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L’impact de la restriction : L’expérience de la famine dans le Minnesota

L’impact de la restriction : L’expérience de la famine dans le Minnesota

L’impact de la restriction : L’expérience de la famine dans le Minnesota

Peut-être as-tu déjà entendu parler de l’expérience de la famine du Minnesota ? C’est l’une des études les plus déterminantes qui a servi et sert encore comme ressource dans le traitement des troubles alimentaires.

Elle explique les effets psychologique et physiologique de la restriction sur le corps et le cerveau. Et elle donne également un aperçu des événements qui peuvent se produire dans le processus de rétablissement.

Personnellement, je trouve cette étude fascinante. Quand je l’ai analysé, j’ai été stupéfaite de découvrir le nombre de similitudes entre ce que j’avais développé lorsque j’étais anorexique et ce qu’ont développé les sujets de cette expérience qui ont été soumis à de la restriction. 

Toutefois, je trouve que cette étude est d’autant plus probante pour les troubles alimentaires restrictifs, notamment l’anorexie mentale.

Enfin, avant de commencer cette étude, je voulais rappeler une chose : ici, il s’agit d’une expérience où les sujets étaient volontaires. Les troubles alimentaires comme l’anorexie ne sont pas volontaires. Il s’agit d’une maladie mentale dont on ne décide pas de l’avoir, de la commencer comme ça nous chante. 

Contexte de l’expérience

L’expérience débute en 1944 dans un contexte de 2nd Guerre Mondiale. Durant cette période, des hommes subissaient de la famine dans toute l’Europe dû au contexte de Guerre. Il était donc nécessaire de comprendre comment ça impactait le fonctionnement de leur corps afin de leur assurer le meilleur rétablissement après la guerre. Cette recherche a été menée par le physiologiste Ancel Keys et ses collègues de l’Université du Minnesota (d’où le nom de l’expérience).

Cette étude a été faite sur 36 jeunes hommes volontaires, tous en très bonne santé physique et mentale (ils ont reçu au préalable une batterie de tests pour le certifier). Cette expérience a duré presque 1 an.

Comment s’est déroulée l’expérience ?

Tous les participants sont passés par 3 grandes étapes, et 12 d’entre eux ont participé à une 4ᵉ étape.

Première période : Période contrôlée en observation - Durée : 3 mois

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Durant ces 12 semaines, les participants étaient en observation avec des apports donnés en fonction de leurs besoins. Des diététiciens qualifiés leur avaient préparé des repas leur apportant tous les nutriments et vitamines nécessaires. Le but était de maintenir leur équilibre calorique. Ainsi, les chercheurs pouvaient apprendre à mieux connaître les habitudes comportementales et physiques de ces hommes. Et de ce fait, les comparaisons à la fin de la recherche seraient plus pertinentes. 

Durant ces 3 mois, les hommes mangeaient approximativement 3 200 à 3 500 calories. 

Deuxième période : Période de restriction - Durée : 6 mois

La période de famine commença alors au bout de 3 mois pour une durée de 6 mois. Cependant, on dit “famine” mais ce n’est pas une famine au sens propre du terme. Je veux dire que souvent, on associe la famine comme l’arrêt total de nourriture. Cependant, durant cette période, les hommes ont été restreints à un apport calorique moitié moindre à ce qu’ils consommaient auparavant, soit approximativement 1570 calories par jour.

Et pourtant, tu verras dans la suite de cet article, les impacts néfastes sur la santé sont dévastateurs ! Donc c’est dire à quel point ce n’est pas la quantité de restriction qui importe. Je dis ça parce que souvent, quand on a un TCA, on a tendance à minimiser et à dire “oui mais je ne me restreins pas tant que ça”. 

Et autre point, 1570 calories, c’est supérieur à de nombreux régimes préconisés. Et déjà, je déteste les régimes et suis contre ce mindset, mais là, ça prouve encore plus la dangerosité ! La prochaine fois que tu verras ou entendras un discours conseillant un très faible apport calorique, souviens-toi de cette étude !

La prise alimentaire se faisait en 2 repas journaliers : l’un donné aux alentours de 8 heures du matin et l’autre à 18 heures du soir. Le but était de reproduire les prises alimentaires données aux combattants de la guerre. Le type d’aliment donné s’inspirait également de ce qui était donné dans les tranchées : du pain noir, des pommes de terre, des navets, du rutabaga…

Pendant cette période de temps, les hommes devaient marcher quotidiennement un nombre de kilomètres définis. Il était également soumis à un travail dans un laboratoire durant 15 heures par semaine qui correspondait essentiellement à des tâches bureautiques. Enfin, ils avaient un test sur tapis roulant 30 minutes par semaine. S’ils le souhaitaient, ils pouvaient assister à des activités académiques et sociales 25 heures par semaine. 

Durant cette période de “famine”, une perte de poids était attendue et mesurée précisément. Si elle était trop lente ou trop rapide, leur ration était adaptée.

Troisième période : Période de renutrition mesurée - Durée : 3 mois

À la suite de cette période de famine, a suivi une période de 3 mois durant laquelle la renutrition était limitée à un apport calorique entre 2000 et 3000 calories.

Quatrième période : Période de renutrition non contrôlée - Durée : 2 mois

Seulement 12 des sujets a été confronté à cette dernière étape : ils avaient la possibilité de manger la quantité de nourriture, et donc de calories, qu’ils voulaient. Et ils étaient toujours observés. 

Cela ne veut pas dire que le reste des participants n’a pas fait cela, simplement, ils n’ont pas été observés durant cette période.

Les observations qui ont été faites

Je trouve cette partie fascinante et c’est là que j’ai pris conscience des grandes similarités avec l’anorexie.

Toutefois, je connais bien les TCA et je sais qu’on a toujours tendance à minimiser la gravité de sa maladie en soulignant davantage les symptômes que tu n’as pas.

Donc ne te dit pas que si tu n’expérimentes pas ces symptômes, c’est que ton TCA n’est pas grave. Rappelle-toi qu’ici, il s’agit d’une expérience et non pas d’un trouble alimentaire non voulu.

Et souviens-toi également que chacun expérimente les troubles alimentaires à sa propre façon et que ça n’en rend pas moins valide ta maladie ou ta guérison.

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Les impacts physiques de la restriction sur leur corps

  • Une perte de poids (volontaire) a été noté comme c’était voulu. Le poids a chuté en moyenne de 25% et leur masse musculaire a diminué de 40%. Ils avaient parfois mal lorsqu’ils devaient s’assoir car ils avaient perdu trop de poids. Ils se munissaient donc d’oreillers pour atténuer la douleur et les frottements.
  • Ils souffraient d’anémie, de déficits neurologiques, ils avaient la peau pâle, rugueuse et fine ; les ongles cessaient de pousser ; les cheveux cassaient et la repousse était ralentie.
  • Les hommes souffraient de problèmes intestinaux, notamment de constipation. Durant les 3 premiers mois de l’expérience, ils allaient aux toilettes au moins 1 fois par jour contre une à 2 fois par semaine durant la période de “famine”. 
  • Leur température corporelle était basse, ils avaient du mal à se réchauffer et avaient froids. Et à l’inverse, ils présentaient une plus grande résistance à la chaleur : ils demandaient d’ailleurs à ce que leur café, thé et repas leur soit servi très chaud.
  • Une diminution de leur pouls, soit le rythme cardiaque, a été noté également. Leur cœur a en moyenne diminuée de 17%.
  • Une diminution de la libido a aussi été notée. Mais pas tant seulement en termes de désir. Des analyses ont démontré une baisse de leur capacité de reproduction. Cette étude a été réalisée uniquement sur des hommes : je pense que c’est parce qu’à l’époque, c’étais les hommes les principaux concernés puisqu’ils étaient soldats. Mais si des femmes avaient participé, ce symptôme se serait traduit par une perturbation des cycles de règles, voire l’arrêt complet des menstruations, soit une aménorrhée.

Les impacts psychiques et comportementaux de la restriction

Très vite, des préoccupations obsessionnelles autour de la nourriture ont été remarquées : cela revenait constamment dans les sujets de conversation, dans les choix de lecture. Et certains participants avaient même honte d’admettre en rêver. 

Cet intérêt pour la nourriture a même conduit certain participant à développer comme une passion autour des livres de recette. À la fin de l’expérience, l’un d’eux avait une collection de plus de 100 livres de recettes qu’il aimait regarder. Cette obsession a même amené certains d’entre eux à observer des gens manger dans des restaurants, ou à dévorer des yeux les vitrines de boulangerie.

  • Certains hommes trouvaient du plaisir à regarder les autres manger tandis que d’autres préféraient éviter de les voir manger.
  • Certains sont devenus possessifs quant à la nourriture, inquiets que certaines personnes leur volent leur repas. Durant l’heure du repas, ils gardaient les coudes devant leur assiette comme pour la protéger. (Pour le coup, je trouve qu’ici on voit bien qu’il ne s’agit pas d’un TCA mais d’une expérience. Car leur volonté était de manger le plus possible. Mais ça n’est que mon avis.)
  • Étant donné que les repas n’étaient pas tous exactement les mêmes, ils prenaient plaisir à comparer leur menu. 
  • De nouvelles consommations sont apparues : certains mâchaient énormément de chewing-gum, du matin au soir, à tel point que les chercheurs ont dû limiter le nombre de boîtes de chewing-gums. D’autant que les participants les mâchaient tellement rapidement que leur mâchoire en venait douloureuse. 
  • D’autres ont développé des habitudes de tabagismes et de caféine en essayant d’ignorer leur faim. La consommation d’eau s’est vue aussi fortement accroître dans une recherche de plénitude au niveau de l’estomac. 
  • Les sujets devenaient de plus en plus irritables, facilement énervés pour des broutilles. 
  • Les participants ont également développé comme des TOC : manger beaucoup plus lentement, couper en petits morceaux leur nourriture… ils essayaient de trouver des façons de tromper leur cerveau, de faire des illusions leur faisant croire que leur assiette comportait plus de nourriture qu’elle n’en avait réellement. Ils utilisaient également beaucoup d’épices et de sel pour tenter de relever la saveur de leur plat. 
  • Les hommes qui étaient des hommes sociables et extravertis à la base sont devenus renfermés, isolés, avec des attraits anxieux et dépressifs.

Que se passait-il durant la phase de réalimentation ?

La réalimentation contrôlée

À mesure que l’apport calorique augmentait, des changements physiques et mentaux ont été notés de façon positive. Les anxiétés et dépressions se sont vues être stabilisées. 

De nombreux participants souffraient d’œdèmes au niveau des chevilles, des genoux et même du visage. 

Beaucoup disaient terminer les repas en se sentant rassasiés physiquement, mais pourtant insatisfaits. Ils avaient le sentiment d’avoir encore faim.

La réalimentation non contrôlée

12 participants ont donc été observés lorsqu’on leur a donné la possibilité de gérer eux-mêmes leur renutrition. Et cette partie, je la trouve également très intéressante et j’aurais aimé la connaître avant de traverser ma faim extrême

Des participants se sont vus manger plusieurs repas au cours d’un seul repas justement. Ils disaient avoir des difficultés à ressentir leurs sensations de faim et de satiété. 

Ils se disaient traverser des périodes de frénésie alimentaire où ils mangeaient une quantité excessive selon eux de nourriture (ils ne le savaient pas, mais c’était une réponse complètement normale suite à la restriction des mois précédents !)

Étant donné qu’ils étaient observés, les chercheurs ont pu noter que les hommes mangeaient entre 4 000 et 11 500 calories les premières semaines avec une moyenne à 5 000 calories. 

Nombreux sont ceux qui ont reporté de grandes douleurs aux ventres avec notamment un patient qui a terminé aux urgences. Les hommes disaient qu’ils sentaient que physiquement ils ne pouvaient plus rien avaler mais qu’ils désiraient encore manger car ils ne se sentaient pas rassasiés.

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Les chercheurs ont admis qu’ils ne s’attendaient à ce que les sujets aient besoin d’autant de calorie. Et après de longues observations et analyses, Keys a souligné l’importance d’un apport conséquent de calorie pour permettre aux dommages causés pendant la période de restriction d’être reconstruits. 

Certains des participants avaient toujours ces comportements, même 5 mois après la fin de cette observation.

Ce paragraphe est pour moi super important ! Parce que ça répond aux peurs que tu peux rencontrer si tu ressens une faim sans fin, qui dure plusieurs temps, où tu manges de grandes quantités de nourriture : tu vois que c’est une réaction complètement normale du corps après la restriction. Ce n’est pas toi qui a un problème ni à cause de ton TCA. Ces hommes n’avaient pas de troubles alimentaires. Et je redonne également deux données importantes : ils ont été en “semi-famine” pendant 6 mois. À savoir que peut-être que tes apports étaient encore plus moindres et/ou que cela a duré d’autant plus longtemps.

Certains ont précisé que la période de renutrition a été la période la plus compliquée à vivre. 

Je parle aussi de cette expérience dans un épisode de podcast : 

Et après ?

La plupart des participants ont pris encore beaucoup de temps après la fin de l’étude pour retrouver un rapport à l’alimentation classique. En moyenne, la plupart d’entre eux ont retrouvé leur poids après 1 an. Mais il faut bien retenir qu’une fois qu’ils ont commencé à manger, ils ne sont pas restreints. Ils ne compensaient pas non plus par de l’exercice physique ou de la purge. Ils ont mangé jusqu’à être rétabli complètement. Dans le cadre de la guérison d’un trouble alimentaire, les peurs sont souvent tellement présentes que ça peut être beaucoup moins rapide. 

Personnellement, quand j’ai lu cette étude, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir beaucoup de compassion pour ces participants. Je me suis dit qu’ils ont dû le regretter parce que ç’avait l’air vraiment horribles ! 

Mais des chercheurs (Eckert, et al., 2018) ont interrogé 19 d’entre eux 60 ans plus tard pour connaître l’impact de la restriction sur le long terme. Aucun d’entre eux n’a dit regretter avoir participé à l’étude. 

En revanche, ils se souvenaient tous de symptômes précis qu’ils avaient éprouvés durant cette étude. Souvent, ils se rappelaient des points positifs plus que négatifs. Et cela me fait un peu penser à la période où l’on romantise le trouble alimentaire, ou la période de restriction nous manque.

Ils se sont tous souvenus également de la faim incroyable qu’ils ont ressenti à la sortie de la période de famine. Certains ont évoqué une “boulimie” ou de la suralimentation. En réalité, c’était une faim appropriée pour un corps restreint qui avait accumulé une carence d’énergie.

Attention, cette expérience n’est pas un trouble alimentaire

J’aime beaucoup cette expérience car je trouve qu’elle permet de comprendre énormément de fonctionnement du corps lorsqu’il est dans un environnement de restriction comme c’est le cas dans l’anorexie.

Cependant, comme je disais au début, il ne faut pas oublier qu’on voit des différences avec les troubles alimentaires. Je dis ça notamment pour les proches qui peuvent lire cet article. Je ne veux pas qu’ils se disent qu’en fait “il suffit de manger” ou “il suffit d’arrêter la restriction”. Ces hommes n’avaient justement pas les mécanismes de l’anorexie, du trouble alimentaire et c’est ce qui les a aidés à se remettre rapidement de cette expérience. Mais c’est aussi pourquoi leur capacité mentale avait été évalué avant d’être admis pour l’étude. 

Les différences que j’ai notées dans cette étude par rapport à quelqu’un qui souffre de TCA :

  • Souvent, ils disent qu’ils étaient fatigués physiquement. Ils évitaient les escaliers, ils évitaient de faire du sport. Une personne qui a des TCA est facilement hyperactive mentalement et va limite au contraire chercher les escaliers. 
  • Ils attendaient avec impatience la fin de cette étude et d’ailleurs, ils avaient une date de fin à ce cauchemar ! Les troubles alimentaires, on se souvient parfois approximativement quand ça a commencé, par contre, on ne sait pas quand ça se terminera !
  • Si on leur donnait plus de nourriture, ils l’auraient mangé. Alors qu’en général, dans les TCA restrictifs (hors période faim extrême je parle), les patients font généralement tout pour manger le moins possible.
  • L’étude ne révèle pas que ces hommes ont des peurs par rapport à l’alimentation. Souvent, les patients de troubles alimentaires catégorisent des aliments comme “bons” ou “mauvais” et ont des peurs, que ce soit sur le type d’aliment ou la quantité. Les patients ont parfois peur de guérir aussi, soit d’avoir cette période de restriction terminée. Or ici, les sujets éprouvent tout le contraire et s’en fichent un peu de ce qu’ils ont dans leur assiette tant qu’ils ont à manger.
  • Lorsqu’on a un trouble alimentaire, la personne qui en souffre a vraiment la sensation que c’est impossible de manger. Et ce n’est pas juste dans sa tête, elle est malade ! Elle ne fait pas semblant et elle n’a pas “juste à manger”. Ce n’est pas aussi simple. 
  • Enfin, ces hommes se sont restreints de façon volontaire POUR une expérience. Les personnes qui souffrent d’un trouble alimentaire ne se restreignent pas par plaisir même si ça leur fait du bien. C’est justement que leur corps/ mental a développé un TCA comme stratégie d’adaptation. Parce qu’elles ont un mal-être dans leur vie, et le TCA leur donne l’illusion que cela leur permet d’être en contrôle, de se protéger, de gérer l’anxiété ou un traumatisme. Et parfois, des personnes disent que leur trouble alimentaire leur sauve la vie. Et elles le pensent et c’est sans doute vrai ! C’est vraiment la façon que leur corps a trouvé de survivre, de leur dire qu’il y a quelque chose qu’il ne va pas et qu’il faut vraiment le travailler. 

Voilà, j’espère que cette étude vous aura plu ! Je la trouve personnellement super intéressante et très pertinente dans le cas des troubles alimentaires ! N’hésite pas à me dire si tu as mieux compris des choses, si ça t’a aidé d’une quelconque manière.

Je te mets les sources si tu souhaites faire toi-même tes propres recherches : 

They starved so that others be better fed: remembering Ancel Keys and the Minnesota experiment – Leah M Kalm, Richard D Semba, 2005, The Journal of Nutrition.

The Great Starvation Experiment: Ancel Keys and the Men Who Starved for Science

The Biology of Human Starvation – Volume I-II

Retrouve ton kit de guérison gratuit dans mon espace Ressources :

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Publié par Norainnoflower dans Faim extrême, Mieux connaître, 0 commentaire
Signes d’anorexie chez l’adulte : ne les ignorez pas !

Signes d’anorexie chez l’adulte : ne les ignorez pas !

Signes d’anorexie chez l’adulte : ne les ignorez pas !

Peut-être que lorsque vous entendez le mot anorexie, vous avez facilement l’image d’une jeune fille en tête. Pourtant, l’anorexie, la boulimie ou n’importe quel trouble alimentaire, ne fait pas de discrimination. Peu importe le genre, la nationalité, l’âge… Tout le monde peut être touché par un trouble alimentaire. Même l’anorexie du nourrisson, ça existe ! Mais on parle beaucoup moins souvent des signes de l’anorexie chez l’adulte.

Personnellement, je suis tombée dans l’anorexie mentale quand j’avais 19 ans. Certains catégoriseront cet âge dans la catégorie « adulte ». Pour moi, j’étais une pré-adulte. Je ne suis donc pas vraiment concernée, n’ayant pas été anorexique adulte, mais écrire cet article me tenait à cœur. En effet, depuis que j’apporte mon aide auprès de ceux qui en souffrent encore, j’ai eu de nombreux messages de femmes et d’hommes qui étaient adultes et qui souffraient de troubles alimentaires.

Cet article s’adresse donc aux adultes qui souffrent de trouble alimentaire, mais aussi aux proches de ces adultes-là. 

Alors à partir de quand est-on adulte ? Franchement, ça en est presque une question philosophique ! Mais ici, je vais parler d’adultes lorsqu’on s’approche de la trentaine. Mais cet article touche évidemment les adultes de la quarantaine, cinquantaine et plus.

L’anorexie chez l’adulte : quelles sont les causes ?

Concernant l’anorexie chez l’adulte, il y a 3 « types d’histoire » :

  • Ceux qui sont tombés malades en étant plus jeune
  • Ceux qui ont été malades en étant enfant, qui ont guéri et qui ont connu une rechute à l’âge adulte
  • Ceux qui sont tombés malades à l’âge adulte

Cette partie se concentre sur les personnes qui ont connu une rechute à la période adulte ou qui sont tombées malade en étant adulte.

