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Anorexie atypique : quand ton poids cache ta souffrance

Anorexie atypique : quand ton poids cache ta souffrance

Blog · Anorexie atypique

Anorexie atypique : quand ton poids cache ta souffrance

L'anorexie atypique touche trois fois plus de personnes que la forme classique, mais comme le poids reste dans les normes, elle passe presque toujours sous les radars médicaux.

C'est un trouble invisible, où la détresse psychique et les carences sont pourtant bien réelles malgré une apparence qui ne semble pas « assez malade » aux yeux des autres. On finit souvent par s'épuiser à essayer de prouver sa propre souffrance parce que la balance ne descend pas assez bas. Je vais t'aider à décoder ces signaux d'alerte, et à comprendre pourquoi ta douleur mérite d'être soignée dès maintenant, peu importe ton IMC.

L'anorexie atypique, c'est quoi au juste ?

L'anorexie atypique regroupe tous les critères de l'anorexie mentale (restriction, peur du poids, image perturbée) mais sans la maigreur visible. Elle touche environ 5 % de la population, soit trois fois plus que la forme classique, ce qui rend le diagnostic souvent tardif.

Cette réalité du diagnostic tardif montre bien que le chiffre sur la balance est un menteur : il cache la tempête psychique que tu traverses.

Pourquoi ton poids ne dit rien de ta souffrance

Ta détresse psychique est le seul vrai moteur du trouble. Le chiffre que tu vois sur la balance ne reflétera jamais l'intensité réelle de ta douleur intérieure, ni de ton combat.

Ton cerveau s'épuise dès que la restriction commence. Peu importe ta morphologie, ton système nerveux subit les mêmes dommages. C'est une réalité biologique invisible, mais bien réelle, je t'assure.

Ton corps n'est pas le thermomètre de ta légitimité à aller mal.

Les causes de l'anorexie sont profondes et ne dépendent pas de ton apparence.

Ce que disent les critères médicaux officiels

L'anorexie atypique appartient à la catégorie OSFED (ou TCANS) : une classification médicale officielle pour les troubles qui ne rentrent pas dans les cases trop strictes du diagnostic classique.

Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, ce trouble partage la même peur intense de grossir. Ta souffrance est reconnue par le corps médical, même sans maigreur extrême.

Voici les piliers qui définissent ce que tu vis :

  • Restriction énergétique
  • Peur panique de la prise de poids
  • Altération de la perception de son propre corps

Classique ou atypique : la même gravité, une visibilité différente

La seule vraie différence tient à ce que les autres voient, pas à ce que tu ressens. C'est justement cette « invisibilité » qui rend l'anorexie atypique si piégeuse.

CritèreAnorexie classiqueAnorexie atypique
Critères du TCA Tous présents Tous présents
Poids visible Maigreur marquée Dans les normes
Diagnostic Souvent plus rapide Souvent tardif
Souffrance psychique Réelle Tout aussi réelle

Les signaux qui prouvent que ton corps s'épuise

Bref, même si le diagnostic semble flou, ton corps, lui, t'envoie des messages très clairs qu'il est temps d'écouter.

Ces petits signes physiques que l'on ignore

Ton corps économise son énergie partout où il peut. C'est un signal d'alarme vital qu'il ne faut pas négliger.

Tu ressens peut-être des vertiges, ou ce froid permanent. Tes organes ralentissent simplement pour survivre. Pour comprendre les risques, regarde les conséquences de l'anorexie sur le long terme .

Tes troubles digestifs sont aussi un message important. L'estomac devient paresseux sans apports suffisants. C'est inconfortable, et très parlant sur ton état de santé réel.

Le vacarme permanent dans ta tête

L'obsession pour la nourriture finit par tout envahir. Ton esprit reste prisonnier des calculs et des prévisions. C'est un bruit de fond épuisant au quotidien.

La culpabilité te dévore après chaque repas pris. Le TCA veut te faire croire à un échec. Cette voix n'est pas la tienne : c'est celle de la maladie.

L'isolement social commence souvent par ces pensées. Si tu doutes, découvre comment savoir si on a des TCA pour faire le point.

Le danger de ne pas te sentir assez légitime

Mais le plus gros risque, ce n'est pas seulement d'avoir froid : c'est de croire que tu n'as pas le droit d'être aidée.

Le piège du diagnostic trop tardif

Malheureusement, beaucoup de médecins s'arrêtent souvent à l'apparence physique immédiate. Si tu ne sembles pas squelettique, ils minimisent parfois ton état réel. C'est une erreur médicale grave.

La HAS mentionne pourtant ces formes subsyndromiques très sérieuses. Rappelle-toi que les complications cardiaques, comme la bradycardie, arrivent aussi à poids normal. Ton cœur souffre même sans maigreur extrême.

Le retard de soin entraîne une réelle perte de chance. Une prise en charge précoce est vitale pour ton rétablissement. N'attends pas que ton corps lâche.

Se détacher du regard d'une société grossophobe

La culture des régimes applaudit constamment la restriction. Quand tu perds du poids, les gens te félicitent souvent. Ils valident ton trouble sans le savoir.

N'attends surtout pas d'être au plus bas pour réagir. Je sais que ce n'est pas facile, et que ton TCA te crie l'inverse. Mais ta douleur est valide dès maintenant.

Tu n'as pas besoin de prouver ta souffrance par un corps décharné.

Mes pistes concrètes pour entamer ta guérison

Alors voilà : une fois qu'on a posé les mots sur ce que tu vis, on fait quoi, concrètement, pour s'en sortir ?

S'entourer d'une équipe qui comprend vraiment

Cherche des soignant·es formé·es spécifiquement aux TCA. C'est crucial pour ne pas subir de remarques maladroites sur ton poids. Tu mérites une bienveillance totale dans ce parcours. Je sais que certaines régions en sont désertes… mais c'est parfois possible de trouver des professionnel·les spécialisé·es via les réseaux sociaux ou Google, pour un suivi en distanciel.

Le suivi doit être à la fois psychologique et nutritionnel. Pour avancer, n'hésite pas à solliciter une aide extérieure adaptée. C'est un pilier fondamental pour ne plus rester seule face au poison qu'est le TCA.

Ne reste pas isolée avec tes pensées. Parler à quelqu'un qui connaît vraiment le sujet change absolument tout.

Voici quelques étapes pour bien t'entourer :

  • Trouver un·e psychologue spécialisé·e
  • Consulter un·e diététicien·ne anti-régime : méfie-toi de ceux qui préconisent encore de perdre du poids ou de compter les calories

Réapprendre à nourrir son corps avec douceur

Vois l'alimentation comme ton premier médicament. Ton corps a besoin de carburant pour réparer les dégâts de la restriction. Je sais que c'est difficile, mais sans répondre aux besoins de ton corps (même à un poids d'apparence « normale »), tu ne pourras jamais vraiment guérir de ton TCA.

Jette ta balance. C'est vraiment un conseil qui fait la différence. Elle ne donne aucune information utile sur ta santé réelle. Libère-toi de ce contrôle qui t'étouffe chaque jour et t'empêche de respirer.

Accepte que ce sera inconfortable au début. La guérison n'est clairement pas un long fleuve tranquille — c'est même plutôt l'inverse.

Ta souffrance est légitime, peu importe ton poids. En reconnaissant les signaux d'alerte et en t'entourant d'expert·es, tu peux commencer à briser le cycle de l'anorexie atypique dès aujourd'hui. Protège ta santé sans attendre : ton futur sans obsessions alimentaires commence par ce premier pas. Tu mérites de retrouver ta liberté. 🙂

Mathilde
L'autrice
Mathilde, rescapée de l'anorexie

Je partage ici ce qui m'a aidée à sortir de l'anorexie, sans filtre de la maladie. Je ne suis ni médecin ni professionnelle de santé : mon témoignage ne remplace pas un suivi médical.

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Se peser tous les jours : le piège qui freine ta guérison

Se peser tous les jours : le piège qui freine ta guérison

Blog · Lâcher la balance

Se peser tous les jours : le piège qui freine ta guérison

Le corps humain subit des variations de poids naturelles liées à la rétention d'eau, à la digestion ou au cycle hormonal, rendant les mesures matinales souvent trompeuses.

Pourtant, tu finis souvent par laisser ce petit écran LCD dicter ton humeur dès le réveil. Je vais t'aider à comprendre pourquoi se peser tous les jours alimente ton anxiété, et comment (essayer de) te détacher de ce rituel pour enfin retrouver un peu de tranquillité d'esprit.

Se peser tous les jours : pourquoi c'est un piège pour ta guérison ?

La pesée quotidienne nourrit l'anxiété et le besoin de contrôle du trouble alimentaire au lieu de t'aider à guérir. Le poids fluctue naturellement selon l'hydratation ou le cycle menstruel, rendant le chiffre sur la balance trompeur et surtout toxique.

Passer d'une obsession chiffrée à une « liberté mentale » demande de comprendre comment cet outil sabote tes efforts chaque jour (si tu te pèses tous les jours).

La balance, cet outil toxique qui te ment

Cet objet devient une autorité qui décide si ta journée sera bonne ou mauvaise. C'est un tyran domestique silencieux. Il dicte ton humeur dès le réveil.

Mais ta valeur humaine ne se résume pas à une gravité terrestre. Tes efforts de guérison sont invisibles sur cet écran ! Tu es bien plus qu'un simple chiffre.

Ce n'est pas un scoop : cette fixation sur le chiffre de la balance est un symptôme d'anorexie fréquent. Elle montre que la maladie cherche encore à valider ton existence par des chiffres.

Pourquoi ton cerveau réclame ce chiffre tous les jours

Le besoin de contrôle face à la peur de voir son corps changer est immense. La balance te sert de béquille psychologique. Tu cherches une certitude impossible.

C'est la voix du TCA qui veut des preuves chiffrées pour exister. Elle se nourrit de cette validation constante. Elle n'est jamais rassasiée par le résultat.

Il faut beaucoup de courage pour se battre contre un trouble alimentaire au quotidien. Lâcher ce contrôle est une étape immense vers la vraie vie. Et je le dis : si j'avais gardé la balance dans ma vie, je n'aurais pas le rapport sain que j'ai aujourd'hui à mon corps. Je pense sincèrement que ça aurait ralenti ma guérison, et peut-être même empêché une guérison totale.

Les chiffres ne racontent jamais la vérité sur ton corps

Au-delà de l'obsession mentale, il y a une réalité biologique que la balance ignore totalement.

Les fluctuations naturelles et sans importance

Ton poids bouge tout le temps. Un repas plus salé ou une digestion lente changent la donne immédiatement. Ton cycle hormonal joue aussi un rôle majeur. La rétention d'eau masque souvent ta réalité physique actuelle.

Voici ce qui fait varier ton poids :

  • Rétention d'eau
  • Glycogène musculaire
  • Digestion en cours
  • Variations hormonales

Donc se peser tous les jours est inutile — et ça ne veut même rien dire.

Le poids de forme est une fourchette, pas un point fixe

Ton corps possède son propre thermostat interne. Ta génétique pilote une régulation biologique précise pour maintenir un équilibre naturel. Ce mécanisme complexe gère tes besoins sans demander ton avis.

Pour comprendre comment grossir sainement, il faut accepter cette fourchette naturelle. C'est ton poids de santé, celui où ton organisme fonctionne de manière optimale.

Vouloir contrôler ce chiffre est impossible. La surveillance constante ne fait que brouiller tes signaux de faim. Plus tu lâches prise, plus ton corps retrouve sa stabilité naturelle. Je sais que c'est difficile à croire, mais je t'assure que le corps est bien fait : il ne veut qu'être en bonne santé, et il se maintiendra à son poids d'équilibre si tu ne cherches pas à le contrôler.

Personne ne peut prédire ce chiffre final exact. Ni toi, ni moi, ni même les médecins ou les coachs sportifs.

Il faut laisser le corps s'équilibrer seul avec le temps. La guérison passe par cette confiance retrouvée en ta propre biologie.

Ce que cette obsession te vole au quotidien

Cette quête de précision mathématique finit par coûter très cher à ta santé mentale et à ta liberté.

Le cercle vicieux de la culpabilité et de la restriction

Un chiffre jugé trop haut sur l'écran déclenche immédiatement une panique. Tu cherches alors à compenser par la restriction. C'est le premier engrenage d'une spirale infernale.

Cette privation mène souvent, par un effet de rebond, à une crise de boulimie où tu vas énormément culpabiliser. En réalité, ton corps réclame simplement ce qu'on lui refuse.

Se peser nourrit une anxiété permanente sur le long terme. Le soulagement est bref si le chiffre baisse. L'angoisse revient dès le lendemain matin, au moment où tu remontes sur la balance.

Il faut comprendre que la balance est un outil de la maladie. Elle entretient l'obsession au lieu de t'aider à guérir.

La perte d'énergie mentale et de liberté d'esprit

Quelle place prend cette surveillance dans tes pensées ? Tu passes un temps fou à anticiper ce chiffre. Cette énergie pourrait nourrir tes passions réelles. Ton cerveau mérite mieux que des calculs incessants.

Arrêter de monter sur cette balance change vraiment tout. Imagine ton humeur redevenir indépendante d'un chiffre. Tu retrouves enfin une forme de sérénité intérieure. Je t'assure ! Toutes les personnes souffrant de TCA qui m'ont dit avoir lâché la balance ont vu une vraie différence dans leur parcours de guérison.

Ne plus connaître son poids est un vrai cadeau que tu te fais.

Mes pistes concrètes pour lâcher prise et enfin respirer

Maintenant que le constat est posé, voyons comment tu peux concrètement te libérer de cet objet.

Se débarrasser physiquement de l'objet pour rompre le rituel

Tu devrais vraiment jeter ta balance à la poubelle, ou la donner loin de chez toi. C'est un geste radical, je sais, mais c'est tellement salvateur pour ton espace mental.

Tu peux explorer d'autres outils pour sortir de l'anorexie pour compléter ces conseils. Ces ressources m'ont beaucoup aidée à l'époque. N'hésite pas à piocher dedans.

Différencier le suivi médical nécessaire du contrôle compulsif

Il faut que la pesée redevienne un acte purement médical. Laisse les médecins ou ton équipe de soin gérer les chiffres. C'est leur rôle de surveiller ta santé, pas le tien.

ContexteQui pèse ?ObjectifImpact mental
Pesée maison Toi seule Contrôle et obsession Anxiété et culpabilité
Suivi médical Un professionnel Sécurité et soin Sérénité et recul

Précise bien à ton médecin que tu ne veux pas connaître le chiffre. Tu as tout à fait le droit de monter sur la balance à l'envers. C'est une protection nécessaire.

Redécouvrir ses sensations sans le filtre des données chiffrées

Comment te sens-tu dans tes vêtements préférés ? Quelle est ton énergie pour affronter la journée ? C'est ça qui compte vraiment. Ton corps te parle : apprends à l'écouter sans jugement.

Si c'est trop dur, sache que sortir seul d'un trouble alimentaire est un défi immense. Demander de l'aide est une force, pas une faiblesse. Tu n'es pas seule.

Arrêter de se peser tous les jours est vital pour briser l'emprise du TCA et retrouver un peu plus de sérénité. Libère-toi de ces fluctuations trompeuses en confiant ton suivi aux médecins : tu mérites une vie où ton bonheur ne dépend plus d'un écran LCD. 🙂

Mathilde
L'autrice
Mathilde, rescapée de l'anorexie

Je partage ici ce qui m'a aidée à sortir de l'anorexie, sans filtre de la maladie. Je ne suis ni médecin ni professionnelle de santé : mon témoignage ne remplace pas un suivi médical.

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Le TCA comme langage silencieux : quand le corps exprime ce qui n’est pas dit

Le TCA comme langage silencieux : quand le corps exprime ce qui n’est pas dit

Le TCA comme langage silencieux : quand le corps exprime ce qui n’est pas dit

On se retrouve pour un nouvel article, un peu plus psychologique. Pour ceux qui me lisent depuis un moment, vous le savez, j’aime beaucoup tout ce qui touche à la psychologie, ça me passionne. Et les TCA étant des maladies mentales avant tout, il y a une grosse part de psychologie dans la guérison. Et mon objectif, à travers mes contenus, c’est aussi de vous guider dans vos moments d’introspection.

Donc aujourd’hui, on va parler du TCA comme langage silencieux du corps.

Qu’est-ce que ça veut dire ? En parlant de “langage silencieux du corps”, je sous entends que le TCA serait une façon pour ton corps de parler à ta place. Parce que pour moi, mon TCA a aussi été, entre autres, un cri qu’on n’a pas su entendre autrement, ou avant (par moi-même et par mon entourage) sur des choses douloureuses que j’avais en moi. 

Donc cet article est là pour vous faire réfléchir à votre TCA, qui pourrait être vu comme un langage non verbal, une tentative de communication quand vous manquez de mots, ou que tout simplement les mots sont impossibles à exprimer. 

Je vais donc vous expliquer ici les raisons possibles de votre silence émotionnel, je donnerais des hypothèses du langage corporel du TCA, et je finirai par donner des pistes pour essayer d’écouter, de comprendre ce que le corps veut te dire.

Je précise que, c’est une piste de réflexion. Le TCA ne peut pas s’expliquer à 100% par du langage émotionnel. Mais, c’est quelque chose qui peut vous amener à comprendre ce que votre corps raconte, pour vous aider à vous reconnecter à lui, votre allié (et non votre ennemi). 

Partie 1 : Les raisons d’un silence émotionnel - Pourquoi ton corps exprime ce que tu ne sais pas dire ?

Le TCA pourrait donc être une façon, entre autres, de dire quelque chose, sans le dire avec des mots. C’est ce que j’appelle langage silencieux, soit le langage du corps. Avant de comprendre ce que ton corps dit, c’est intéressant de comprendre pourquoi ton corps parle.

#1 - Tu as grandi dans une famille où les émotions sont tues

Si, lorsque tu exprimais tes émotions enfants, on t’a répété “Mais non, ce n’est rien”, “arrête d’en faire une montagne” “tu es trop sensible” “y’a plus grave” “tu exagères”… Ou qu’à l’inverse, tu as grandis dans un environnement où te demandait, parfois inconsciemment, d’être fort, de ne pas déranger, de ne pas faire de vague, de ne pas ajouter de charge émotionnelle aux autres…

Alors, tu as appris à taire ce que tu ressens. On ne t’a pas appris à accueillir tes émotions, à les nommer, à les légitimer (parce que c’est quelque chose qui s’apprend. Moi qui suis jeune maman, je lis qu’avant 6 ans, l’enfant n’est pas en capacité de gérer seul ses émotions et qu’il est nécessaire de l’accompagner, l’aider à les nommer, à les accepter, à exprimer). 

#2 - On t’a appris (inconsciemment) que certaines émotions doivent être cachées

Dans la même veine que le point précédent, si on t’a appris que : 

  • tes propres besoins doivent passer après les autres, que répondre à ses besoins en premier est égoïste
  • que la vulnérabilité est pour les “trop fragile”
  • que la tristesse, la colère sont des émotions à garder pour soi, à ne pas montrer aux autres

Et si, en parallèle, on t’a uniquement félicité quand tu étais “sage”, quand tu performais…

Alors, avec toutes ces règles implicites, tu apprends à être “la bonne élève”, “celle qui ne fait de bruit”, celle à qui on a appris à être sage, discrète, à ne pas être de trop.

Donc tu refoules toutes les émotions qui pourraient à l’inverse de tout ça. 

#3 - Parfois, c’est trop douloureux pour être exprimé avec des mots

Ici, je parle notamment des événements traumatiques. Que ce soit pendant l’enfance ou même adulte. Parfois, un événement traumatique, une insécurité affective, un environnement instable est tout simplement trop à porter pour le cerveau, qui de ce fait, active une réaction de survie. 

C’est comme si le cerveau disait “c’est trop douloureux pour toi, je vais le stocker quelque part”. Et donc, ce quelque part, c’est dans ton corps.

#4 - Certaines émotions ont pu être perçues comme dangereuses pour ton cerveau

Peut-être que, par expérience, ton cerveau a associé des émotions à quelque chose de dangereux. 

Je te donne un exemple : 

Si un jour, tu as exprimé ton amour, et qu’en réponse, tu n’as rien reçu en retour voire même tu as perdu cet amour.Si, lorsque tu pleurais, tu avais quelqu’un d’anxieux ou de mal à l’aise, qui ne savait pas gérer ça. Parfois il y a même des gens qui se mettent en colère, parce que ça les stress de voir quelqu’un pleurer. Mais de ce fait, toi, tu as pu associer le fait d’exprimer tes émotions à quelque chose d’interdit à l’extérieur. 

