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Guérir des troubles alimentaires (TCA) avec l’EMDR ?

Guérir des troubles alimentaires (TCA) avec l’EMDR ?

Mon dernier article sur ce blog vous parlait de ma rechute dans les troubles alimentaires. Même si elle a pu toucher certaines personnes d’entre vous, je ne voyais personnellement pas cette rechute comme quelque chose de négatif. Je ressentais au fond de moi que, paradoxalement au fait que des mécanismes des troubles alimentaires refaisaient surface, moi, je ne m’étais jamais sentie aussi proche de la guérison. Je vous avez expliqué, toujours dans cette volonté de me battre définitivement contre les TCA, que j’avais repris un suivi thérapeutique avec de l’EMDR. Dans cet article, je souhaite vous donner le maximum d’information sur l’EMDR qui est une thérapie encore peu connue : cela vous permettra de mieux appréhender ce que fait le praticien et comment se déroule concrètement une séance. Je vous partage là mon expérience personnelle avec l’EMDR. 

Update de ma situation

Update de ma situation et de mon rapport avec les TCA 3 mois après vous l’avoir annoncé : je vais beaucoup mieux. J’ai la sensation d’avoir fait des pas de géants, d’avoir compris des choses sur mon histoire, d’avoir évolué dans ma façon d’agir et de penser, notamment sur mon rapport au corps et à l’alimentation. 

D’un point de vue nutritionnel : je remange beaucoup plus en quantité en ayant maintenant une ration cohérente avec mon mode de vie. Je n’ai plus de peur irrationnelle quant à certains aliments, je ne me refuse plus aucune catégorie d’aliments. Je vous avez expliqué ce besoin de tout contrôler, notamment quand je suis invitée pour un repas à l’extérieur de chez moi. Aujourd’hui, cela ne m’angoisse plus. Je ne vois pas uniquement le repas mais plutôt l’échange social qu’il y a autour. Je préfère évidemment quand je suis au courant en amont, et je ne pourrais pas dire que le fait d’être invité au restaurant au dernier moment ne me stressera pas, mais je parviens enfin à me faire plaisir sans que ce soit prévu. 

D’un point de vue mental : je ne ressens plus aujourd’hui de surcharge mentale comme c’était le cas il y a 3 mois. À l’heure où j’écris cet article, je ne me suis jamais sentie aussi heureuse de ma vie : dans mon couple, au travail, dans mon lieu de vie… et surtout concernant ma confiance en moi. Je n’ai pas encore à 100% confiance en moi car il n’y a pas de magie, la confiance, c’est quelque chose qui se travaille au quotidien et qui se renforce avec le temps. Mais je suis fière de la femme que je suis, de ce que j’accomplis et je crois profondément en mes capacités et compétences. 

Écrire cet article me permet de prendre du recul sur ma situation et de faire le point sur là où j’en suis dans ma vie. La question qui m’est venue subitement à l’esprit : est-ce que je suis en train de sortir définitivement de mes troubles psychologiques et donc de mes TCA grâce à l’EMDR ?

Avant de donner une réponse concrète à cette question, je vous partage mon expérience avec l’EMDR. 

Pourquoi soigner le côté « alimentation » ne suffit pas pour guérir des TCA ?

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Si vous avez lu d’autres articles de mon blog ou écouté mon podcast, vous savez que je crois profondément qu’on ne guérit pas d’un TCA en se focalisant uniquement sur l’alimentation. Je l’ai déjà expliqué, pour moi l’alimentation et le contrôle sur le poids sont uniquement les conséquences de vos problématiques. Ce qu’il faut traiter pour une guérison efficace, ce sont les causes de votre trouble alimentaire : que vous est-il arrivé pour que votre cerveau ait développé un trouble alimentaire ? Les troubles alimentaires sont souvent liés au contrôle, donnant une impression de sentiment de sécurité : de quoi votre corps cherche-t-il à se protéger ?

Ce n’est pas facile de répondre à ces questions, surtout quand on ne s’est jamais posé sur ce sujet, que ce soit seul ou dans une thérapie avec un professionnel. Et puis surtout, ce n’est pas toujours un processus conscient. 

Je ne suis pas médecin, psychologue ou psychiatre…mais je vous partage mon avis en tant que « rescapée » de l’anorexie mentale. Je pense, et c’est d’ailleurs mon cas, que les TCA sont généralement liés à des événements traumatisants, qui ont d’ailleurs souvent lieux dans l’enfance. En réalité, il y a de nombreuses recherches et cas pratiques* qui ont démontré cette corrélation : 

Il existe une théorie de l’attachement qui suggère qu’on l’on dispose tous d’un système inné lorsqu’on est enfant à rechercher la proximité avec un adulte. L’enfant recherche naturellement l’attention d’un adulte qui s’occupera de lui, généralement son parent ou la personne légale qui est en charge de lui. Le fait que l’enfant dispose d’un parent qui lui donne de l’amour, de l’attention… va lui apporter un sentiment de sécurité. Il développera ainsi une représentation de lui-même impliquant qu’il est une personne méritante et qu’il peut compter sur autrui pour qu’on s’occupe de lui. 