Les traumatismes de l’adulte engendreraient-ils des TCA ?

Malheureusement, on lit dans beaucoup d’études que le nombre de cas d’anorexie parmi les adultes est en forte croissance depuis les 2 dernières décennies. À vrai dire, globalement (et ça me rend profondément triste), les troubles alimentaires sont en forte croissance, que ce soit pour l’enfant, l’adolescent ou l’adulte. 

Mais est-ce que les causes de l’anorexie mentale chez l’adulte sont différentes de l’anorexie pour une personne plus jeune ? 

Je vous ai déjà partagé mon point de vue à ce sujet dans mes autres contenus. Mais personnellement, je ne pense pas que l’on puisse expliquer la cause d’un trouble alimentaire par une seule raison. C’est pour moi multifactoriels même si les causes sont souvent liées entre-elles. 

Un trouble alimentaire à l’âge adulte peut subvenir, comme à n’importe quel âge, suite à un traumatisme. Lorsqu’on parle de traumatisme dans le cas d’un trouble de la conduite alimentaire, on pense généralement à un événement lié au rapport au corps (attouchement, viol…). Mais un traumatisme est très vaste comme termes. Surtout qu’il faut bien retenir une chose : un traumatisme est subjectif à chacun. Je parle notamment en termes de ressenti. Quelqu’un peut vivre un événement comme un traumatisme, là où une autre personne ayant vécu le même événement au même moment ne l’a absolument pas vécu comme un traumatisme. Cela dépend de chacun, de l’histoire, du passé de la personne, de ses schémas de croyance, de ses sentiments, etc. Et l’important, ce n’est pas si les autres trouvent que l’événement est traumatisant. L’important, c’est comme la personne l’a vécu. 

(Voilà, petite parenthèse sur les traumatismes, mais pour moi, c’est très important de l’expliquer et que vous le compreniez).

Là où ça peut différer avec l’anorexie pour un patient plus jeune, c’est qu’à l’âge adulte, on rencontre plus fréquemment d’autres traumatismes ou cap à vivre : la perte d’êtres qui nous sont proches, la pression du travail (combien de burn-out aboutissent à une dépression ou à un trouble alimentaire ?), les divorces, le fait d’être mère, le départ d’un enfant…

Oui, je sais, j’ai mis dans le même paragraphe « traumatisme » et « le fait d’être mère ». Je sais que c’est très souvent la plus belle chose au monde d’avoir un enfant. Et je ne dis absolument pas qu’avoir un enfant est traumatisant. D’ailleurs, qui suis-je pour dire ça alors que je n’ai pas encore d’enfant ? J’aimerais beaucoup être mère un jour. Mais je sais qu’élever un enfant n’est pas tout rose tous les jours. On se confronte à certaines difficultés et parfois, l’enfant, nous renvoi à nos propres blessures. Des blessures qu’on a parfois oubliées, mis dans son inconscient, qu’on a jamais vraiment travaillé. Et ces blessures sont ravivées à des moments où l’on n’avait vraiment pas prévu que ça arrive. Parfois on n’est pas armé pour y faire face au moment-même, et la seule issue qui semble apaisante peut être le développement d’un trouble alimentaire. Bien sûr, tout ça est un processus inconscient. 

La pression sociale à l’origine de l’anorexie chez l’adulte ?

Si vous me lisez depuis un moment ou que vous suivez sur Instagram, vous savez à quel point je lutte contre les diktats de cette put*** de diet culture qui occasionne de nombreux dégâts sur la santé mentale de chacun.

Eh bien, les adultes ne sont pas épargnés. Lorsque j’écris cet article, j’approche de mes 27 ans. Honnêtement, j’ai encore « de la marge » avant d’être la cible des industries pharmaceutiques qui veulent me vendre des produits anti-rides, anti-âge, des crèmes liftings… Punaise mais qu’est-ce que c’est culpabilisant !! On a le droit de vieillir sans qu’on nous dise quoi mettre sur notre peau ?!

Franchement, j’ai peur de vieillir à cause de cette pression sociétale. Une fois, j’ai entendu qu’à Hollywood, le prix journalier des actrices décroît à partir de leurs 40 ans. Non mais ça veut dire quoi ? Qu’à 40 ans une femme est périmée ?  Ça me donne mal au ventre rien que d’écrire ça. Le corps de la femme évolue et c’est complètement normal ! N’importe quel être vivant qui vit prend des années, mais ça ne rend pas cet être moins beau !

Je me focalise sur le corps de la femme car je me sens davantage concernée. Je ferai un article prochainement sur l’anorexie et les troubles alimentaires chez l’homme.

Mais avec le temps, la femme connaît certaines étapes de changements corporels pas simples à vivre : porter un enfant peut changer un corps, le passage à la ménopause, etc. Ces deux exemples que j’ai donnés là sont quand même deux choses complètement naturelles. Et si l’on parlait davantage de la beauté du geste de donner naissance à un enfant, ou de la normalité du corps qui évolue ; plutôt que de parler des solutions auxquelles doit recourir la femme pour lutter contre ces étapes naturelles de la vie… Peut-être que la culpabilité serait moins présente !

Bref, je m’emballe un peu mais j’avoue que ce sont là des sujets qui me mettent en rage.

Et je parle de ça dans cet article car la ménopause, voir son corps évoluer… Ce sont des causes de l’anorexie chez l’adulte justement. 

Les problèmes d’adultes… à l’origine des TCA chez l’adulte ?

Des « problèmes d’adultes » ça veut un peu tout et rien dire. D’autant que malheureusement, des enfants vivent des problèmes d’adultes beaucoup trop tôt. Mais ici, je vous parle de toutes ces choses dont on ne sait même pas qu’on va s’en soucier un jour lorsqu’on est enfant : gagner suffisamment d’argent pour vivre convenablement, investir de la bonne façon pour s’assurer une bonne retraite, s’occuper de ses parents qui vieillissent, etc. La liste est assez subjective en réalité, et je suis sûre qu’en lisant cela vous pensez à des choses qui vous concernent ! 

Devenir adulte a été l’un des caps qui m’a aidé à guérir de mon anorexie mentale. En fait, j’avais peur d’être adulte. J’avais peur de ne pas être capable de gérer toutes ces choses administratives, financières. Je me mettais une telle pression… Aujourd’hui, je crois que je peux dire que je suis adulte ! Et je gère toutes ces choses-là mais je sais que parfois on se sent déborder par le nombre incalculable de choses auxquelles il faut penser… Et encore, je n’ai pas encore d’enfant ! 

Et parfois, pris dans le rythme à 1000 km/heure de sa vie, sans s’en rendre compte, on sombre dans des mécanismes de contrôle et de perfectionnisme autour de son image corporelle et de son alimentation. Et sans que l’on s’en rende compte, les troubles alimentaires ont implanté leur « virus » en vous.

Les signes de l’anorexie chez l’adulte qui doivent alerter

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Cette partie de l’article sera utile pour vous, si vous vous demandez si vous souffrez d’un trouble alimentaire. Très souvent, lorsqu’on souffre d’un TCA, on minimise beaucoup pour ne pas mettre de notion de gravité. Je vais donc vous présenter des comportements dans lesquelles vous allez pouvoir vous retrouver.

Et cette partie peut également vous être utiles en tant que proche d’une personne qui semble souffrir d’un trouble de la conduite alimentaire. Peut-être reconnaitrez-vous le comportement de votre proche à travers ces symptômes de l’anorexie.

Je tiens à préciser que parfois, il est plus difficile d’avoir un diagnostic pour un patient adulte. Simplement car parfois, le corps étant plus âgé, le changement physique est parfois moins prononcé. De même, la personne étant adulte, elle sait parfois mieux cacher les comportements de son trouble alimentaire face à sa famille (ses enfants, son partenaire) ou ses amis. Enfin, les médecins étant moins familiers à de l’anorexie mentale chez l’adulte, ce sera beaucoup moins rapidement suspecté.

Les signes physiques de l’anorexie chez l’adulte

  • Le poids et l’apparence physiques ne sont pas forcément des facteurs visibles. On peut souffrir d’anorexie sans perdre de poids. Souvent, on voit sur la plupart des sites d’informations de santé que l’IMC (indice de masse corporelle) et le poids sont les deux facteurs indiquant une anorexie. C’est complètement faux ! Il ne faut pas oublier qu’un trouble de la conduite alimentaire est une maladie mentale et pas physique.
  • Problèmes de digestion et inconfort intestinal (crampes d’estomac, constipation, ballonnement)
  • Disparition des règles ou perturbation du cycle menstruel
  • Difficulté de concentration, perte de mémoire 
  • Avoir constamment froid, avoir du mal à se réchauffer
  • Problèmes de sommeil (insomnie, sueur la nuit)
  • Problème de dentition (érosion, perte de dent) notamment si la personne recourt à des vomissements
  • Peau sèche, imperfections sur la peau
  • Perte de cheveux, cheveux secs et cassants
  • Douleurs musculaires
  • Battements du cœur irrégulier
  • Ostéoporose 

Les signes comportementaux et émotionnels de l’anorexie de l’adulte

  • Ne pas être à l’aise pour manger en présence d’autres personnes
  • Le refus constant des invitations impliquant un repas (restaurant, soirée)
  • Sauter des repas ou réduire largement ses portions
  • Avoir des nouvelles façons de manger (couper en très petits morceaux, séparer les catégories d’aliments, mâcher de nombreuses fois avant d’avaler)
  • Se checker souvent dans les miroirs ou les vitres
  • Prétendre avoir déjà mangé pour éviter un repas
  • Retrouver de la nourriture qui était cachée pour ne pas être mangé
  • Être très sensibles face aux discussions sur la nourriture, les régimes, l’image corporelle, l’apparence physique et même le sport
  • Une peur accrue de prendre du poids, se peser très fréquemment
  • Constamment parler négativement de son apparence et se dévaloriser
  • Des changements d’humeurs radicaux
  • Utiliser fréquemment la salle de bain ou les toilettes après les repas
  • évelopper une obsession excessive sur la qualité de son alimentation, les calories, les macronutriments
  • Changer son alimentation : Éviter la prise alimentaire de certains produits ou groupe d’aliments tant aimés auparavant pour ne manger que des aliments considérés comme « healthy »
  • Cuisiner des plats élaborés pour les autres sans se permettre de goûter
  • Tester de nouvelles méthodes de régime
  • Être très rigide face aux imprévus et même répondre par des émotions négatives
  • Porter des vêtements plus amples pour cacher son apparence
  • Boire beaucoup d’eau ou des boissons chaudes pendant et entre les repas ou mâcher excessivement des chewing-gums pour tromper sa faim
  • Développer de l’activité physique constante : notamment marcher, être toujours debout, en mouvement, faire du sport excessivement, peu importe sa fatigue

Disclaimer : Ce n’est pas parce que vous n’avez aucun de ces symptômes que vous n’avez pas de TCA ou qu’il n’est pas valide. Les troubles alimentaires se manifestent différemment selon chacun ! Cette liste n’est qu’une liste d’exemples non exhaustifs. 

Je vous conseille de compléter cette partie en allant voir mon article sur les 38 symptômes d’anorexie dont on ne parle jamais.

Pourquoi c’est d’autant plus difficile de souffrir d’anorexie à l’âge adulte ?

Si vous êtes adulte et que vous souffrez d’anorexie, de boulimie ou de n’importe quel trouble alimentaire, j’imagine que vous savez parler de ce sujet mieux que moi.

Néanmoins, après avoir parlé et rencontré des personnes adultes anorexiques (c’est la maladie dont j’ai souffert, donc je rencontre davantage de patient anorexique), je peux imaginer quelques raisons pour lesquelles c’est plus difficile :

L’anorexie adulte : un diagnostic moins donné

Déjà parce que comme je disais précédemment, c’est parfois moins facilement détectable. Donc il est plus difficile de recevoir un diagnostic attestant votre trouble alimentaire. Or, on ressent souvent le sentiment d’illégitimité lorsqu’on souffre de TCA. Donc ça ne doit pas être évident de contrer ce sentiment-là lorsqu’il est moins reconnu.

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Avoir un TCA en étant adulte : se sentir seul, coupable, honteux

Ensuite, j’imagine qu’il y a un sentiment de honte. Lorsque l’on voit que la plupart des personnes qui souffrent d’anorexie sont des jeunes, on doit peut-être ressentir de la honte, de la culpabilité sur le fait de développer cette maladie de « jeune ». Mais dites-vous que vous voyez ceux qui « se montrent ». Je veux dire que si d’autres femmes souffrent d’anorexie à 40, 50 ans… Mais qu’elles ont honte, elles restent dans l’ombre. Donc elles existent mais vous ne le savez pas. 

Il y a peut-être aussi un sentiment de culpabilité vis-à-vis de sa famille (son partenaire, ses enfants si vous en avez), et de ses proches. Lorsqu’on est adulte, on a souvent la pression d’être « fort », de moins se montrer vulnérable. Mais c’est du bulshit ça ! Justement, montrer qu’à l’âge adulte il faut « être fort » renforce la peur d’être adulte quand on est jeune, je trouve. Même si vous êtes adulte, vous restez humain. Et c’est complètement normal de rencontrer des difficultés sur le chemin de votre vie. Ça ne fait absolument pas de vous quelqu’un de faible.

Anorexie chez l’adulte : les services de soins ne vous aident pas

C’est assez déconcertant, mais je me souviens que lorsque je cherchais une clinique ou un hôpital spécialisé en trouble alimentaire quand j’avais 21 ans, je voyais souvent que dans les critères, l’âge maximal accepté était de 30 ans voire même 25 ans. Nombreux sont les établissements qui restreignent leur prise en charge pour adolescent. Et du coup quand on est anorexique et qu’on est adulte, on se débrouille tout seul ?!

Quiconque ne devrait se sentir exclu dans le traitement des troubles alimentaires. Pourtant, c’est souvent le cas. On pourrait dire que les TCA ne font pas de discrimination mais les services de soins, oui. Les hommes et les femmes plus âgées en font les frais. 

Généralement, les CHU qui sont publics proposent une prise en charge pour les femmes plus vieilles, tout comme les hommes. Lorsque j’étais à Lille, j’étais dans un CHU et dans mes 5-6 mois d’hospitalisation, j’ai connu 2 patients hommes et 2 femmes de plus de 30 ans et 2 femmes de plus de 40 ans. 

Anorexie à l’âge adulte : les conséquences dramatiques peuvent arriver plus vite

Le corps adulte est souvent plus fatigué que celui des jeunes. Et c’est complètement normal, aucune raison de culpabiliser à ce propos.

Néanmoins, de ce fait, les ravages du trouble alimentaire se font connaître parfois de façon plus rapide et plus drastique. C’est d’autant plus le cas si la personne recourt à des vomissements ou à la prise de laxatifs. (Mais ne vous dites pas que si vous ne recourez pas à ces compensations, votre cas est “moins grave”. Ça, c’est votre TCA qui minimise la gravité de votre situation).

Je pense notamment à l’ostéoporose, les problèmes gastriques, les problèmes cardiaques, etc.

Que faire si vous êtes concernés ?

Une fois de plus, cette partie vise autant les personnes qui se reconnaissent en tant qu’adulte souffrant de troubles alimentaires. Mais également pour les proches qui s’inquiètent pour une personne qu’il aime. 

Ne restez pas seul

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Si vous êtes adulte et que vous vous reconnaissez dans cet article, ne restez pas seul dans votre souffrance. Une chose que j’ai apprise de mes 6 ans de troubles alimentaires, c’est que la solitude donne de la puissance à la maladie. Lorsque vous exposez ces « combines » à la lumière, cela rend vulnérable la maladie. 

Demandez de l’aide à vos proches mais également à des médecins spécialisés dans les TCA. Le médecin traitant est parfois moins sensibilisé à ces problématiques et peuvent au contraire dire des choses qui vous mettront plus bas que terre. C’est pourquoi je recommande de s’adresser à un médecin spécialisé en TCA qui connaissent les mécanismes de l’anorexie mentale, y compris pour l’adulte.

De plus, comme je disais juste au-dessus, le corps étant plus fatigué, le risque de complications est plus élevé. Il est donc indispensable d’avoir un suivi médical pour assurer votre suivi.

Si vous êtes un proche, encouragez votre proche à obtenir de l’aide. Au plus vite le trouble est pris en charge, au moins il a de temps pour faire des dommages sur la santé.

Gardez en tête que les troubles alimentaires sont des maladies mentales très difficiles à combattre mais dont la guérison est possible, à 100%. Et ce, peu importe l’âge ou le temps depuis lequel vous êtes malade. Il faut être patient car ça ne s’en ira pas du jour au lendemain, mais n’abandonnez jamais, je vous promets que vous méritez de vivre une vie fluide, paisible, sans toutes ces peurs qui vous rongent. 

Essayez la thérapie familiale

Les troubles alimentaires impactent les personnes qui sont malades, mais aussi les proches. C’est parfois plus simple de recourir à une thérapie familiale pour avoir un médiateur qui permet d’expliquer les choses calmement. En effet, je me souviens que parfois, j’étais dans un état de stress tellement élevé et mes parents tellement apeurés de me voir dans cet état que nos discussions se faisaient toujours dans les cris. Avec une thérapie familiale, il est plus facile de mettre des mots sur ces maux, dans le calme et de façon à ce que chacun se comprenne.

Renseignez-vous le plus possible

Les troubles alimentaires sont des maladies aux mécanismes complexes. Alors, renseignez-vous le plus possible pour comprendre l’impact (sur votre cerveau et votre corps) et le fonctionnement de ce trouble alimentaire. Je suis persuadée que le fait de comprendre les choses aident énormément dans le processus de guérison. Ce fut mon cas et c’est quelque chose de reconnu dans les maladies mentales.

Si vous êtes un proche, le fait de vous renseigner au maximum sur la maladie vous permettra de mieux comprendre ce que vie la personne qui en souffre. Les TCA font souvent l’objet de nombreux mythes. Et déconstruire ces mythes est pour moi indispensable si vous voulez aider votre proche. Je vous propose d’aller voir les articles que j’ai écrits dans la catégorie « Parents » ou « Couple ».

J’espère que cet article vous aura aidé. Je vous propose de laisser un commentaire à cet article, notamment si vous êtes concerné. Cela ne pourra que renforcer la pertinence de cet article. Car comme je vous disais, n’étant pas complètement concerné par ce cas spécifique, ce sont ceux qui le vivent qui sauront mieux en parler !

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Livre tca : ceux qui m’ont aidé à guérir !

Livre tca : ceux qui m’ont aidé à guérir !

Livre tca : ceux qui m’ont aidé à guérir !

Je parle souvent dans mes contenus, que ce soit sur mon blog, sur Instagram ou dans mon podcast, l’importance de se créer un environnement positif pour la guérison.

Je te partage déjà quelques éléments que tu peux mettre en pratique dans ton kit de guérison. Et ça me tient à cœur de te partager dans cet article un autre conseil qui m’a beaucoup aidé : lire. Je t’ai donc préparé une liste de « livre tca » qui m’ont aidé à guérir de mon anorexie. 

Lire des livres de développement personnel m’a aidé à guérir de mon trouble alimentaire

Je ne suis pas une grande lectrice, je n’ai jamais beaucoup lu dans ma vie. Jusqu’à ce que je tombe sur des livres de développement personnel ! Je me suis intéressée de très près à ces sujets de psychologies lorsque je suis tombée dans l’anorexie. J’ai très vite compris que le fait que j’étais devenue anorexique était le résultat d’un problème beaucoup plus profond que mon reflet dans le miroir, que le chiffre de la balance ou de la quantité de graisse dans mon assiette.

Cette sélection de “livres tca” ne correspond donc pas à des livres spécifiquement sur l’anorexie ou n’importe quelle autre maladie. Ce ne sont pas des témoignages sur les troubles des conduites alimentaires qui te diront comment vaincre l’anorexie par exemple. Il s’agit vraiment d’ouvrages de développement personnel et psychologie qui te permettront de travailler sur toi, et notamment sur les causes de ta maladie. Donc c’est plus généraliste, à visée tout public. Et d’ailleurs des personnes ne souffrant pas d’anorexie, de boulimie, d’hyperphagie…peuvent trouver ces livres très inspirants !