#5 - On ne t’a pas pris au sérieux

Peut-être que, tu as mis des mots sur ce qui n’allait pas par le passé. Mais en retour, on t’a incité à garder le silence, on ne t’a pas pris au sérieux, on a minimisé ce que tu ressentais… Alors, évidemment, tu as appris que : 

  • Parler ne sert à rien
  • Dire ce que tu ressens ne change rien
  • Tes émotions ne sont pas légitimes

Tu as un ingéré ça comme un interdit silencieux, et donc tu as fini par te taire, à le garder à l’intérieur… Sauf que ton corps a besoin que ça sorte et que ça soit reconnu à sa juste valeur. Alors, il va l’exprimer autrement.

Dans de nombreux cas, c’est parce que lorsque tu as exprimé tes émotions dans le passé, tu as eu un retour d’interdiction de l’exprimer. Et les personnes qui incitent les autres à cacher leur émotion pensent qu’ainsi, ça fera disparaître l’émotion. Mais une émotion interdite ne disparaît pas. Elle se déplace, dans le corps, et finira par s’exprimer d’une façon ou d’une autre.  

Partie 2 - Le langage corporel du TCA

J’espère que cette première partie va t’aider peut-être à avoir des prises de conscience, à comprendre des choses sur toi, sur ton TCA. Personnellement, si j’avais écouté cet épisode à l’époque, je pense que ça m’aurait beaucoup parlé. Là, en tout cas, quand j’explique tout ça, ça fait beaucoup sens avec mon histoire. 

Je vais parler maintenant du langage corporel du TCA, mais avant ça, je vais vous parler un peu plus globalement de langage somato-corporel.

#1 - Le langage somato-corporel

C’est quelque chose que j’ai découvert vers la fin de mes TCA, et aujourd’hui, dès que j’ai une douleur quelque part, je vais regarder la signification dans mon dictionnaire des maladies de Jacques Martel. D’ailleurs, ma soeur est osthéo, et évidemment tout ne s’explique pas par le somatique, mais elle regarde aussi la signification pour en parler avec ses patients durant la séance, car beaucoup de blocage, de douleur ont une grande part de psychologie. Et en avoir conscience, ça aide. 

Déjà, il faut savoir que chez TOUT LE MONDE, le corps parle. Parce qu’on est quand même dans une société, notamment en occident, où on a un mode de vie très intense, où on intellectualise tout, on est très focus sur le mental, plus que sur les ressentis corporels. “Le corps parle, mais on ne l’écoute pas” comme je dis dans mon roman autobiographique. Il y a plein de douleur chronique par exemple qui s’explique somatiquement. 

Qu’est-ce que langage somato-corporel ?

C’est tout simplement le fait que le corps exprime ce que l’esprit n’arrive pas à formuler, à conscientiser. 

Il peut le faire à travers : 

  • la posture
  • des douleurs musculaires
  • des troubles du sommeil
  • des problèmes de digestion
  • la respiration
  • Ou des comportements automatiques dont on a même plus conscience 

Je vais vous donner des exemples concrets, en me basant sur des douleurs et blocages fréquents chez les personnes anxieuses : 

Douleurs épaules et nuques

Si tu as : 

  • les trapèzes tendus, la nuque qui n’a pas une forte amplitude en regardant à droite à gauche, les épaules dures, crispées…

Ces zones correspondent à la charge mentale, à la responsabilité, à l’hypervigilance.

Le langage somato-corporel c’est ton corps qui doit “Je porte tout” “je ne peux pas m’écrouler car j’ai trop de responsabilité” “Je m’inflige de tenir absolument la cadence, le rythme”

Douleurs dans le bas du dos

Les lombaires, c’est la zone de sécurité émotionnelle.

Les personnes qui ont mal à cet endroit vivent souvent : 

  • de l’insécurité affective
  • un manque de soutien
  • la sensation d’être seul

C’est le corps qui dit “je n’ai pas d’appui”, “je dois être mon propre pilier”

La mâchoire

Si tu as la mâchoire serrée, que tu fais du bruxisme… c’est une façon de garder le contrôle. Somatiquement, si la mâchoire est bloquée, tu as moins la capacité d’ouvrir la bouche, de l’exprimer si l’émotion sort.  

Les douleurs aux bras, aux mains

Si tu as des tensions dans les bras, des douleurs dans les mains : 

Ce sont souvent des zones liées à la peur de demander de l’aide, à la difficulté d’en recevoir, à un besoin très fort de tout gérer seule.

 

Voilà, je vous ai donné quelques exemples, mais vraiment, c’est super intéressant de connaître le côté somatique je trouve. Même si évidemment, tout ne peut pas s’expliquer somatiquement. Je pense par exemple à la faim extrême, l’explication est majoritairement biologique. La faim mentale, l’explication est aussi biologique ; dans les deux cas que je viens de citer c’est la restriction, donc un manque d’apports alimentaires.

#2 - Anecdote perso

Je vais vous raconter une anecdote personnelle qui me semble, j’ai déjà raconté. En 2020, j’étais quasiment sorti des TCA, et j’étais en pleine reconstruction de mon identité, en train de chercher vers quoi je voulais aller dans la vie, tout en travaillant sur mon attachement à mes parents, à ma mère, ma peur de grandir.

Et, j’avais une verrue plantaire sous la voute plantaire qui était apparue. Je l’avais soigné avec les solutions proposées en pharmacie, ensuite j’avais vu une podologue qui m’avait fait des soins sur plusieurs semaines, j’ai même fait de la cryogénisation… j’ai vraiment mis beaucoup d’argent dedans, et elle ne partait pas ! ça faisait maintenant plus d’un an et demi que je l’avais, et un jour, j’ai posté un message sur un groupe Facebook de Lyon pour avoir des recommandations de méthode pour éradiquer une verrue plantaire. 

Et parmi les réponses, une dame m’a répondu “avez-vous regardé la signification somato-psychologique ?”. Non, je ne l’avais pas fait. Et donc j’ai regardé, et en somato-psycho, une verrue plantaire représentait l’avancée dans la vie, la direction, le fait qu’on n’est pas certain de la direction qu’on veut prendre dans la vie, qu’il y a un conflit intérieur entre avancer et rester là où on est. Et en lisant la signification, je me suis dit “ah mais clairement, c’est mon corps qui parle !”. Et je me suis dit, je vais attendre d’avancer dans ma vie, d’un point de vue psychologique en thérapie, et je ne vais plus penser à tout ça. Et quelque mois plus tard, je me suis souvenue de cette verrue que je m’étais forcée de en plus regarder et… Elle avait disparu ! Parce que je pense que j’avais avancé sur la problématique, et j’avais aussi conscientisé que c’était un message de mon corps, je l’ai donc entendu, écouté.

#3 - Le langage du corps des TCA

Alors, quels pourraient être les messages silencieux de ton TCA ? 

La vérité, c’est qu’ils te sont propres. Mais je vais donner des messages du corps “typiques” qu’il pourrait y avoir chez une personne avec un TCA.

3.1 Le corps exprime un besoin de sécurité

Le langage somato-émotionnel, serait : 

  • “ J’ai besoin de me sentir en sécurité” 
  • “J’ai besoin d’un cadre fixe, rassurant”
  • “Le monde autour de moi me semble (ou m’a semblé) imprévisible, alors je me sécurise comme je peux” 

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que tu as manqué de sécurité affective (environnement instable, fluctuations émotionnelles des adultes).
  • Peut-être que tu as vécu un événement où ta sécurité a été menacée (maltraitance, abandon, agression, violence, rupture brutale).
  • Peut-être qu’on ne t’a jamais vraiment transmis l’idée que tu étais soutenue, protégée, entourée.
  • Peut-être que tu as vécu un trauma où ton corps a ressenti la peur avant même que ta tête puisse comprendre.

3.2 Le corps exprime une sensation de prendre trop de place ou au contraire, de ne peut trouver sa place

Le langage somato-émotionnel, serait : 

  • “J’ai peur de déranger” 

  • “Je veux disparaître” 

    ou

  • “Je veux qu’on me voie enfin” 

  • “Je veux qu’on me laisse ma place”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que tu as grandi dans un environnement où prendre de la place était dangereux (punition, rejet, critiques).
  • Peut-être qu’on t’a appris que tes besoins dérangeaient.
  • Peut-être aussi que tu t’es sentie invisible, pas entendue, pas comprise… et que ton corps parle pour demander une place.
  • Peut-être qu’il n’y a jamais eu d’espace pour que tu sois pleinement toi.
  • Peut-être que tu as eu une place qui n’était pas la tienne (rejet de ton identité et donc tu te plies à ce qu’on attend de toi, ou alors que tu as été adulte trop tôt alors que tu étais enfant)

3.3 Le corps exprime un besoin d’autonomie

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “je veux me débrouiller seul”

  • “je sais être indépendante”

  • “je veux ne dépendre de personne”

  • “j’ai peur d’avoir besoin d’autres personnes”

  • “personne ne doit avoir de pouvoir sur mon corps”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que dépendre de quelqu’un a été dangereux ou décevant.
  • Peut-être qu’on ne t’a pas soutenue quand tu en avais besoin.
  • Peut-être qu’on t’a parentifiée (enfant qui doit être l’adulte).
  • Peut-être que tu as grandi avec des adultes peu fiables ou instables.
  • Peut-être que tu as vécu une intrusion (émotionnelle, physique, éducative) où tu n’a pas réussi (par choc ou incapacité lié à l’âge à dire “Mon corps doit m’appartenir. »

3.4 Le corps exprime un besoin d’anesthésier une douleur (donc enclenche un mécanisme de survie)

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “C’est trop intense/ trop dur à porter pour que je le ressente.”

  • “Je préfère ne rien ressentir que ressentir ce qui fait mal.”

  • “J’ai besoin de me couper pour survivre.”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que tu portes une douleur passé (trauma, perte, rejet).
  • Peut-être que tu as dû “vivre” malgré la souffrance.
  • Peut-être que tu as souvent entendu dire : “Allez, sois forte.”
  • Peut-être que tu n’as jamais eu le droit d’être triste ou en colère, qu’on ne t’a pas laissé la place de l’exprimer

3.5 Le corps exprime ne pas ressentir le droit d’exister

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “Je ressens ne pas le droit d’être là.”

  • “Je dois me faire petite pour mériter ma place.”

  • “Je ne suis pas assez importante pour prendre soin de moi.”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être qu’on t’a transmis l’idée que tu étais un poids, un problème.
  • Peut-être que quelqu’un a occupé tout l’espace émotionnel dans la famille.
  • Peut-être que tu n’as pas été désirée, ou que tu l’as entendu/senti.
  • Peut-être que tu as été comparée, dévalorisée, rabaissée.

3.6 Le corps exprime un besoin de rester dans l’enfance (de réparer l’enfance)

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “Je veux revenir à un moment où tout était plus simple.”

  • “Je veux revenir à un moment où quelque chose a besoin d’être réparé”

  • “Être adulte me fait peur”

  • “J’ai besoin de protection.”

  • “Je n’ai pas eu d’enfance, ou pas eu l’enfance que j’aurai aimé avoir”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que tu as dû grandir trop vite (parentification).
  • Peut-être que ton enfance a été insécurisante.
  • Peut-être que tu n’as pas eu l’attention, la protection, la douceur dont un enfant a besoin.
  • Peut-être que tu as été confrontée trop tôt à des responsabilités d’adulte.
  • Peut-être que tu as vécu un trauma dans l’enfance qui a figé une partie de toi à cet âge-là.

3.7 Le corps exprime une colère non dite

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “Je suis en colère mais je ne peux pas le dire.”

  • “J’ai peur que ma colère détruise quelque chose.”

  • “Je préfère me contrôler plutôt que de risquer d’exploser, ou de faire exploser quelque chose autour de moi (lien, relation…)”

  • “Je retourne l’agressivité vers moi car c’est plus sûr.”

La colère interdite se transforme souvent (sans qu’on en ait conscience) par de l’auto exigence, de la punition envers soi-même, de la violence silencieuse envers soi. Et c’est pas toujours évident de mettre des mots sur cette colère, de se l’autoriser pour que ça passe au conscient et même de savoir sur quoi cette colère porte.

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que la colère a été punie, ridiculisée ou ignorée.
  • Peut-être que tu as grandi avec quelqu’un qui “occupait” toute la colère.
  • Peut-être que tu as fait un mauvais lien qu’être en colère = perdre l’amour.
  • Peut-être que tu as accumulé des injustices jamais dites.

C’est possible que vous vous retrouvez dans plusieurs de ces points ! Et attention, ici je n’ai formulé que des hypothèses. Parfois, entendre ces hypothèses peut faire germer des prises de conscience, mais ça ne veut pas dire que vous devez absolument vous retrouver dans ces hypothèses. Prenez seulement ce qui vous parle. 

Partie 3 - Comment apprendre à écouter son corps ?

Comment faire pour comprendre le message de son corps, ce qu’il exprime, qui n’est pas dit ? 

Déjà, mon dernier épisode de podcast porte sur le sujet de “faut il trouver la cause pour en guérir?” Et grosso modo, dedans je vous dis que non. Et bien, je commence cette partie en vous rappelant qu’il n’est pas nécessaire de s’obstiner à trouver absolument ce que votre corps dit à votre place. Si, dans cet épisode, vous avez trouvé des éléments de réponse, tant mieux. Mais si ce n’est pas le cas, tant pis, c’est que ce n’est pas le moment, et c’est pas pour ça que vous allez rester bloqué plus longtemps dans la maladie, pas du tout. 

Il faut aussi bien comprendre, si je n’ai pas réussi à le transmettre auparavant dans cet épisode, c’est que ton corps, il exprime ça par des maux, pas pour te faire du mal, pour te le faire payer. Mais plutôt dans un but de t’aider, parce que c’est vraiment ton allié, et que c’est sa façon de te dire “eh, il y a quelque chose qui ne va pas, j’ai besoin que tu portes ton attention dessus, que tu ralentisses, que tu m’écoutes”.

Dans cette partie je vais essayer de vous donner quelques pistes pour vous aider à décoder ce langage silencieux. 

#1 - Te reconnecter à ton corps

Ça c’est quelque chose d’important, à apprendre dans la guérison, d’avoir des petits moments de reconnexion avec ton corps pour rétablir cette écoute des sensations de ton corps. Pour certaines personnes ça peut vraiment leur faire peur, donc allez y en douceur, quand vous vous sentez prêt.

Moi je le faisais par des moments de pleine conscience. Mais c’était pas non plus m’assoir sur un tapis et écouter mon corps pendant 20 minutes. Non, ça, ça me stressait même parce que mon esprit s’évadait constamment sur des questions, des peurs, des doutes. Ce que je faisais c’set par exemple quand je buvais du thé, ou une boisson chaude, je me concentrais sur la sensation de chaud qui traversait mon corps, qui descendait petit à petit dans ma gorge. Même chose quand je prenais ma douche, je prenais le temps de ressentir le chaud de l’eau, la puissance du jet sur ma peau. Je trouve ça plus simple de se concentrer sur une zone en particulier, une sensation en particulier dans une situation précise. Par exemple, en ce moment il fait froid. Et bien quand vous êtes dehors, vous pouvez vous concentrer sur la sensation de froid sur ton visage.

#2 - Relever les indices de sécurité / danger

Ton corps te parle, quand il est en sécurité, et quand il est en danger. 

Apprendre à repérer ça, ça peut vraiment t’aider.

Indices de sécurité

  • tu respires plus facilement (ou tu respires tout court)
  • tu penses plus lentement
  • tu rigoles, tu souris, tu te sens plus détendue
  • tu es plus présente
  • tes épaules se relâchent, 
  • tu te sens connectée aux autres

Indices de danger

  • respiration courte voire sensation de respiration coupée
  • oppression
  • gorge serrée
  • besoin de contrôler
  • envie de pleurer qui monte
  • pensées rapides
  • agitation

 

Et quand tu repères ces indices, tu peux aussi essayer de repérer les déclencheurs de ces moments de sécurité et de danger. À vrai dire, ce sont surtout les déclencheurs du danger qui vont t’aider à avancer sur le message silencieux de ton corps. 

#3 - Mettre des mots sur “ça ne va pas”

Parfois, tu sens que tout simplement, “ça ne va pas”. C’est d’ailleurs souvent ces mêmes jours où tu as cette sensation d’être “trop grosse”, où tu n’aimes pas ton reflet dans le miroir.

Essaie, dans ces moments-là, de mettre des mots plus précis sur ton mal-être. Te demander comment tu te sens réellement, est-ce qu’il y a eu une situation dans laquelle tu t’es sentie mal à l’aise ? Pourquoi ? Est-ce qu’il y a une discussion qui t’a touché ? Quelque chose qui a déclenché du stress, une peur, une pression ? Est-ce à la suite d’une interaction avec une personne ?

Essaie, si tu le peux, de trouver un peu plus exactement quelles sont les émotions que tu ressens (tristesse, honte, solitude, fatigue, dégoût, colère…)

#4 - Qu’est-ce que je n’ai pas dit que j’aurais aimé dire ?

Quand tu termines une journée, ou que tu reviens d’un lieu/d’une rencontre et que tu te sens pas très bien sans trop savoir pourquoi, tu peux te poser cette question : qu’est-ce que je n’ai pas dit, mais que j’aurais aimé dire si j’étais certaine qu’il n’y aurait pas de répercussion, pas de jugement ? 

#5 - Accepter de l’aide thérapeutique

Le combo le plus efficace, c’est de s’aider de thérapie. Les mieux sont celles qui allient : thérapie somatique + thérapie psychologique.

Parce que les mots et le corps doivent être impliqués pour créer du changement durable. Et parfois, comme vous n’avez pas la conscience de tout, c’est intéressant de passer par la mémoire de votre corps.

Après, je sais que ce sont souvent des thérapies où les professionnels demandent d’avoir un minimum d’énergie (physique et mentale), donc de ne pas être trop sous-alimenté, d’avoir déjà démaigri (pour les personnes qui ont perdu du poids suite à leur TCA).

EMDR

But : retraiter les souvenirs traumatiques qui restent bloqués dans le système nerveux.

J’ai déjà fait un épisode de podcast sur ce sujet car c’est une thérapie que j’ai faite et que je recommande.

ICV

But : réparer les manques affectifs, stabiliser le système nerveux, reconstituer la sécurité intérieure.

L’ICV fait revivre au cerveau ta ligne du temps (ton histoire de vie), de 0 à aujourd’hui, comme un film accéléré.
Cette répétition permet au cerveau de comprendre :

  • que les menaces appartiennent au passé,
  • que tu n’es plus l’enfant vulnérable d’avant,
  • que tu es adulte et en sécurité maintenant.

Je commence cette thérapie bientôt normalement ! Pour le petit aparté, être maman a fait ressorti beaucoup de choses de mon anxiété, de mon hypervigilance, et de mon enfance. Et du coup, pour m’aider à travailler ce qui n’est pas encore assez travaillé, je tente cette nouvelle thérapie qui commence mi-décembre ! La thérapeute que je vais voir fait de l’EMDR, de l’ICV et de l’hypnose et donc, elle utilisera ce qu’elle semble le plus approprié. Si j’ai recours à l’hypnose et ICV, je ferais peut-être un retour d’ici quelques mois sur le podcast. 

Kinésiologie

But : dénouer les blocages émotionnels, libérer le stress enregistré dans le corps.
Ça se passe via des tests musculaires pour identifier les stress, croyances, blessures… Le thérapeute peut utiliser différents outils (points d’acupression, visualisation, respiration…) pour “défaire” ces mémoires corporelles.

J’ai aussi fait de la kinésiologie quand je souffrais d’anorexie, j’ai fait pas mal de séances.

Hypnose

Ça tout le monde voit ce que c’est je pense 🙂

Voilà, je pense que j’ai dit pas mal de choses déjà sur le sujet. J’ai vraiment bien aimé préparer cet article, je trouve le sujet presque passionnant. D’avoir traversé les TCA, maintenant dans ma vie, je prends très souvent conscience de ce que mon corps essaie de me dire, j’ai comme noué une relation de confiance avec lui qui me permet de l’écouter. Donc, dites-vous que c’est vraiment un outil que vous allez développer pour toute votre vie, pas seulement pour guérir de votre TCA. Si jamais cet épisode t’a parlé, qu’il t’a aidé, ajoute un commentaire sur spotify, sur youtube ou sur l’article de blog correspond. 

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Publié par Norainnoflower dans Mieux connaître, Thérapie, Trouble du comportement alimentaire, 2 commentaires
Faut-il trouver la cause de son TCA pour en guérir ?

Faut-il trouver la cause de son TCA pour en guérir ?

Faut-il trouver la cause de son TCA pour en guérir ?

On se retrouve pour un court épisode pour répondre à une question qui revient souvent, chez les personnes malades, chez les parents, etc : faut-il trouver la cause de son TCA pour en guérir ?

