l’effet de la perte de poids n’est pas aussi simple que de manger un kebab ou un McDo.

« Tu es jolie. Tu as perdu du poids ? »

Malheureusement, dans notre société, on félicite et l’on encourage la perte de poids. En complimentant une anorexique, on lui confirme juste que les résultats de son trouble alimentaire sont positifs, peu importe comment elle a dû obtenir cette perte de poids.

Je me souviens qu’au début de mon anorexie, on me disait « Ça te va super bien, tu es trop belle ! T’as un beau corps ». Les gens s’imaginaient qu’en me disant cela, j’allais être satisfaite de mon apparence et que je m’arrêterais là. Mais moi, quand je me regardais dans la glace, je ne me suis jamais dit que j’avais perdu assez. Lorsqu’on me complimentait, je me disais simplement que j’étais sur la bonne voie et que je pouvais continuer ainsi. Cela me confortait dans ma perte de poids.

« Mais, tu ne vois pas que tu es trop maigre ?! Ce n’est pas joli ! »

dysmorphophobie

Déjà, sachez une chose, c’est que les personnes touchées par les troubles alimentaires souffrent généralement de dysmorphophobie. C’est-à-dire qu’elles se voient plus grosses qu’elles ne le sont réellement. Cela fait partie du trouble. Donc elle ne voit pas la même chose dans le miroir que vous. Ainsi ce genre de commentaire va juste augmenter son mal-être et sa faible estime d’elle-même. 

Ensuite, dans l’anorexie il existe un énorme préjugé qui est celui de croire qu’une personne anorexique essaie de perdre du poids simplement pour être plus jolie. Non, c’est absolument faux !  Le contrôle qu’elle exerce sur son alimentation est le contrôle qu’elle essaie d’obtenir sur ses émotions.

Mais cela n’a souvent aucun rapport avec son apparence. Je ne me suis jamais trouvée jolie, même à un poids « normal » et même lorsque j’ai atteint le poids le plus bas que je pouvais. Mon mal-être ou bien-être n’a jamais été en lien avec mon reflet dans le miroir, mais bien avec le désordre que je ressentais en moi.

« T’es au courant qu’il y a des gens qui meurent de faim dans le monde ? À ta place, ils seraient heureux de manger ! »

Je suis certaine que oui, la personne à qui vous avez dit ça est au courant qu’il y a des gens qui meurent de faim chaque jour. Mais le fait de lui dire ça ne va absolument pas l’aider et au contraire. Cela va renforcer sa culpabilité. Lorsque j’étais anorexique, je m’en voulais d’être malade alors que je n’y pouvais rien. Je portais déjà toute la culpabilité du monde sur mes épaules. Alors pas la peine d’en rajouter…

« Je suis content(e) que tu aies mangé »

Les personnes souffrant d’un trouble du comportement alimentaire sont souvent persuadées qu’elles sont constamment surveillées lorsqu’elle mange. Elles ont ce sentiment d’être observées. Et leur faire ce genre de commentaire ne fera que renforcer leur croyance.

De plus, même si votre proche a réalisé un effort extraordinaire, qu’elle a mangé plus que d’habitude, qu’elle a osé goûter à l’aliment qui lui fait peur, ne lui faites pas de commentaire pour souligner son effort, à moins qu’elle vous en parle d’elle-même. Mais sinon, cela la stoppera net dans son élan ! Cela augmentera même la culpabilité qu’elle a de ne pas obéir à son trouble alimentaire qu’est la restriction ou l’interdiction de manger certain aliment. Elle est en lutte contre l’anorexique qui est en elle.

« Viens on va en discuter ensemble autour d’un repas » « viens on va boire un verre pour te changer les idées »

Manger ou boire un verre sont des activités sociales, ce sont des moyens faciles de retrouver ses amis. Mais si cet ami a du mal à manger, alors évitez de lui suggérer un restaurant. Même boire un verre c’est stressant ! Parce qu’on n’est pas sûr à 100 % qu’ils auront du coca zéro. Si vous avez envie de voir votre ami pour lui remonter le moral, proposez plutôt une balade dans un parc ou un cinéma. Cela évitera de lui mettre une pression supplémentaire et de vous retrouver plus sereinement.

« Tu sais à quel point c’est difficile pour moi de gérer cette situation ? »

Je me doute que ce doit être très difficile à vivre pour l’entourage. Moi-même j’ai vu mon entourage en souffrir de ma maladie, différemment que moi, mais tout autant. Je sais combien il doit être frustrant de regarder un proche ou même son enfant malade, mais de rester impuissant face à cela. Mais ne tentez pas de le culpabiliser pour le faire arrêter. Déjà parce que ça ne marchera pas, mais en plus parce qu’il culpabilise déjà très certainement et cela ne fera que renforcer son mal-être. Il a besoin de votre soutien, de votre amour, de votre empathie, mais pas de vos reproches.

difficulté pour l'entourage

« Je suis grosse ! » « Je vais éviter de manger ça, il y’a plus de 200 calories dedans ! »

Les personnes souffrant de troubles alimentaires sont en alerte permanente quant à l’apparence, au poids et à l’alimentation des autres autour. Alors, évitez d’en rajouter en commentant votre ressenti de vous-même concernant ces choses-là. Cela va les amener à se concentrer encore plus sur leur poids et leur nourriture. Pire, elles vont se comparer à vous et puisqu’elles sont atteintes de dysmorphophobie, elles risquent de se trouver plus grosses et donc de se restreindre davantage si vous-même choisissez de ne pas manger tel ou tel aliment.

« Je sais comment t’aider ! Tu n’as qu’à faire ce que je te dis et tout ira bien » « À l’hôpital, tu les écoutais les infirmières quand elles te disaient de manger »

Combien de fois j’ai entendu ma mère me dire qu’elle voulait m’aider, qu’elle pouvait faire l’infirmière à la maison et s’occuper de ma réalimentation. Et bien non, ce n’est absolument pas possible. C’est certainement frustrant, notamment si votre enfant a été hospitalisé, de savoir qu’à l’hôpital il réussissait à manger mais pas avec vous. C’est tout simplement parce qu’une infirmière ou un médecin n’est pas vous. C’est une personne neutre, extérieure à la famille, aux proches. Et si vous pouviez remplacer les infirmière, on fermerait bientôt les hôpitaux. 

N’essayez pas de guérir votre enfant ou votre ami. Ce n’est pas votre rôle. Votre rôle est de le soutenir, d’être patient à ses côtés et de se montrer présent. Si vous essayez de trop vous immiscer dans son processus de guérison, vous risquez de heurter votre relation. 

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