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Ce sont souvent des livres d’auteurs reconnus dans le domaine du développement personnel, de la psychologie et/ou de la santé.

Certains passages de ces livres m’ont créé de véritables prises de consciences qui ont été des tremplins dans la guérison de mes troubles alimentaires. Après, évidemment c’est subjectif car cela dépend des blessures d’enfant de chacun, des problématiques et histoire de vie qui sont propres à toi !

Pour ma part, les prises de conscience et leçons de vie que j’ai tiré de ces livres, je les avais notés dans un carnet pour les relire de temps en temps. Parce que malheureusement, les mécanismes des troubles du comportement alimentaire sont tellement ancrés et puissants qu’on oublie les bonnes réflexions à adopter ! 

Bon allez, assez de blabla…

Je te partage ma liste !

Ma sélection de livres qui m’ont aidé dans la guérison de mon trouble alimentaire !

Avant de te présenter cette liste, je rappelle simplement que bien que de nombreuses “caractéristiques” sont communes, il y a autant de types de troubles alimentaires que de personne malade. J’entends par là que ce n’est pas parce que tu souffres aussi d’anorexie mentale, ou de TCA plus globalement, que tu auras chacun de ses manifestations. Peut-être que tu en auras certain, peut-être que tu les vivras de façon plus ou moins intensément que moi, et peut-être qu’il y en a d’autres que tu ne vivras jamais. 

Et je connais trop bien cette petite voix qui te fait culpabiliser de ne pas être “assez malade” ou qui minimise ton propre TCA en te disant que les autres sont dans un état plus grave que toi. Souviens-toi que c’est un mensonge ! C’est ton trouble alimentaire qui tente de toujours te rabaisser et de te ramener toujours plus loin dans la maladie. Mais ce n’est pas parce que tu n’as pas certains de ces signes que ton TCA est moins grave ou que tu n’es pas légitime à recevoir de l’aide. Je sais que c’est difficile parce que l’anorexie est une maladie très compétitive : mais te comparer aux autres ne fera que te faire du mal. Donc concentre-toi sur ta guérison à toi, sur ta santé 🙂

Alors je commence avec trois livres de Laurent Gounelle, j’adore cet auteur ! Et il est d’ailleurs une référence dans les livres de développement personnel ! D’ailleurs je sais que j’ai d’autres livres à lire de cet auteur qui m’ont déjà été recommandés. Je trouve que ce sont des livres qui se lisent très facilement et dans lesquels on retrouve des leçons de vie qui m’ont tellement aidé !

-> Lecture légère qui met dans une bonne humeur !

Je trouve que le personnage de Camille pourrait être n’importe qui, et dont soi-même !

Donc si elle parvient à se libérer de ses schémas de croyance, pourquoi pas nous ?

Prix : 6, 90€

Il y a des pages avec des petits exercices pratiques à appliquer tout au long du parcours du personnage principal !

J’ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage et je le recommande ++ !

Je me souviens qu’il fait partie des livres que j’ai lus à l’hôpital. C’est un format court et le récit dit des choses tellement “évidentes” qu’il se lit très rapidement. C’est l’un des livres qui m’a vraiment donné cet effet Whouahou, j’avais vraiment l’impression de mieux comprendre la vie !

Et d’ailleurs, la citation de l’auteur résume bien mon ressenti : « À chaque fois que vous lisez, ce n’est pas le livre qui a changé, mais vous. » Don Miguel Ruiz

C’est l’un des premiers livres que j’ai lu. Je devais avoir 19 ans.

Et à 19 ans, clairement, j’étais une fille qui se préoccupait beaucoup trop du regard des autres. Ça me pesait tellement. Je me sentais sans cesse jugé sur ce que je faisais. Et j’avais terriblement peur de rater, de mal faire les choses. C’est l’âge à la quel je suis devenue anorexique.

De nature perfectionniste, l’atteinte de la perfection est devenue maladive avec l’anorexie mentale. J’ai trouvé de précieux conseils et façons de voir les choses qui m’ont aidé dans cet ouvrage.

C’est aussi un livre que j’ai lu lors de ma deuxième hospitalisation en service de troubles du comportement alimentaire.

C’est à ce moment là où j’ai vraiment compris qu’adopter une psychologie positive était indispensable pour la guérison de mon anorexie. Et j’ai vraiment noté plein de conseils que délivrent les pages de cet ouvrage dans mon propre carnet que je relisais souvent.

C’est réellement un livre qui donne du peps ! Rien que la couverture est déjà dynamique je trouve.

Ce sont deux livres que j’ai lus de Louise Hay au tout début. Je devais avoir 19 ans.

Et à 19 ans, clairement, j’étais une fille qui se préoccupait beaucoup trop du regard des autres. Ça me pesait tellement. Je me sentais sans cesse jugé sur ce que je faisais. Et j’avais terriblement peur de rater, de mal faire les choses. C’est l’âge à la quel je suis devenue anorexique.

De nature perfectionniste, l’atteinte de la perfection est devenue maladive avec l’anorexie mentale. J’ai trouvé de précieux conseils et façons de voir les choses qui m’ont aidé dans ces ouvrages.

Ces deux livres je les ai lus en sortant de mes deux hospitalisations pour troubles alimentaires. J’avais déjà rencontré mon copain d’ailleurs ! Et je l’ai trouvé très intéressant ! Et tu n’es pas obligé de lire tout le livre, ni même dans un ordre spécifique. Tu peux commencer par la blessure où tu te reconnais le plus par exemple. Le deuxième ouvrage est “facultatif” mais c’est un peu la suite du premier, qui permet de donner des pistes pour guérir de ses blessures que l’on a généralement depuis qu’on est enfant.

C’est le livre que je lis actuellement ! Il est ULTRA intéressant ! Il est assez gros, y’a beaucoup de pages et le thème traité est l’impact des traumatismes sur le corps, le cerveau et les façons de fonctionner plus globalement. Et à la fin du livre, l’auteur donne des clés pour en sortir. Ce livre est passionnant mais assez difficile à lire, du moins pour moi, puisqu’il traite des sujets d’inceste et de viols qui ravivent des blessures d’enfant.


Mais je le recommande vraiment. Il y a toute une partie sur la mémoire traumatique qui est très intéressante ! Et je dis souvent que le corps et le cerveau sont intelligents. Et bien ce livre en témoigne à de nombreuses reprises !

Votre sélection de “livre tca” qui vous ont créé des prises de conscience

Je vous ai partagé cette sélection dans une story permanente sur Instagram en vous demandant quels livres vous ont marqué. J’avais précisé des livres de développement personnel, donc on reste dans la lignée des livres que je viens de vous présenter !

Celui-ci, plusieurs abonnés me l’ont conseillé. Donc je pense que je vais me laisser tenter !



Aujourd’hui, le thème de la psychologie et de la santé mentale me passionnent ! J’adore comprendre l’être humain, comment le corps et le cerveau fonctionne… Donc n’hésite pas à me partager en commentaire des suggestions de récit que tu aurais lu ! Je l’ajouterai à cette liste ! Et n’hésites pas à me donner tes petites critiques sur tes lectures pour m’expliquer rapidement ce que tu as aimé.

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38 symptômes d’anorexie dont on ne parle jamais 

38 symptômes d’anorexie dont on ne parle jamais 

38 symptômes d’anorexie dont on ne parle jamais 

S’il l’on en croit les médias ou les « on dit », l’anorexie mentale se résume surtout à une perte de poids, à de l’hyperactivité et une mauvaise image de son corps. Eh bien c’est complètement erroné ! Certains ne perdent même pas de poids et souffrent pourtant d’anorexie mentale. Le dernier mot de ma dernière phase est important : « mentale« . On oublie souvent que les troubles alimentaires sont des maladies mentales ! C’est pourquoi j’ai décidé de vous présenter les symptômes connus VS ceux dont on ne parle (presque) jamais !

Symptome anorexie : ceux qui sont connus de tous

Si l’on fait une recherche sur les symptômes de l’anorexie mentale, la plupart des sites se concentreront sur la conduite alimentaire : 

  • La restriction, le refus de manger, et une perte d’appétit
  • Les choix alimentaires qui se tournent vers des légumes et le refus de certaines catégories d’aliments (matière grasse, féculent…). Restreindre son alimentation à certains aliments familiers, un refus de diversifier.
  • La culpabilité après avoir mangé

Les TOC : trier la nourriture dans son assiette, les couper en petits morceaux, les mâcher plusieurs fois…

On associe aussi souvent l’anorexie à des changements physiques : une perte de poids dans la plupart des cas. Et évidemment, on retrouve la notion d’IMC (Indice Masse Corporelle) qui doit être inférieur à un certain chiffre. Je trouve ça assez aberrant personnellement… L’IMC c’est une donnée statistique qui dépend de tellement d’autres données. Cela ne devrait pas être utilisé dans le diagnostic de l’anorexie. Toutes les personnes avec un trouble alimentaire, et même souffrant d’anorexie NE PERDENT PAS DE POIDS ! C’est culpabilisant pour les personnes qui ne sont pas en insuffisance pondérale et qui ne connaissent pas de perte de poids parce qu’elles ne se sentent de ce fait pas légitime.

L’anorexie mentale, et généralement les TCA, sont fréquemment associées à de l’hyperactivité physique et même intellectuelle. De nombreux patients ont de très bons résultats scolaires. 

D’autres symptômes que l’on retrouve sur de nombreux sites de “santé” : l’aménorrhée (l’absence de règles), les préoccupations sur l’image du corps et le désir de perdre du poids, un niveau de stress important, la fatigue, les problèmes osseux, la prise de laxatif ou le recours à des vomissements…

Ensuite, j’ai très souvent vu sur ces sites que les anorexiques sont très souvent sujets à faire de la boulimie. C’est faux ! Ce n’est pas “très souvent”. Malheureusement, la phase de faim extrême n’est pas assez connue de ces sites de santé qui, je pense, considèrent cela comme de la boulimie. Mais cette faim extrême est une réponse logique de ton corps. Ce sont les conséquences des mois de restriction, physique et mentale.

Dernier “coup de geule” après j’arrête, promis haha. Mais j’ai TRÈS (trop) souvent vu également le fait que l’anorexie mentale soit associée à la typologie d’une “jeune fille”. Une fois de plus, les troubles alimentaires n’ont pas d’âge. Cela peut arriver à n’importe quel âge. Les personnes plus âgées tombant dans l’anorexie peuvent aussi se sentir illégitime à la lecture de ce genre d’information. Pourtant, leur souffrance est tout aussi réelle qu’une jeune fille anorexique.

Bref, la plupart des sites (pourtant référents) dans le domaine de la santé présentent les signes de l’anorexie les plus connues. Bien sûr ces symptômes sont importants à prendre en compte ! Mais le problème, c’est que cela entretien l’idée populaire que les TCA sont uniquement des maladies tournées autour de la nourriture, le corps et l’activité physique.

symptome-trouble-alimentaire

Et d’ailleurs, beaucoup de médecin se base uniquement sur les symptômes précédemment cités pour effectuer leur diagnostic. Et de ce fait, de nombreuses personnes (pourtant bien anorexiques) ne reçoivent pas le bon diagnostic parce qu’elles ne font pas de sport et/ou qu’elles continuent d’avoir une alimentation d’apparence “normale” et/ou qu’elles ont un IMC “dans la norme”. Leur prise en charge n’est de ce fait pas appropriée et elles ne reçoivent pas le bon traitement.

Je pense que les médecins spécialisés dans les troubles alimentaires prennent tout de même en compte la liste des symptômes que je vous présente en deuxième partie. Mais les médecins traitants, en général, se limitent à ceux présentés dans cette partie. Et c’est dommage, car c’est souvent le premier médecin vers lequel on se tourne pour chercher de l’aide.

La société est encore mal éduquée sur les maladies mentales et preuve en est : beaucoup trop de comportements mentaux sont oubliés !

L’hyperactivité et l’assiette de légumes, c’est seulement la phase visible de l’iceberg : les conduites qui sont perceptibles. Mais on oublie qu’il s’agit de maladie mentale !

Il y a un grand nombreux d’autres signes beaucoup moins connus, ou du moins dont on parle rarement. Et pourtant, il s’agit peut-être de ceux dont les malades souffrent le plus… 

C’est pourquoi, à partir de mon expérience et de mes 6 ans dans les troubles alimentaires, j’ai voulu vous faire une liste des symptômes de l’anorexie mentale qui représente la phase cachée de l’iceberg.

Les 38 symptômes de troubles alimentaires dont on ne parle presque jamais

Avant de te présenter cette liste, je rappelle simplement que bien que de nombreuses “caractéristiques” sont communes, il y a autant de types de troubles alimentaires que de personne malade. J’entends par là que ce n’est pas parce que tu souffres aussi d’anorexie mentale, ou de TCA plus globalement, que tu auras chacun de ses manifestations. Peut-être que tu en auras certain, peut-être que tu les vivras de façon plus ou moins intensément que moi, et peut-être qu’il y en a d’autres que tu ne vivras jamais. 

Et je connais trop bien cette petite voix qui te fait culpabiliser de ne pas être “assez malade” ou qui minimise ton propre TCA en te disant que les autres sont dans un état plus grave que toi. Souviens-toi que c’est un mensonge ! C’est ton trouble alimentaire qui tente de toujours te rabaisser et de te ramener toujours plus loin dans la maladie. Mais ce n’est pas parce que tu n’as pas certains de ces signes que ton TCA est moins grave ou que tu n’es pas légitime à recevoir de l’aide. Je sais que c’est difficile parce que l’anorexie est une maladie très compétitive : mais te comparer aux autres ne fera que te faire du mal. Donc concentre-toi sur ta guérison à toi, sur ta santé 🙂

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1. Penser à la nourriture 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, jour et nuit. Et parfois, tu sors à peine de table que tu penses déjà à ce que tu vas manger au repas suivant ou tu rumines avec la voix culpabilisante sur le repas que tu viens de manger. En phase de faim extrême, il m’est même arrivée de penser à ce que j’allais manger après alors même que j’étais déjà en train de dévorer des muffins et que ma bouche était pleine.

2. Associer la valeur de sa propre personne au chiffre de la balance : selon le poids que m’indiquait la balance, ma journée et mon humeur étaient complètement différentes !

3. Avoir le sentiment d’échouer, d’être faible lorsque tu manges

4. Se peser tous les jours voire plusieurs fois par jour. Parfois avant, puis après le repas. Et savoir qu’il ne faut pas se peser, mais être obsédée par cette fichue balance !

5. Avoir l’impression que tout le monde te regarde en train de manger. 

6. Se disputer avec les personnes que tu aimes. Et d’ailleurs, savoir que ton trouble alimentaire leur fait du mal mais ne pas parvenir à les protéger. Et ça, c’est tellement douloureux. Aujourd’hui, les TCA sont derrière-moi mais j’ai encore beaucoup de mal à me pardonner d’avoir fait pleurer ma sœur, d’avoir causé tant de soucis et tant de dispute avec mes parents…

7. Commencer à manger et avoir cette sensation de ne plus pouvoir t’arrêter. Et de ce fait, redouter de commencer à avaler quelque chose “au cas où” ça déclenche une faim extrême. Et d’ailleurs, une peur associée à ce point est que souvent, on a peur de tomber dans la boulimie ou l’hyperphagie.

8. Être dans l’autocritique et le jugement de toi-même en permanence

9. Se sentir terriblement seul : même lorsqu’on a ses proches qui nous accompagnent… En réalité, lorsqu’on souffre de TCA, on est quand même seul face à la maladie car notre entourage, famille et amis, ne comprend pas exactement ce qu’on ressent.

10. S’imposer des restrictions strictes à longueur de journée : et pas seulement au niveau alimentaire. Je m’imposais des restrictions sur mes heures de sommeil, sur l’argent dépensé, sur l’électricité dépensée…

11. Faire constamment des vérifications corporelles 

12. Subir des ballonnements et troubles digestifs douloureux : avec les troubles alimentaires, le système digestif tourne au ralenti. Pour te donner un ordre de grandeur : une personne qui souffre de TCA prend en moyenne 4 à 5 heures pour digérer contre 1 à 2 heures pour une personne lambda.

13. Être accablé par une culpabilité angoissante qui s’accumule

14. Prendre de longues douches chaudes ou te coller à un radiateur tellement tu as froid et que tu ne parviens pas à te réchauffer

15. Faire manger les autres en espérant qu’ils prennent plus de poids que toi ou pour t’assurer qu’ils consommeront toujours plus que toi, que tu aies une sorte de “marge d’avance”. Sur la même lignée, il y a aussi le fait d’insister pour resservir les autres ou de leur préparer de grosses assiettes avec plus de matières grasses. (J’en ai terriblement honte, mais je faisais ça !)

16. S’imposer un rythme à 1000 à l’heure et culpabiliser lorsque tu ne peux pas suivre ce rythme (à cause de la fatigue ou parce que ton emploi du temps ne te le permets pas)

17. Passer des heures dans les rayons du supermarché et comparer les calories de toutes les étiquettes pour finalement acheter toujours les mêmes produits que tu connais

18. Cuisiner pour les autres mais ne pas manger ce que tu as préparé

19. Voir l’apparition d’un duvet de poil sur la peau (lanugo)

20. Angoisser à l’approche de ton anniversaire car tu ne veux pas manger plus de jour-là, même une simple part de ton propre gâteau

21. Avoir des rituels et des TOCs à respecter dont tu as terriblement honte

22. Éprouver un désir de manger un snack qui te fait plaisir mais ne pas te l’autoriser.

23. S’interdire de se nourrir  si ce n’est pas l’heure d’un repas.

24. Culpabiliser lorsque tu te poses, que tu es assise ou allongée, notamment pour regarder une série ou un film. 

25. Certains jours, ta maladie t’inquiète et tu prends conscience de sa gravité. Puis d’autres jours, tu as cette petite voix qui te chuchote que tu n’es pas assez malade, que ton cas est moins grave que d’autre. 

26. Avoir le désir de guérir mais avoir trop peur de quitter ce trouble alimentaire

27. Faire du sport jusqu’à te faire mal voire même lorsque tu es déjà blessé

28. Te priver de tout divertissement et tout plaisir : même au-delà de l’aspect nutritionnel. 

29. Avoir une crise de panique si l’heure d’un repas ou l’organisation prévue change

30. Mentir fréquemment, à tes proches mais aussi à toi-même pour t’éviter de te nourrir ou pour compenser davantage. Le mensonge est parfois tellement omniprésent que tu finis par y croire toi-même et à oublier que c’est faux.

31. Ne t’autoriser à avaler tes repas une fois que tu connais la valeur énergétique

32. Toujours choisir de la nourriture sûre et familière ; puis craquer devant ceux qui te font plaisir mais te terrorise

33. Une perte de cheveux par dizaine et des cheveux cassés, fragiles. 

34. Avoir des pensées excessives dès qu’un sujet de conversation parle de nourriture ou de corps

35. Subir la voix culpabilisante de la restriction et être accablé par les mensonges du trouble alimentaire en permanence. 

36. Avoir la sensation qu’il y a un brouillard dans ton cerveau en permanence qui t’empêche de réfléchir convenablement

37. Ne plus sentir ses sensations de faim et de satiété : te demander très souvent si tu as vraiment faim ? Si tu as assez mangé ? Ne plus savoir ce qu’est une “alimentation normale”

38. Porter ce faux sourire pour rassurer tes proches et les convaincre que tu vas bien

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Peut-être qu’en lisant cette liste, tu te sens épuisée et que tu as peur car tu as l’impression d’avoir un nombre incalculable de choses sur lesquelles tu dois travailler. Mais sache que la plupart de ces comportements sont liés entre eux.

Personnellement, je les ai tous ressenti quand j’étais anorexique. Et moi aussi je me demandais combien de temps j’allais prendre pour en sortir. Mon quotidien était l’anorexie. Aujourd’hui, je n’ai plus un seul de ces conduites nocives pour ma santé. Et je ne pensais clairement pas qu’ils partiraient “aussi vite”. Mais je suis la preuve que c’est possible de s’en sortir. Et je ne suis pas plus forte que toi. Tu vas y arriver ! 

Alors oui, c’est certain, c’est difficile de se battre. Et ça ne partira pas du jour au lendemain. 