Je crois aux “signes” de la vie, et récemment, j’ai eu deux signes qui m’ont donné envie de faire cet épisode 🙂 Le premier, c’est en lisant un livre que mon conjoint m’a offert. Et le deuxième, c’était lors d’une discussion avec Cécile Feltin, pedo-psychiatre, avec qui j’ai enregistré un épisode de podcast récemment. Et le point commun de ces deux signes, c’est que ça a déclenché une prise de conscience en moi en mode : “est-ce que, vraiment, inciter à rechercher la cause, à comprendre le pourquoi de son trouble alimentaire, c’est une bonne chose ?”

J’ai eu une longue réflexion avec moi-même et je voulais vous partager tout ça ! 

Un peu de contexte...

Alors, déjà, je vais vous expliquer exactement, les signes que j’ai eus.

Le premier, c’était en lisant un livre sur les thérapies brèves qui disait mot pour mot : 

Comme on l’aura compris, traiter ce sujet (en l’occurrence dans le contexte du livre : l’anxiété) ne signifie pas partir à la recherche de causes obscures, compliquées et profondes, mais se situer plutôt dans le sillage d’Oscar Wilde qui affirmait : « Le vrai mystère du monde est le visible, et non l’invisible. » Nous nous focaliserons donc sur le fait de savoir « comment » une personne, sans même s’en rendre compte, « construit» le piège dans lequel elle pénètre, mais dont elle ne parvient plus à ressortir seule.”

Déjà là, premier petite ampoule qui s’allume dans ma tête.

Puis, j’avais donc un épisode de podcast à enregistrer avec Cécile. Et le but était de lui poser vos questions. Et l’une des questions que j’ai posé, c’était “faut-il trouver la cause de son TCA pour guérir?”. Et là elle m’a partagé son point de vue. Spoiler : la réponse est non.

Et en fait, c’est ce que j’explique dans le podcast avec Cécile, c’est que ça me fait me questionner car j’ai l’impression qu’à de nombreuses reprises, je vous ai partagé le conseil de vous questionner sur les causes de votre trouble alimentaire, en réalité, je pousse plus souvent à chercher le “pourquoi”. Ce qui n’est pas tout à fait pareil,je trouve.

Mais je pense que parfois, j’ai dû mettre la pression à certaines personnes qui devaient se dire “mais je ne parviens pas à comprendre les causes, donc je n’arriverai pas à en sortir”.

Il n’y a pas 1 cause

Bon, un premier élément de réponse, c’est qu’en réalité, ça vous le savez depuis le temps que je le répète : il n’existe pas une seule cause. Un trouble alimentaire c’est multifactoriel. ça a des causes biologiques, psychologiques, sociaux, culturels… Donc, chercher UNE cause, ça n’a pas de sens, vous ne trouverez jamais LA raison qui pourra tout expliquer.

Les thérapies qui cherchent la cause

Il existe clairement des thérapies (notamment les psychanalyses) qui sont centrées sur les causes pasées. L’objectif est vraiment de comprendre l’origine profonde du trouble. La logique de ces thérapies c’est que les symptômes actuels seraient l’expression de blessures non résolues. Et ça, c’est quelque chose que je vous ai déjà dit d’ailleurs. Que parfois, le TCA c’est une façon du corps d’exprimer des blessures non résolues. Mais alors, est-ce que ça veut dire qu’il est nécessaire d’en comprendre la cause pour guérir ces blessures ? 

Le problème, c’est que ces thérapies de recherche des causes, ce sont des thérapies souvent longues. Et en attendant, ces thérapies n’agissent pas sur les comportements problématiques actuels. Donc si des comportements sont toxiques/destructeurs pour toi, pour ta santé… Bah en attendant, ils peuvent s’agraver. Et en plus de ça, ces thérapies basés sur la recherche de cause, sur le passé… ça demande beaucoup d’énergie, et pour des personnes notamment qui souffrent d’un trouble mental comme les TCA, c’est difficile. Souvent, elles manquent d’énergie… 

Et, en plus, en te focalisant sur la recherche des causes, tu risques de rester bloqué dans l’analyse sans agir.

Les thérapies centrées sur le présent

Donc, à côté de ces thérapies centrées sur le passé, il y a celles qui sont plus centrées sur le présent. L’objectif de ces thérapies (je vais vous donner des exemples juste après), c’est d’identifier comment le problème fonctionne et se nourrit aujourd’hui. Donc en gros, ce n’est pas forcément les causes initiales qui entretiennent le trouble, mais plutôt les schémas qui se sont intaurées avec le temps, les cercles vicieux dans lesquels vous êtes… qui entretiennent le trouble. 

Donc c’est souvent des thérapies qui vont se baser sur des outils plus concrets. Donc c’est par exemple : 

  • La TCC (Thérapie cognitivo Comportemental) : c’est aujourd’hui la thérapie la plus validée scientifiquement pour les TCA. L’objectif de la TCC ce n’est pas de rechercher la cause profonde mais de travailler sur les rituels, les pensées dysfonctionnelles, la peur de grossir, etc. C’est de casser les cercles vicieux qui entretiennent le TCA.
  • L’ACT : Thérapie d’acceptation et d’engagement
  • Les thérpaies stratégiques brèves
  • L’EMDR/l’ICV. Pas forcément pour commencer un traitement, mais plus utile en complément on va dire. Et souvent, ça se fait après un travail de stabilisation alimentaire quand même, du moins c’est conseillé.

 

Donc, faut-il trouver les causes pour guérir ?

Donc pour répondre à la question “faut-il trouver les causes (vu qu’on a vu qu’il n’existe pas une cause unique) pour guérir de son TCA?”

 

Bah la réponse, c’est non. Et c’est plutôt rassurant je pense, parce que comme je l’ai dit, je pense que pour certaines personnes, qui ont notamment aucun élément de réponse, ça peut être paralysant, stressant et décourageant. Donc vous le savez, c’est pas une obligation de trouver les causes pour guérir. Les recommandations scientifiques actuelles pour les TCA vont plutôt dans le sens des thérapies types TCC, c’est à dire que c’est le travail sur les mécanismes de maintien présents qui fait progresser la guérison, pas la recherche des causes passées. 

 

MAIS, j’apporte une petite nuance.

Enfin, c’est pas une nuance, mais en fait, moi de mon côté, en préparant cet épisode, à chaque fois j’avais un peu des pensées qui me venaient dans la tête en mode “oui mais en réalité, c’est parce que t’as compris des choses de ton passé, que t’as dénoué un peu des noeuds… que tu as pu en guérir TOTALEMENT et ne pas rechuter”. Et je pense qu’en vrai, ça c’est quand même quelque chose de vraie. C’est à dire qu’une des choses à faire pour éviter les rechutes et trouver une guérison complète, c’est vraiment que le mal-être profond puisse être travaillé. Quand je dis “travaillé”, ça veut pas dire qu’il disparait, ou qu’il est totalement résolu. Grosso modo, mon mal-être c’était notamment mon manque de confiance en moi, mon anxiété, mon perfectionnisme. Tout ça, je l’ai encore. Et j’ai des journées voire des semaines où je suis mal, de temps à autre, à cause de ça. Mais, comme je l’ai travaillé, comme je comprends mieux ces symptômes et mécanismes chez moi, je sais avoir une réponse + bienveillante avec moi-même et je ne mets plus de mécanismes destructeurs envers moi (comme les TCA par exemple). Travailler sur le présent m’a aidée à comprendre mes schémas plus profonds, comme l’anxiété et le perfectionnisme. Ça ne les a pas effacés, mais ça a changé ma façon d’y répondre.

Donc bref, comme je disais, pour moi le travail sur les mal-être plus profond est important, et il est souvent lié à des causes. Vous n’êtes pas né anxieux, perfectionniste, avec une confiance en vous à zéro. 

Mais j’ai compris qu’en fait, même en faisant un focus sur le présent, soit sur les mécanismes qui entretiennent dans votre quotidien la maladie… vous faites un travail sur les causes (mais de façon plus subtiles). En réalité, très souvent, en modifiant ses comportements actuels, en sortant de la restriction, en affrontant une peur… des échos du passé remontent naturellement.

Par exemple : 

  • Quelqu’un qui travaille sur son besoin de contrôle réalise que ça fait sens avec une famille très exigeante.
  • Une personne qui apprend à exprimer ses émotions se souvient que petite, on lui faisait comprendre qu’être forte, c’était de ne pas pleurer

 

Et en fait, en faisant cet article, et dans l’épisode avec Cécile, à un moment elle me dit “Mais tu as compris A POSTERIORI”, et bien j’ai eu la prise de conscience qu’en effet, j’ai trouvé les causes exactes à posteriori, mais qu’en fait, durant mes thérapies, je me concentrais sur le présent. 

Je vais donner des exemples concrets : 

  • Dans le présent : Dès que je faisais une compulsion alimentaire, il fallait que ma mère le sache. Dès que je devais prendre une décision en lien avec la nourriture, j’en parlais avec ma mère. Dès que ma mère n’était pas présente lors du repas, même 5 minutes de retard, ça partait en vrille dans ma tête. Donc… en analysant ces comportements dans le présent, je suis remontée à mon histoire, ma relation quasi fusionnelle (de mon côté en tout cas) avec ma mère.
  • Dans le présent : je me sentais rassurée quand j’étais maigre car moins attirante donc moins de regard des hommes. Donc j’ai pu faire le parallèle avec mes relations passées avec mes ex, et remonter jusqu’à l’enfance et mon histoire avec mon corps.

 

En fait, dans une approche centrée sur le présent, les liens avec le passé apparaissent comme des prises de conscience secondaires, naturelles, au fil du travail.

Alors que dans une approche causale, on part dès le début à la recherche du passé, parfois au risque de s’y perdre. Mais en travaillant sur le présent, on finit souvent par relier des points et trouver du sens. 

 

Et dans vos prises de conscience secondaires, lié au passé, le but c’est juste d’avoir des éléments de réponse, des petites explications, des petites compréhensions. Mais retenez bien que vous n’avez pas besoin d’élucider le passé pour guérir. Et si vous trouvez des petits éléments de réponse, des petits “pourquoi”, ce sont des « bonus », des éclairages, pas des conditions préalables à la guérison.

 

Donc voilà, si tu veux déjà commencer à travailler sur le présent, tu peux commencer par te poser deux petites questions :

  • Quels comportements j’ai aujourd’hui qui entretiennent mon TCA ?
  • Quelles pensées reviennent en boucle ?

Voilà, j’espère que cet article vous aura rassuré, et enlevé un peu la pression de trouver les causes. Ce qu’il faut bien retenir, c’est que si aujourd’hui tu n’as pas trouvé “les” causes de ton TCA, rassure-toi : ce n’est pas un frein à la guérison. C’est en travaillant sur ce que tu vis au présent que ta guérison avance. Et parfois, les réponses du passé arrivent en bonus, toutes seules !

Dites-moi si vous êtes d’accord avec ça ou si pour vous trouver les causes est indispensable 🙂

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Ce besoin de rechercher la permission de manger et la réassurance des autres

Ce besoin de rechercher la permission de manger et la réassurance des autres

Ce besoin de rechercher la permission de manger et la réassurance des autres

Je vous retrouve pour un nouvel épisode de podcast, un nouveau sujet : le fait de chercher la réassurance extérieure, chez les autres, lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire.

Je pense que c’est quelque chose d’assez fréquent. Et donc je me suis penché sur ce sujet.

J’ai fait un focus particulier sur la réassurance en lien avec l’alimentation, parce que lorsqu’on souffre de trouble alimentaire, l’alimentation prend tellement de place dans le quotidien… qu’il y a fréquemment une recherche de réassurance dans ce domaine. Mais si on réfléchit, ça ne concerne pas uniquement le domaine nutritionnel.

Je vais tout de même commencer par me focaliser sur ce besoin précis.

Rechercher la permission de manger : Pourquoi ce besoin ?

Raison physiologique

L’une des premières explications, elle est physiologique. Ton trouble alimentaire t’a amené à te déconnecter de tes signaux internes. À force de ne pas répondre à ta faim, et ayant peu d’énergie, ton corps ne mobilise plus l’énergie pour faire gargouiller ton ventre, te faire comprendre qu’il a faim… Car il n’obtient pas de retour sur investissement puisque tu n’y réponds pas. Alors, tu ne ressens plus ces sensations de faim, ni de satiété. Donc tu ne sais plus quand réellement manger ? Si tu as faim ou pas ?

En plus de ça, un trouble alimentaire fonctionne sur des règles strictes. Pas le corps. Donc, ton trouble alimentaire t’a appris que tu manges telle chose à telle heure telle jour. Mais ton corps, lui, ayant des besoins qui varient selon de nombreux critères… bah parfois, ça ne va pas lui suffir. Donc ton trouble t’envoie un signal (basé sur une règle stricte), ton corps t’envoie un autre signal (basé sur ses besoins réels). Et toi, au milieu de tout ça, tu es perdu : tu ne sais pas qui écouter? Ce qui est valable ? Ce que tu dois prendre en compte ?

Donc, tu cherches des réponses externes, et notamment, en demandant aux autres de te rassurer sur ce que tu dois faire, ou d’approuver ce que tu fais pour être sure que tu fais bien.

Raison n°2 : l’anxiété

C’est très commun de retrouver de l’anxiété à des niveaux assez élevée chez les personnes qui souffrent de trouble alimentaire. 

Mais, la restriction alimentaire plonge également le corps dans un état d’anxiété profonde. 

Donc les deux couplés… ça donne de très haute dose d’anxiété.

Et quand le corps subit autant d’anxiété, il se sent en danger. Donc, il cherche à se rassurer.

Alors, tu vas chercher de façon extérieur à apaiser ton anxiété puisque toi, seule, tu ne parviens pas à te rassurer.

Raison n°3 : le perfectionnisme

Il forme souvent un trio avec le TCA et l’anxiété : le perfectionnisme. 

Tu es tellement perfectionniste, tu as tellement peur de décevoir, d’être jugé, d’être différente des autres, de pas faire comme il faut… que tu as besoin d’être rassuré sur le fait que tu fasses les bonnes choses, de la bonne façon.

Raison n°4 :

Bon en fait, ce n’est pas un trio, c’est un quatuor. Parce que dans tout ça, s’ajoute le manque de confiance en toi. Et oui, forcément, si tu ne crois pas en toi, si tu n’as pas confiance en tes propres capacités… Et bien tu vas être amené à demander une aide extérieure pour te rassurer.

La recherche de réassurance dans les troubles alimentaires

Et comme je le disais en introduction, la réalité c’est que cette recherche de réassurance ne s’arrête pas à la dimension nutritionnelle lorsqu’on souffre de TCA. À cause entre autres de ce que j’ai expliqué avant (perfectionnisme, manque de confiance, sensations internes altérées, anxiété…)

→ Réassurance sur le corps : “est-ce que j’ai grossi ? Est-ce que ce pantalon ne me serre pas trop ? Est-ce que j’ai pas gonflé aujourd’hui ? Est-ce que prendre X kilos en X jours c’est pas trop ?”

→ Réassurance sur les repas : sur la permission de manger mais aussi sur l’après : “Tu crois que j’ai trop mangé en prenant ça?”

→ Réassurance sur la santé : certaines personnes ressentent le besoin d’appeler le médecin à chaque nouveau symptôme

→ Réassurance sur l’activité physique : “Tu crois que c’est grave si aujourd’hui je n’ai pas bougé ?”

→ Et plus globalement, dans la vie quotidienne, pour des choix de vêtements, d’étude, de lieu de vie, même de fréquentation. ça peut vraiment prendre de l’ampleur…

D’où vient cette recherche de réassurance ?

Je l’ai dit auparavant, dans la première partie, mais, parfois, quand vraiment ça prend de l’ampleur, les causes peuvent être plus profondes.

  • Origine psychologique profonde : quand tu as grandi dans un environnement où tout était commenté (notamment ton poids, ton apparence… Ce qui est commun chez beaucoup de personnes présentant des TCA) ⇒ Alors, tu as intégré inconsciemment que les autres savent mieux que toi ce qui est bon ou mauvais pour toi.
  • ça peut être lié à la peur de grandir / d’être adulte ; et notamment la peur de ne pas réussir à assumer ses responsabilités d’adulte. Demander l’avis aux autres, et parfois c’est beaucoup à ses parents, à sa mère… c’est une façon d’éviter les erreurs et de se dire “si j’échoue, c’est pas vraiment ma faute, c’est la responsabilité de l’autre”. 

Chercher la réassurance : aide ou obstacle à la guérison ?

Dans un premier temps :

Oui, ça peut aider. C’est d’ailleurs un conseil que je donne aux parents et plus globalement aux proches d’une personne qui a des TCA : c’est de rassurer la personne, en répétant des arguments qui rassurent la personne et qui vont surtout contrer cette petite voix qui à longueur de journée leur rabâche des règles strictes. 

Donc oui, parfois, chercher la réassurance, c’est nécessaire auprès de tes parents, de tes proches, de tes soignants ; pour poser les bases.

MAIS, sur le long terme…

Chercher la réassurance, c’est un frein pour la guérison. Pourquoi ?

  • Parce que plus tu cherches la réassurance, plus ton cerveau en devient dépendant. Quand tu prends l’habitude d’être validé par les autres, si tu n’as pas la validation des autres, tu ressens comme un manque. Et tu en viens à ne plus savoir prendre des décisions seule. 
  • En plus de ça, à force de demander aux autres de te rassurer, tu envoie le message à ton cerveau “je ne suis pas capable seule, alors il me faut une validation externe”.
  • Et donc tout ça, fait que ça renforce des croyances erronées. On en a déjà parlé plusieurs fois. Notre système de croyance se forme au grès de nos actions et de nos pensées. Au plus tu envoies ce message de “je ne suis pas capable” et au plus tu demandes la réassurance aux autres… au plus tu renforces cette croyance erronée de “je ne peux pas me faire confiance”.
  • Et ça peut même devenir un TOC : c’est à dire que quand tu demandes de la réassurance à autrui, tu ressens un soulagement TEMPORAIRE. Mais l’anxiété revient de plus belle dès que tu ressens ce besoin de réassurance et elle est intense tant que tu n’as pas obtenu réassurance. 

Concernant la permission de manger :

Pourquoi c’est un frein de constamment demander à l’autre si tu peux manger / si tu as assez mangé / si tu peux encore manger …? 

  • Parce que l’autre ne ressent pas tes signaux internes qui te sont propres. En effet, au début, les sensations de faim et de satiété ne sont pas encore revenus. Mais, à terme, elles se normaliseront et ce n’est pas quelqu’un d’externe qui saura dire quels sont les besoins de ton corps. Cette personne risque de faire des suppositions ou de se baser sur elle-même, et chacun a ses propres besoins. En fait, en faisant ça, tu vas te couper de ton intuition alimentaire. 
  • En plus de ça : tu ne peux pas demander toute ta vie la validation d’une autre personne. C’est juste pas normale… et tu vas forcément te retrouver dans des situations où tu seras seule à devoir prendre la décision, et du coup tu vas te sentir bloquée.
  • En plus de ça, d’expérience (parce que pour le coup, moi j’ai eu énormément ce truc de rechercher la réassurance auprès de ma mère…). Bref, d’expérience, parfois, on cherche la réassurance via une tierce personne mais l’autre personne va répondre quelque chose qui va te stresser encore plus (même sans le vouloir. Parce que l’autre ne connait pas les mécanismes des TCA, ne connait pas ce qui va te trigger, etc.)
  • Et il y a aussi des cas (et là je parle encore une fois d’expérience personnelle…), des cas où on sait ce qui nous rassurerait mais l’autre ne dit pas ce qui nous aurez rassuré. Donc en gros c’est la même chose que le point précédent sauf que là c’est le cas où on sait soi-même la réponse qu’on attend mais on préfère que ce soit l’autre qui le dise parce qu’on a plus confiance en l’autre qu’en soi). 

Je vais vous parler d’une anecdote personnelle. Je crois que j’en avais parlé dans mon roman autobiographique. Lors de ma deuxième hospitalisation en TCA, j’étais épuisée. Et j’avais envie de mettre en pause ma vie, en l’occurrence, ma vie scolaire (j’étais en M2 en alternance). Et je voulais même quitter mon école (qui était une très grosse école de commerce) pour entrer en FAC. Et je parlais de cette décision à ma mère, sans dire franchement que je voulais arrêter, mais en lui expliquant mon épuisement… et la réponse logique (selon moi) était de dire “bah ok, arrête, met en pause un semestre, tu reprendras l’année pro, en FAC peu importe”. Sauf que, ma mère était inquiète sur le fait que je ne reprenne pas mes études, sur le fait que finalement, il ne restait plus qu’un semestre à tenir. En plus j’étais dans une bonne école, il y avait le côté “c’est dommage…” Et donc elle sous entendait que “est-ce que finalement, ce serait pas une bonne chose de finir une bonne fois pour toute ?”. Et moi, ça me stressait encore plus d’entendre cette réponse. La réalité, c’est que j’avais 21 ans, en âge de prendre une telle décision seule. Surtout que j’étais à 90% sur de moi. MAIS, je préférais que ma mère approuve cette décision. Et ça a duré des semaines… jusqu’à ce que je prenne la décision d’arrêter. Et finalement, un semestre plus tard, j’ai quand même repris dans l’école initiale puisque c’était plus simple quand même pour moi. 