Mais ce sera toujours moins difficile que de vivre avec un trouble alimentaire. Peut-être que tu as l’impression que te restreindre, recourir à des vomissements ou faire du sport à outrance est beaucoup plus simple que d’aller à l’encontre de ton TCA. Mais en réalité, ce bien-être, tu le ressens sur le court terme. Sur le long terme, tu laisses ton TCA te prendre ta vie. Tandis que la guérison te fait mal sur le court terme, au moment même où tu te bats, mais dans le but de te ramener doucement vers la liberté. 

D’un côté, tu vas vers la mort, de l’autre, tu vas vers la vie. D’un côté, tu survis, de l’autre, tu vis.

Alors, qu’est-ce que tu choisis ?

Tu sais à quel point ton trouble alimentaire t’embête de vivre. Tous ces symptômes sont des raisons de te battre. Tu mérites de vivre une belle vie beaucoup plus paisible où tu te sens en paix ! 

J’espère qu’au travers de cette liste, tu te sens moins seul(e) si toi aussi tu es anorexique, ou même que tu souffres de TCA globalement. Et j’espère également que ça permettra aux proches, notamment à la famille qui vit avec, de mieux comprendre ce que vit quotidiennement le/la malade (parce que oui, je ne l’ai pas dit car ça me semble évident : mais les hommes aussi peuvent être touchés par ces maladies mentales !)

N’hésite pas à me dire en commentaire si tu te reconnais dans ces comportements et si tu souhaites en partager d’autres ! 

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Ma copine est anorexique : comment l’aider ?

Ma copine est anorexique : comment l’aider ?

Ma copine est anorexique : comment l’aider ?

Cet article traite de la thématique de la vie de couple et des TCA. Il peut être lu avant ou après mon premier article que j’ai écrit sur ce même sujet qui explique davantage les impacts d’un trouble alimentaire sur les relations amoureuses

D’ailleurs, mon article s’appelle “Ma copine est anorexique”, mais il est tout aussi valable si vous êtes dans la configuration inverse, à savoir que c’est votre copain qui est anorexique ; et il ou elle peut souffrir d’un autre trouble alimentaire que l’anorexie (boulimie, hyperphagie, orthorexie, etc.) J’ai simplement choisi ce titre car j’étais moi-même dans cette configuration, à savoir que je souffrais d’anorexie. Et je me suis inspirée de ce qui a aidé mon copain ou ce que j’aurai aimé qu’il fasse pour m’aider dans mon chemin de guérison. 

Dans cet article, je vais vous donner pas mal de conseils en vrac, qui n’ont pas forcément d’ordre logique. Je me base sur mon propre vécu donc bien sûr les conseils sont à appliquer selon votre propre histoire, votre propre cas.

1. Ignorer le trouble alimentaire ou ne parler que de ça ?

L’ignorance du trouble peut être une forme de protection : ne pas voir la réalité en face est parfois plus facile que de traiter le problème. Je dis cela sans jugement car je sais que c’est difficile pour les proches, de se sentir impuissant face à une maladie qui ronge le ou la bien-aimé(e).

Mais ignorer n’est vraiment pas la solution. Vous ne pouvez pas ignorer une maladie grave parce qu’elle a besoin d’être traité pour être guéri. La laisser dans le silence, c’est lui donner de la puissance. J’avais remarqué qu’en parler lui donnait beaucoup moins de force. De plus, en ignorant la maladie de votre partenaire, il ou elle se sentira délaissé et non soutenu. 

Mais il faut trouver un juste milieu pour que la maladie ne prenne pas trop de place dans le couple. Il faut savoir garder des sujets de conversation plus légers, qui ne sont pas tournées autour de la maladie ; faire des activités qui n’ont rien à voir avec la nourriture (expl : regarder une série, s’offrir un massage, aller au cinéma, se balader, faire un spa…). 

J'aborde ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

2. Vous ne pouvez pas guérir à sa place

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L’encourager à se battre, c’est vraiment génial. Mais vous ne pouvez pas vous battre à sa place. Si vous devenez trop combattif, à lui répéter sans arrêt de se battre, à l’encourager à faire face à ses peurs constamment… ça peut devenir oppressant. C’est normal qu’il/elle puisse y aller à son rythme, et que parfois il/elle rencontre des difficultés. Et si, il/elle ressent une pression, il/elle finira par vous éviter. 

Vous ne pouvez pas jouer le rôle de l’infirmière, du médecin, ni même du policier d’ailleurs. C’est difficile de rester sans rien faire parfois, vous aimeriez peut-être la/le secouer mais ce n’est pas la chose à faire. La personne malade sait qu’elle doit travailler sur de nombreuses choses mais c’est très difficile. Donc il faut la laisser faire avec patience. Essayer de faire un électro-choc à votre proche, le forcer à manger ou l’empêcher à faire quelque chose, ce n’est pas votre rôle en réalité. Forcer c’est brutaliser. La personne sait qu’elle doit manger ou diminuer le sport par exemple, mais elle est malade. Donc, elle fait comme elle peut au moment-même. Je sais que c’est difficile parce que vous vous sentez impuissant. Mais vous pouvez offrir l’écoute. Et c’est déjà tellement primordial. Écouter avec bienveillance, sans jugement, c’est déjà un support et soutien incroyable, je vous assure ! 

3. Ne lui mettez pas d’ultimatum

Cela rejoint mon point précédent lorsque je dis que vous ne pouvez pas guérir à sa place. Vous pouvez être un soutien imparable, certes. Mais la décision ne peut venir que de la personne qui en souffre. Et lui mettre un ultimatum ne fera que la braquer.

Et lorsque je parle l’ultimatum dans le couple, cela fait référence au fait de dire “si tu ne guéris pas, je te quitte” ou “si tu ne manges pas, je te quitte”. C’est très difficile d’entendre ça car elle n’a pas choisi d’être malade. Et la maladie affecte tellement sa vie qu’elle a une très faible estime d’elle-même. Elle a déjà très peur que vous la quittiez à cause de sa maladie. Elle a honte et se sent coupable de savoir que son trouble affecte autant le couple. Alors lui sous-entendre qu’elle pourrait vous perdre à cause de sa maladie l’anéantirait. Cet ultimatum fait penser à du chantage et ce n’est pas la marche à suivre pour soutenir quelqu’un même si vous pensez bien faire.

4. Informez-vous sur les TCA

C’est sans doute le premier conseil que j’aurai dû donner en fait. Car il est primordial et même indispensable. Les troubles alimentaires sont des maladies mentales très compliquées, aux mécanismes complexes. Donc pour mieux comprendre votre partenaire et donc mieux l’aider, c’est indispensable de savoir le maximum d’information que vous puissiez sur ce qu’il peut vivre. 

Les TCA sont des maladies mentales qui sont encore mal connues et qui font souvent l’objet de nombreux mythes. En vous informant, vous pourrez déconstruire les idées reçues sur ces maladies. Et vous apprendrez de ce fait les choses à ne pas dire ou à ne pas faire, qui sont parfois contre productifs pour la guérison de votre conjoint.

J’ai réalisé un article de blog qui traite les choses que votre proche aimerait que vous sachiez au sujet de son TCA. Je sais qu’il a aidé de nombreux parents, frères & soeurs, mais aussi conjoint à mieux comprendre leur proche. Il existe également au format podcast : 

5. Attention à vos commentaires sur la nourriture ou le physique

Si vous vous êtes renseignés, ou même si vous avez lu mon article précédemment cité, vous savez à quel point les commentaire sur l’alimentation, l’apparence physique corporelle et le sport sont des déclencheurs pour votre partenaire. 

Alors faites vraiment attention à ce que vous dites. Les conséquences sont parfois plus dévastatrices que vous ne l’imaginez. Peut-être, vous n’en avez pas conscience, essayez d’être honnête avec vous-même et de vous demander s’il vous arrive de juger les autres en fonction de leur apparence physique. Est-ce que, peut-être, vous vous êtes déjà vous-même interdit de manger un certain aliment que vous catégorisiez comme “mauvais” pour votre poids. Malheureusement, la société dans laquelle on vit nous conforte à catégoriser les aliments comme “bons” et “mauvais”. Mais si vous voulez que votre partenaire évolue positivement sur son rapport au corps et à l’alimentation, vous devez vous-même travailler sur votre idéal de la beauté et votre relation à la nourriture. Montrez-lui ce que c’est d’avoir une relation saine à son corps.

Si cela peut vous aider : face à un ami qui tente d’arrêter de fumer ou de boire, vous n’allez pas vous prendre une grosse cuite avec lui ou fumer un paquet de cigarettes sous son nez, ce ne serait absolument pas le soutenir, et au contraire, ça l’entrainerait vers le bas ; n’est-ce pas ? Eh bien, on est dans la même configuration 😉 

Pour la personne qui souffre de TCA, n’hésitez pas à dire à votre conjoint(e) lorsqu’il/elle a dit quelque chose de péjoratif pour qu’il/elle puisse faire attention à ne pas le redire une prochaine fois. 

6. Soyez conscient des déclencheurs

Tout comme les commentaires sur l’alimentation et l’apparence physique, il existe de nombreux déclencheurs qui diffèrent selon chaque personne. Comme je dis souvent, il y a autant de type de trouble alimentaire que de personne qui en souffre. Sous-entendu, chaque malade a des symptômes et une guérison qui lui sont propres (même si on est d’accord, il y a généralement de nombreux points communs). Le mieux est donc d’en discuter directement avec votre conjoint(e). Lui/elle-même seul(e) sera le/la mieux placé(e) pour vous dire les actions, mots, situations qui lui déclenchent des comportements néfastes. 

7. Communiquez et écoutez : vos deux plus grands soutiens

La communication et l’écoute sont pour moi les deux façons les plus puissantes dont vous disposez pour aider votre bien-aimé. Et en plus, pour ma part, c’est ce qui a sauvé mon couple face à la tempête des TCA. 

Soyez à l’écoute de ses sentiments, de ses ressentis, de ses peurs. N’hésitez pas à lui demander régulièrement comment elle/il se sent vis-à-vis de son trouble alimentaire. Même si vous prenez en face une réponse négative et fermée. Vous lui montrez que vous êtes présent(e) pour lui/elle et c’est primordial. 

L’écoute doit être sans jugement. Il n’est pas rare d’entendre des choses non sensées, ambivalentes de la part d’une personne souffrant de TCA. Lui dire que vous ne jugez pas, c’est important aussi à mon sens.

La communication est la base de toute relation saine. Mais elle est indispensable lorsqu’il y a une difficulté comme un TCA entre les deux personnes du couple. Exprimer ce que vous ressentez l’un et l’autre, demandez-lui s’il y a quelque chose que vous pouvez faire en particulier pour l’aider. Montrez-leur que vous voulez comprendre la maladie, posez-leur des questions en demandant si cela ne les gêne pas.  Mais exprimez-lui aussi que vous l’aimez, que vous êtes là pour elle ; exprimez-lui souvent ses qualités selon vous. Elle/il a besoin de se reconstruire et votre appui est vraiment important. 

Aussi, vous aurez peut-être tendance à avoir la sensation de répéter toujours les mêmes choses. Mais il faut prendre conscience du fait que la personne qui souffre de trouble alimentaire, elle a comme un filtre (celui du TCA) qui biaise sa réalité, sa façon de réfléchir de façon “logique” sur certains points (alimentation, exercice physique, perfectionnisme…). Donc en effet, parfois il faut répéter pour la rassurer, même si vous l’avez déjà dit mainte et mainte fois. Elle a besoin de recréer des schémas de penser plus cohérent et elle a besoin de votre aide pour cela. 

8. Ne vous oubliez pas

Comme je disais en début d’article, lorsqu’on accompagne quelqu’un qui souffre d’un TCA, on est impacté aussi par sa maladie. Différemment, mais sûrement. C’est épuisant mentalement et c’est pourquoi vous avez aussi besoin de soutien. Vous pouvez rejoindre des groupes destinés aux proches, ou simplement avoir votre propre thérapie. Il n’y a rien de péjoratif à cela, cela ne veut pas dire que vous gérez mal la situation ou que vous êtes faible. À mon sens, tout le monde devrait voir une thérapie. Parce qu’on a tous besoin d’une écoute attentive externe, on a tous aussi des choses à travailler. 

En plus de ça, si vous prenez soin de vous et que vous êtes favorable à prendre soin de votre santé mentale, cela encouragera inconsciemment votre bien-aimé à en faire autant.

N’oubliez pas aussi d’avoir des moments pour vous seul, de voir des amis qui vous changent les idées. Vous ne l’abandonnez pas pour autant. Au contraire, vous faites le plein d’énergie positive qui lui seront favorables. Et c’est important aussi que la personne qui est malade comprenne ça. Je sais que souvent on se coupe de sa vie sociale quand on souffre de TCA. Mais cela ne doit pas empêcher l’autre de ne pas en avoir une. Ce ne serait pas sain de l’empêcher de vivre sans vous. Et cela ne veut pas dire qu’il/elle s’amuse mieux sans vous. Juste, c’est normal qu’il/elle ait une vie indépendamment du couple. Personnellement, je trouve ça très sain même si lorsque j’étais malade, c’est quelque chose que j’avais du mal à accepter. 

9. Pensez à la thérapie familiale/de couple

Lorsque j’étais à l’hôpital, j’ai eu recours à la thérapie familiale.

Je n’étais pas en couple à ce moment-là, et lorsque c’était le cas, par chance, la communication était notre fort. Mais je me souviens qu’à l’hôpital, certaine fille avait des copains/maris et optaient pour la thérapie de couple.

Même chose, il n’y a rien de péjoratif à cela, et ça n’envoie pas un signal indiquant un problème dans le couple. C’est juste que c’est parfois difficile d’exprimer les choses calmement quand on est pris par des émotions intenses.

Et l’accompagnement d’un médecin, qui plus est impartial dans votre couple, est parfois un bon médiateur qui permet de communiquer et faire entendre les besoins d’un côté comme de l’autre.

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10. Encouragez à demander de l’aide

Pour moi, l’accompagnement des professionnels spécialisés dans les TCA est indispensable. C’est pourquoi je vous recommande d’inciter votre partenaire à trouver de l’aide. Et s’ils ont déjà eu une expérience négative avec un praticien, encouragez-le à en trouver un autre.

Malheureusement, on tombe parfois sur des thérapeutes non compétents sur le sujet ou tout simplement qui ne corresponde pas. Mais si je m’étais arrêté à ça, je serais peut-être encore malade. Il faut retenter avec d’autres thérapeutes jusqu’à trouver celui avec qui il/elle aura le bon feeling. 

Et si votre partenaire est déjà accompagné, faites confiance à l’équipe médicale qui le/la suit. Comme pour le fait de prendre soin de votre santé mentale, votre conjoint(e) vous observe inconsciemment. Si vous doutez des médecins, que vous êtes sceptiques à leurs méthodes, il/elle le sera aussi. Et croire au fait que ça va marcher, c’est déjà une grande partie du process de guérison. Donc encouragez-le/la en ce sens. 

11. N’obéissez pas à son TCA

Il est fort possible que votre bien-aimé vous demande de manger plus, de faire moins de sport, et de lui répéter qu’elle n’est pas trop grosse ou assez mince. Il/Elle vous dira que c’est pour la rassurer et l’aider dans sa guérison. Sauf qu’en réalité, c’est son trouble alimentaire qui parle lorsqu’il/elle vous dit ça. 

Je sais qu’il peut sembler plus facile d’obéir à son trouble alimentaire car vous avez la sensation de l’aider. Mais en vérité, ça alimente le TCA. 

N’allez pas contre-nature, à l’opposé de ce que votre propre corps vous demande. Je pense que la personne qui souffre de TCA me haïra en lisant ces mots, mais je vous assure que je fais ça pour votre bien. Dans le cas contraire, si votre conjoint répond à ce que votre TCA vous demande, il/elle ira contre ses besoins et finira par craquer un jour. Et ce n’est pas ce que vous voulez parce que d’un seul coup il/elle pourrait tout arrêter du jour au lendemain et le choc sera brutal.

Même chose, le fait de rassurer en disant que l’autre est beau/mince ne fait que renforcer l’idée que la minceur est un critère de beauté. Moi, quelque chose qui m’aidait, c’était que mon copain me répétait très souvent que peu importe le nombre de kilos que je prendrais et mon apparence physique, il m’aimerait tel que je suis si je m’accepte moi-même dans mon corps, que je m’y sens bien. Cela m’a beaucoup aidé à travailler sur l’acceptation de mon corps. 

12. Ne la jugez pas quand il/elle n’est pas bien

Je ne vais pas mentir, il y aura des jours vraiment pas simple.

Comme dans tous les couples mais il y aura les jours où c’est difficile de se battre. Ne jugez pas votre partenaire qui est la première victime de sa maladie. Ne la culpabilisez pas, ce n’est pas sa faute.

Et de ce fait, ne lui dites pas des choses simples comme “tu n’avais qu’à t’arrêter de manger” ou “tu n’avais qu’à manger” ou encore “tu n’avais pas besoin d’aller faire ta séance de sport, je te l’avais dit”.

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La personne qui souffre de TCA sait ce qu’elle doit faire. Elle est en lutte constante contre ce petit démon culpabilisant.

Ne portez pas de jugement sur cela, elle fait ce qu’elle peut. Au lieu de ça, apportez-lui une écoute attentive qui sera d’une bien plus grande aide. 

13. Toujours croire en sa guérison.

Dernier conseil mais qui reste l’un des plus important : toujours croire en sa guérison.

Ne perdez jamais espoir et ayez toujours confiance en le fait qu’il/elle va guérir. Comme je dis, y croire est tellement important ! Et vos doutes, il/elle le sent. 

D’ailleurs, autre point, les rechutes font parties de la guérison. Une rechute ça veut pas dire qu’on repart à zéro. Ca ne dure parfois qu’une semaine, 2 mois. La guérison n’est pas linéaire et souvent les rechutes permettent d’aller plus loin dans la guérison : dans le sens où 1 pas en arrière = 2 pas en avant. Ne vous découragez pas quand vous voyez que votre partenaire éprouve des difficultés sur des choses qui avaient été dépassées depuis longtemps. Ce n’est pas forcément péjoratifs et au contraire.

J’en ai fini avec mes conseils même si en réalité il y en a bien plus mais cet article serait beaucoup trop long ! J’imagine que cela peut faire peur lorsqu’on lit cela et qu’on est en couple avec une personne malade. Mais dites-vous que tout n’est pas noir, comme dans tous les couples il y a des périodes de doute et c’est sain. Gardez en tête que la guérison est possible et que votre bien-aimé est un(e) vrai(e) combattant(e) dont vous pouvez être fière, et vous êtes un véritable support dans ce combat. Dans nos 4 ans de relation avec mon copain actuel, j’ai eu plus de la moitié de notre relation où j’étais en lutte contre mon TCA. Lui comme moi n’en gardons pas uniquement un mauvais souvenir. Au contraire, c’est quelque chose qui nous a rendu plus fort, plus proche et a vraiment développé nos capacités d’écoute et de communication.

D’ailleurs, je vous propose d’écouter directement l’interview que j’ai réalisé avec mon copain où l’on répond à vos questions. Cela vous permettra d’avoir son point de vue et de voir plus concrètement comment on a géré ça. 

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Couple, 1 commentaire
TCA et vie de couple : quels impacts ?

TCA et vie de couple : quels impacts ?

TCA et vie de couple : quels impacts ?

Les troubles alimentaires ont de nombreux impacts sur la vie des personnes qui en souffrent. On pense généralement aux conséquences sur l’alimentation et le physique. Mais des centaines d’autres conséquences sont moins souvent abordées et pourtant tout autant néfastes si ce n’est pas plus. Parmi elle : les répercussions sur les relations sociales.


Les relations sociales sont larges et peuvent englober les interactions avec ses amis, sa famille mais aussi avec un partenaire amoureux. Je vais me focaliser sur le dernier type de relation comme c’est un sujet que vous m’avez beaucoup demandé sur Instagram. J’ai tellement de choses à dire que je proposerai 3 contenus : le premier (celui-ci) sur l’impact des TCA dans la vie de couple. Le second sera des conseils pour le/la conjoint(e) et plus globalement pour le couple. Et le dernier sera une interview avec mon copain afin de savoir comment lui, nous et moi-même avons concilié la guérison de mon anorexie dans notre vie de couple. Les liens des 2 autres contenus sont en bas de l’article.

Les troubles alimentaires impactent la vie de la personne qui en souffre, c’est évident. Mais ils impactent également les proches qui partagent la vie du malade : les parents, les frères & soeurs, et le copain ou la copine.