Mais tout ça pour dire que si j’étais sûre de moi, que je me faisais à confiance à l’époque, ça aurait évité une surcharge de stress, des questions à se poser par centaine à m’en donner mal à la tête, des pleurs, des disputes avec ma mère…

⇒ Donc bref, tout ça pour dire que c’est nécessaire d’apprendre à se rassurer soi-même. 

Concrètement, comment faire pour ne plus demander cette réassurance auprès de l’autre ?

Déjà, une chose importante à garder en tête, c’est que quand je dis ça, ça ne veut pas dire que le but c’est de se débrouiller seul en toute circonstance, de ne jamais demander l’avis des autres.

C’est normal dans certains cas et ça peut être même bénéfique, d’avoir l’avis des autres. Moi, je parle dans le cas où ça prend trop d’ampleur et notamment pour la réassurance qui concerne ton alimentation, ton corps, ton activité physique.

Demander l’avis des autres pour un gros projet, c’est normal, tant que ça ne te bloque pas.

Des pistes pour avancer sur la recherche de permission de manger extérieure

  • La première chose c’est de te rappeler que manger, ce n’est pas un droit, c’est un besoin physiologique. Manger ça ne se mérite pas. 

 

  • Une deuxième chose, c’est que tu es la seule personne à savoir ce dont tu as réellement besoin & envie. Oui, tes envies comptent aussi ! Les prises alimentaires ne s’expliquent pas par tes dépenses, ni ce que tu as mangé auparavant.

 

  • Il faut aussi que tu gardes en tête que ne plus demander la permission / la réassurance par rapport à ce que tu manges est un passage obligé de la vraie guérison. Tu ne peux pas, encore une fois, rester éternellement dans une permission donnée par quelqu’un d’autre.

Des pistes pour avancer sur le besoin de réassurance en générale :

  • Identifier la peur derrière ce besoin de réassurance. Pourquoi tu as besoin d’être rassurée ? As-tu peur de perdre le contrôle, peur de grossir ?

           → Demande-toi ce qui pourrait se passer selon ton TCA si tu n’es pas rassurée ?

Souvent, ce sont des croyances erronées derrière ça (Si je ne bouge pas, je vais grossir. Si je ne fais pas de sport, je vais prendre que du gras. Si je mange entre les repas, je vais grossir…)

Et c’est pourquoi j’insiste si souvent sur le fait que dans la guérison des troubles alimentaires, il y a un vrai travail de déconstruction des croyances éronnées qui est nécessaire. Le dernier livre que j’ai sorti il y a quelques mois est littéralement un guide pour ça. ça s’appelle “Déconstruire les croyances erronées de ton trouble alimentaires” et je déconstruis 140 croyances erronées que ce soit dans l’alimentation, l’hyperactivité, le trouble en lui-même, le poids, l’apparence…

Et j’aurais beaucoup aimé avoir cet outil à l’époque. Je m’appuie le plus possible sur des faits logiques et scientifiques pour t’aider à te rassurer et à déconstruire ces croyances. 

  • Une autre piste, ça va être d’indiquer à ton cerveau qu’il n’a pas besoin d’être réassuré. 

Pour cela, à la place de demander “est-ce que j’ai le droit”, répète toi des phrases comme “Je peux me faire confiance” ; “je suis en sécurité” ; “mon corps sait ce dont il a besoin. il veut mon bien” ; “je ne suis pas obligé d’avoir toutes les réponses”.

  • Quand tu es à deux doigts de demander de la réassurance à quelqu’un, essai de te demander : est-ce que vraiment je n’ai pas déjà la réponse ? ET si tu y arrives, essaie de t’entraîner à ne pas demander, à t’exposer doucement au fait de ne plus demander. Je te parle pas d’arrêter du jour au lendemain évidemment .
  • Pourquoi t’entraîner à moins demander ? Parce que se donner la permission soi-même, se rassurer… c’est un muscle que tu vas développer à chaque fois que tu te feras confiance à toi plutôt que de rechercher une réassurance externe. 
  • L’idée, c’est de commencer à s’exposer à des décisions non alimentaires et surtout avec le moins d’enjeux possible. Comme le choix d’un vêtement ou d’un truc dont toi-même tu connais en réalité parfaitement la réponse qui te rassurerait. 

J’en profite pour dire que, au plus tu seras renutri, au moins tu auras ce besoin de rechercher la réassurance parce que tu auras beaucoup moins de peurs irrationnelles.

  • Un autre conseil c’est d’éviter au maximum les comportements de vérification (que ce soit la pesée – j’ai déjà conseillé mainte et mainte fois de jeter la balance – que ce soit les checks corporelles avec le doigt, de se check devant le miroir…). Parce que comme je l’ai dit auparavant, les actions et pensées renforce des croyances erronées, donc forcément, au plus vous faites ces actions, au plus vous intégrez que vous avez besoin de réassurance externe. 
  • Évidemment, il y a également un travail à faire sur le fait de te donner le droit à l’erreur. 

Au pire, tu te trompes ? et alors ? rares sont les actions irréversibles qui ont des conséquences sur des mois voire des années. 

  • Et enfin, en seule réassurance externe valable, je veux dire, qui n’est pas dangereuse en soi, ou qui ne t’enferme pas je trouve, c’est de t’appuyer sur la psychoéducation. C’est à dire de te rassurer avec des faits scientifiques. J’en donne pas mal dans mon livre justement sur déconstruire les croyances erronées du trouble alimentaire. Tu peux avoir un carnet où tu notes tous des faits scientifiques qui te rassurent pour les relire et bien les intégrer.

Par exemple, le poids peut varier de 1 à 3 kg en une journée selon : eau, hormones, digestion. Ces variations sont la preuve de la vie normale du corps.

J’espère que cet article t’a permis de te sentir compris, de te reconnaître et surtout de trouver des pistes de réflexion, voire des actions à mettre en place pour t’aider dans cette recherche de réassurance. 

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Articles récents

Publié par Norainnoflower dans Conseils, Mieux connaître, Trouble du comportement alimentaire, 1 commentaire
La peur de grandir (et le lien avec les troubles alimentaires)

La peur de grandir (et le lien avec les troubles alimentaires)

La peur de grandir (et le lien avec les troubles alimentaires)

On se retrouve pour un sujet “psychologique” que je voulais aborder depuis longtemps. J’essaie de multiplier les sujets comme ça, de type psychologique on va dire, pour essayer de vous amener à des réflexions sur votre trouble, pour vous guider dans votre introspection car je trouve personnellement que c’est essentiel dans la guérison des troubles alimentaires et pourtant, on n’aborde pas assez (voire pas du tout) ces sujets. Et comme j’ai créé Norainnoflower pour apporter ce que j’aurai aimé avoir quand j’étais malade, et bien j’en parle sur mon podcast !

Bref, c’est un sujet que je voulais aborder depuis un moment sur Norainnoflower car la peur de grandir a été au cœur de la guérison de mon trouble alimentaire. Si tu as lu mon roman autobiographique, tu as pu quand même lire des choses sur le sujet car j’en parle dans mon livre. Mais je voudrais en parler vraiment en profondeur dans cet article.

La peur de grandir - Les explications neuroscientifiques

J’essaie de plus en plus d’intégrer les neurosciences dans mes contenus car il y a tellement de choses qu’on peut expliquer par la neuroscience et je trouve ça personnellement passionnant. J’ai l’impression que les faits scientifiques et les preuves tangibles rassurent non ? En tout cas, moi ça me rassurait donc j’aime bien utiliser des explications scientifiques.

Ne pas grandir = mécanisme de survie

La peur de grandir, c’est en réalité un mécanisme de survie. Chez une personne souffrant de TCA, le cerveau est souvent dans un état d’alerte constant. C’est à dire que les circuits liés à la survie sont activés, et grandir (physiquement, émotionnellement, socialement), c’est perçu par le cerveau comme un danger. Pourquoi ?

Parce que grandir, c’est prendre sa place, être davantage vue, être responsable. Or, le cerveau en état d’alerte peut associer cela à une perte de sécurité ou à un risque de rejet, de surcharge émotionnelle, ou de souffrance.

Immaturité émotionnelle

Des recherches en neuropsychologie ont montré que certaines personnes avec un TCA présentent une maturation émotionnelle ralentie. Alors, attention, ça veut pas dire qu’elle manque de maturité parce que personnellement, je trouve que les personnes qui ont des TCA sont souvent très matures, notamment pour leur âge. Des personnes très jeunes présentent déjà une très grande maturité sur la vie. Mais une maturation émotionnelle ralentie, ça veut plutôt dire que :

  • Elles peuvent avoir des difficultés à réguler leurs émotions, à tolérer l’incertitude, ou à se projeter dans l’avenir.
  • La maladie devient alors une régression protectrice (comme un retour à l’enfance), qui évite les enjeux de l’âge adulte (sexualité, autonomie, responsabilités…).

Conflit avec la puberté

Une autre explication neuroscientifique de la peur de grandir, c’est le conflit avec la puberté. Chez beaucoup de jeunes filles (mais aussi parfois des garçons), l’entrée dans la puberté est un déclencheur du TCA :

La transformation du corps (seins, hanches, menstruations, pilosité…) provoque un sentiment de dégoût du corps. Le refus de s’alimenter devient inconsciemment un moyen de stopper la croissance ou d’essayer de revenir à un corps prépubère, donc à un état perçu comme plus sûr. 

Anxiété développementale

Une autre explication neuroscientifique de la peur de grandir, c’est l’anxiété du développement : c’est à dire la peur profonde de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir affronter les étapes de la vie adulte. Et ça, vraiment, je l’avais énormément quand j’étais malade.

Cette anxiété du développement fait que le cerveau anticipe les menaces, même quand elles ne sont pas réelles, ce qui bloque les élans de changement. Et comment ça s’explique d’’un point de vue neuroscientifique ? Des imageries démontrent que l’amygdale (qui est le centre de la peur) est souvent suractivée chez les personnes souffrant de TCA.

Mais je tiens à dire quand même quelque chose que j’ai compris avec le recul, c’est que souvent, les personnes qui ont des TCA ont peur de ne pas savoir gérer une vie “d’adulte” (entre guillemets), alors qu’elles sont plus adultes que beaucoup d’adultes.

Donc la neuroscience nous montre que la peur de grandir peut être liée à une adaptation du cerveau à un contexte perçu comme menaçant. Le trouble alimentaire devient un outil inconscient de protection face à ce que le cerveau vit comme dangereux. Je vous le dis souvent, un trouble alimentaire n’arrive pas par hasard, il arrive en réponse à quelque chose dans lequel on ne se sent pas en sécurité.

La peur de grandir - Explications psychologiques et symboliques

Une peur psychologique de l’autonomie

Grandir, ça veut dire quelque part être davantage autonome, indépendante. On voit l’adulte comme quelqu’un qui se débrouille seul (en réalité, ce n’est pas vrai, mais c’est une idée reçue que projette beaucoup d’adulte, que projette la société, et parfois que nos parents ont projetés).

Et quand on est une personne qui a des TCA, souvent, on est très angoissée et on manque de confiance en soi. Donc la personne qui a des TCA est persuadée qu’elle n’est pas capable de s’en sortir seule.

Le trouble alimentaire devient un refuge dans un état de contrôle extrême où la personne malade n’a pas à affronter l’imprévisible de la vie adulte.

Mais le pire, c’est que souvent la personne a peur de ne pas être capable de gérer seule les choses, alors qu’en réalité, elle les gère déjà seule.

Donc c’est vraiment une peur, et pas une réalité. C’est une peur psychologique.

Un refus symbolique de quitter l’enfance

Chez certaines personnes, le trouble alimentaire traduit un attachement inconscient à l’enfance : un moment de la vie où l’on était protégé·e, pris·e en charge en permanence. Et j’ai envie de dire, c’est même où on est sensé être protégé. Parce que tu peux être attaché à la vision idéalisée que tu as de l’enfance même si ce n’est pas ce que tu as vécu concrètement. 

La prise de poids est associée au fait de devenir une femme, un homme et de sucroît c’est associé à la perte d’innocence, sexualisation du corps, changement de regard social.

Se restreindre est vu inconsciemment comme un moyen de garder un corps d’enfant, donc maintenir une forme d’innocence et de non-responsabilité. Pour certains, inconsciemment évidemment, le fait d’être malade permet de garder davantage d’attention de ses parents, de ses proches. La personne reste dans les ailes de ses parents, elle se sent davantage protégée. Evidemment, encore une fois, c’est inconscient. Cela ne dépend pas de la volonté de la personne malade, ce n’est pas un choix, c’est une réponse à une blessure profonde. 

Petite aparté pour les personnes nées dans les années 90. J’ai l’impression qu’il y a encore plus cette peur de quitter l’enfance pour les personnes nées dans les années 90. Ou alors, je suis biaisée parce que moi je suis née dans les années 90. Mais j’ai remarqué sur les réseaux sociaux qu’il y a un mouvement de grosse nostalgie de l’enfance pour les personnes nées dans les années 90. Donc j’ai fait des recherches là dessus. Et en effet, apparemment, les personnes nées dans les années 90 (donc enfance/ado dans les années 2000) sont particulièrement enclines à la nostalgie collective. Parce qu’on est une génération “entre deux mondes”. On a grandi sans Internet dans nos toutes premières années (on a connu les cassettes, disques, jeux dehors) et on a ensuite vécu l’arrivée du numérique.

On est les derniers à avoir connu l’avant et les premiers à avoir tout adopté. Ça crée un attachement fort à cette « double enfance ».

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Et surtout, on a eu une enfance marquée par la pop culture partagée (Harry Potter, Disney Channel, mangas, consoles de salon, CD gravés, séries cultes comme Friends, etc. Contrairement aux jeunes d’aujourd’hui dont les contenus sont ultra personnalisés avec les algorithmes des réseaux sociaux, la génération des années 90, on a des références communes à toute une génération. Et les années 90/2000 sont perçues comme des années de relative stabilité.

Bref, désolée pour ce gros aparté. Mais moi j’ai toujours du mal à me dire que je ne serais plus enfant, que cette période de ma vie et toutes ces choses que je faisais enfant sont finies. Mais apparemment, je ne suis pas seule ! Si tu es des années 90 et que tu ressens ça, on est pas seul. Mais si vous n’êtes pas des années 90 et que vous ressentez ça, dites le moi, c’est intéressant de savoir si c’est en fait quelque chose de généralisé.

Un mécanisme de protection face à un trauma

Pour en revenir à la peur de grandir, ça peut aussi s’expliquer par un trauma qui a eu lieu dans l’enfance. 

Chez beaucoup de personnes souffrant de TCA, il existe des événements traumatiques ou douloureux (violences, harcèlement, humiliations, etc.). Et un trauma, ce ne sont pas les autres qui déterminent si ça a été un traumatisme pour vous. C’est vous, et votre cerveau. Si par exemple, c’est sur un événement qui s’est passé dans votre enfance, peut-être que votre cerveau d’adulte ne le voit pas comme un trauma. Mais pour un enfant, ça l’est. Et un trauma c’est parfois sur un ressenti, pas sur un événement réel. Je m’explique : si en réalité, vous n’avez jamais été agressé, mais que vous étiez dans un climat où l’agression était une menace constante, alors, même si l’agression n’a pas eu lieu mais que vous aviez constamment peur d’être agressé, c’est un trauma.

La maladie peut servir inconsciemment à geler le temps, à éviter la confrontation. Elle peut permettre de focaliser votre esprit sur la maladie plutôt que sur le traumatisme, elle peut vous permettre d’éviter de ressentir tous les désagréments causés par le traumatisme. 

Je ferai peut-être un épisode de podcast sur les traumatismes et les TCA. Parce que je pense que c’est intéressant et que beaucoup voient les traumas comme des agressions sexuels, mais en réalité, il existe de nombreux événements qui peuvent être considérés comme un traumatisme pour votre cerveau et votre corps.

Une manière d’exister autrement

La peur de grandir, ça peut aussi s’expliquer symboliquement parce que certaines personnes n’ont pas appris à exister autrement qu’en étant « petites », parfaites, gentilles, discrètes. Grandir pourrait signifier :

  • Prendre de la place, déranger, dire non, poser ses limites.Pour quelqu’un à qui on n’a pas permis ça, cela génère un conflit interne violent. Il est plus « facile » d’être malade que d’être soi. Encore une fois, c’est un processus inconscient. Je le précise car quand je dis “c’est plus facile”, en réalité, c’est à prendre avec des pincettes parce que ce n’est pas une question de volonté. C’est bien une réponse à une souffrance profonde.

Une réaction face aux injonctions sociétales

Dans notre société : Grandir, c’est associé à beaucoup de pression : réussir, être performant·e, séduisant·e, mince, indépendant·e…

Et je dis “dans notre société”, mais parfois, on a aussi grandi dans une famille où les adultes ne se montraient jamais vulnérables, et ont donné l’image d’un adulte fort, qui ne pleure pas, qui sait se débrouiller seul. Donc forcément, ça met une sacré pression aux enfants de la famille.

Dans ces contextes, le TCA peut devenir un repli, une tentative de dire « stop » à toutes ces attentes, tout en continuant à chercher une forme de maîtrise et de contrôle.

Une dynamique familiale inconsciente

Et justement, dans certaines familles, grandir est mal vu :

On valorise les enfants sages, on rejette les ados qui s’opposent. Dans ce climat, la maladie peut donc devenir un moyen inconscient de rester « le bon enfant », celui ou celle qu’on protège encore. La maladie est une façon de ne pas prendre sa propre place.

 

Toutes ces explications possibles de la peur de grandir montrent que le TCA est un mécanisme de survie que le corps et le psychisme mettent en place… en attendant qu’il soit possible de vivre autrement, pour panser une blessure, un déséquilibre interne ou contextuel.

Ne pas grandir - Les fonctions affectives et identitaires du trouble

S’il y a une peur de grandir, c’est parce que lorsqu’on a un TCA (et pas que d’ailleurs), on voit souvent des avantages inconscients évidemment à ne pas grandir. Et parfois, le fait de prendre conscience de ces bénéfices secondaires, ça peut aider à voir la peur de grandir différemment.

Le TCA comme moyen de prolonger l’enfance

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Quand on souffre d’un TCA, en particulier d’anorexie, il y a souvent ce désir inconscient de figer le temps en quelque sorte.

  • Rester dans un corps lisse, sans formes, d’enfant
  • Ne pas manger comme les adultes, avec appétit et plaisir.
  • Se faire prendre en charge, surveiller, protéger, rester “fragile”

Ce sont des gestes qui miment l’enfance en quelque sorte. La maladie devient un moyen de refuser l’inéluctable : “Je ne veux pas devenir adulte. Je veux encore qu’on s’occupe de moi. Je ne suis pas prête à dire au revoir à l’enfance.” 

Dis comme ça, ça peut un peu déranger à entendre quand on est malade. Parce que je pense que certains vont voir ça comme “tu le fais exprès” mais évidemment c’est un processus inconscient. Et ce n’est pas par plaisir ni envie que vous souhaitez prolonger l’enfance. Il y a souvent des peurs plus profondes derrières ce mécanisme.

Je sais que ce n’est pas un choix. Quand j’étais dans la maladie, si on m’avait dit ça, je pense que j’aurai dit que personnellement, ça ne me concerne pas. Mais avec le recul, les thérapies que j’ai fait, je peux dire qu’en effet, mon TCA a été une façon de prolonger l’enfance ou du moins de ne pas quitter totalement l’enfance car j’avais encore des choses dans mon enfance qui n’était pas réglée et qui ne me permettait pas de passer “officiellement” à l’âge adulte en quelque sorte.

Le TCA comme lien d’attachement détourné

Dans certaines relations parent-enfant, surtout quand le lien est très fort, voire fusionnel, le trouble alimentaire peut fonctionner comme une tentative inconsciente de maintenir le lien à tout prix.

  • La maladie devient une façon de rester la petite fille ou le petit garçon fragile, vulnérable, dépendant, celle ou celui qu’on ne lâche pas, qu’on continue de protéger.
  • Le fait d’être surveillée, soignée, crée un cadre où l’amour est exprimé même si c’est par la maladie. Parfois, dans certaines familles, on n’exprime pas l’amour, on ne la démontre pas… sauf dans la maladie. Ce lien peut être si central que grandir donne l’impression de trahir ou perdre ses parents, de s’en éloigner émotionnellement (notamment la mère)

Et je parle ici de la mère car c’est très très très souvent que je retrouve ce lien fusionnel (ou parfois à l’inverse conflictuel) entre la maman et la personne malade. J’ai d’ailleurs prévu de faire un épisode de podcast sur le lien entre TCA et lien fusionnel avec la maman (attention, ce n’est pas un épisode pour blâmer les mamans !) 

Ce n’est pas une stratégie consciente, mais une dynamique affective, qui fait de la maladie une sorte de langage relationnel pour dire  “Je suis encore là, petite, regarde-moi, aime-moi.”

Le TCA agit alors comme un frein à la séparation : rester dépendant·e, en difficulté, pour ne jamais vraiment quitter le lien. Autrement dit : la personne malade se dit “si je m’en sors, si je deviens autonome, que restera-t-il du lien avec mes parents / ma mère ? Est-ce qu’on m’aimera encore si je n’ai plus besoin d’aide ?”

Et au plus la maladie dure, au plus la personne malade a inconsciemment associé l’amour à sa maladie, et a très peur de guérir car guérir voudrait dire mettre en danger cet amour voire perdre ce lien avec sa mère ou ses parents.

D’ailleurs, si vous ressentez qu’il y a quelque chose à travailler du côté de votre relation à vos parents, je vous conseille de lire le livre “Vos parents ne sont plus vos parents”. 

Le TCA comme refuge contre les responsabilités d’adulte

Echapper aux responsabilités

Assumer ses responsabilités, ça veut dire croire en soi, se donner le droit d’imposer ses choix, de décider, c’est accepter qu’on peut se tromper. Mais pour une personne qui doute profondément d’elle-même, comme une personne qui a des TCA, tout ça, c’est vertigineux. 

Quand l’estime de soi est fragilisée, quand on ne se sent ni compétent·e, ni légitime, ni « prêt·e », les responsabilités paraissent insurmontables. Elles réveillent la peur d’échouer, d’être jugé·e, de décevoir. Alors, le trouble alimentaire devient un refuge.

Assumer des responsabilités, c’est penser qu’on est capable, qu’on sait faire des choix, qu’on sait se débrouiller seule. Mais quand on a grandi sans avoir confiance en soi, sans avoir été encouragé·e à essayer, à rater, à apprendre… ces mots font peur. Être adulte, ça paraît trop difficile. Trop grand. Trop risqué. Trop dangereux.

Alors la maladie devient un abri.
Quand on est malade, parfois, on se dit inconsciemment qu’on ne peut pas vous en demander de trop. On reste dans une zone connue.

Tant qu’on est malade :

  • On peut se retirer du monde sans que ce soit forcément perçu comme une fuite.
  • On peut dire “je ne peux pas”, “je suis trop fatiguée”, “je suis pas en état”… et c’est vrai, les autres en ont en quelque sorte la preuve.

En fait, la maladie donne quelque part des excuses qui sont acceptées car la personne est malade pour ne pas avoir à se confronter au monde adulte, à ses exigences et à l’inconfort de l’inconnu. Evidemment, tout ça c’est inconscient. 

Et face à ces peurs de ne pas savoir gérer ses responsabilités d’adulte, le trouble alimentaire devient un outil inconscient pour reprendre le contrôle :

  • Si je ne sais pas comment bien vivre… je vais au moins bien “gérer” ce que je mange, mon corps, mon poids.
  • Si tout est flou… au moins mes repas sont cadrés par mes rituels.
  • Si j’ai peur de l’échec… je m’enferme dans un terrain connu, que je maîtrise : les repas, l’alimentation..

Je ne juge pas, parce que vraiment, mon TCA a été une façon d’échapper aux responsabilités d’adulte. Et d’ailleurs, je dis ça, c’est une piste. ça ne veut pas dire qu’un TCA est là pour échapper aux responsabilités d’adulte. C’est vraiment une piste de réfléxion. 

Mais c'est un cercle vicieux...

La réalité, c’est que cette stratégique inconsciente du TCA comme un refuge, c’est en fait un abri qui finit par devenir une prison mentale.

Plus le trouble dure, plus il :

  • Empêche les expériences concrètes qui nourissent la confiance en soi (essayer, rater, apprendre, progresser).
  • Renforce l’idée qu’on ne sait rien faire, qu’on ne s’en sortira jamais, qu’on est « différent·e ».
  • Éloigne de la réalité : on ne prend plus part aux décisions, aux projets, aux échanges du quotidien.

Et on se retrouve dans une boucle :

Je me crois incapable → j’évite → je ne progresse pas → je me sens encore plus incapable.

Ce cercle vicieux alimente le sentiment d’être nulle, l’isolement, et parfois même une forme de honte : “Tout le monde avance sauf moi. Je suis à la traîne. J’ai gâché ma vie.” Alors on se replie encore plus… et la spirale continue.

Une clé pour briser ce cercle vicieux : Apprendre à ne pas être parfaite

L’une des clés, c’est de travailler sur votre perfectionnisme. Car cette peur de grandir est dû en partie au fait que tu te mets une pression de dingue de “grandir parfaitement”. Guérir, s’éloigner de cette peur de grandir, c’est oser faire des choses imparfaitement.

Guérir ne veut pas dire “réussir à vivre parfaitement dans tous les domaines de ta vie”.
Ça veut dire accepter de commencer petit, de faire de son mieux, même si ce n’est pas parfait, même si ce n’est pas fluide. L’objectif, ce n’est pas d’être une adulte irréprochable. L’objectif, c’est d’être une adulte bienveillante avec soi-même, qui se parle avec douceur quand elle apprend. Et l’objectif, c’est surtout d’être un adulte épanoui.

Autres formes de peurs liées à la peur de grandir

Grandir, c’est perdre l’illusion de contrôle

Quand on est enfant, on croit que les adultes savent. Qu’ils ont les réponses. Qu’ils gèrent. Puis, en grandissant, on découvre une vérité vertigineuse : Personne ne sait vraiment ce qu’il fait. Adulte, on peut être trahi, perdre un travail, perdre un proche, échouer sans le vouloir, faire du mal alors qu’on avait une bonne intention…

Et pour une personne angoissée, hypersensible ou marquée par un traumatisme, cette incertitude est insupportable. Quand on réalise que même les adultes n’ont pas le contrôle, on se sent perdu et on cherche à contrôler ce qu’on peut.

Le TCA donne l’illusion que tout est maîtrisé.

Mais grandir, au contraire, c’est accepter de ne pas tout contrôler et ça, ça fait très peur.

Grandir, c’est devoir jouer un rôle social

Pour beaucoup, grandir, c’est devoir enfiler un costume. Et ça, c’est en partie dû à la société qui met une grosse pression, et ce très jeune, quand on te demande à l’école de choisir très tôt ton orientation. On attend de toi que tu te définisses : un métier, une fonction, une performance.

Quand on devient adulte, on attend de toi que tu « entres dans le moule ».
Un moule fait de cases bien définies :

  • Avoir un CDI, un salaire stable, une carrière ascendante,
  • Trouver un·e partenaire, emménager, acheter, avoir des enfants,
  • Être productif·ve, organisé·e, sociable, poli·e, efficace, fiable…

Et face à ça, on peut ressentir une pression énorme.

Mais on va casser un mythe : la plupart des gens sont paumés. Même ceux qui ont des enfants, qui sont propriétaires… C’est que des costumes qu’on enfile ça, ça ne reflète pas la stabilité interne de la personne. 

Pour certain, le trouble devient alors un refus de participer à la pièce. Une façon de dire : “Je ne joue pas à ce jeu-là.”

Souvent, on a l’impression que l’adulte doit cocher toutes les cases.
Mais les cases, c’est toi qui les définis. Il n’y a pas de ligne officielle à suivre.
Il n’y a pas un modèle d’adulte valable pour tous.

Grandir, ce n’est pas jouer un rôle qu’on t’a écrit à l’avance.
C’est choisir tes propres règles, tes propres rythmes, tes propres priorités.
Et c’est normal que ça fasse peur : parce que ça implique de dire non à certains scripts, parfois même de décevoir. Mais c’est dans cette liberté-là que tu te rencontres vraiment.

Grandir, c’est s’approprier un corps sexué

À l’adolescence, le corps change. Il devient visible, attirant, jugé.
Et cela peut réveiller énormément de peurs : la peur d’être regardé, d’être désiré. Pour certain·es, ces transformations sont insupportables.
Alors, le trouble devient un moyen de figer le corps dans un état prépubère :

  • Pas de formes, pas de règles, pas de désir.
  • Un corps “enfant”, protégé de la sexualisation, du regard, du contact.

Dans de nombreux cas, ce rejet du corps sexué est lié à une expérience de violence, d’intrusion ou de peur du désir des autres.

Grandir, c’est devenir autonome affectivement

Certains ont peur de grandir, car grandir, c’est devenir autonome affectivement, ça veut dire savoir se rassurer soi-même, ne plus attendre d’un autre qu’il comble le vide, ne plus tout attendre de ses parents.
Pour certain·es, grandir signifie :

  • Ne plus être consolé·e,
  • Ne plus être attendu·e,
  • Ne plus être aimé·e de façon inconditionnelle.

Mais la réalité, c’est qu’être adulte ne veut pas dire qu’on doit tout porter seul·e. Même adulte, on peut trouver du soutien et du réconfort. On peut demander de l’aide. On peut partager ses vulnérabilités.

C’est important d’oser se confier à des proches, sans avoir peur d’être un poids, ni d’avoir peur de ce qu’ils vont penser. Quand on est sincère, transparent, quand on ose dire ce qui ne va pas, qu’on va pas bien, on ouvre souvent la porte à une humanité partagée. Souvent, les autres se reconnaissent et s’autorisent à se livrer aussi. Moi, c’est ce qui m’est arrivé. Quand j’ai accouché, j’ai été plongé dans une période très difficile, de profonde détresse. Et j’ai beaucoup communiqué (comme lorsque j’étais malade je communiquais beaucoup et c’était une force donc je vous la conseille même si je sais que c’est pas simple pour tout le monde). Mais pour reprendre l’exemple de mon post partum, j’ai pu échanger avec beaucoup de mamans qui m’ont dit avoir ressenti la même chose. Et ça m’a tellement rassuré de ne pas me sentir seule, “folle”.

Et si c’est trop difficile d’en parler à son entourage, il existe des psychologues et des thérapeutes prêts à vous écouter, sans jugement, avec bienveillance. Vous avez le droit de trouver une épaule, un espace sécurisant où déposer ce qui pèse trop lourd.

Grandir, c’est construire une identité, mais laquelle ?

Il y a aussi la question de trouver son identité. C’est assez centrale dans la guérison des TCA, car souvent on perd sa propre identité pour laisser place à celle de la maladie. Et la guérison, c’est retrouver sa propre identité. Mais tout comme grandir, c’est construire sa propre identité. ça prouve à quel point un TCA est lié à la peur de grandir.

Quand on est dans l’adolescence et même jusqu’à 20-24 ans je trouve, on est dans une période où l’on cherche son identité. Souvent on parle de l’adolescence vers 15 ans, mais personnellement je trouve que même à 20 ans, c’est pas encore stable tout ça dans notre tête, et c’est difficile de trouver qui on est. 

Et quand on vit avec un trouble alimentaire depuis longtemps, le trouble a pris toute la place : Il définit les habitudes, les pensées, les émotions, le corps. Il donne une structure à ta vie.

La guérison suppose donc une construction identitaire. Ce processus fait peur, parce qu’il confronte à un vide. Quitter le trouble, c’est te jeter dans l’inconnu de toi-même. Et en même temps, c’est aussi une page blanche où tu as tout à écrire, c’est toi qui décide, et rien n’est gravé dans le marbre. Dis-toi que tu écris au crayon de bois, et que tu peux gommer pour réécrire ce que tu veux.

Mais pour revenir sur le côté “construire son identité” en grandissant, je trouve que quand on est enfant, on porte une étiquette.
La gentille fille. Le bon élève. Celle qui sourit. Le petit sensible. Le discret.
Et cette étiquette peut nous enfermer, nous définir parfois même nous rassurer. Mais un jour, on sort du cadre familial, de la maison, de l’école… Et l’étiquette qu’on a n’est pas défini partout, et c’est à nous de définir qui on est. 

Et quand le trouble alimentaire entre en jeu, il vient souvent remplir ce vide d’identité. Il te donne une trajectoire. Des repères.

Quand j’étais malade, je pensais que l’anorexie m’aidait à cocher les bonnes cases.
À devenir cette “fille qui gère”, qui contrôle, qui brille. Mais en vérité, ce n’était pas moi. J’étais en train de suivre une voie qui ne me ressemblait pas. Je pensais que l’anorexie me permettait d’avoir une identité, d’avoir un pilier dans ma vie. Mais au final, en réalité, c’est avec elle que je me suis perdue.

Grandir, c’est oser déconstruire cette fausse identité, même si elle t’a tenu debout. ça fait peur. Mais c’est aussi le début de quelque chose. J’ai fait l’épisode de podcast 53 sur “Se reconnecter à la vraie vie pour guérir” qui peut vous donner quelques pistes intéressantes. Je sais que ça peut être frustrant car vous attendez peut être que je vous dise comment surmonter cette peur de grandir, comment faire. Mais la réalité, c’est que c’est un travail personnel, de chacun. Là je vous donne plein de pistes de réflexion pour semer des graines en vous. A la fin de l’épisode je vais essayer aussi de vous donner quelques pistes plus concrètes.

Pressions sociétales

Je voudrais faire un focus sur la pression sociétale, parce qu’elle joue un véritable rôle dans ta peur de grandir. Je vais notamment faire un focus sur la pression sociétale lorsqu’on est une femme. Sorry pour les hommes qui m’écoutent, mais comme c’est quelque chose qui me concerne et concerne 90% de ma communauté, je pense que c’est intéressant de faire ce focus.

On grandit dans une société. Une culture. Un monde qui envoie des signaux sur ce qu’est un adulte « réussi ».

Quand on est une femme, cette pression est d’autant plus forte je trouve. Après, je ne suis pas un homme donc je ne vis pas les choses comme un homme. Mais sans doute qu’il y a également de la pression pour les hommes.

Pour revenir aux femmes, même si les choses évoluent, beaucoup de normes restent encore très présentes :

  • Être une femme adulte, c’est souvent être attendue sur tous les fronts :
    avoir un métier stable mais pas trop prenant, s’occuper des enfants si on en a, organiser la maison, les repas, les papiers, rester féminine, fraîche, “présentable”. Et ça, depuis que je suis maman, c’est triste mais je le ressens d’autant plus !
  • Être une femme adulte, c’est parfois devoir sacrifier ou repousser ses désirs profonds pour cocher des cases : la maternité, la stabilité, le “bon moment”, le “bon âge”.

Et non, je ne dis pas que c’est plus dur d’être une femme. Mais pas loin.
Je parle simplement de mon ressenti, de ce que je vis dans mon corps, dans mon rapport au monde.
Et je sais que je ne suis pas la seule.

On parle peu de ce que ça fait d’avoir peur de devenir cette “femme parfaite” que la société projette sur nous, alors qu’on sait au fond de soi qu’on ne pourra jamais répondre à toutes ces attentes à la fois. Mais beaucoup de femmes essaient quand même (même moi je l’avoue)… quitte à s’épuiser. 

Dans ce contexte… le trouble alimentaire peut devenir un moyen de se retirer du jeu. De ne pas entrer dans cette course. Mais aussi, paradoxalement, un moyen d’essayer d’y entrer de force, en répondant à l’exigence du corps mince, de la fille parfaite, de celle qui contrôle tout.

Je serais curieuse de savoir ce que vous en pensez. N’hésitez pas à me dire 🙂

Peur de grandir : ce que j'aurai voulu qu'on me dise

Tu peux grandir… sans renier l’enfant en toi

La première chose c’est quelque chose d’important à garder en tête je trouve.

Parfois, on croit que grandir, c’est abandonner l’enfant qu’on a été. Mais non. Grandir, c’est pouvoir devenir l’adulte qu’on aurait eu besoin d’avoir à ses côtés. Moi, une phrase qui m’a beaucoup aidée, c’est :

« Deviens l’adulte que tu aurais eu besoin d’avoir à tes côtés enfant. »

On m’a envoyé un message qui montre une autre facette de cette peur de grandir. Cette personne me disait qu’elle n’a pas peur de devenir indépendante, mais qu’elle redoute plutôt de perdre l’étincelle de vie qu’elle associait à l’enfance. Dans son entourage, elle ne voit pas d’adultes vraiment épanouis. Pour elle, devenir adulte, c’est risquer de se plier à une vie routinière, sans spontanéité, sans grain de folie, où on reçoit moins de compassion.

Je trouve ça très important d’en parler, parce que grandir ne veut pas dire qu’on doit renoncer à cette part vivante et pétillante de nous. On peut être adulte et garder son âme d’enfant, continuer à rêver, à s’émerveiller et à demander du réconfort quand on en a besoin.

Il y a plein d’exemple d’adultes qui ont ce grain de folie sur les réseaux sociaux je trouve.

Tu n’as pas à être parfaite pour être adulte

L’adulte parfait que tu imagines n’existe pas. Personne ne maîtrise tout. Personne n’est solide tout le temps. Personne ne fait les bons choix en permanence. Grandir, ce n’est pas atteindre un idéal. C’est accepter d’apprendre en marchant, de faire des erreurs, de recommencer.

Et j’ai envie d’ajouter quelque chose d’essentiel que j’ai déjà dit précédemment, c’st que souvent, tu as peur d’être adulte alors qu’en réalité, je suis certaine que tu es plus adulte et plus responsable qu’énormément de gens qui sont beaucoup plus âgés et qui sont moins adultes que toi.

Tu peux rester protégée, même en grandissant

Tu crois peut-être que si tu avances, tu vas perdre la protection, la tendresse, l’attention. Mais la vérité, c’est que tu peux te construire un cocon intérieur.Tu peux apprendre à te sécuriser toi-même, à demander du soutien sans te rendre dépendante, à rester proche sans t’effacer. 

Mais en plus de ça, être adulte ça ne veut pas dire que tu perds de la sécurité. Même les adultes ont du soutien autour d’eux. Et même si beaucoup perdent foie en l’humanité, moi je vois très souvent des gestes de bienveillance envers les autres. J’ai un exemple très récent en tête. Quand j’ai accouché, mon psychisme a été plongé dans une phrase d’hypervigilance où j’allais très mal. J’ai demandé de l’aide sur un groupe Facebook de Lyon et j’ai eu énormément de messages de mamans bienveillantes, des mamans qui m’envoyaient régulièrement des messages pour me demander des nouvelles, des mamans qui me proposaient de passer chez moi pour m’apporter du soutien. 

Donc même en grandissant, même adulte tu auras du soutien autour de toi. À condition d’accepter cette aide. 

Tu peux choisir quel genre d’adulte tu veux être

Il n’y a pas qu’un seul modèle d’adulte. Tu n’es pas obligée de devenir une adulte froide, pressée, performante. Tu n’es pas obligé de devenir l’adulte que sont tes parents. Tu n’es pas obligé de devenir l’adulte que tes proches attendent que tu sois. Tu peux être l’adulte que tu veux. Tu peux être une adulte douce, créative, hypersensible. Une adulte qui doute, qui pleure, qui aime très fort. Tu peux inventer ta propre manière d’être adulte, une manière qui te ressemble.

Grandir, ça prend du temps

Encore une fois, accorde-toi de la patience. C’est quelque chose d’essentiel dans la guérison. Accorde-le-toi aussi dans le processus d’accepter de grandir. Tu n’as pas à te précipiter. Tu n’as pas à cocher des cases.
Tu peux prendre ton temps, faire demi-tour, recommencer. Grandir, ce n’est pas un sprint. C’est un chemin. Un chemin avec des pauses. Des détours. Et parfois, de très belles surprises. Ce n’est pas une ligne d’arrivée, c’est un chemin fait de petits pas. Et c’est pas une ligne tout droite, c’est pas un but ultime à atteindre, c’est quelque chose qui évolue en permanence. 

C’est parfois en étant loin de ses proches qu’on découvre ce qu’ils nous ont transmis

Parfois, on a besoin de s’éloigner de nos proches pour voler de nos propres ailes, pour grandir. C’est un choix que j’ai fait en changeant de département, en partant à plusieurs kilomètres. Et c’est pas pour autant que je suis moins proche. J’habite à Lyon, ma famille proche de Lille. Mais on se voit environ 1 fois tous les mois et demi. Et je les ai très souvent au téléphone, toutes les semaines. Mais le fait de partir loin, de quitter aussi l’environnement où j’ai été malade m’a aidé à voler de mes propres ailes.