Le TCA prend tellement de place que le partenaire peut avoir le sentiment que la maladie représente presque une tierce personne. Sous l’emprise de la maladie, on est parfois plus soi-même, on est sous les “ordres” de cette petite voix culpabilisante qui dicte quoi faire, quoi dire, quoi penser. Alors évidemment, cela impacte la relation de couple. Mais je vous assure que c’est possible d’être en couple tout en se battant contre le TCA. Je connais de nombreuses personnes qui sont en couple et se battent quotidiennement contre leur maladie. Et moi-même, j’ai été en couple lors de ma guérison, et aujourd’hui, je partage toujours ma vie avec ce même homme. (et j’en suis très heureuse)

Les TCA impact la communication du couple

Une relation saine est basée sur une communication ouverte. Malheureusement, c’est quelque chose de très difficile lorsqu’une des deux personnes souffrent d’anorexie, de boulimie ou de n’importe quel TCA. 

Il est difficile pour la personne malade de parler de sa maladie, d’être honnête sur ce qu’elle fait, ce qu’elle pense sans en avoir honte. Au-delà d’être honnête avec son/sa conjoint(e), c’est parfois difficile de reconnaître soi-même les impacts de la maladie. Donc pas étonnant qu’en parler est un véritable défi. 

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Mais pourtant, la communication, je pense que c’est ce qui a justement sauvé notre couple. C’est super important que le/la partenaire invite à la discussion en précisant qu’il sait faire la distinction entre la personne qu’il aime et la personne malade, qu’il ne jugera pas ce qui sera dit. Et d’ailleurs, pour ne pas juger, il faudra être bien renseigné sur la maladie. Mais ça, c’est quelque chose que j’explique plus en détail dans l’article sur les conseils destinés au conjoint. Mais je vous rassure, la connaissance viendra aussi avec le temps et la communication avec votre partenaire justement. 

Et pour la personne qui souffre de TCA, j’invite vraiment à expliquer les choses en exprimant ce que vous ressentez.

Donner les informations de façon brute, c’est trop agressif pour le partenaire et il pourrait se braquer, ne pas comprendre. Je vous donne un exemple pour que ce soit plus concret : s’énerver quand votre partenaire parle de son physique ou du fait qu’il fasse de sport juste en disant “Je déteste que tu parles de sport !”. C’est très brut. Et il/elle ne comprendra pas parce que dans la logique, pour une personne qui ne souffre pas de TCA, il n’y a rien de mal à parler de faire du sport.

Il faut donc argumenter en expliquant que pour vous, ça vous culpabilise, que c’est un véritable déclencheur à des comportements néfastes. Ça vous parait peut-être évident pour vous mais pour l’autre, ça ne l’est pas.

Donc il faut répéter, tout comme votre partenaire doit vous répéter les mêmes choses pour vous rassurer.

TCA et l'mpact sur l'intimité

Les troubles alimentaires impact évidemment le rapport au corps de la personne qui en souffre. Elle éprouve facilement du dégoût de son corps, n’a pas confiance en elle et a une image corporelle négative. En plus de ça, que ce soit la restriction ou l’abondance de nourriture, cela occasionne un dérèglement hormonal. Tout cela impact négativement la libido, ce qui entraîne des rapports intimes beaucoup moins fréquents. Or, c’est un pilier du couple donc forcément, c’est difficile à vivre pour le partenaire en face qui ne comprend pas. 

Les TCA sont parfois aussi la conséquence d’un traumatisme suite à une violence sexuelle, ce qui impact forcément aussi le rapport à la sexualité. La personne touchée par la maladie n’éprouve aucune envie d’avoir des relations intimes et pourrait même vivre sans (je parle en connaissance de cause puisque ce fut mon cas). Je vous rassure, ce n’est que passager ! Je sais que ça peut faire peur en lisant ça, mais en réalité, même si c’est tabou et que peu de gens en parlent librement, nombreux sont les couples qui rencontrent des difficultés passagères à ce niveau-là et c’est complètement ok.

 

Enfin, parfois on est sous médicaments (anti-dépresseurs, anxiolytiques…) et même chose, cela peut impacter défavorablement la libido.

Bref, vous l’aurez compris, tant de facteurs qui font que les relations intimes lorsqu’on a un TCA sont assez compliquées. 

Alors, je ne vais pas m’étaler plus que ça sur ce sujet parce que c’est des choses assez intimes, et même par respect pour mon copain, je ne partagerai pas ça. Mais sachez que je sais que c’est difficile pour la personne malade qui se culpabilise. Tout comme c’est difficile pour le partenaire qui peut perdre lui-même confiance en lui, en se disant que son corps dégoute ou qu’il n’est pas assez séduisant. Non, absolument pas ! Le problème n’est pas vous. C’est juste que cela peut faire partie des symptômes du TCA. 

Moi, personnellement, j’ai résolu cela en travaillant sur les causes de mon anorexie. Et de surcroit, ç’a réglé ce problème-là. Encore une fois, c’est super important de communiquer en expliquant l’un à l’autre ce que vous ressentez. Je m’arrête là pour ce sujet.

Retrouver votre kit de guérison gratuit dans mon espace Ressources :

Les gestes romantiques du quotidien avec un trouble alimentaire

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Le romantisme implique culturellement de la nourriture : le petit dej’ au lit, un restaurant, un dîner surprise, une boîte de chocolat à la Saint-Valentin… Sauf que, les activités impliquant de la nourriture sont souvent source de stress pour les personnes souffrant de TCA. Donc, même si c’est frustrant, il vaut mieux éviter de préparer des activités avec un repas. Dites-vous que c’est temporaire.

Une des solutions peut être d’en parler en amont ensemble pour déterminer une date à laquelle partager un restaurant par exemple. Parce que oui, le contrôle est omniprésent dans les troubles alimentaires. Si la personne malade ne contrôle pas le repas, quand cela se passera, ou, vers quelle heure… ça peut être problématique et déclencher des pensées très négatives. Je sais que c’est parfois trop beau de voir le visage surpris et heureux de votre conjoint(e). Mais vous risquez surtout de voir que le côté surpris qui peut se transformer en crise de larme après (enfin, je ne veux pas faire de généralité, mais c’était mon cas). Donc mon copain savait qu’il fallait facilement me prévenir 10 jours avant, 1 semaine avant, 3 jours avant, la veille, jusqu’à ce qu’il puisse me faire des surprises qui me font plaisir ! Cela prend du temps, mais c’est possible. Après la communication comme remède, la patience est la deuxième clé.

D’ailleurs, vous pouvez faire aussi des surprises qui n’ont juste rien à voir avec la nourriture : des fleurs, un appel, un petit message attentionné, un petit post-it laissé sur son bureau, un parfum, un bijou, un massage. Offrir un massage je trouve que c’est le must have! Car les tensions et le stress ont tendance à créer des douleurs dans la nuque, dans le dos. Et le massage c’est idéal pour détendre votre partenaire (moi j’adore haha)

Voilà, je vous ai présenté de façon synthétique les impacts d’un trouble alimentaire sur la vie de couple. Mais ce qu’il faut retenir c’est que ce n’est pas toujours négatifs et surtout, il faut garder en tête que bien que les TCA sont des maladies graves et difficiles, la guérison est possible et même conciliable avec une vie de couple épanouie (j’en suis la preuve). 

Et avec de la communication, du temps, et les conseils que je vous donne dans mon article suivant, le couple devient un véritable réconfort et soutien indispensable pour la personne malade.

Tous les couples traversent des choses difficiles et je peux vous dire que lorsqu’on surmonte ça, on est tellement plus fort et prêt à affronter n’importe quoi ensemble.

N’hésitez pas à me partager en commentaire vos expériences de couple avec votre TCA !

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Publié par Norainnoflower dans Couple, 1 commentaire
Concilier vacances d’été avec guérison de votre trouble alimentaire

Concilier vacances d’été avec guérison de votre trouble alimentaire

Concilier vacances d’été avec guérison de votre trouble alimentaire

À partir des mois de Mai & Juin, lorsque les beaux jours reviennent, la plupart des gens sont pressés d’être en vacances d’été : ils attendent impatiemment les barbecues, les soirées au bord de la plage, les voyages prévus dans leur pays favoris, les rassemblements autour des apéros, les repas de famille… Toutes ces choses-là sont souvent très angoissantes pour les personnes avec un trouble alimentaire.

Je me souviens personnellement que lorsque j’approchais les mois d’été, j’étais partagée entre le sentiment de hâte d’être en vacances et de pouvoir me reposer ; et le sentiment d’angoisse de perdre tous mes repères et de me retrouver dans des situations où je perdrai totalement le contrôle. Je me sentais vraiment frustrée, et c’est peut-être un sentiment que vous partagez aussi d’ailleurs, parce que j’avais envie de voyager, mais en même temps je ne le pouvais pas parce que j’avais trop peur de toute la dimension alimentaire. 

Dans cet article, je vais vous expliquer les raisons pour lesquelles les vacances sont synonymes d’angoisse en guérison d’un trouble alimentaire. Mais surtout, je vous donnerai de nombreux conseils, certains dont vous pourrez mettre en place dès maintenant, pour faire en sorte que vous puissiez profiter au maximum de ces vacances et même en faire un tremplin positif dans votre guérison. 

Pourquoi les vacances d’été sont aussi redoutées pour les personnes souffrant de troubles alimentaires ?

Vous le savez, les troubles de la conduite alimentaire sont intrinsèquement liés au contrôle. Lorsqu’on souffre de TCA, on a facilement des routines très spécifiques, on vit dans une zone de confort : celle de sa maladie. C’est une zone rassurante où l’on a le sentiment de se sentir en sécurité. 

Les vacances d’été vont venir bousculer la routine implémentée, on sort totalement de sa zone de confort : il y a moins d’accès aux aliments familiers, plus de confrontation aux aliments fearfood, plus de visites imprévues de l’entourage, les horaires des repas varient et sont moins fixes, plus d’interaction sociale, etc. Certaines personnes, notamment les étudiants, ne vivent pas au domicile familial l’année et y retournent pour les vacances d’été. Même si pour certain cela représente un cocon, pour d’autres, la maison familial peut être un endroit toxique. 

Bref, le contexte des vacances, amènent des choses qui peuvent générer du stress, de l’anxiété et qui vont être des déclencheurs à des comportements néfastes.

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Autre symptôme des troubles alimentaires, c’est évidemment le rapport que l’on a avec son corps. C’est souvent très fréquent de voir des personnes souffrant d’anorexie, de boulimie, d’hyperphagie… se cacher derrière des vêtements amples pour ne pas que l’on voit les lignes de leur corps. Avec les grosses chaleurs de la saison estivale, la garde-robe change et expose davantage différentes parties du corps plus “intimes” : les bras, les cuisses, le ventre, les épaules…Cela incite les patients à multiplier les vérifications corporelles ou à se comparer aux morphologies des autres.

L’épreuve du maillot de bain au bord de la piscine ou à la plage peut aussi être un véritable défi. J’en profite d’ailleurs pour vous dire que vous n’êtes pas obligé de vous montrer en maillot de bain. Vous avez toujours le choix, vous ne devez jamais vous sentir obligé de quoi que ce soit. Vous pouvez mettre une petite robe légère de plage au-dessus pour vous couvrir si vous êtes plus à l’aise ainsi.

Même si c’est malheureusement présent toute l’année, les mois d’été sont souvent les moments où la diet culture se fait davantage entendre. On entend partout dans les publicités, sur les réseaux sociaux qu’il faut préparer son corps au Summer body. Bulshit ! Le Summer body, c’est clairement un concept marketing qui a été inventé pour vendre des produits, des solutions qui vous font croire que vous avez un problème. Et forcément, c’est en achetant leurs produits miracles ou en adoptant une routine drastique que votre problème sera résolu. Vraiment ça, ce n’est que des conneries ! À l’époque des premiers hommes, ils n’avaient pas tout ça et je suis sûre qu’ils ne se disaient pas qu’ils devaient faire un régime pour l’été. Juste, ils faisaient confiance à leur corps, ils écoutaient leurs besoins primaires. Autre exemple avec les animaux : on n’est pas des animaux, mais on a un instinct primaire comme eux. Vous pensez réellement qu’une biche en pleine course poursuite avec sa proie va s’arrêter net en se disant qu’elle ne doit pas chasser, même si elle a faim, parce que le mois prochain c’est le Summer Body ?! Non franchement je ne crois pas… 

Souvenez-vous que les gens qui font des commentaires sur le poids, la nourriture, leur apparence corporelle… C’est souvent des personnes qui ont elles-mêmes un propre problème avec ça. Donc c’est pas des personnes à prendre en exemple. Dites-vous que ça ne vous concerne pas, encore plus en tant que personne en guérison d’un trouble alimentaire.

En clair, les vacances peuvent vraiment être une période angoissante et même à l’origine d’une rechute. Je vous partage donc 7 conseils pour préparer et vivre au mieux vos vacances d’été :

J'aborde ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

7 Conseils pour concilier vacances d’été avec guérison de votre trouble alimentaire

Je vais vous donner quelques conseils qui ne vont pas forcément plaire à la petite voix de votre TCA. Je pense que c’est important d’en avoir conscience. Et c’est normal, car ça va venir mettre en danger votre trouble alimentaire, la petite voix n’aime pas ça, mais en réalité, c’est bon signe pour votre guérison. Donc il se peut qu’il y ait des conseils que je vous donne où vous vous dites “Non mais elle n’est pas bien celle-là !”. Je le sais parce que lorsque j’étais malade, les thérapeutes avec qui je travaillais me donnais des conseils et dans ma tête je me disais qu’ils étaient vraiment malades de dire des choses pareil. À vrai dire, c’était moi qui étais malade…

Petits disclaimers avant de vous énumérer les conseils :

Ces conseils ne s’appliquent pas forcément à tout le monde et surtout, cela dépend d’où vous en êtes dans votre guérison. Par exemple, le fait de partir dans un nouvel endroit, d’être face à de nombreux défis peut être contre productif parfois. Je me souviens qu’en 2017, je préparais un voyage pour partir au Portugal. Je voulais y aller avec ma mère, mon frère et ma belle-sœur. Et je sentais bien qu’ils étaient réticents à ce voyage avec moi. Et un mois après leur avoir parlé de cette envie de voyage, j’étais en réanimation. Donc en fait je ne me rendais pas compte que j’étais dans un stade très grave de ma maladie et que je n’aurais pas été capable de partir en voyage. Donc, je pense que le mieux est de parler de votre envie de partir en vacances à votre équipe de soignant, d’exprimer vos projets de vacances s’ils vous emmènent dans un endroit inhabituel à votre quotidien actuel. Ce sont eux qui vous suivent, qui vous connaissent bien, donc ils seront plus à même de savoir si vos projets sont en adéquation avec votre chemin de guérison. Et si vous n’avez pas de thérapeute qui vous accompagne, simplement en parler à vos proches aussi. En gardant en tête que ce qu’ils vous diront vous irritera peut-être puisque ça déplaira à la maladie. Mais du coup, essayez d’écouter leur conseil avec beaucoup de recul.

Toujours dans le cas où vous prévoyez de partir en voyage, évitez également de partir seul. Déjà parce que s’il vous arrive quoi que ce soit, c’est mieux que vous soyez accompagné. Mais aussi, puisque parfois, lorsqu’on souffre d’un TCA, on a tendance à se renfermer dans des comportements toxiques. On reste aussi avec ses ruminations qui tournent en boucle dans sa tête. De ce fait, c’est vraiment mieux si vous pouvez partir avec une personne qui est au courant de votre maladie, et qui peut être un véritable support tout au long de votre séjour. 

1. Associez l’été à quelque chose de positif

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Premier conseil que vous pouvez appliquer avant de partir en vacances, donc dès maintenant : 

Au lieu de voir les vacances d’été comme une période où vous ne pourrez pas avoir 100 % de contrôle sur votre TCA, essayez de l’associer à quelque chose de positif. Faites une liste des éléments positifs relatifs à l’été. Par exemple : le ciel bleu, marcher à pied nu dans l’herbe, voir de jolis papillons voler, entendre les oiseaux chanter, l’eau claire de la mer, le sable chaud, l’odeur de la pluie sur le bitume, les paysages fleuris… Cela peut être également des souvenirs d’enfance. Lorsque vous angoissez à l’idée d’approcher les vacances d’été, focaliser votre attention sur cette liste positive. 

Vous pouvez aussi vous fixer un objectif à accomplir durant vos vacances. Cela vous permettra de vous focaliser sur cet objectif plutôt que sur les pensées de votre trouble alimentaire. Attention, il ne faut pas que cet objectif ait un rapport avec l’alimentation, le sport ou votre TCA. Je vous donne des idées d’objectifs : 

 

  • Faire de la méditation chaque jour
  • Finir 1 livre
  • Écrire dans son journal chaque jour
  • Reprendre contact avec des amis
  • Faire un livre photo 
  • Se mettre à la peinture, à la couture

Si cela peut vous aider, demandez-vous ce que vous souhaitez retenir de vos vacances ? Le souvenir d’un objectif sain que vous aurez réussi à atteindre, d’un accomplissement que vous aurez réalisé ? Ou de vos ruminations autour des repas, des 10 000 km que vous aurez parcouru à vous épuiser pour compenser vos repas ?

2. Attention à ce que vous emportez dans votre valise

Si vous partez dans un lieu différent de chez vous, quand vous faites vos valises, ne prenez pas d’éléments qui sont déclencheurs à des comportements néfastes. Je vous donne quelques exemples : montre connectée, balance de cuisine, balance pèse-personne, ruban à mesurer, vêtements de sport si vous êtes dans le cas où vous devez diminuer l’hyperactivité, etc. Cela vous permettra d’éviter toute tentation sur votre lieu de vacances. Les vacances sont idéales pour se sevrer d’habitudes toxiques de votre TCA.

À la place, vous pouvez emmener des activités pour des temps calmes : carnets de note, des livres, des cahiers de mandala, des feutres, etc. 

3. Réduisez au maximum toute source de stress

Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, on a déjà une tendance à être généralement plus anxieux. Mais lorsqu’un événement imprévu vient rajouter du stress, on a tendance à vouloir se rassurer en contrôlant (c’est d’ailleurs une fausse bonne idée du trouble alimentaire). Ainsi, vous allez tenter de mettre en place des stratégies compensatoires : restriction, hyperactivité, comptage des calories, etc.

# Planifier dans la mesure du raisonnable

Pour éviter de vous faire surprendre par des stress annexes, je vous conseille de planifier (dans la mesure du raisonnable, sans chercher à tout contrôler) ce que vous pouvez. Par exemple, réservez votre hébergement en amont, regardez si vous avez un magasin à proximité où vous pourrez faire vos courses, regardez ce que propose le restaurant de l’hôtel, aller suffisamment en avance à l’aéroport… L’idée est de supprimer toute source de stress supplémentaire à votre trouble alimentaire. 

# Gardez un rythme

Lorsqu’on est hospitalisé ou en général dans le traitement des TCA, on préconise souvent, voire on instaure avec le patient, un cadre avec des heures régulières. Ce n’est pas par hasard. C’est pour vous permettre de mettre de la stabilité dans votre traitement et éviter les perturbations qui pourraient altérer à votre guérison. Tentez donc dans la mesure du possible de manger à heures régulières et de vous lever également pas trop tard. En vacances, on a tendance à vouloir faire des grasses matinées. Se reposer, c’est bien et c’est même recommandé ! Mais si vous vous levez tard, vous avez tendance à sauter un repas : le petit-déjeuner. Et d’ailleurs c’est un mensonge de votre TCA : “Je vais me lever tard pour sauter un repas”. Non, vous devez garder votre plan alimentaire, c’est vraiment important car lorsque les vacances seront terminées, ce sera plus difficile pour vous de revenir sur un rythme “normal”. Vous allez ainsi replonger dans la restriction

Dans la continuité de tenir son plan alimentaire, ne sautez pas de repas. Même si vous voyez les autres faire : ne vous comparez pas aux autres, car eux ne souffrent pas de TCA. Vous, vous êtes en guérison d’un trouble alimentaire et vos repas font partis de votre traitement. Un diabétique ne va pas diminuer ses piqures d’insulines ou ses médicaments sous prétexte qu’il est en vacances, ce serait trop dangereux pour sa santé. Vous, c’est la même chose. 

# Instaurer vous une routine, mais qui soit flexible

Je rejoins le point précédent, une routine vous aidera à garder un rythme. Le fait de s’instaurer une routine vous permettra de garder un socle de sécurité, qui évitera de perturber votre guérison. Mais attention, qui dit routine ne dit pas TOC du TCA. Votre routine ne doit pas être axée qu’autour de vos repas, et elle ne doit même pas contenir vos périodes d’hyperactivité. Je parle ici d’une routine saine, positive pour votre guérison. Je vous donne quelques exemples : 

  • Pratiquer la gratitude : noter chaque jour 3 choses positives de votre journée.
  • Répéter une liste de mantras positifs 
  • Pratiquer des exercices de relaxations.
  • Lire un livre
  • Colorier un mandala

Mais cette routine doit être flexible. Ce que je veux dire par là, c’est que la vie est parsemée d’imprévus. Il faut vous préparer à avoir des imprévus pendant vos vacances, c’est inévitable. Il faut se conditionner au fait que vous ne pourrez pas toujours appliquer votre routine et ce n’est pas grave. C’est souvent dans les moments inattendus de la vie qu’arrive les plus belles choses. 

Pour vous préparer à ces imprévus, vous pouvez écrire la liste de mantras positifs à vous répéter sur un papier que vous pourrez emmener et relire en cas de période de stress. Vous pouvez également pratiquer des exercices de relaxation qui vous permettent de vous re-focaliser sur le présent pour dé-focaliser votre attention de ce qui vous stress.

Vous pouvez retrouver ces méthodes de relaxation, ces mantras positifs et d’autres outils utiles dans votre kit de guérison :

4. Conseils autour des repas en période de vacances

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Durant les vacances, on est plus facilement confronté à de nombreux aliments qui nous font à la fois envie mais aussi très peur. Par exemple : les glaces, les chips, les sandwichs, des desserts spécifiques, etc. 

Ce que vous pouvez faire, et ce, dès maintenant, c’est de travailler ces aliments avec votre thérapeute. Ainsi, vous vous confrontez aux peurs que génèrent cet aliment en amont, dans un environnement sécuritaire que vous connaissez. De ce fait, lorsque vous serez en vacances, vous aurez moins de peur et vous pourrez plus facilement consommer cet aliment sans vous restreindre en amont ou en aval, ou sans le compenser autrement.

Ensuite, si vous allez être amené à prendre votre repas dans un environnement autre que chez vous, je vous conseille de l’anticiper comme je vous ai parlé dans mon article sur la gestion des repas au restaurant. Vous pouvez donc regarder le menu en avance si c’est un restaurant ou voir avec la personne qui organise le repas ce qu’elle prévoit de faire. Cela vous permettra de vous préparer psychologiquement.

Si le repas vous semble trop difficile et que vous savez que soit vous ne mangerez pas, soit cela entraînera chez vous des comportements compensatoires, emmenez votre propre repas.

Et n’ayez pas peur du regard des autres. Vous n’êtes pas obligé de raconter votre vie, vous pouvez dire que vous avez un traitement médical qui vous amène à ramener votre gamelle. 

Enfin, je vous conseille également d’avoir sur vous des collations que vous pouvez facilement emmener et qui sont des aliments qui vous rassurent. Cela vous permettra d’avoir toujours un plan B dans votre sac. Par exemple, si vous êtes invité dans un endroit où le défi vous parait trop compliqué à surmonter, où qu’aucun aliment ne vous convient, il est préférable de manger votre collation plutôt que de sauter un repas. 

Je voulais rappeler une chose : Ayez conscience aussi que pendant les vacances, la plupart des gens ont tendance à se faire davantage plaisir. Ne culpabilisez pas si vous prenez souvent des glaces, des chips… C’est complètement sain pour la santé mentale de manger par gourmandise, pare que ça vous fait plaisir. Et ne vous dites pas que vous devrez compenser lorsque vous serez rentrés chez vous : NON ! Votre corps se régule lui-même, vous pouvez lui faire confiance. Dites-vous bien que vous devez apporter beaucoup d’énergie à votre corps pour le réparer. Et rappelez-vous bien que votre ration, c’est pas un maximum à atteindre, mais bien un MINIMUM. En tant que personne en guérison d’un TCA, vous avez des besoins nettement supérieurs à une personne en bonne santé. 

Pour finir l’aspect alimentaire, quelque chose que j’ai souvent fait, et qui est davantage courant lorsqu’on est en contexte de vacances : c’est d’appliquer le “tout ou rien”. Si par exemple j’avais foiré un repas, alors je me disais “foutu pour foutu” et du coup chacun de mes autres repas étaient une compulsion. Ce qui fait que le lendemain je repartais dans l’extrême opposé, et j’étais embarquée dans le circuit infernal de la restriction/compulsion. Soyez bienveillant avec vous-même. Comme je disais précédemment, dans un contexte de guérison, on a généralement une structure solide. Cette structure est perturbée en vacances donc c’est complètement normal qu’il y ait des loupés. Et en réalité, ce ne sont pas des erreurs. Ça fait partie du chemin de la guérison. La guérison n’est pas linéaire, elle n’est pas parfaite. Donc si vous avez le sentiment qu’un repas est raté, dites-vous bien que ce n’est qu’un repas. Qu’est-ce que c’est un repas dans votre vie ? N’appliquez pas le “foutu pour foutu” et reprenez votre plan alimentaire classique au repas suivant.

5. Attention à l’activité physique

Comme le temps le permet, les activités de plein air ont tendance à augmenter votre activité physique : vélo, balade à pied, canoë, jeux sur la plage… Les personnes n’ayant pas de TCA vont intuitivement adapter leur apport énergétique à la hausse. Là où les personnes souffrant de trouble alimentaire vont avoir tendance à se limiter à leur ration habituelle. Faites vraiment attention à votre dépense énergétique. N’oubliez pas que vous êtes en phase de guérison, vous avez besoin de repos. Même si vous ne pensez pas être en sous-poids, vous êtes tout de même malade et votre mental est en souffrance, il a aussi besoin de repos.

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N’hésitez pas à le rappeler également à vos proches qui veulent faire plein d’activité. Ils ne se rendent pas forcément compte car la petite voix dans votre tête va avoir tendance à leur montrer que vous êtes plein d’énergie, prêt à constamment bouger. Donc c’est pas simple pour eux de faire la part des choses. N’hésitez pas à leur dire de limiter ces activités physiques. 

Prévoyez-vous des temps calmes, où vous êtes assis. Je sais que ce n’est pas simple d’être assis lorsqu’on souffre d’hyperactivité. C’est pour cela que je vous conseillais de prendre des cahiers, des livres, des carnets de dessins, etc. dans votre valise. 

6. Communiquer avec les personnes avec qui vous partez en vacances

La communication est super importante, dans tous les aspects de la vie. Mais c’est d’autant plus vraie pour maximiser votre guérison des troubles alimentaires. Communiquez avec ceux qui vous entourent pour éviter qu’ils ne fassent des choses nuisant à votre guérison, et même pour qu’au contraire, ils vous épaulent dans cette épreuve.

Expliquez par exemple à vos proches que vous avez besoin de savoir le programme un minimum à l’avance. Pour prendre exemple sur ma vie personnelle, mon copain savait que pendant un temps, il devait me prévenir 1 semaine à l’avance pour m’inviter au restaurant. Ensuite, c’était 3 jours à l’avance, jusqu’à ce que ça puisse s’organiser le jour-même sans stress. 

Communiquez sur ce que vous avez besoin, sur ce que vous ressentez. Parfois, les proches pensent vous aider mais ils n’ont pas conscience des conséquences de leur mot parce que les troubles alimentaires sont des maladies complexes. Aidez-les à vous comprendre. Certains commentaires, comportements de vos proches peuvent être des vrais déclencheurs à des actions nocives pour vous. Essayez de les lister pour leur noter afin qu’ils puissent faire attention de ne pas le répéter. 

Vous avez le droit aussi de dire non, de mettre des limites. Par exemple, si un repas de famille vous met mal à l’aise, vous avez le droit de limiter votre temps de présence. Vous avez complètement le droit aussi de refuser d’héberger des gens si c’est trop stressant pour vous. Même chose pour le fait de cuisiner et d’accueillir du monde pour un repas chez vous, vous pouvez refuser. Pensez à vous ! N’oubliez pas que vous avez toujours le choix.

7. Attention à la nocivité des réseaux sociaux

Pendant les vacances, on a plus de temps. Et parfois, on se perd à scroller des heures et des heures sur Instagram ou Tiktok. Le problème c’est que sur les réseaux sociaux, on peut voir pas mal de photos et plus généralement d’idées qui vont être des déclencheurs à des comportements nocifs pour votre TCA. Même moi qui n’aie plus de trouble alimentaire, trop d’Instagram me met dans un mauvais mood, ça devient oppressant au bout d’un certain temps. Je vous recommande donc de vous mettre une limite de temps journalier ou une certaine plage horaire où vous vous autorisez à aller sur Instagram. C’est parfois difficile de prendre du recul quand on est seul derrière son écran mais n’oubliez pas que sur les réseaux sociaux, justement on ne sait pas ce qui se passe derrière l’écran. Les gens vous montrent bien ce qu’ils veulent que vous voyiez de leur vie… Souvent c’est idyllique. Mais ce n’est pas la vraie vie. 

Je terminerai cet article en vous soulignant l’importance d’être bienveillant avec vous-même. Les vacances sont parfois une période difficile à traverser dans la guérison et vous n’avez pas à vous juger si vous ressentez cela. C’est complètement normal. Vous êtes en lutte contre une maladie difficile et vous pouvez être fier de vous parce que vous vous battez. 

N’ayez pas peur également de demander de l’aide. J’en profite d’ailleurs pour vous encourager à maintenir un suivi régulier avec votre équipe médicale si vous le pouvez. D’autant plus que les consultations en visio se sont démocratisées avec la covid19. Donc n’hésitez pas à demander de l’aide à vos thérapeutes, même par email pour demander une consultation d’urgence si vous en avez besoin.

Enfin, je voulais vous parler d’une anecdote qui s’est passée en vacances. C’était en 2016, ça faisait 1 an que j’étais malade et je m’étais inscrite plusieurs mois en amont aux JMJ (Journées mondiales de la jeunesse). La veille du départ, j’ai pris conscience que j’allais être confronté à des repas que je ne pourrais pas préparer et que je n’avais pas d’autres options. J’étais dans tous mes états, j’avais le sentiment que j’allais en mourir tellement ça me paraissait insurmontable. Et finalement, une fois sur place, j’ai eu comme un lâcher-prise libérateur. Je pense qu’en fait la maladie était tellement en dehors de sa zone de confort que j’ai fait 1000 pas en avant : j’ai réussi à manger de nombreux aliments qui me faisaient extrêmement peur et à profiter des moments magiques que ce voyage avait à m’apporter. Tout cela pour vous dire que les vacances peuvent également être un tremplin pour votre guérison. Malheureusement, j’étais dans une sorte de déni avant de partir donc je n’avais absolument pas préparé ses vacances avec tous les conseils que je viens de vous donner. Et je n’étais pas encore suivi par une équipe médicale donc à mon retour, j’ai très vite repris tous les comportements toxiques de mon trouble alimentaire. D’où l’importance d’être accompagné et de mettre en place différentes actions favorables à votre guérison, comme je vous en donne dans le kit de guérison disponible sur les ressources de mon site internet.

Prenez soin de vous et passez de très bonnes vacances ☀️

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, 0 commentaire
13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

La relation avec les proches est très compliquée lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire. Parce que c’est difficile de faire comprendre ce qu’on ressent à ceux qui nous entourent. Et que les actions ou paroles de nos proches peuvent parfois être très frustrantes, voire être perçues comme des bâtons dans les roues qui viennent s’ajouter en plus des difficultés de la maladie sur le chemin de la guérison. Parfois, la fatigue du combat, les émotions que l’on ressent nous empêchent de dire clairement ce qu’on ressent à nos proches. J’ai écrit cet article sur la base de ma relation avec mes proches lorsque j’étais moi-même malade, de tout ce que je leur ai dit ou que j’aurais aimé leur dire pour qu’ils puissent mieux me comprendre.

Cet article a pour vocation d’aider les personnes malades qui ne parviennent pas à mettre de mots sur leurs maux, et qui aimeraient que leurs proches comprennent mieux ce qu’ils traversent afin de mieux les aider sur le chemin de la guérison contre les TCA. Et cet écrit a, de ce fait, pour but d’aider également les proches, ceux qui accompagnent les malades dans leur combat, quotidiennement ou plus ponctuellement. Cela peut vous aider, vous, maman ou papa, conjoint ou conjointe, petit ami ou petite copine, ami(e)… d’une personne souffrant d’un trouble du comportement alimentaire.

Dans les lignes qui vont suivre, je parlerai à la première personne du singulier, en me mettant dans la peau de quelqu’un qui souffre actuellement de trouble alimentaire et qui s’adresse directement à son proche.

Enfin, juste pour information, ayant souffert moi-même d’anorexie restrictive mentale sévère, j’adapte cet article surtout autour de ce trouble alimentaire.

Voici 13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez …

1 - Ce n’est pas ta faute

Non, ce n’est pas ta faute. Les troubles alimentaires sont une maladie qui n’est pas causée par une personne. Et d’ailleurs, un trouble alimentaire ne s’explique pas par une raison. Il y a souvent une multitude de petits facteurs qui ont entraîné le déclenchement d’un TCA : des facteurs génétiques (et tu ne choisis pas la génétique…) ; des facteurs environnementaux ; la diet culture ; des schémas de croyance ancrée depuis des années à partir de blessures du passé… Il y a un tas de raisons qui peuvent expliquer mon trouble alimentaire, et qui sont propres à chaque malade. Et je te rassure, tu n’es responsable d’aucune de ces facteurs. 

Maman, si tu lis ces lignes, j’insiste, tu n’es pas responsable. Même si parfois j’ai pu te dire le contraire. Même si parfois, même les médecins ont pu te dire le contraire. On dit souvent que la nourriture fait référence à l’allaitement maternel et que donc, la maman serait responsable des troubles alimentaires. Mais c’est des discours ancestraux et culpabilisant ! N’écoute pas ça, je te jure. Même si à un moment j’ai pu croire ça, j’ai pris énormément de recul aujourd’hui et après beaucoup de temps de thérapie j’ai réalisé que tu n’es pas la cause. Je pense que, j’avais aussi besoin de trouver un coupable pour rejeter ma colère d’être malade. 

Évidemment tu as fait des erreurs, mais c’est normal, tu es humaine. Et même si j’essaierai de faire de mon mieux, je ferai certainement des erreurs lorsque je serai moi-même maman. Et toutes les relations parents-enfants sont conflictuels. C’est normal. Ne t’en veux pas, je t’assure. Je sais bien qu’être parent c’est difficile, que tu dois te sentir coupable. Tu dois te demander comment tu aurais pu faire pour éviter que je tombe malade, ou que ça s’aggrave. Mais tu n’as pas choisi que je tombe malade. C’est comme un cancer, un trouble alimentaire, ça arrive sans qu’on ne contrôle quoi que ce soit. 

J’ai besoin que tu travailles sur ce sentiment de culpabilité que tu as, car je m’en veux que tu puisses penser que c’est ta faute que je sois malade. 

2 - Ne t’attends pas à un changement rapide

Il faut que tu comprennes que la guérison d’un trouble alimentaire est longue. Ne t’attends pas à des changements rapides. Ne te dis pas que, parce que j’ai commencé une thérapie avec un professionnel de santé, alors en quelques semaines je vais faire des progrès incroyables.

Non, malheureusement, ça ne se passe pas comme ça. Ne pense pas ça parce que franchement, ça me met la pression. Moi aussi, je t’assure, j’aimerais que ça aille plus vite, même si guérir me fait peur. Souviens-toi que je suis la première victime de ce trouble alimentaire. Même si j’ai conscience que ça t’impact, c’est ma vie que la maladie me vole. 

Alors oui, ça va prendre du temps. C’est vraiment étape par étape, un pied devant l’autre que je vais vers la guérison. Ça peut prendre des années ! Mais l’important, c’est que je guérisse, non ?

J’ai vraiment besoin que tu comprennes ça pour me soutenir. Parce que le genre de remarque “bah, je pensais que tu voyais un psy. ça ne t’aide pas?” ou “tu n’arrives toujours pas à manger ça ?” ou “Pourquoi tu fais encore autant de sport ? Je pensais que tu avais compris maintenant”. Ce genre de remarques font tout sauf m’aider. Oui, je comprends que je dois manger, oui je comprends que je dois arrêter d’avoir peur de prendre du poids, oui je comprends que je dois arrêter d’être hyperactive. Mais s’il suffisait de comprendre les choses pour guérir, le problème serait vite réglé. 

L’une des clés de la guérison d’un TCA, c’est la patience.

3 - Peut-être que tu ne réalise pas la difficulté que c’est…

Je pense que tu n’imagines pas la difficulté que c’est pour moi de me battre contre mon trouble alimentaire. Déjà, parce que c’est comme se battre contre soi-même. 

Mais aussi, parce que la conséquence de mon trouble alimentaire tourne autour de la nourriture. Et la nourriture, surtout en France, c’est central dans notre vie !

Déjà, pas de bol, l’Homme a besoin d’au moins 3 repas par jour pour avoir de l’énergie pour vivre. Donc 3 à 5 fois dans la journée, je dois faire face à ma plus grande peur. Mais s’il n’y avait que ça ! La nourriture est omniprésente dans notre vie ! Essai de te rappeler la dernière fois que t’as passé un bon moment avec tes amis ou avec ta famille, il n’y avait pas une histoire de repas ? Que ce soit au boulot, avec les amis, ou la famille, on se retrouve tout le temps autour d’un petit déj’, dans un restaurant, au bar, dans un salon de thé… Les gens se rassemblent tout le temps autour d’un repas. Et ce qui est censé être une festivité ou un moment agréable est un enfer pour moi ! Y’a pas un jour où je peux éviter cette peur.

Et en plus de ça, on est dans une diet culture… quel aliment manger, en quelle quantité, à quel moment de l’année, pour quel bienfait… On ne parle que de ça ! Que ce soit sur les réseaux sociaux, à la radio, la télé, dans les magazines ou juste dans la bouche des gens. C’est littéralement omniprésent ! Alors oui, je m’isole parfois. Parce que ça crée un sacré brouhaha dans ma tête qui m’épuise littéralement !

J'aborde ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

4 - Mais en même temps, ça n’a rien avoir avec la nourriture

Je viens de te faire tout un discours sur le fait que la lutte de mon trouble alimentaire est difficile parce que l’alimentation est omniprésente. Et en même temps, sache que les troubles alimentaires… bah ça n’a rien avoir avec l’alimentation ! 

Ambivalent n’est-ce pas ? Oui, bah le dualisme c’est toute l’histoire de mon trouble alimentaire en fait !

En réalité, quand je dis que ça n’a rien avoir avec l’alimentation, c’est que la nourriture n’est pas la cause de mon trouble alimentaire, c’est la conséquence. Ce qui veut dire que ce n’est pas “juste en mangeant” que je vais guérir. Sinon, encore une fois, ce serait trop simple. Mon TCA ce n’est pas non plus comme un régime, où j’ai arrêté de manger du jour au lendemain. Non vraiment, c’est une maladie. 

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Les causes de mon TCA, comme je te le disais avant, elles sont multiples. Et je dois faire tout un travail sur moi-même pour comprendre comment j’en suis arrivée là, pour m’aider à en sortir. D’ailleurs, c’est certainement le combat de toute une vie. Ça ne veut pas dire que je vais être malade toute ma vie, non ! Je vais guérir ! Mais en fait, c’est mon corps qui a voulu exprimer le mal-être que j’avais sous la forme d’une anorexie, boulimie, orthorexie… En travaillant sur mes blessures, je vais peu à peu sortir des TCA.

Comme je t’ai dit aussi, il y a aussi une partie de génétique. Et il y a des modifications concrètes au niveau du cerveau, comme des zones qui sont “altérées”. Mais ce n’est pas rédhibitoire, ça va se “normaliser” au fil de la guérison. Simplement, ce n’est pas juste en mangeant que ça va se réparer. C’est avec de la reprogrammation/restructuration cérébrale. Je vais devoir réapprendre à mon cerveau de ne pas avoir peur de certains aliments, de lui faire comprendre que lorsque je sors de ma zone de confort, je ne suis pas en danger, de lui faire accepter que le perfectionnisme n’est pas un but ultime dans la vie, etc.