Tu as peut-être peur de t’éloigner. De ta mère, de tes parents, de l’enfance.
Mais parfois, c’est en prenant un peu de distance qu’on découvre tout ce qu’on a reçu. Tu n’as pas besoin de rester tout près pour garder le lien.

Un exercice concret

J’ai peut être un exercice concret que j’avais fait à l’époque. Vous avez peut être déjà fait ce même principe par rapport à la maladie. En gros c’est de prendre une feuille (ou un carnet ou sur ton tel, bref) et de tracer deux colonnes.

  • Colonne 1 : Les avantages à être adulte
    Liste tout ce que tu aimes, ou pourrais aimer, dans le fait d’être adulte.
    Même les toutes petites choses.
    Par exemple :
    • Choisir mes horaires
    • Avoir mon chez-moi
    • Voyager où je veux
    • Créer mes propres traditions
    • Batir ma propre famille

 

  • Colonne 2 : Ce qui te fait peur dans le fait d’être adulte
    Liste honnêtement ce qui te bloque, te fait paniquer, te freine.
    Par exemple :
    • La peur de ne pas savoir gérer l’argent
    • La peur de faire des erreurs irréversibles
    • Le regard des autres si je ne fais pas “comme il faut”
    • L’idée de ne pas être à la hauteur
    • La solitude
    • La charge mentale
    • La responsabilité de mes choix

Les avantages t’aider à avancer. Les peurs vont te montrer ce qui demande à être exploré, adouci, accompagné.

Petit texte sur "être adulte"

J’ai envie de finir par un petit texte que j’ai retrouvé que j’avais écrit vers la fin de ma guérison.

Être adulte, c’est juste… être humain.

Être adulte, c’est accepter que tes parents peuvent mourir un jour.
C’est accepter que la vie a une fin, et que cette fin peut arriver n’importe quand.
C’est découvrir que certaines personnes font du mal sans raison, et qu’on ne peut pas toujours les arrêter.

Être adulte, c’est parfois vivre des injustices, perdre quelqu’un, aimer sans être aimé·e, faire des erreurs, devoir les assumer.
C’est se rendre compte qu’on peut blesser même sans le vouloir.
C’est être traversé·e de nostalgie, réaliser qu’un temps est révolu, que certaines choses ne reviendront plus.

Mais être adulte, c’est aussi être libre.
Libre de choisir ce que tu veux vivre, où tu veux vivre, avec qui.
C’est créer ta maison, ton cocon, ta manière d’exister.
C’est rêver pour de vrai, et parfois voir ces rêves se réaliser.

C’est savoir que tu n’as pas la vie dont tu rêvais à 10 ans…
mais peut-être une vie que tu préfères aujourd’hui.

C’est apprendre que le temps est précieux.
Que les erreurs ne sont pas des échecs, mais des tremplins.
Que tu peux pleurer, douter, demander de l’aide, ne pas savoir  et rester adulte quand même.

C’est découvrir qu’un adulte, c’est un humain.
Et qu’à n’importe quel âge, tu peux être vulnérable.
Et que c’est beau, aussi.

Être adulte, c’est clairement pas simple.

Mais même s’il y a des jours de pluie, des orages, des tempêtes… les jours de soleil existent.
Et comme on dit :
“Personne n’a dit que la vie serait facile. Ils ont juste dit que ça en valait la peine.”

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Mieux connaître, Trouble du comportement alimentaire, 4 commentaires
Les mécanismes de résistance : Pourquoi ton cerveau résiste à la guérison

Les mécanismes de résistance : Pourquoi ton cerveau résiste à la guérison

Les mécanismes de résistance : Pourquoi ton cerveau résiste à la guérison

Vous le savez maintenant si ça fait un moment que vous me suivez, j’aime bien comprendre les choses pour avancer. Dans ma guérison, savoir, c’est ce qui m’a donné du pouvoir en quelque sorte. Et je trouve ça tellement important que c’est pour ça que je vous explique souvent beaucoup de choses, de concepts, de mécanismes dans la maladie.

Et aujourd’hui, j’ai envie de vous parler des résistances au changement. Les résistances au changement sont quelque chose de très courant dans n’importe quel processus psychologique ; ce n’est pas réservé à la guérison des troubles alimentaires. Ce n’est pas un manque de volonté. Ce n’est pas une faiblesse. C’est le cerveau qui fait son travail de protection. Pour vous expliquer tout ça, je vais donc commencer par vous parler de neuroscience.

Pourquoi le cerveau résiste au changement ?

Je le dis souvent, le corps est ultra intelligent. Et le but de ton cerveau, c’est de vivre, de te garder en vie. Pour cela, il a développé au fil de l’évolution des circuits neurologiques qui cherchent avant tout la sécurité et la prévisibilité.

Ce que le cerveau déteste entre autres :

  • Le danger (même symbolique, comme le changement ou l’inconnu)
  • L’imprévu

La conséquence ? Même si une habitude est douloureuse ou autodestructrice (comme la restriction alimentaire, les compulsions, l’hypercontrôle), si elle est répétée et connue, le cerveau la considère comme plus “sûre” qu’un changement. Il préfère rester dans un schéma toxique mais familier que s’aventurer dans l’inconnu, même si celui-ci mène à la guérison.

La neuroplasticité désigne la capacité du cerveau à former de nouvelles connexions neuronales au fil du temps. Cela signifie qu’il est toujours possible d’apprendre, de s’adapter, de se réparer.

Mais la neuroplasticité a un revers : le cerveau se renforce dans ce qu’il répète.
Autrement dit, plus un comportement est répété, plus les circuits neuronaux qui le soutiennent deviennent solides et automatiques. Par exemple : si chaque fois que tu ressens de l’angoisse tu te restreins, ton cerveau apprend : angoisse = restriction = soulagement. Il va donc automatiser ce réflexe pour “t’aider” à l’avenir.

Des chercheurs ont montré que même les pensées négatives ou les schémas comportementaux pathologiques peuvent devenir des “autoroutes neuronales” si on les renforce assez.

Chez les personnes souffrant d’anorexie mentale, des études d’imagerie cérébrale ont montré que certaines régions du cerveau (notamment le striatum et le cortex orbitofrontal) sont hyperactivées en réponse à des comportements restrictifs ou de contrôle, comme si ces comportements avaient été “surappris” par le cerveau (Kaye et al., 2013, Nature Reviews Neuroscience).

Le changement perçu comme une menace

Changer un comportement ancré, même si on le veut profondément, active les circuits de l’alerte dans le cerveau.

  • L’amygdale (centre de la peur) s’active face à tout ce qui ressemble à un danger.
  • L’insula (interneuronal sensoriel et émotionnel) capte l’inconfort intérieur, les signaux du corps, et participe à l’aversion face à certains ressentis (ex. : inconfort digestif, anxiété…).
  • Le cortex préfrontal (lié à la prise de décision, la régulation émotionnelle) est souvent sous-performant chez les personnes en restriction alimentaire sévère, ce qui rend la prise de recul et la flexibilité mentale plus difficile (Zhu et al., 2012, Biological Psychiatry).

Résultat : même si, rationnellement, on sait qu’on veut guérir, une autre partie du cerveau, plus archaïque, perçoit cela comme une prise de risque.

Donc pour résumer cette partie, le cerveau préfère les habitudes connues, même douloureuses, au changement inconnu. En effet, le changement active des circuits cérébraux associés à l’alerte, à l’inconfort, et à la peur. Donc, ce n’est pas un manque de volonté si tu ressens une résistance intérieure. C’est une stratégie neurologique de survie. Mais je te rassure, ce n’est pas irréversible. Ça ne veut pas dire que tu vas être bloqué toute ta vie avec ton TCA. Je t’en parle plus loin dans cet article de comment aider ton cerveau à surmonter ces mécanismes de défense. Mais c’est important de comprendre ça pour avoir conscience que tu n’es pas faible, et que c’est neurologique.

Concrètement, quels sont les mécanismes de défense dans les TCA ?

Dans la première partie, je vous ai expliqué la théorie, le pourquoi votre cerveau résiste aux changements. Et maintenant, je vais parler des mécanismes de défense dans les troubles alimentaires, soit concrètement, comment ça se manifeste. Et je pense que vous allez vous reconnaitre sur pas mal de ces mécanismes.

Un mécanisme de défense, en psychologie, c’est une stratégie inconsciente mise en place par notre esprit pour nous protéger d’une douleur psychique jugée trop intense. Ce n’est pas “de la mauvaise foi” : ce sont des stratégies de survie psychique, souvent héritées de l’enfance ou forgées dans des contextes douloureux.

Le déni

« Je n’ai pas vraiment un trouble. »
Le déni permet de ne pas affronter l’angoisse d’avoir un “problème” ou d’avoir besoin d’aide. Il protège l’image de soi.

La minimisation

« C’est pas si grave. Je mange quand même. »
Elle permet de rester dans la zone de confort, de ne pas changer, sans se sentir “hors-norme”. Elle évite d’avoir à affronter la douleur du constat.

L’intellectualisation

« Je comprends tous les mécanismes, donc ça va. »
Ici, on déplace la problématique sur un plan intellectuel, rationnel, pour ne pas ressentir les émotions. Le savoir devient un refuge émotionnel. Je vous dis souvent que c’est important de savoir, je l’ai encore dit en début de cet épisode, mais l’important est de ne pas s’arrêter au savoir.

Le clivage (ou pensée en tout-ou-rien)

« Si je mange un cookie, c’est que j’ai tout gâché. »
Ce mécanisme empêche la nuance, car la nuance est angoissante. Il permet de rester dans un monde binaire, plus rassurant. C’est noir ou blanc, pour éviter le flou.

Le mensonge ou la dissimulation

« J’ai dit que j’avais mangé alors que non. »
C’est souvent une tentative inconsciente d’éviter la honte, la confrontation ou la déception des autres. On protège l’image de soi et la relation à l’autre.

Ces mécanismes sont liés à une surcharge émotionnelle que le cerveau tente de réguler. Lorsqu’une émotion intense (peur, honte, colère…) surgit, l’amygdale s’active. Si le cerveau perçoit que cette émotion met en péril la stabilité psychique, il met en place ces défenses automatiques via des circuits déjà bien rodés.

Il ne faut pas voir ces mécanismes comme des ennemis : ce sont des stratégies qui ont un jour été utiles, parfois vitales. Et peut-être même qu’elles sont toujours utiles pour toi actuellement, mais que tu n’en as pas conscience.
Le problème n’est pas que ces mécanismes de défense existent, mais qu’ils s’activent encore, même quand ils ne sont plus adaptés à ta situation actuelle.

Par exemple : si, enfant, mentir permettait d’éviter la punition ou la honte, ton cerveau a intégré ce schéma comme “efficace”. Aujourd’hui, il continue de le proposer… même si tu es en sécurité.

Et l’enjeu c’est de faire comprendre à ton cerveau que tu es en sécurité. Et pour cela, tu as des thérapies comme l’EMDR pour aider ton cerveau à prendre conscience que ce qui appartient au passé n’est plus présent aujourd’hui.

Ce que tes résistances cherchent à éviter

Pour comprendre pourquoi certaines résistances sont si fortes, il faut regarder ce qu’elles essaient d’éviter en toi.

À un niveau conscient, tu veux peut-être guérir.
Mais à un niveau plus profond, ton cerveau archaïque (le cerveau limbique, émotionnel) peut percevoir la guérison comme :

  • Un saut dans l’inconnu
  • Une perte de repères
  • Une exposition à des émotions trop intenses

Résultat : il active des résistances pour t’épargner ce qu’il croit être insupportable.

Voici les émotions principales que ces résistances aux changements essaient de te faire éviter : 

La peur

Peur de grossir, de perdre le contrôle, de ne plus te reconnaître.
Ton trouble a parfois été un rempart face à l’anxiété. En sortir, c’est faire tomber ce rempart. Le cerveau, qui déteste l’incertitude, préfère rester dans un terrain connu.

La honte

Honte d’avoir un trouble, d’être “différent·e”, de ne pas y arriver, d’avoir repris du poids, d’avoir menti.

Le vide

Tu as peut-être construit une partie de ton identité autour du trouble.
Il t’a donné un cadre, des repères, des règles. En le quittant, tu peux ressentir un vertige existentiel : qui suis-je sans ça ?

Ce vide identitaire est souvent plus difficile à gérer que le trouble lui-même.
Les résistances sont alors un moyen de rester attaché·e à ce qui “remplit”.

La colère refoulée, la tristesse, les traumas

Certains comportements alimentaires permettent d’anesthésier ou de canaliser des émotions anciennes : colère rentrée, sentiment d’abandon, besoin d’amour non comblé. En sortant du trouble, ces émotions peuvent remonter à la surface, comme un couvercle qu’on soulève trop vite.

Résistance = “Je ne suis pas prêt·e à ressentir ça.”

Comment repérer ses résistances ?

Je vous le dis souvent, la prise de conscience est souvent la première étape indispensable. Parce qu’on ne peut pas travailler sur ce qu’on ne voit pas, ce dont on a pas conscience.

Les résistances ne sont pas toujours visibles ou identifiables d’emblée. Je vais donc te donner quelques conseils pour t’aider à en avoir conscience. Mais d’ailleurs, moi il y a certaines de mes résistances au changement que j’ai eu conscience en parlant avec mon psy, c’est lui qui m’en a fait prendre conscience.

Qu’est-ce qu’une résistance ?

Une résistance, ce n’est pas forcément un grand “non”.
C’est souvent une esquive discrète, un micro-sabotage, une fausse bonne excuse, un petit « plus tard » répété.

Voici quelques formes concrètes que la résistance peut prendre quand tu entames une démarche de guérison :

  • Rationaliser ce que tu fais :
    « C’est pas que je veux contrôler, c’est juste que je fais attention à ma santé. »
  • Repousser l’action à demain :
    « Je vais m’en occuper quand je serai moins fatigué·e / stressé·e / occupé·e. »
  • Surintellectualiser :
    Tu passes des heures à lire ou écouter des contenus sur la guérison… mais sans rien changer concrètement.
  • Minimiser ta souffrance :
    « C’est pas si grave comparé à d’autres. »
  • Faire semblant d’aller bien :
    Tu rassures tes proches, tu dis “ça va”, même quand ça ne va pas du tout.
  • Saboter tes petits progrès :
    Tu fais un pas en avant, puis tu « te punis » inconsciemment en revenant en arrière.

Là en m’écoutant, je pense que tu vas dire “ah mais oui j’ai des résistances en fait” et c’est NORMAL. Encore une fois, ça fait partie du process. Le but de ces résistances, inconsciemment, c’est de te protéger.

Souvent, les résistances apparaissent quand deux parties de toi s’opposent :

  • Une part veut avancer, guérir, lâcher le trouble.
  • Une autre a peur, doute, s’accroche à ce qu’elle connaît, même si ce sont des mécanismes qui te détruisent.

C’est ce tiraillement qui fait que lorsque tu souffres d’un TCA, tu as souvent l’impression de te battre contre toi-même. Et ce que tu ressens n’est pas de la faiblesse : ton cerveau est littéralement en train de traiter une dissonance cognitive. Quand tu es face à un choix qui remet en question un comportement ancré (comme ne plus te restreindre), ton cerveau entre dans une forme de tension appelée dissonance cognitive.Pour soulager cette tension, le cerveau choisit souvent la voie de moindre inconfort émotionnel : il nie, minimise ou repousse.

Pour t’aider à prendre conscience de tes résistances, tu peux te poser ces questions : 

  • Est-ce que je me trouve des excuses pour ne pas faire une action de guérison ?
  • Est-ce que je me surprends à dire “je veux guérir”, mais à agir à l’inverse ?
  • Tu peux aussi avoir des moments où tu sens que tu vas mieux, et que tu as envie de retourner à un moment de ta guérison où tu allais mal.

Comment faire pour faire face à ces résistances à la guérison ?

Maintenant que je vous ai parlé de ces résistances au changement, soit à la guérison, ce que c’est concrètement, comment potentiellement les repérer, comment elles se manifestent, on va passer à la partie plus concrète. Sur Norainnoflower, ce que j’aime apporter c’est du concret, des solutions, des choses à essayer, des pistes pour avancer vers la guérison parce que c’est ce que je manquais à l’époque où j’étais malade. 

Donc c’est parti !

Entraîner ton cerveau à la nouveauté

La bonne nouvelle, c’est que tu n’es pas bloquée advitam eternam à cause de ces résistances. Guérir c’est possible, j’en suis la preuve et je ne suis pas la seule, heureusement ! 

Comment cest possible ? Grâce à la neuroplasticité. Cette capacité de ton cerveau à former de nouvelles connexion neuronales tout au long de sa vie. Chaque nouvelle expérience, même minuscule, crée une micro-empreinte dans ton système nerveux.
Plus elle est répétée, plus elle s’ancre. Mais il ne faut pas attendre de “réussir à manger” ou de “lâcher prise” pour enclencher cette transformation neuronale.  Tu peux commencer hors du champ de l’alimentation, en activant d’autres voies.

Exemples de petites habitudes à créer (hors alimentation) pour entraîner ton cerveau à la nouveauté :

Ces actes n’ont rien à voir avec la nourriture, mais ils ont tout à voir avec ton cerveau.
Ils t’aident à réapprendre à sortir du contrôle, à faire de la place à l’inconnu, à créer de nouvelles associations positives.

  • Changer un détail dans ta routine quotidienne (ex : te brosser les dents avec l’autre main)
  •  Faire une activité créative sans objectif (dessin, collage, peinture…)
    → Développe la tolérance à l’imperfection 
  •  Prendre 2 minutes par jour pour respirer sans but (Diminue l’activité de l’amygdale)
  • Changer ton chemin habituel pour aller au travail, au sport, ou en balade
    → T’entraîne à sortir de l’automatisme.
  • Écouter une musique que tu ne connais pas et laisser ton corps réagir spontanément (mouvement libre, danse)
    → Stimule les zones liées à la spontanéité et à la joie corporelle.

Ces “petites nouveautés” nourrissent ton cerveau de sécurité dans le changement. Elles t’apprennent qu’on peut faire différemment… sans danger.

Accepter d’aller lentement

La guérison n’est pas un sprint. Et surtout pas dans un cerveau qui a longtemps utilisé des stratégies de contrôle, de rigidité ou d’évitement.

Aller lentement, c’est ce qui permet au cerveau d’intégrer réellement les changements.

Utiliser la visualisation pour reprogrammer ton cerveau

J’en ai déjà parlé parce que c’est quelque chose que j’utilisais dansa ma guérison. La visualisation est puissante puisque ce que tu imagines avec intensité, ton cerveau le traite presque comme une expérience réelle. Des études en neurosciences montrent que visualiser une action active les mêmes régions cérébrales que le fait de la faire réellement. C’est un levier très puissant de neuroplasticité.

Ce que ça veut dire pour toi : Tu peux t’habituer à la guérison, à la sécurité, au lâcher-prise avant même de les vivre réellement, en les visualisant régulièrement. Moi je m’imaginais littéralement guérie, comment mes proches seraient fière, ce que je ferai comme activité, je m’imaginais “comme si je n’avais plus aucune peur”.

La co-régulation

On guérit dans le lit, pas dansl’isolement. Et c’est là qu’intervient un mécanisme fondamental : la co-régulation. La co-régulation, c’est ce processus naturel par lequel le système nerveux d’une personne s’apaise au contact d’un autre système nerveux calme et bienveillant. Ce n’est pas “dans la tête”. C’est physiologique. C’est pour ça que parfois aller chez le psy fait du bien parce qu’on est face à un être humain calme, qui ne juge pas, qui écoute. Parfois, ça fait la même chose quand on est avec une personne de confiance. Et à l’inverse, parfois on se sent tendu sans trop savoir pourquoi en compagnie de certaine personne qui n’ont pas un système nerveux apaisé on va dire. 

La co-régulation repose sur un mécanisme clé : le nerf vague ventral.
C’est une branche du système parasympathique, activée quand on se sent en sécurité sociale (regards doux, voix posée, contact physique rassurant, ton chaleureux).

Quand ce nerf est activé, il :

  • diminue le rythme cardiaque et la respiration
  • détend les muscles
  • désactive les réponses de stress ou de fuite
  • active les zones du cerveau liées à la connexion sociale et au plaisir (aire tegmentale ventrale)

Je vous en avais déjà parlé brièvement dans mon épisode hors série où je vous parlais des choses que j’avais mises en place pour sortir d’une période très difficile.

Donc en gros : la présence d’un autre qui est calme peut calmer ce que seul·e, on n’arrive pas à apaiser.

Quand on lutte contre un trouble alimentaire ou un traumatisme, le corps est souvent en mode survie.
Le cerveau se méfie, anticipe le danger, se replie. Il résiste. Il évite. Il se protège. Dans cet état-là, il est très difficile de se rassurer seul·e.
Parce que le système nerveux est déréglé, trop activé, ou au contraire figé. La co-régulation vient alors comme une bulle de sécurité. La co-régulation ça peut être un véritable outil pour aider à apaiser les résistances à la guérison. 