5 - Félicite-moi de mes petites victoires

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Comme tu l’as compris, les TCA sont des maladies super complexes. Alors quand je parviens à remporter une victoire, j’ai besoin que tu me félicites. Quand j’ai enfin réussi à diminuer mon hyperactivité, à sauter une séance de sport, à manger un aliment qui me faisait peur, à aller au restaurant, à accepter que des invités viennent à la maison, à faire preuve de spontanéité, etc. 

Sauf que je ne veux pas que tu le soulignes verbalement et de façon trop explicite. Je sais, je t’en demande beaucoup… Mais c’est important. Parce que me dire “c’est bien tu as bien mangé” ou “c’est bien, tu n’as pas été au sport aujourd’hui” ; c’est un véritable déclencheur dans ma tête. Il faut que tu prennes conscience qu’il y a le moi “sain” et le moi “contaminé” par la maladie. Et lorsque tu dis ce genre de commentaire, c’est le moi contaminé qui s’active. En réalité, j’entends “c’est bien, tu vas bien t’engraisser” et j’ai un énorme sentiment de culpabilité qui s’accroit en quelques secondes. Alors, je sais bien que ce n’est pas ce que tu as voulu dire. Mais je suis malade, et c’est comme ça que le moi malade le perçoit. Et du coup, je vais me braquer, et ça peut même générer des comportements compensatoires en moi. Bref, de quoi gâcher les belles victoires que je viens de remporter…

Alors j’ai besoin que tu fasses les choses de façon plus subtile. Par exemple, tu peux me dire “je suis contente d’avoir passé ce moment avec toi” ou “j’ai bien rigolé avec toi, c’était très agréable”, “ça me fait plaisir de discuter avec toi”, “j’ai vraiment passé une bonne soirée en ta compagnie”, etc. 

6 - Tu ne comprendras jamais ce que je vis

C’est frustrant pour moi, et j’imagine que pour toi aussi, mais tu ne comprendras jamais ce que je vis. Et je me console en me disant que, tant mieux si tu ne comprends pas. Car si tu comprenais, ça voudrait dire que toi aussi tu es malade. Personne, à part les gens qui sont ou ont été malade, ne peut comprendre. 

Non, je te jure, ce n’est pas comme faire un régime. Parce que, qu’est-ce que j’ai pu l’entendre ce genre de commentaire : “Ah oui, je te comprends, moi c’est pareil, parfois je me trouve super gros !” ou “Oh oui moi parfois je rentre le soir et je me fais un paquet de chips entier sur le canap’ devant la télé” ou encore “Ah oui je comprends cette sensation, ça me fait ça quand je fais un régime”. Non, je t’assure, avoir un trouble alimentaire, ça n’a rien avoir avec tout ça. 

Avoir un trouble alimentaire, c’est une maladie, pas un régime. Ce n’est pas quelque chose que j’ai choisi. Ce n’est pas non plus une sensation de se sentir gros, une fois de temps en temps. Ce n’est pas non plus se faire plaisir avec un bon gâteau ou un paquet de chips tranquille devant la télé. C’est être obsédé par la nourriture, par le contrôle sur son corps. C’est tellement oppressant comme sensation, comme peur, que ça te bouffe la vie. Genre vraiment, mon contrôle sur la nourriture, sur mon corps passe devant tout ! Ça passe devant ma vie sociale, devant mes amis, devant ma famille, devant mon travail, devant mes projets de vie, devant ma santé ! Et je ne le choisis pas ! Je n’arrive pas à faire autrement. L’autre fois, j’ai dit à mon médecin que je préférais creuver que de prendre 100 grammes. 100 grammes, non mais tu imagines ?! C’est tellement insignifiant ! 

Un trouble alimentaire, c’est comme un tourbillon, une spirale infernale qui t’emmène tellement loin, que tu ne peux plus contrôler et qui te bousille ta vie ! Mais je ne t’en veux pas, tu ne peux pas comprendre, mais arrête de penser que tu peux comprendre. C’est frustrant pour moi…

7 - C’est un combat de tous les jours

Je pense que tu l’as compris quand je t’ai expliqué la difficulté que c’est de se battre contre un trouble alimentaire, mais c’est vraiment un combat de tous les jours.

C’est vraiment se battre chaque seconde, de chaque minute, de chaque jour ! Jour, et nuit en fait ! Parfois, je me réveille, et ça y est mon cerveau est focus sur une peur liée à mon trouble alimentaire. Alors oui, je suis épuisée parfois, et très facilement.

Je ne dis pas, lutter contre une addiction à l’alcool ou à une drogue, c’est extrêmement compliqué et c’est une maladie grave et un combat de tous les jours aussi. Mais la différence, c’est que le combat réside dans l’abstention à une substance. Là où moi, je ne peux pas m’abstenir de manger parce que j’en ai besoin pour vivre ! 

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Au magasin, je ne dois pas éviter le rayon alcool, je dois lutter contre tous les déclencheurs dans chaque pu*** de rayon ! 

Des déclencheurs j’en ai constamment : dans le discours des gens, dans les publicités, dans la rue quand je passe devant une boulangerie, au boulot quand on me propose un chocolat à la pause, quand je vois des gens courir, quand j’entends des personnes dire qu’elles font une cure detox, quand je croise une personne plus mince que moi, quand j’entends un commentaire sur l’apparence, quand je me vois dans le miroir, quand je revois une photo de moi plus mince, etc. 

C’est vraiment un combat QUOTIDIEN.

Alors oui, parfois j’ai besoin que tu me répètes tous les jours la même chose. Pour me rassurer, pour que dire que j’ai le droit de manger, que j’ai le droit de me reposer, que c’est mon trouble alimentaire qui me fait croire que je ne suis pas digne de tout ça. Parce que moi, ma réalité est biaisée. Et oui, j’ai besoin que tu le répètes, même si tu me l’as déjà dit hier, avant-hier et tous les jours de la semaine dernière. 

8 - Arrêtes de faire des commentaires autour de la nourriture ou du corps

Je t’en supplie, arrête de parler de nourriture ou de l’image au corps. Je veux dire, vraiment, fais attention. Tu n’imagines pas les impacts que cela a sur mon trouble alimentaire. 

Je sais que tu es certainement bien intentionné, mais ne me dit pas quand tu vois que j’ai regagné du poids. Me dire “Tu as l’air en forme, tu as repris du poids, c’est bien, tu es jolie, ça te va bien”. Tu as beau me faire des compliments, ma tête n’a retenu que le début de ta phrase et plus précisément “tu as repris du poids”. Mon TCA transforme ça en “tu es trop grosse”. Et c’est un véritable déclencheur qui va me faire adopter des comportements compensatoires pour reperdre ce poids que j’ai gagné. C’est vraiment très très dur pour moi, alors juste, ne le souligne pas.

C’est la même remarque pour mes assiettes, ne me dis pas que j’ai des assiettes plus remplies, ou que je mange mieux et que c’est bien. Non ! Parce que mon TCA transforme ça en “tu manges trop”. Juste, ne parles pas de nourriture, ni de mon apparence physique. Encore une fois, il existe d’autres compliments qui n’ont rien avoir avec l’apparence : “j’admire ta capacité à te battre”, “j’adore ton rire”, “tu es une personne très agréable avec qui j’aime passer du temps”, “tu es quelqu’un d’authentique”, etc.

Et ces commentaires sur la nourriture ou le corps valent aussi bien pour toi. Même si tu te dis que ça parait évident que les commentaires que tu te fais ne me sont pas destinés, mon trouble alimentaire va toujours ramener ça à mon propre corps. Si tu dis devant moi que tu trouves que tu as grossis, c’est un déclencheur pour moi. Si tu dis que tu as trop mangé hier et que du coup tu ne vas manger qu’une salade ce midi, c’est un déclencheur pour moi. Si tu te dis qu’avec l’été qui arrive, tu vas reprendre le sport à fond, c’est un déclencheur pour moi. Encore une fois : ne me parles pas de ce qui a un rapport avec la nourriture, le sport ou le corps. Parce que vraiment, ce sont de gros déclencheurs à des comportements néfastes pour ma santé. 

Ce genre de commentaires nourris mon trouble alimentaire. Et je dois déjà lutter avec les messages de la diet culture que l’on a quotidiennement autour de nous. Alors, s’il te plait, épargne-moi cela dans mon propre petit cocon. 

9 - La guérison n’est pas linéaire, et ce n’est pas parce que j’ai fait un pas en avant, que je ne peux pas faire deux pas en arrière.

La guérison, ce n’est pas une ligne ascendante droite. Non, la guérison d’un trouble alimentaire, c’est une véritable bataille avec des hauts et des bas. Parfois, il y aura des jours avec, et des jours sans. Il y aura des jours où je ferai un pas en avant, d’autres où je ferai deux pas en arrière. Mais ça ne veut pas dire que je suis retombée plus bas. Non, parce que les rechutes font parties de la guérison. Quand j’ai appris à marcher, comme toi d’ailleurs, je suis tombée. Et au plus je tombais, au mieux je me relevais et au moins je tombais. C’est ainsi que l’on avance ! 

Alors ne sois pas déçue quand tu vois que j’ai moins réussi à manger, que j’ai fait plus de sport, quand j’ai refusé une sortie à l’extérieur… Même si tu essaies de me le cacher, je le ressens. J’ai besoin que tu acceptes que ces difficultés-là font parties de la guérison. Ce n’est pas négatif, ça fait partie du cheminement. 

Ne pense pas que c’est parce que ce soir j’ai réussi à manger un aliment qui me faisait très peur que je le remangerais sans aucun problème. Non, et je peux même déjà te dire que la prochaine fois sera encore difficile. Ne crois pas non plus que c’est parce que je regagne du poids que je vais mieux. Le poids n’a rien avoir avec la gravité de mon trouble alimentaire. D’ailleurs, regagner du poids me terrifie. Alors même si je sais que j’ai besoin de reprendre ce poids, c’est très dur pour moi psychologiquement. Et la maladie est si forte qu’elle me fait culpabiliser et me rend encore plus mal que lorsque j’étais plus mince. 

10 - Oui, parfois je vais te mentir…

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Parfois, tu t’es peut être déjà rendu compte que je ne te dis pas toujours la vérité : quand tu me demandes si j’ai mangé, si j’ai bien respecté le fait de ne pas faire d’exercice, ou simplement quand tu me demandes si je vais bien. 

Le mensonge fait partie des troubles du comportement alimentaire. Mais je ne te mens pas juste parce que je suis sournoise. Absolument pas. C’est parce que j’ai honte aussi de mes actions. J’ai honte de ce que je mange ou ne mange pas. J’ai honte de ne pas savoir respecter les consignes du médecin. J’ai honte et j’ai peur de te décevoir. J’ai peur que tu ne perçoives pas, que tu oublies que je sois sous l’emprise de la maladie et que ce n’est pas tous les jours facile de lutter contre la petite voix qu’il y a dans ma tête. 

Alors oui, parfois je te dirai que j’ai mangé quand je n’ai pas mangé, que je suis restée à la maison pour me reposer alors que j’ai été au sport, que je suis juste allé faire un tour dehors alors que j’ai fait une compulsion alimentaire à la boulangerie, que je vais bien… alors que mon corps hurle de douleurs causées par le trouble alimentaire.

Je te mens parfois, mais ne m’en veux pas. Je ne veux pas te faire de mal, je ne veux pas te décevoir, je ne veux pas non plus voir la réalité en face, voir ce que la maladie me fait faire. 

11 - Beaucoup d’activités qui te paraissent simples sont extrêmement difficiles pour moi

Je pense que parfois, tu n’en as pas conscience, mais des activités qui paraissent détentes pour toi, simples, sont extrêmement compliquées pour moi.

Par exemple, les vacances. Tout le monde attend les vacances avec impatience. Eh bien moi, c’est difficile. Cela veut dire potentiellement des barbecues, des soirées, des repas avec les amis ou la famille. Cela veut dire peut être se mettre en maillot de bain et donc exhiber ce corps que je déteste tant. Cela veut dire ne pas contrôler les personnes qui viennent à la maison à l’improviste ou les activités. Cela veut dire que peut être je n’aurai pas accès à ma salle de sport. Bref, les vacances sont sources d’angoisse pour moi ! 

Se retrouver dans un salon de thé ou dans un bar, juste pour prendre un verre ou un thé. Tu vas te dire que j’ai la possibilité de prendre une boisson sans sucre ou un thé. Mais sauf que moi j’ai peur que d’autres personnes prennent un gâteau qui me donnerait envie et qui donc me ferait compulser. J’ai peur qu’il y ait des commentaires sur la nourriture qui me créent un déclencheur.

Aller voir un spectacle d’un ami, de théâtre ou de danse peu importe. Pareil, tu peux te dire qu’il n’y a pas de problème puisque il n’y a pas de repas comme une sortie au restaurant. Oui, mais sauf que du coup, ça va peut-être décaler mon heure de repas. J’ai peur aussi que sur place, ils vendent de la nourriture et que j’en ai envie. J’ai peur de voir d’autres personnes qui n’auront pas dîné et que du coup, je vais me fixer toute la soirée sur le fait que j’ai mangé avant de venir tandis que d’autres n’ont pas mangé, etc. 

Tu vois, des choses qui te paraissent simples sont si difficile à gérer pour moi. Tout va très vite dans ma tête. La petite voix me balance un tas d’idées négatives. Elle me plonge dans un brouillard qui me fatigue. Alors oui, parfois je refuse des choses simples. Mais sache que ce n’est pas parce que je ne fais pas d’effort ou que je suis asociale. J’aimerais avoir une vie normale. Mais mon trouble alimentaire m’en empêche. 

12 - Non, tu ne peux pas guérir à ma place

Je comprends que ce soit difficile pour toi de me voir comme ça. Tu as le sentiment d’être impuissant(e) face à ma maladie. Tu as l’impression de ne pouvoir que regarder la maladie me détruire sans savoir comment m’aider. Et je sais que tu aimerais tout faire pour me sortir de là, pour me voir guérir.

Mais non, tu ne peux pas guérir à ma place. Je ne suis pas responsable de ma maladie, en revanche, je suis actrice de ma guérison. Et les seuls changements qui puissent se faire doivent venir de moi. Et ce n’est pas parce que je te dis ça que tu dois me créer des électrochocs pour me faire réagir. Ça ne sert à rien à part me brusquer et altérer nos relations. Tu peux m’aider autrement que par la confrontation. Parce que oui, tu peux quand même m’aider. Et d’ailleurs ton aide est précieuse. 

13 - J’ai besoin de toi 

Oui, ton aide est précieuse et j’ai besoin de toi dans ma guérison. J’ai besoin de toi, car moi, j’ai comme un filtre. Le filtre de mon trouble alimentaire qui m’empêche de discerner la réalité, le vrai du faux.

Je ne me vois pas tel que toi tu me vois. Mon trouble alimentaire me murmure que je mange trop, je ne sais plus comment on mange en fait. Mon trouble alimentaire me dit constamment que je ne fais pas les choses assez bien, que je dois mériter pour manger, que je n’ai pas le droit de me reposer. Alors j’ai besoin de toi, pour me rassurer, pour me rappeler la vérité. 

J’ai besoin aussi que tu me changes les idées. Que tu me parles de choses qui me font rire, qui me font penser à d’autres choses que mes troubles alimentaires. 

J’ai aussi besoin que tu prennes soin de toi. Car je t’observe, même inconsciemment. Et si je vois que tu prends soin de ta santé, que ce soit physique et mentale, cela m’aidera à prendre soin de ma propre santé.

J’ai besoin de toi, de ton écoute, sans jugement, de ton empathie. J’ai besoin de sentir que je peux compter sur toi. J’ai besoin de sentir que tu as confiance en moi, que tu crois profondément en ma guérison. Je te jure que ça, c’est primordial. Parce que j’ai peur parfois de ne plus y croire moi-même. Donc j’ai besoin de sentir que toi, tu y crois. 

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Et j’ai besoin que tu me dises que tu m’aimes. Parce que mon TCA me fait toujours croire que je ne suis pas digne d’être aimé.

Enfin, je terminerai en te disant merci. Merci d’être à mes côtés. Je sais que ce n’est pas simple pour toi. Et j’en suis profondément désolée. Mais merci de me soutenir dans un combat qui est certainement l’un des plus grands combats de ma vie. Je sais que je vais en sortir, et que j’en sortirai plus fort. Et même si c’est mon combat, c’est aussi un peu grâce à toi.

J’espère que cela vous aura aidé. Si vous lisez cet article et que vous souffrez vous-même de TCA, je vous invite à le partager à vos proches. Cela pourrait vraiment les aider à mieux vous comprendre, et donc vous aider dans votre combat. 

Si vous êtes un proche qui accompagne une personne souffrant de TCA, j’imagine que ça ne doit pas être forcément simple de prendre conscience de la difficulté dans laquelle se trouve la personne que vous aimez. Mais retenez bien que c’est une maladie que l’on peut guérir. Et faites confiance à votre proche, il ou elle va s’en sortir ! 

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Publié par Norainnoflower dans Couple, Mieux connaître, Parents, 3 commentaires
Lettre à mon corps ♥︎

Lettre à mon corps ♥︎

Lettre à mon corps ♥︎

Mon très cher corps,

Je suis désolée pour tout ce que je t’ai fait traverser. Désolée d’avoir essayé de te changer, d’avoir voulu faire de toi quelque chose de parfait, en oubliant d’écouter tes besoins. Désolée d’avoir essayé de te faire rentrer dans des cases que la société étiquetait comme « bon » et « sain » mais qui ne l’étaient pas pour ta santé. Je suis désolée d’avoir cru ces discours à la télé, à la radio, sur les réseaux sociaux qui me disaient que je ne pouvais pas te faire confiance pour savoir ce dont tu as besoin, à quel moment et en quelle quantité. Je suis désolée de t’avoir oublié, de t’avoir mis en danger.

Évidemment, je suis désolée d’avoir ignoré ta faim, de t’avoir demandé de faire 1000 choses à la fois à des moments où je ne te donnais même pas l’énergie pour faire ce que je t’imposais. Je suis désolée d’avoir fermé les yeux sur les signaux que tu m’envoyais. Quand je perdais mes cheveux, quand j’avais froid en plein mois d’été, quand je n’avais parfois même plus la force de parler… J’aurais dû prendre soin de toi, t’apporter l’énergie et le repos donc tu avais besoin.

Je suis désolée aussi pour toutes les fois où je te comparais aux autres, où je t’ai fait croire que tu n’étais pas assez bien, que les autres étaient toujours mieux que toi : plus beau, plus mince, plus harmonieux, plus souple, plus musclé… La vérité, c’est que tu es parfait tel que tu es, même si je l’oublie parfois, on est tous uniques et c’est ce qui fait la beauté de chaque corps. Il n’y a pas « un bon type de corps », il y a autant de beaux corps que d’être humain sur cette planète. 

En réalité, je ne cherche pas à me trouver des excuses… Mais j’étais malade. L’anorexie mentale me volait ma vie. Et j’avais le sentiment de ne plus maîtriser plus mes pensées, mes actions. Je ne parvenais plus à savoir ce qui était bon pour moi, et notamment pour ma santé. Je ne parvenais plus à dissocier le vrai du faux. Ma réalité était biaisée. Cette foutue anorexie était comme un brouillard dans ma tête qui m’empêchait de me battre, de m’apprécier à ma juste de valeur. Le reflet de ton corps que je voyais dans la glace n’était pas le même dans mes yeux que dans le regard des autres.

Je trouvais mes jambes trop grosses, mes cuisses trop flasques. Pourtant, c’est elles qui me permettent d’avancer chaque jour.

Combien de fois j’ai croisé mes bras devant mon ventre pour le cacher. Combien fois j’ai haïs le fait qu’il soit gonflé après un repas. Je me trouvais sale. Pourtant, c’est tout ce qui se cache derrière mon ventre qui me permet de digérer la nourriture pour la transformer en énergie… tout simplement pour vivre !