Comment activer la co-régulation dans sa vie ?

ça passe par des choses simples :

  • Se faire prendre dans les bras
  • Entendre une voix calme 
  • Partager un rire
  • Écouter une voix apaisante (oui, même en podcast)

Chaque fois que tu vis ce type d’expérience, ton cerveau apprend une chose nouvelle : “La sécurité existe. Je peux relâcher le contrôle.”

Le contact sensoriel

Quand on parle de résistance à la guérison, on imagine souvent un blocage “psychologique”.Mais en réalité, la résistance est souvent corporelle. D’ailleurs, parfois ça peut se voir physiquement, car tu peux parler de quelque chose en ayant les bras croisés, les jambes croisés… C’est ton corps qui parle pour indiquer qu’il est fermé à cette idée.

Et c’est là que le contact sensoriel positif devient un outil clé. Ce type de contact stimule l’insula, une zone du cerveau qui gère la perception des ressentis internes (faim, chaleur, douleur, confort, émotions…). Quand tu te masses les mains ou que tu sens une odeur réconfortante :

  • Tu donnes à ton cerveau des signaux concrets de sécurité
  • Tu actives ton système parasympathique (celui qui calme et répare)
  • Tu crées des associations de plaisir déconnectées de la nourriture ou du contrôle

Et moi quand j’étais malade, une psychiatre m’avait dit que c’était important de prendre le temps chaque jour de se passer de la crème sur le corps délicalement. Et je ne comprenais pas pourquoi c’était si important mais en faisant cet épisode je comprends mieux. 

Concrètement, ça ressemble à quoi ?

  • Te masser les mains avec une crème que tu aimes
  • T’envelopper dans une couverture ultra douce
  • Marcher pieds nus sur un sol moelleux, un tapis, une moquette
  • Te passer une huile essentielle sur les poignets 
  • T’asseoir au soleil pour sentir la chaleur sur ta peau
  • Prendre une douche chaude en te concentrant sur les sensations

Toutes ces expériences réinforcent la connexion entre ton corps et ton cerveau. Le contact sensoriel positif vient rééduquer ton système nerveux.
Il te dit : “Tu peux ressentir… sans danger. Tu peux exister dans ton corps… sans souffrance.”

Le mouvement libre

Souvent, dans les TCA, le mouvement est associé à la performance, à la punition, à un moyen de s’autoriser de manger ou compenser un repas. Mais il existe une autre façon de bouger. Et cette forme-là, on l’appelle le mouvement libre.

Le mouvement libre (danse spontanée, marche intuitive, étirements doux) stimule plusieurs zones cérébrales :

  • le système sensorimoteur (relié à la conscience du corps et à sa position dans l’espace)
  • le cerveau limbique, siège des émotions
  • les circuits de libération émotionnelle et de plasticité neuronale

L’étude de Koch et al. (2014) sur la danse-thérapie montre que :
→ Le mouvement spontané, sans but esthétique ou sportif, réduit significativement les symptômes dépressifs, le stress, l’anxiété
→ Il renforce la régulation émotionnelle et le sentiment d’ancrage corporel

Tu ne bouges ni pour maigrir, ni pour réussir, ni pour mériter quoi que ce soit. Tu bouges juste pour te reconnecter. Moi ce que je faisais c’est que je mettais de la musique à fond dans ma chambre et je bougeais mais sans faire de la danse pour faire du sport, c’est vraiment du mouvement doux, pour “t’abandonner” en quelque sorte. 

C’est te balancer doucement, fermer les yeux, t’étirer mais sans chercher à forcer, c’est juste faire des mouvements doux pour prendre soin de ton corps. Te laisser danser n’importe comment, faire des mouvements fluides, amples. Aucune performance. Aucune règle.

Le mouvement libre te permet de reprendre contact avec ton corps en douceur. Il rééduque ton système nerveux à bouger sans se faire violence

La cohérence cardiaque

Face à une résistance au changement, ton corps perçoit la guérison comme un danger : un espace inconnu, sans contrôle, sans repères. Et face à l’inconnu… il se crispe. Pour calmer cette alarme, tu n’as pas besoin de “te forcer à aller mieux”. Tu as besoin de réassurer ton système nerveux. Et l’un des moyens les plus simples, les plus puissants, les plus prouvés scientifiquement, c’est… la respiration. Je suis sure que tu en as déjà entendue parler. a cohérence cardiaque, c’est une respiration rythmée, lente, régulière, volontaire.

Par exemple :

→ 5 secondes d’inspiration

→ 5 secondes d’expiration

Ce rythme synchronise le cœur et le cerveau. Et ce faisant, il envoie au système nerveux un signal de sécurité profonde. Selon Thayer et al. (2012), la cohérence cardiaque :

  • Apaise l’amygdale (le centre de la peur dans le cerveau)
  • Active le nerf vague (volet du système parasympathique qui calme le corps)
  • Améliore la régulation émotionnelle
  • Réduit le cortisol, l’hormone du stress

Les comportements de résistance apparaissent souvent quand le cerveau se sent menacé. Mais quand tu pratiques la respiration consciente, tu envoies un message opposé à ton corps : “Tu es en sécurité. Tu peux te détendre. Il n’y a pas de danger ici.” Et plus tu répètes ce message, plus ton système nerveux apprend à faire confiance.Il n’a plus besoin de résister.

Il existe des applications pour t’aider à faire la cohérence cardiaque, comme l’appli Respire (c’est celle que j’utilise). Et tu peux programmer des alertes pour te rappeler de le faire. Je te conseille de le faire au moins 2-3 fois par jour.

Voilà, j’arrive sur la fin de mon épisode. J’espère qu’il vous a plus. J’aime beaucoup parler des mécanismes du cerveau, de la neuroplasticité, de la science et du lien avec le corps et mental, je trouve ça personnellement passionnant. J’espère que ça vous a plu ! Encore une fois n’hésitez pas à me faire un retour, j’y mets beaucoup de temps, d’investissement, d’énergie. Donc n’oubliez pas de me laisser une note sur votre appli d’écoute sur Spotify ou Apple Podcast, ça me soutient énormément. Merci pour votre écoute et à bientôt !

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Mieux connaître, Trouble du comportement alimentaire, 3 commentaires
Pourquoi les aliments sucrés / gras / industriels t’attirent (et pourquoi ce n’est pas grave)

Pourquoi les aliments sucrés / gras / industriels t’attirent (et pourquoi ce n’est pas grave)

Pourquoi les aliments sucrés / gras / industriels t’attirent (et pourquoi ce n’est pas grave)

Il y a une phase dans la guérison qui arrive souvent et qui fait peur lorsqu’on la traverse. Autant pour la personne elle-même que pour les proches (qui ont vu la personne passer d’une restriction stricte à une attirance pour tout ce qui est plus sucré, plus gras, industriels. Donc ils ont peur car ils ne savent pas comment gérer.)

Et puis, souvent, lorsqu’on est dans la restriction pure et qu’on a ces envies (et qu’on les consomme ou non), la peur qui se cache derrière aussi c’est : “Est-ce que je ne vais pas tomber dans l’autre extrême ? Est-ce que je ne risque pas de tomber dans la boulimie ? L’hyperphagie ?”

Franchement, je comprends parce que tout simplement je l’ai vécu ! Je suis passée par cette période. Période qui peut être plus ou moins longue, qui peut être là de façon constante, en fond ; ou alors qui peut venir, repartir, revenir.

Dans cet épisode, je vais donc vous dire ce que j’ai appris assez tard dans ma guérison et que j’aurais aimé savoir lorsque je traversais cette période. Parce que OUI, c’est normal d’être attiré par ces aliments-là et ce n’est même pas grave, au contraire. Tu en as besoin. Donc je vais t’expliquer tout ça.

Déjà, je vais commencer par te dire quelque chose, parce que si ça se trouve tu as lu ou entendu des contenus provenant de la culture du régime te disant n’importe quoi : NON, ce n’est pas un manque de volonté, de la faiblesse, de la gourmandise, de l’ennui.

Il faut remettre les choses dans leur contexte. Tu souffres d’un trouble alimentaire. Ce que tu vis est donc une réponse logique, biologique, et temporaire à une période de restriction.

4 raisons pour lesquelles tu es attiré par ces aliments :

#1 - Ton corps a une dette

En te restreignant, tu as accumulé une dette dans les catégories d’aliments que tu t’es interdit. À cause de cette restriction, ton corps manque d’énergie, de sucres, de graisses… et il le sait. Toi tu connais tout ce que tu manges dans ta journée. Lui il connait tous les aliments et catégories d’aliments dans lesquels tu as une dette énergétique.

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C’est comme quand tu as été en apnée sous l’eau trop longtemps : quand tu remontes, tu prends une énorme bouffée d’air puisque tes poumons sont vides, soit en quelque sorte ils sont endettés. Et ensuite seulement, ta respiration redevient naturelle. Tu ne respires pas à coup de grandes respirations pour toujours. 

Avec la nourriture, c’est pareil :
Ton corps est attiré par ce dont tu as été privée, puis tu il va se réguler naturellement, à condition de ne plus restreindre.

Donc c’est une réponse biologique, normal, logique de ton corps et surtout c’est TEMPORAIRE.

#2 - Plus tu interdis, plus tu y penses

Les aliments que tu considères comme « malsains » sont ceux que tu t’interdit. Ton cerveau les classe comme « rares », « dangereux », donc… ultra désirables. C’est le même principe que pour un enfant : si on lui dit de ne pas toucher, biensûr qu’il va toucher. 

Donc au plus tu t’interdis ces aliments, au plus ton cerveau va être attiré. 

Et si tu vis des compulsions sur ces aliemnts, si tu as des pensées obsessionnelles dessus… ce n’est pas une perte de contrôle, c’est une réponse à la privation.

#3 - Ton corps choisit ce qui lui coûte le moins d’effort

Pendant une restriction, ton corps a moins d’énergie à allouer à ta digestion. Ton système digestif ralentit. Tes enzymes digestives sont en pause, ton estomac fonctionne au ralenti.

Et je te le dis souvent, le corps est intelligent : Il préfère une barre au chocolat à une assiette de brocolis croquants. Parce ça lui demande moins d’énergie à digérer et ça lui rapporte plus vite. Les légumes, les fruits sont plus difficiles à digérer pour lui, même si ça parrait dingue. Il va là où il y a retour sur investissement : calories disponibles + digestion facile.

Tous les aliments ne demandent pas le même effort de traitement :

✅ Une barre de chocolat :

  • Est pauvre en fibres, donc demande peu de mastication et peu de fermentation intestinale.
  • Contient des glucides simples et des graisses, rapidement assimilables sans processus digestif complexe.
  • Est plus riche pour un petit volume, donc efficace pour l’organisme.

🚫 Une assiette de légumes :

  • Contient beaucoup d’eau et de fibres insolubles, ce qui demande un travail digestif plus long et plus énergivore (mastication, brassage gastrique, fermentation dans le côlon…).
  • Offre peu de calories pour un gros volume → beaucoup d’effort pour peu de retour.
  • Peut entraîner des ballonnements ou un inconfort si le système digestif est affaibli.

👉 Résultat : ton corps choisit ce qui lui demande peu d’énergie pour un maximum de gain. C’est une logique de survie, pas de gourmandise.

#4 - Tant que tu crois que ces aliments sont "mauvais", tu resteras piégé

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Il ne suffit pas de réintroduire certains aliments. Il faut aussi changer ton regard sur eux.

Tant que tu penses qu’un aliment sucré ou gras est « mauvais », ton corps et ton cerveau ne se sentiront jamais en sécuritéquand tu le mangeras.
Tu culpabiliseras, tu tenteras de compenser, tu replongeras dans le contrôle.

C’est justement pour ça que j’ai écrit mon nouveau livre : « Déconstruire les croyances erronées du TCA« 
Un livre outil pour t’aider à remettre en question ce que tu crois savoir sur la nourriture, et construire une relation plus apaisée à la nourriture et à ton corps.

Pourquoi ce n’est pas grave (et c'est même important) de manger ces aliments pendant la guérison ?

Beaucoup de personnes s’inquiètent en guérison : »Je mange trop de sucre », »Je ne mange que des choses transformées »…

Moi j’avais sincèrement peur quand j’étais malade. J’étais passée de manger des pommes et des légumes à manger énormément du sucre. Et même mes parents étaient débousolés. Ils ne savaient pas si c’était normal. Donc comme je l’ai expliqué juste avant : c’est normal et temporaire. Mais je vais même te donner d’autres arguments pour t’expliquer que ce n’est même pas grave.

Tu as besoin de manger ce que tu veux, vraiment.

La guérison ne peut pas avoir lieu si tu continues à vivre dans la peur de certains aliments, si tu continues de te restreindre. Le fait d’être attiré par ces aliments, ça va t’aider à les réintroduire, à travailler dessus. Moi je dis souvent que ma période de faim extrême m’a sauvé la vie car elle m’a forcé à réintroduire tous ces aliments qui me faisaient peur. C’est comme ça que j’ai fini par travailler dessus pour en avoir moins peur. Et sache qu’au plus tu t’y confrontes, au moins ton cerveau en aura peur car ils vont perdre de leur caractère “rare” et “interdit”. Ton corps va comprendre que tu lui fais confiance et que tu l’autorises à manger ces aliments. Là, ça te semble peut être très loin cette relation, mais c’est possible. ça demande du temps, beaucoup de temps et de confrontation avec ces aliments, mais tu finiras par y arriver. Je suis la preuve vivante que c’est possible. J’avais peur d’un tas d’aliments gras, sucré… donc je me suis interdit quand j’étais malade. Puis j’ai tout réintégré, notamment durant ma période de faim extrême. Avec le temps, les confrontations, en luttant contre la compensation… j’ai fait un travail d’acceptation. Aujourd’hui, je n’ai plus aucun aliment interdit. Je peux garder du chocolat chez moi, un gâteau… sans être focalisé dessus, sans le finir absolument dans la journée, sans en avoir peur. 

Maintenant, je mange ce que je veux, quand je veux. Mais je suis passée par cette étape où j’en avais peur. Mais garde en tête quand tu les manges que ça fait partie du process : tu dois t’y confronter car manger ce que tu veux et surtout ce qui te fait envie fait partie de la guérison. 

Tu as besoin de calories, pas juste de vitamines.

90 % des besoins de ton corps pendant la récupération, ce sont… des calories. Le mot calorie fait peur, mais ça veut surtout dire que tu as besoin d’énergie. Car les calories, c’est de l’énergie, du carburant. Tout ça pour dire qu’il ne faut pas absolument regarder les aliments en terme de vitamines qu’ils t’apportent, de nutriments. 

Ton corps doit :

  • réparer tes organes
  • restaurer ta masse osseuse
  • rétablir tes hormones
  • relancer ton cerveau en quelque sorte

Et ça, ce n’est pas les brocolis vapeur qui le font. C’est davantage l’énergie qui se trouve dans un muffin au chocolat. 

Les aliments sucrés et gras sont parfois les plus adaptés

C’est ce que je t’expliquais en première partie.

Tu es fatigué(e), ballonné(e), ralenti(e) ?
C’est normal en période de guérison.
Et non, les salades ne sont pas la solution. Trop d’eau, trop de fibres, trop difficile à digérer.

En revanche :
✅ Une part de gâteau
✅ Une tartine beurrée
✅ Des pâtes au fromage
… sont faciles à digérer, réconfortants, et caloriquement denses.
Parfait pour relancer ton système.

L’alimentation de guérison n’est pas l’alimentation de ta vie

C’est quelque chose que j’aurai aimé qu’on me dise. Ce qui te fait envie maintenant, en guérison, ce n’est pas ce que tu mangeras toute ta vie. Par exemple, quand j’étais malade, j’étais très attirée par tout ce qui était sucré, quasiment toute ma journée. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. 

Rassure-toi : cette phase est temporaire.

Plus tu te donnes vraiment la permission,
plus ton corps va naturellement retrouver ses envies variées, y compris des fruits, des légumes, des aliments plus simples.

Le plaisir fait partie de la santé – mentale et physique

On parle souvent de la nourriture pour ce qu’elle apporte au corps : vitamines, protéines, bons nutriments…
Mais on oublie que l’alimentation est aussi là pour nourrir ton mental, ton cœur, ton lien au monde.

Un plat réconfortant, un chocolat chaud un jour de pluie, des frites partagées avec un(e) ami(e)…
Ce n’est pas « inutile ». C’est vital.

Le plaisir alimentaire n’est pas un bonus : c’est un besoin humain fondamental.

Voilà, j’ai terminé mon article. Je suis assez contente car j’aurai vraiment aimé qu’on me dise tout ça à l’époque, donc j’espère qu’il va sincèrement aider. Faites-moi un retour si c’est le cas, c’est important pour moi. Je passe beaucoup de mon temps, de mon énergie parce que j’ai l’envie de vous aider, mais de ce fait, avoir des retours me fait du bien. Je te rappelle une dernière fois que tu ne fais pas “mal” Tu ne « manges pas n’importe comment ».
Tu es en train de réapprendre à vivre. Et pour ça, ton corps a besoin d’énergie alimentaire, de carburant, de plaisir, et de liberté. Pas d’un nouveau contrôle déguisé en « alimentation saine » ou “rééquilibrage alimentaire”.

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Faim extrême, Mieux connaître, Peur du poids, 2 commentaires
Les fears food dans les TCA : comment les surmonter

Les fears food dans les TCA : comment les surmonter

Les fears food dans les TCA : comment les surmonter

On se retrouve pour un nouvel article pour parler des fears food ! C’est assez fou que je n’avais pas encore abordé ce sujet sur mon podcast parce que les termes “fears food” qui signifie en anglais “les aliments de la peur”, c’est un peu un “incontournable” si je puis dire dans les TCA. C’est quelque chose qu’on entend très souvent et je dirai que 99,8% des personnes qui ont un trouble alimentaire ont des fears foods.

Dans cet article, j’aimerais un peu t’expliquer la théorie parce que comme tu le sai savec moi, j’aime bien comprendre les choses. Je trouve que ça m’a vraiment aidé quand j’étais malade. Donc je vais t’expliquer pourquoi ces peurs existent, ce qui se passe dans ton cerveau quand tu évites ces aliments ; et surtout, je vais te donner quelques conseils pour t’aider à les surmonter. Rien de magique évidemment. Mais ça peut être des petits tips en plus pour t’aider à cheminer.

C’est quoi un fear food ?

On va commencer par la base : définir le “fear food”.

Un fear food c’est un aliment qui te déclenche de la peur, de l’anxiété. Tu vas souvent éviter à tout prix cet aliment, et lorsque tu vas le manger, ça va te générer une énorme culpabilité. Tu as littéralement peur que ces fear food entraîne chez toi : une prise de poids, une perte de contrôle, une compulsion, une sensation de ne pas pouvoir t’arrêter.

Je suis sure qu’en lisant ça, tu vois clairement de quels aliments je parle pour toi. Tout le monde n’a pas les mêmes fear food. ça va vraiment dépendre des croyances erronées de chacun. Mais on peut souvent retrouver des similitudes, notamment avec les aliments plus gras et sucrés. Mais ça peut même être littéralement une catégorie d’aliment qui est en “fear food”, comme par exemple les lipides. En gros, les fear food, ce sont les aliments que votre TCA considère comme “mauvais” ou “interdit”.

Ce qui est le plus fou, c’est que très souvent, ces fear food, bah en réalité, tu les aimes. Il te donne vraiment envie. Et c’est aussi pour ça que tu en as peur.

Ce qui se passe dans ton cerveau quand tu as peur d’un aliment

restructuration cerebrale trouble alimentaire

La peur est une réaction biologique normale. C’est ton cerveau qui veut te protéger. Ton amygdale (la zone du cerveau responsable des émotions) déclenche une alerte pour te signaler qu’il y a un danger. 

Sauf que la, la différence dans ton cas, c’est ton amygdale ne fait pas la différence entre : 

  • un tigre dans la savane,
  • et un bol de pâtes à la carbonara.

Dès qu’un aliment perçu comme « dangereux » est devant toi, ton cerveau enclenche le mode survie :

  • activation du système nerveux sympathique (fight or flight),
  • hypervigilance,
  • montée de cortisol

Tu n’es pas fou ni folle si tu ressens de la panique face à un aliment. Ton cerveau reptilien, lui, pense te sauver la vie.