Et toutes ces fois où j’ai vérifié si mes biceps, mes poignets n’étaient pas trop gros. Pourtant, ces bras que j’ai tant tenté de contrôler me permettent de garder l’équilibre. Ils sont reliés à mes mains qui me permettent de créer, d’écrire, de dessiner…

Le monde extérieur t’a fait tellement de mal, depuis si jeune. J’ai cru que si je pouvais te contrôlais, je serai en sécurité. J’ai cru que tu allais pouvoir devenir tellement mince que les autres ne te verraient plus et qu’on ne t’aurait plus jamais fait de mal. Je pensais que j’étais en train de te sauver. Mais c’était tout le contraire. Je te mettais en danger de mort. Je me suis trompée et j’en suis désolée. 

Je sais que tu as pris du temps à me refaire confiance. Toutes ces crises et compulsions alimentaires où tu te remplissais pour faire le plein de nourriture, c’est parce que tu avais peur de connaître à nouveau une période de restriction. Tu avais peur d’être à nouveau affamé. Et je ne t’en veux pas. Je sais que c’était ta façon de me protéger, de rester en vie. 

Tu m’as d’ailleurs sauvé la vie. Tu m’as sauvé la vie quand mes intestins se sont arrêtés et qu’ils hurlaient de douleur. C’était ton premier avertissant pour me dire que tu avais besoin de repos, de soin. Tu m’as sauvé la fois où j’ai essayé de taire mon mental à tout jamais. Tu m’as sauvé chaque jour de ma guérison en me donnant suffisamment de force pour me battre contre ces pu**** de troubles alimentaires. 

Et en fait, je suis super fière de toi. Parce que tu as une force incroyable. Et parce que tu ne m’as jamais abandonné, même quand je t’ai amené à quelques heures de la mort. Tu t’es toujours battue pour moi, avec moi. Tu as tenu bon et tu m’as permis de remporter tous les combats. Aujourd’hui j’ai enfin compris. Compris que si je ne t’écoute pas, je ne te donne pas l’énergie dont tu as besoin, je ne pourrais pas vivre une vie épanouie. Parce qu’aujourd’hui, c’est grâce à un corps épanoui que je peux aimer, danser, chanter, dessiner, écrire, pleurer, voyager, me balader, rire, travailler, créer de nouveau projet…

Ce sera encore peut-être parfois difficile, mais je te promets que je te donnerai tout l’amour dont tu mérites. Je ne veux plus me battre contre toi, je veux me battre pour toi, avec toi pour relever les défis de notre vie. Je prendrai soin de toi, que tu sois heureux ou malheureux. Je te protégerai, je t’écouterai et t’apporterai tout ce dont tu as besoin. Je te serai toujours reconnaissante de tout ce que tu me permets d’accomplir chaque jour. Et surtout, je te ferai toujours confiance.

Merci mon petit corps d’amour ♥︎

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Publié par Norainnoflower dans Thérapie, 0 commentaire
Peut-on se sortir seul d’un trouble alimentaire ?

Peut-on se sortir seul d’un trouble alimentaire ?

Peut-on se sortir seul d’un trouble alimentaire ?

Moi, je vais m’en sortir seule”. J’ai pensé ça pendant longtemps lorsque je sombrais dans l’anorexie mentale : pendant 1 an à vrai dire. En fait, les premiers mois, j’allais voir une psychologue car je voyais bien que j’avais un problème. Mais je n’acceptai pas d’être “anorexique” justement, sans doute à cause de l’anosognosie dont je vous parle dans mon article sur la légitimité au traitement. Je ne lui parlais donc pas vraiment de mon trouble alimentaire. C’est vraiment lorsque j’ai appelé l’hôpital, au service TCA, pour prendre rendez-vous avec un médecin spécialisé que j’ai accepté de l’aide pour lutter contre l’anorexie mentale. Parce que j’ai réalisé que ce que je pensais “contrôler”, en réalité, je ne maîtrisais plus rien. J’ai enfin réalisé et accepté que non, je n’y arrivais pas seule. Et surtout, j’ai compris que demander de l’aide n’était pas un signe de faiblesse mais au contraire, une preuve de courage. 

Mais qui serais-je pour vous affirmer que vous ne vous en sortirez pas si vous ne vous faites pas aider ? Le parcours de chacun est tellement différent. Mais, de par mon expérience et en tant que rescapée de l’anorexie, je pense que se faire aider est primordial pour assurer une guérison définitive des TCA

Dans cet article, je vous donne 7 raisons pour lesquelles se sortir seul d’un trouble alimentaire est extrêmement compliqué (voire impossible).

1 - Votre trouble alimentaire vous manipule

Les troubles alimentaires sont des maladies vicieuses et puissantes qui manipulent l’entourage mais aussi vous-même. Si vous avez écouté mon premier épisode où je parle de mon histoire avec les troubles alimentaires, je vous explique que j’ai fait une première hospitalisation où j’acceptais avec facilité l’augmentation de ma ration de jour en jour. J’en étais moi-même impressionnée, et je me disais qu’en fait, ce n’était pas si difficile de guérir d’un trouble alimentaire. À la sortie, j’étais persuadé que j’étais en train de guérir. Mais le jour où je me suis retrouvée seule dans mon appartement, j’ai tout de suite rechuté. Les médecins, mes parents, mes proches pensaient que je les avais manipulés. Mais j’y croyais sincèrement à cette guérison. En fait, même à moi la petite voix m’a menti. 

Votre trouble alimentaire prend tellement de terrain dans votre tête, que votre voix à vous, la voix de la raison, n’a plus sa place et vous ne parvenez même plus à l’entendre. De plus, c’est une maladie qui vous coupe de votre vie sociale, de vos amis, de votre famille. Parfois vous êtes obligé de quitter votre travail ou d’arrêter l’école par manque de force dû aux dommages de la maladie. Vous vous isolez avec votre trouble alimentaire et personne ne vous aide à vous apporter la voix de la raison.

Dans mon article où je réponds à votre peur de ne pas être assez malade, je vous explique que beaucoup de personnes souffrant de TCA souffrent d’anosognosie. C’est-à-dire que certaines zones de votre cerveau ne sont pas à leur capacité maximale et vous n’avez donc pas conscience de la gravité de votre maladie, voire du fait que vous êtes malade. Il est donc difficile de se battre contre quelque chose que l’on ignore…

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Vous ne pouvez pas faire confiance à l’instinct de votre maladie car vous n’êtes plus maître à 100% de vos pensées, de vos envies, de vos actions. Vous avez comme un parasite, votre TCA, qui agit à votre place, vous faisant croire que c’est pour votre bien tandis qu’il détruit votre santé. 

Votre trouble de la conduite alimentaire déforme la réalité et atténue votre perspicacité. C’est pour cette raison que vous ne vous sentez pas toujours légitime à demander une aide extérieure. Mais sachez donc que vous ne pouvez pas faire confiance à ce que vous dit votre trouble alimentaire. D’où l’importance d’une personne externe, familière aux TCA, qui saura vous dire lorsque votre comportement ou vos pensées émanent de votre trouble.

2 - Vous ne savez plus comment manger

C’est assez dingue à imaginer dans la mesure où manger est un besoin vital auquel on répond depuis que l’on est né, mais après des semaines, des mois voire des années de maladie, vous ne savez plus comment manger. 

Moi je me souviens que je ne savais plus ce qu’était une assiette normale. Je ne savais plus si je me servais assez ou trop de tel ou tel aliment. Vous ne pouvez pas non plus faire confiance à vos signaux de faim et de satiété puisqu’ils ont été altérés lorsque vous ignoriez votre faim ou que vous compensez par de la restriction, de l’hyperactivité, des vomissements ou prises de laxatifs. Vos circuits cérébraux vous envoyant le signal de la faim ou de la satiété sont erronés. Il va falloir beaucoup de temps pour retrouver un fonctionnement “normal”.

Cela veut donc dire que vous allez devoir manger même lorsque vous n’avez pas faim, ou même lorsque vous avez mal au ventre. Si vous vous êtes restreints pendant une période, votre estomac s’est comme rétrécie. Votre fonction de digestion a été endommagée. Donc quand vous vous re-nourrissez, vous avez des sensations inconfortables au ventre. Vous pensez que vous avez trop mangé, cela peut vous faire culpabiliser mais c’est en fait une sensation complètement normale. 

Vous ne pouvez pas non plus vous fiez aux assiettes des personnes avec qui vous mangez tout simplement parce que les besoins de chacun sont différents. Et vos proches n’ont pas de troubles alimentaires. Certaines personnes en guérison ont besoin d’au moins 3000 calories, même 4000-5000 pour réparer leur corps. Vous ne pouvez pas non plus vous fier au plan alimentaire d’autres personnes en guérison que vous voyez sur Instagram. Car même si cette personne souffre de la même maladie, elle n’a pas le même corps que vous, le même passé, la même génétique.

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Enfin, par rapport à ce que je vous ai dit dans le premier point, votre TCA risque de vous dire que votre assiette est trop remplie, ou que vous avez assez mangé, ou que vous devriez compenser si vous avez mangé au restaurant la veille. Mais sachez que si certaines personnes (je veux dire ici sans trouble alimentaire) mangent moins, parce qu’elles ont moins faim après un repas plus “riche”, cela ne s’applique pas à vous qui êtes en guérison. 

Seriez-vous capable de contrer votre trouble alimentaire ? Malheureusement non, et ce n’est pas que vous n’êtes pas assez fort, c’est juste que vous êtes malade. Ce n’est pas de votre faute.

3 - Votre TCA est une façon de vous protéger de vos blessures

Je le dis souvent, un trouble alimentaire n’a rien à voir avec le corps ou l’alimentation. Ça en choque certain d’ailleurs… Mais la nourriture, la perception du corps… ce ne sont que des conséquences à votre TCA. Les troubles alimentaires ne sont pas des “régimes” que vous pouvez arrêter du jour au lendemain.

Votre corps a développé un trouble alimentaire pour vous protéger de quelque chose, en réponse à des blessures profondes que vous avez. En fait, un TCA est un mécanisme de défense qui a d’ailleurs fonctionné pendant un moment : souvent au début, quand les effets néfastes ne sont pas encore apparus.

J'aborde ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

Au début, vous vivez une sorte de “lune de miel” où vous vous sentez puissant. Personnellement, je n’avais jamais eu autant confiance en moi de ma vie. Donc forcément, mon cerveau a associé la perte de poids et le contrôle (sur la nourriture et mon corps) avec quelque chose de positif. 

Votre cerveau a ainsi créé une association entre votre trouble alimentaire et une sorte de sécurité. Donc quand vous êtes en guérison, vous luttez pour sortir des mécanismes de votre trouble alimentaire. Et votre cerveau vous freine car il a peur de sortir de sa zone de confort, il pense qu’il ne sera plus en sécurité.  Lutter contre votre TCA, c’est lutter contre un mécanisme d’adaptation qui vous a aidé à survivre à un moment donné. C’est terriblement difficile, d’où l’importance de se faire accompagner par une personne qui saura vous aider à reprogrammer vos schémas de croyance. 

Le simple fait d’avoir conscience que votre TCA est un mécanisme psychologique pour vous aider à faire face à des blessures ne fera pas disparaître vos problèmes psychologiques ancrés depuis des années. Cela demande un accompagnement régulier, sur le long terme.

4 - Votre peur de guérir est parfois trop intense

Une fois, un médecin m’a dit que si je ne guérissais pas, c’est parce que je ne voulais inconsciemment pas guérir, que j’avais peur de l’après, que j’avais peur de lâcher la maladie. J’ai eu du mal à accepter cela. Comment pouvais- je avoir peur de guérir alors que cette maladie me gâchait la vie ? Oui, mais en même temps, c’était tellement omniprésent dans ma vie depuis 3 ans… Qu’est-ce que j’allais devenir sans elle ? À quoi je penserai ? Guérir, c’est comme déraciner un vieil arbre. Les racines sont tellement profondes que le trou sera immense. Et comment combler ce trou ? 

Évidemment que c’est terrifiant, et c’est complètement normal, il n’y a aucune honte à cela. Mais parfois, pour avancer vers cet inconnu, on a besoin que quelqu’un nous prenne par la main, pour nous aider à nous reconstruire. 

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5 - Les troubles alimentaires sont des maladies mentales complexes

Même si aujourd’hui on a accès à de nombreuses ressources nous expliquant ce que sont les troubles alimentaires, cela reste des maladies complexes où le fonctionnement diffère d’une personne à une autre. Il s’agit de votre santé, de votre vie. Vous n’en avez qu’une, alors prenez-en soin ♥ 

Il s’agit d’un phénomène quand même rare, mais qui peut arriver : le syndrome de réalimentation. J’ai été victime de ce syndrome, et heureusement que j’étais suivi médicalement car je ne serai peut être plus en vie aujourd’hui. En fait, j’étais tellement dénutri que mes intestins se sont arrêtés de fonctionner. Et moi je l’ignorais donc j’ai continué de manger. Et de ce fait, toute la nourriture que j’ingérais s’était bloquée. Je ne suis pas médecin, mais je pense qu’il existe énormément de types de syndrome de réalimentation. Mais ce que je veux dire, c’est que la renutrition ne doit pas se faire du jour au lendemain, ça doit être progressif. Cela m’a conduit aux urgences, puis en réanimation pendant 15 jours. J’ai ensuite été hospitalisée durant presque 3 mois où j’ai eu une ré-alimentation progressive, où j’avais des analyses médicales régulières afin de s’assurer que mon corps acceptait bien la renutrition.

D’ailleurs, autre conséquence de la réalimentation : notre corps crée des œdèmes. La plupart des cas, ils se situent au niveau des pieds et des jambes. Mais cela peut s’aggraver si ce n’est pas surveillé.

Les troubles alimentaires ont des conséquences neurologiques également importantes à prendre en compte pour mieux comprendre notre perception. Par exemple, vous ne percevez pas correctement votre corps. Vous vous voyez souvent plus gros que ce que vous n’êtes réellement, c’est le phénomène de dysmorphophobie. Un spécialiste saura vous expliquer cela. 

Personnellement, lorsque j’étais dénutrie, je n’étais plus capable de réfléchir correctement, j’oubliais certains mots, je n’avais plus de force. J’étais épuisée et je n’avais pas l’énergie pour combattre mon trouble alimentaire. Même si l’hospitalisation était très difficile et que le fait de ne plus gérer moi-même mes repas était un véritable défi, je n’avais pas le choix. Et avec du recul, je sais que cela m’a permis de me décharger de la “responsabilité” de mon alimentation le temps que je reprenne des forces, que je retrouve la raison. Attention, je ne dis pas qu’il faut forcément passer par la case hôpital pour guérir. Simplement, pour moi, c’était une étape par laquelle je n’avais pas le choix de passer.

6 - Vos proches ne sont pas impartiaux

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Bien que les proches ne peuvent pas vous faire guérir à votre place, ils ont un rôle important. Personnellement, je pense que leur rôle dans la guérison est surtout l’écoute, l’empathie, le soutien. C’est clairement très difficile d’être aux côtés d’une personne souffrant de troubles alimentaires car c’est une maladie complexe, pleine d’ambivalence. C’est d’autant plus difficile lorsque c’est son enfant ou son compagnon de vie. 

Ma mère et ma sœur ont eu un rôle central dans ma guérison. Et sans elles, je m’en serai sortie mais certainement beaucoup plus difficilement. Cependant, l’aide des proches a ses limites. Déjà, tout le monde ne parvient pas à avoir une écoute empathique et bienveillante car le fait de vous voir souffrir les affecte trop. Certaines personnes préfèrent aussi ne pas s’impliquer dans votre guérison pour se protéger. Mais la plus grosse limite est que vos proches ne sont pas impartiaux. Et pour moi, c’est primordial d’avoir un appui extérieur impartial.

Parfois, ma mère me répétait des choses dans le but de m’aider mais cela m’horripilait, m’agaçait. Ma psychiatre ou les infirmières de l’hôpital m’apportaient le même conseil, et je l’acceptais et l’appliquais. Cela énervait un peu ma mère je pense mais je lui expliquais que si cela venait d’une personne neutre, qui plus est du corps médical, cela avait beaucoup plus d’impact sur moi. Autre point, vos proches ne sont pas formés aux mécanismes des troubles alimentaires. Et c’est complètement normal.

Mais de ce fait, ils ne sauront pas forcément répondre à vos questions ou n’adopteront pas forcément le bon comportement face à une compulsion alimentaire par exemple. Ainsi, ils peuvent vous donner malencontreusement des conseils complètement inappropriés.

7 - Notre société actuelle ne vous aide pas à guérir

Notre société actuelle, bien que cela évolue, est centrée autour des diktats de la diet culture. Cela complique vraiment le rétablissement des troubles alimentaires quand on entend à la télé, à la radio, sur les réseaux sociaux tous des messages autour de l’alimentation et du corps. 

C’est assez dingue comme ce sont des paroles omniprésentes. Je le vois, à mon travail et même dans la bouche de mes proches : les gens parlent sans même se rendre compte de l’impact que tel repas aurait soi-disant sur leur poids. La société se base sur la croyance que tout est binaire : la nourriture est soit bonne ou mauvaise, soit healthy ou grasse, soit peu calorique ou fast food. 

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Donc lorsque votre trouble alimentaire vous dit que vous ne devez pas manger, vous allez trouver facilement un argument autour de vous qui confortera cela plutôt que le contredira : un ami qui saute un repas, une grande sœur qui fait un régime, un cousin qui a commencé un nouveau programme de sport intense, les pubs de la télé qui vous disent qu’il faut préparer le summer body… Bref, vous voyez de quoi je parle ! 

De plus, malheureusement, la société est également mal éduquée sur les TCA. Beaucoup ne perçoivent pas lorsqu’une personne souffre d’un trouble alimentaire et vont féliciter une perte de poids par exemple. Pire, certaines personnes pourraient vous demander conseil pour savoir comment maigrir ou résister devant des gourmandises… (ça m’est arrivé) : la pire chose à demander quoi.

Nous sommes tous humains et nous avons besoin de soutien. Je vous ai demandé sur Instagram les raisons pour lesquelles vous ne consultiez pas quelqu’un. Dans cet article, j’ai répondu à certaines de vos réponses. Mais la dimension financière et la difficulté de trouver le bon psy sont souvent revenus :

  • Concernant le côté financier, il vous est possible de demander d’être en ALD (affection à longue durée). Ainsi, lorsque vous consultez un médecin ou un psychiatre dans le cadre de votre TCA, cela sera pris en charge à 100%. En revanche, pour tout ce qui est médecine douce (dont les psychologues) en effet, ce n’est pas encore assez pris en charge en France… Mais il est possible de consulter gratuitement dans des CMP (Centre Médico-Psychologique). Je vous conseille cependant de rechercher des thérapeutes spécialisés dans les troubles alimentaires
  • Pour ce qui est de trouver la bonne personne : en effet, cela ne se fait pas toujours du premier coup. Mais c’est pourquoi il faut persister. Je n’ai clairement pas trouvé le bon praticien du premier coup. Mais j’ai tenté avec d’autres et j’ai trouvé plusieurs bons thérapeutes qui m’ont réellement aidé dans ma guérison. 

Je terminerai cet article en appuyant sur le fait que, bien qu’une aide extérieure soit nécessaire, être acteur de sa guérison est primordial. Cela se fait de différentes façons. Je vous partage souvent des conseils sur mon compte Instagram ou aux travers mes podcasts, mais en voici certains exemples :

  • Lire du contenu, écouter des podcasts, suivre des comptes Instagram qui vous expliquent les fonctionnements des TCA et vous partage des conseils
  • Faire des exercices concrets : de relaxation, de restructuration de vos pensées, analyser vos émotions
  • Instaurer un environnement positif : dire des mantras positifs, se créer un tableau de visualisation, s’entourer de personnes bienveillantes, faire des activités qui font sens pour vous
  • La thérapie par l’art : Écrire vos ressentis, dessiner, colorier des mandalas…

Je pense que je ferai un article bientôt pour vous faire une liste des choses concrètes que j’ai mis en place et qui m’ont aidé 😉

En attendant, j’espère que cet article vous permettra de réfléchir à votre besoin de demander une aide extérieure. Je vous invite à partager votre expérience en commentaire ou à me faire part d’autres peurs que vous avez et qui vous empêchent de sauter le cap pour demander de l’aide.

Si vous avez d’autres tips de choses que vous avez mis en place seul, n’hésitez pas aussi à les partager !

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Thérapie, 0 commentaire