Mais clairement, quand tu as un trouble alimentaire, ce mécanisme est renforcé par : 

  • la malnutrition. Ton cerveau fonctionne en grande partie grâce aux lipides. Souvent, c’est une catégorie qui est mise de côté. Donc ton cerveau manque des ressources nécessaires pour bien fonctionner. C’est à dire que tu déraisonne. La peur et la rigidité mentale sont donc renforcées.
  • la pensée dichotomique (pensée en noir et blanc, tout ou rien. “Si je mange ça, c’est foutu”). Cette façon de pensée est dictée par ton TCA et de surcroît par la sous alimentation.

Au plus tu évites ces aliments, au plus tu en as peur

Je l’ai déjà expliqué beaucoup de fois mais je le redis parce que c’est important. Le cerveau apprend de nouvelles croyances à travers tes actions et tes pensées.
Par exemple, on va prendre l’exemple d’un cookie au chocolat. Ce serait ton fear food.
Quand tu es face à ce cookie, ton anxiété augmente, et tu fais tout pour l’éviter.
Quand tu parviens à l’éviter, tu te sens en contrôle et rassurée.
Alors, ton cerveau enregistre la croyance suivante : un cookie est dangereux.

Quand tu évites tes fears food, sur le moment, tu es soulagé. Sauf qu’en réalité, ça soulage ta partie TCA. Tu as l’impression de bien faire. Mais souviens-toi, c’est quand tu ressens la sensation de mal faire que tu fais bien, parce que ça veut dire que tu vas à l’encontre de ton TCA.

À chaque fois que tu évites ces aliments, que tu les compenses, que tu stress devant, tu renforces la croyance erronée qui a derrière. Attention, je t’explique ça pour comprendre le mécanisme, pas pour te blâmer. Évidemment tu ne le choisis pas. C’est les mécanismes du TCA. Ce n’est pas ta faute.

Et en t’exposant petit à petit, en travaillant dessus, tu vas pouvoir réapprivoiser ces aliments.

Je ne te dis pas le nombre d’aliments que j’avais en fear food. Ce serait plus rapide de te dire les aliments que je m’autorisais. Et pourtant, aujourd’hui je n’ai plus AUCUN fearfood.

Quelques conseils pour travailler sur tes fear foods

Fais le point sur tes fearfoods

La première chose à faire, c’est de noter tous les aliments qui te font peur. Et ensuite, tu les classes en 3 catégories. Soit tu les notes de 1 à 3 où 3 tu en as très peur, 1 tu en as un petit peur. Ou alors tu attribues une couleur : vert pour un peu peur mais faisable – jaune pour moyen peur, ça demande déjà du travail – rouge pour panique totale.

Et le but est de commencer par ce qui est le plus abordable pour toi.

Dialoguer avec ton TCA

La deuxième chose à faire, c’est de dialogue avec ton TCA en quelque sorte. Tu peux soit le faire dans ta tête, moi je le faisais sur un carnet. L’idée c’est d’écouter tous les arguments que te donne ton TCA pour te convaincre de ne pas manger cet aliment. Demande-toi “qu’est-ce que mon TCA me dit qu’il va se passer si je manger ça ?”

Et l’objectif est de répondre à chacun de ses arguments par des arguments plus logiques, bienveillants Ce n’est pas facile à faire donc un conseil : donne les arguments que tu donnerais à une amie ou à une autre personne malade.

Pour dialogue avec son TCA, ça demande de déconstruire les croyances erronées que tu as derrière chaque aliment. Ces croyances erronées correspondent souvent aux arguments que te donne ton TCA. C’est pas toujours facile de trouver des arguments non biaisés par la maladie quand on est plongé dans le brouillard du TCA. C’est pour ça que j’ai créé un outil pour t’aider à trouver des arguments sains pour contrer la maladie. Il s’agit tout simplement de mon livre “Déconstruire les croyances erronées du trouble alimentaire” où tu as 140 fiches de croyances déconstruites avec des arguments basés sur la logique, sur des faits scientifiques.

Prépare-toi mentalement

Tu peux utiliser l’outil de la visualisation qui m’a personnellement aidé dans ma guérison. Alors je ne l’utilisais pas pour les fear foods mais avec du recul, j’aurai dû.

En gros, l’idée de la visualisation, c’est que tu t’imagines en train de manger cet aliment : l’endroit, avec qui, ce que tu ressentirais. Et le but est de te convaincre (plutôt de convaincre ton cerveau) que tu ressentirais des choses positives, du plaisir, etc. Le but est de montrer à ton cerveau qu’en te confrontant à ce défi, tu peux aller vers quelque chose de positif. Je sais que cet exercice n’est vraiment pas facile surtout quand on a du mal à s’accorder du plaisir. Et si c’est le cas, il y a aussi un travail de déconstruction de croyance erronée sur le plaisir et surtout, un travail psychologique plus profond derrière souvent.

Créer une première exposition en conditions sécurisées

Choisis un aliment vert, ou un aliment classé 1. Un aliment qui te fait le moins peur.

Planifie : 

  • Le moment, le jour, l’heure
  • Le lieu
  • Avec qui 
  • L’ambiance

Le but est que tous les autres facteurs soient sécurisant pour toi, pour t’aider à te confronter à cet aliment qui te fait peur, pour mettre toutes les chances de ton côté.

Répète, répète, répète (sans compenser)

La répétition est vraiment la clé. Parce qu’au plus tu répètes l’exposition, au moins ton cerveau en aura peur car il perdra de son caractère “interdit” et “rare” à chaque fois que tu t’y confronter.
Et le mieux est de répéter plusieurs fois l’exercice tous les 2-3 jours jusqu’à ce que cet aliment ne te fasse plus peur ou presque plus.

Car si tu l’intègres une fois, puis plus du tout en te disant “c’est bon j’ai coché la case je l’ai remangé une fois”, ton cerveau n’aura pas été suffisamment exposé à ses peurs sur cet aliment. Et la prochaine fois que tu le reprends, même si c’est dans 15 jours, tu vas de nouveau en avoir peur avec intensité.

La répétition désensibilise. C’est ainsi que ton cerveau réapprend que cet aliment n’est pas dangereux.

Et j’insiste aussi sur le fait qu’il ne faut pas le prendre en compensant. Je sais que c’est pas simple, vraiment, je sais. Et au début, c’est assez évident que vous le prendrez peut-être en continuant de compenser. C’est pas grave. Il faut réitérer. Et peut-être que la prochaine fois vous parviendrez à moins compenser voire plus du tout. 

Pourquoi ne pas compenser ? Parce que si tu prends l’aliment, puis diminue ton repas d’après ou va marcher 1h pour l’éliminer… Ton cerveau garde la croyance “cet aliment est dangereux, il faut l’éliminer si on le prend”. 

Diététicienne spécialisée en TCA

Les fearfoods, pour moi, c’est vraiment le domaine des diététiciennes en TCA. Il faut vraiment que la ou le diet soit spécialisé TCA pour faire ce travail de déconstruction de la croyance erronée, et pas juste vous donner un plan alimentaire.

Là où je peux vous aider, c’est que j’ai créé un livre où je déconstruis 140 croyances erronées du trouble alimentaire dont de très nombreuses autour de l’alimentation. Mon livre s’appelle « Déconstruire les croyances erronées du trouble alimentaire » :

Voilà, je vous ai tout dit sur le sujet des fearfoods. Comme vous voyez, il n’y a rien de magique. Moi la majorité de mes fears foods ont été réintégré finalement grâce à mes compulsions, puis en me les autorisant par la suite dans mon quotidien. 

Ce n’est pas les aliments fear food qui te fond peur. C’est la perte de contrôle, l’inconnu, le changement. C’est ce que ton cerveau associé à ces aliments à cause des croyances erronées que tu as dessus. 

Mais ce qu’il faut que tu retiennes, c’est que c’est possible de s’en libérer, c’est possible de retrouver du plaisir, c’est possible de manger sans peur, d’avoir ces aliments qui te font peur dans tes placards sans être terrifié de la prochaine fois que tu vas les manger ou sans les dégommer.

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, 0 commentaire
Se reconnecter à la vraie vie pour guérir

Se reconnecter à la vraie vie pour guérir

Se reconnecter à la vraie vie pour guérir

Quand on souffre d’un trouble du comportement alimentaire, la maladie prend toute la place.

Elle dicte tes journées, tes émotions, tes choix, tes activités… TOUT

La maladie devient une identité, un repère, une fausse sécurité.

Mais il y a une chose qu’on oublie : la guérison, ce n’est pas juste arrêter les comportements alimentaires problématiques. C’est surtout réapprendre à vivre.

Beaucoup de personnes me disent parfois : mais je fais que ça me lancer des défis alimentaires, travailler sur mes problèmes psychologiques, voir des spécialistes… Mais la guérison, c’est beaucoup se reconnecter à la vie.

Parce que la vraie vie, c’est découvrir de nouvelles choses, faire des rencontres, tester de nouvelles activités, avoir des projets… des choses qui n’ont rien avoir avec tes problèmes psychologiques, ton alimentation, ton poids, ton corps.

Dans un article précédent, je vous parlais de burnout de la guérison.

Si vous êtes constamment en train de vous lancer des défis, de travailler sur vos peurs, etc. Oui, vous allez dans un burnout de la guérison. Alors que la guérison, c’est aussi, se reconnecter à la vie. Je ne sais pas trop comment appeler ça autrement.

Mais dans cet article, j’aimerais te donner des pistes pour t’aider à te reconnecter à la vie.

Je vais te parler un peu de mon expérience. Si tu as lu mon roman autobiographique, tu l’as lu. Mais je me rends compte qu’il y a des choses que j’ai oublié de dire dans mon livre. En gros, quand je sortais de ma deuxième hospitalisation, je me suis ouverte à la vie. J’ai commencé à faire des sorties avec des copines. J’ai aussi rencontré mon copain, et alors je me suis mise à voyager, j’ai rencontré de nouvelles personnes. Je me suis inscrite à une association, j’ai commencé des cours de théâtre. Je me suis inscrite sur des applications pour me faire des amis, et rencontrer encore de nouvelles personnes.

Et donc dans cet article j’aimerais vous donner des idées d’activités à faire et des questions à vous poser pour vous aider à aller vers cette reconquête de la vie, la vraie (soit, pas celle de ton trouble alimentaire).

La métaphore du jardin

Je vais commencer par te parler d’une métaphore pour illustrer tout ça.

Imagine un grand jardin.

Pendant longtemps, tu n’as cultivé qu’une seule plante. Une plante envahissante. C’est ton trouble alimentaire.

Tu la connais par cœur : tu sais quand elle pousse, comment l’arroser, comment elle peut évoluer, etc.

Mais ce que tu oublies, c’est qu’il y a tout un terrain autour… que tu peux encore explorer.

Tu n’as juste pas encore osé planter autre chose parce que de nouvelles plantations représentent l’inconnu, que tu ne maîtrises pas, dont tu as peur.

On pense souvent que guérir, c’est arracher la plante envahissante qui représente ton trouble alimentaire. Mais en réalité, c’est plutôt semer d’autres plantes, petit à petit. Parce que oui, arracher une plante, ça fait peur. Puisque c’est la seule qui est là, même si elle est toxique, ton jardin se retrouverait nu si tu l’enlèves. Le vide, ça fait peur à n’importe qui. C’est pour ça qu’en plantant d’autres plantes, tu vas remplir petit à petit ton jardin et il n’y aura petit à petit plus d’espace pour la plante toxique de ton trouble alimentaire.

jardin-tca

Pourquoi c’est essentiel d’aller vers la nouveauté

Le trouble alimentaire se nourrit de l’isolement, de la répétition, du contrôle.

Au plus tu es seul, loins des autres, au plus il a de pouvoir. Au plus tu restes dans tes repères, dans tes habitudes, au plus tu te sens dans le contrôle, dans la sécurité mais en réalité, tu es dans les habitudes de la maladie.

À l’inverse, la nouveauté, la curiosité, les expériences, sont des endroits où la maladie n’a pas ses repères. Elle est donc plus faible dans la nouveauté.

Je vais te donner un exemple concret : pareil j’en parle dans mon roman autobiographique l’anorexie, mon bouclier mortel. Quand je suis sortie de ma première hospitalisation, j’ai repris ma vie exactement là où je l’avais arrêté : les mêmes habitudes, les mêmes lieux, le même emploi du temps. Tout ça, c’était des raccourcis pour la maladie et de ce fait, elle s’est très vite réinstallé dans ma vie, et même de façon plus puissante. En sortant de ma deuxième hospitalisation, j’ai changé mon emploi du temps, revu des personnes que je ne voyais plus, fait de nouvelles activités… Et tout ça, ça m’a aidé à aller vers la guérison.

La nouveauté te fait peur, mais souviens-toi que quand tu as peur, quand tu as la sensation de mal faire, c’est que ton trouble alimentaire n’est pas bien, parce qu’il n’a pas ses repères, parce que tu ne lui obéis pas. Et c’est exactement ce qu’on veut. La nouveauté c’est un outil de ta guérison, et l’ennemi de ton trouble alimentaire.

Des idées d’activités pour se reconnecter à soi

Alors, je te parle pas de déménager tous les deux mois, de partir 1 an en Australie. Je te parle pas de révolutionner ta vie, mais juste de planter des petites graines. Mêmes si ces graines n’aboutissent pas en jolie fleur, c’est pas grave. Au moins tu auras essayé, et ton terrain sera de plus en plus fertile pour de nouvelles prochaines fleurs.

Ne cherche pas ta passion pour la vie. Cherche juste des micro-curiosité. Et accepte que ce soit flou, inconfortable, pas parfait. Je le précise car j’ai déjà des personnes qui m’ont dit vouloir faire du journaling comme je faisais mais qui ont peur de mal faire alors elles ne passent jamais à l’action. Vaut mieux fait que parfait. Et le but est de vous intéresser à autre chose que la maladie, pas d’exceller dans un nouveau domaine.

Les gens qui font du yoga, qui sont bibliothécaire bénévole, qui participent à des maraudes… Ils le font pour se faire du bien, pour se rendre utile. Pas pour être parfait.

Exemples d’activités que vous pouvez faire seul :

  • Apprendre à dessiner
  • Faire du scrappbooking avec des photos de votre enfance, ou pour offrir à quelqu’un, ou un scrapbook de petites joies avec des moments doux que vous voulez garder en mémoire
  • Ecrire une histoire / une bd
  • Créer une boîte à souvenir sensoriel
  • Créer une boîte à offrir à quelqu’un (avec des petits cadeaux pour faire plaisir ou des lettres à lire chaque mois par exemple pendant 1 an).
  • Créer un projet de « 100 jours »  : 100 jours où chaque jour tu fais une page de journaling ou 100 jours où tu testes une nouvelle chose
  • Créer des montages vidéos avec des photos de vos proches, ou faire un petit film
  • Créer de la musique avec un logiciel de musique (avec Soundtrap, GarageBand)
  • Apprendre une nouvelle langue
  • Apprendre à jouer un instrument
  • Créer un compte sur les réseaux sociaux mais qui n’a absolument rien avoir avec la recovery/guérison. Plutôt sur de la culture générale, sur un thème que t’a envie d’aborder ou de découvrir toi-même
  • Faire un challenge 2 seconde par jour où tu filmes chaque jour 2 secondes de ta vie random et à la fin des 30 ou 100 jours tu fais un petit montage
  • Faire une capsule temporelle : t’écrire une lettre pour ton toi dans 4 mois, dans 6 mois, dans 1 an, dans 3 ans, dans 5 ans, dans 10 ans… Tu peux le faire pour une autre personne aussi.
  • Tu peux apprendre à lire les cartes (comme le tarot)
  • Tu peux te lancer dans une collection : de timbres, de pièces, de cartes postales, ou tout autre objet anodin
  • Tu peux apprendre à peindre des galets
  • Apprendre à coudre ou à broder

Tout ça ce sont des idées d’activité en mode « projet » qui peuvent être puissantes en guérison car elles donnent un fil conducteur, un objectif, et permettent de canaliser l’énergie mentale dans quelque chose de constructif et gratifiant.

J’ai essayé de donner le maximum d’idée pour vous inspirer. J’espère que ça vous inspira ! Et vraiment, n’oubliez pas que l’important c’est pas de réussir à faire ça parfaitement, c’est de tester des nouvelles choses, de t’ouvrir à de nouvelles choses qui ne sont pas ta maladie.

Sortir de l’isolement social

Là je vous ai donné tous des idées d’activité à faire seul. Mais quelque chose qui est primordial dans la guérison : c’est de s’ouvrir aux autres. C’est ça qui va vraiment vous aider à découvrir que la vie, ce n’est pas la nourriture, le poids, l’apparence. Ce sont les autres qui vont t’ouvrir à tant d’autres choses (à condition évidemment de s’ouvrir vers des gens non toxiques, qui ne sont pas centré sur leur apparence et les régimes. Vraiment j’insiste sur ce point parce que c’est important).

Quand on a un TCA, la solitude est souvent un piège. Elle renforce la maladie. Et pourtant, on n’ose plus aller vers les autres.

Moi je me souviens que lorsque je suis sortie de la maladie, j’étais à un moment de ma vie où j’avais fini les études et c’était compliqué de rencontrer de nouvelles personnes. Donc je m’étais tout simplement tourné vers des applications pour rencontrer des amis ! Et j’en ai rencontré 2-3 ! Alors ça a été passager. Mais ça m’a fait du bien. Et qui sait, vous rencontrerez peut-être votre prochaine meilleure amie !

Meetup : pour trouver des groupes autour de la lecture, de la randonnée, de la spiritualité, de la musique, de la photo, etc.

Bumble BFF : c’est une version de Bumble pour se faire des amis (pas pour sortir en couple).

Et ensuite, il y a tout simplement les associations locales, les clubs, les ateliers… ça peut être des ateliers d’écriture, des cours de chant, une chorale, des cours de théâtre, être bénévole au resto du cœur, à l’unicef, participer à des soirées jeux de société, participer à des maraudes, etc. Le but est de t’ouvrir à de nouvelles personnes pour créer du lien. L’objectif, ce n’est pas d’avoir plein d’amis d’un coup. C’est de remettre un peu de vie et d’humain autour de toi.

Je sais que quand on souffre de TCA, le trouble pousse à t’isoler. Par honte, par fatigue, par peur de devoir “faire semblant”. Mais plus on s’éloigne des autres, plus le trouble prend de la place. Recréer du lien humain, même minuscule, peut faire la différence. Commence petit. Tu n’as pas besoin de te forcer à sortir tous les jours ou de t’exposer à des situations inconfortables.

Tu peux commencer par les applications Meetup ou Bumble BFF puisque les gens sur ces applis ont les mêmes objectifs que toi : chercher à tisser du lien.

Et si tu n’as pas encore l’énergie de rencontrer en vrai, tu peux déjà créer du lien symbolique, en ligne par exemple. Je me rappelle que lorsque j’étais ado je m’étais inscrite sur un forum pour rencontrer un correspondant du monde (j’en avais aux États Unis, en Espagne, en Italie…). Internet peut avoir du bon ! Après attention aux forums sur lesquelles vous allez. Mais pour moi, c’est important de dire de ne pas rester uniquement dans la communauté « recovery ». Même si c’est une communauté qui vous comprend, qui te ressemble, dans laquelle tu te sens en sécurité… ça reste quand même centré autour de la maladie. Je ne te dis pas de couper si c’est quelque chose qui t’aide aujourd’hui, mais je te dis de t’ouvrir à d’autres personnes également.

Tu peux aussi dire à un ou une amie proche que tu cherches à rencontrer de nouvelles personnes, et donc demander à ce qu’elle ou qu’il te fasse rencontrer ses propres amis.

Des questions à te poser

Dans l’esprit de cet article, je te propose des questions sur lesquelles tu peux te poser. Quand j’étais malade, je me faisais souvent des moments d’introspection où moi je notais sur un carnet (mais tu peux très bien le faire dans ta tête ou à voix haute).

Donc je vais te proposer une série de questions, si tu veux les noter pour te créer un moment d’introspection dans la même thématique de « te reconnecter à toi / à la vie » :

  • Si je n’étais pas malade, je serais quel genre de personne ?
  • Qu’est-ce que j’aimerais tester mais qui me fait peur ? Qu’est-ce que je testerai si je n’étais pas malade ?
  • Qu’est-ce que je faisais enfant et que j’adorais ?
  • Qu’est-ce qui me fait rire dans la vie ? Quels sont les moments où je me sens bien ?
  • Si j’étais certaine de réussir, quelles activités je ferai ? Quels métiers ?
  • Comment mes proches me décriraient-ils, en dehors de la maladie ?

J’espère que cet épisode t’aura donné des idées, des pistes, peut-être même une petite étincelle pour aller vers autre chose que ton trouble.

J’espère que ça t’aura inspiré·e à te reconnecter à toi-même, à la vie, aux autres… même si ce n’est qu’un tout petit pas.

La nouveauté, l’inconnu, ça peut faire peur. Mais c’est aussi là que la maladie n’a pas encore mis les pieds.

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, 0 commentaire