Cette théorie suppose donc qu’un parent absent, physiquement mais aussi simplement qui n’a pas apporté l’amour ou l’attention nécessaire à son enfant, aura des conséquences sur le développement psychologique de l’enfant. En effet, l’enfant ne dispose alors pas du sentiment de sécurité indispensable à la construction de lui-même. Il va ainsi développer des stratégies de régulation émotionnelle souvent inadaptées qui se traduiront en troubles psychologiques. Plus généralement, le manque de sécurité dans l’enfance implique l’émergence et la persistance (s’il n’est pas traité) d’un état de stress post-traumatique dans la vie d’adulte.

Pourquoi je parle de cela ? Parce que l’absence d’un parent, d’une des figures représentatives nécessaires à la construction de l’enfant, est perçue comme un événement traumatique, une maltraitance émotionnelle. Un évènement traumatique fait justement référence à de la maltraitance émotionnelle mais aussi physique, sexuelle… De tels traumatismes constituent des facteurs de risque pour le développement de conduites autodestructrices, notamment celles liées aux troubles alimentaires : le fait de se restreindre, de recourir à de la compensation (vomissement, hyperactivité physique, prise de laxatif…) 

Bref, vous l’aurez compris, l’anorexie mentale, la boulimie ou toute autre type de troubles alimentaire sont souvent liés à des événements traumatiques qui ne seront pas réglés en se focalisant uniquement sur la perception du corps et la relation à la nourriture. 

Ce n’est que mon avis, mais c’est ce que j’ai expérimenté : pour moi, les troubles du comportement alimentaire se soignent avec une approche pluri-disciplinaire. C’est-à-dire qu’il faut combiner (pas forcément en même temps) plusieurs thérapies pour des effets efficaces sur le long terme. Personnellement, au-delà des hospitalisations en service de TCA, j’ai suivi pendant longtemps une thérapie analytique. À la sortie de ma deuxième hospitalisation, j’ai commencé une TCC (Thérapie cognitivo-comportementale) que j’ai trouvé très efficace. Ma thérapeute se concentrait sur le traitement des schémas de croyances et de pensées. Cependant, comme j’étais dans un état de dénutrition très important, les schémas de croyance se concentraient davantage sur mon rapport au corps et à la nourriture justement plutôt que sur les événements traumatiques originels. En parallèle, je faisais de la sophrologie pour calmer mon anxiété. J’ai essayé aussi quelques séances d’hypnoses. Et plus généralement, je travaillais sur ma confiance en moi avec la pratique de la psychologie positive et en intégrant une troupe de théâtre. 

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Une approche pluri-disciplinaire est importante parce qu’elle vous permet de tester celle qui vous conviendra. De plus, chaque thérapie ne travaille pas de la même façon et surtout pas les mêmes aspects de votre trouble : certaines se concentrent sur les impacts dans le présent, sur les conséquences ; certaines vont uniquement utiliser la parole, d’autres emploient des exercices concrets… Certaines sont longues, d’autres sont brèves. Certaines se concentrent sur les causes, la genèse de vos troubles, les événements traumatiques comme c’est le cas avec l’EMDR.

Mais comment l’EMDR est arrivé à moi ? En fait, la première fois que j’en ai entendu parler c’était au tout début de mon anorexie. Je rentrais à l’hôpital de jour quand une fille terminait son dernier jour. Et je lui ai demandé comment elle s’en est sortie. Elle m’avait parlé du fait qu’elle avait suivi une thérapie d’EMDR. Je ne connaissais absolument pas. Je l’avais noté dans mes notes sur mon téléphone et j’ai gardé cette note pendant longtemps sans jamais m’y intéresser plus que ça. Je l’avais gardé dans un coin de ma tête mais je pense qu’en fait, je n’étais pas encore prête à tester cette pratique qui m’était méconnue. Je fais confiance en la vie et je pense que si les choses se sont passées comme ça, c’est que j’avais beaucoup d’autres chemins à parcourir avant d’être prête pour l’EMDR.

Retrouvez cet article en épisode de podcast :

Qu’est-ce que l’EMDR?

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l’EMDR c’est un acronyme anglais qui signifie « Eye Movement Desensitization and Reprocessing ». Concrètement, il s’agit donc d’une nouvelle forme de thérapie brève qui va venir désensibiliser et retraiter des souvenirs par des mouvements oculaires.

Cette forme de thérapie est encore assez peu connue je trouve, mais elle a été approuvée notamment par de nombreuses victimes des attentats de Paris en 2015 qui ont vu des effets positifs notables sur la gestion de leur traumatisme. 

Je vais commencer par vous donner un exemple bateau, indépendant des TCA, pour vous faire comprendre comment l’inconscient impact votre guérison. Dans le cas d’un stress post-traumatique (comme je vous expliquais, c’est fréquemment le cas avec les TCA) souvent consciemment, on a la volonté de s’en sortir pour aller mieux. Cependant, inconsciemment, une partie de nous-même nous en empêche.

Prenons l’exemple d’une personne qui a été renversé par une voiture ou qui tout simplement a vu une autre personne se faire renverser par une voiture. Le souvenir de cet événement a été perçu comme traumatisant. Depuis, cette personne souffre d’un stress post-traumatique qui se manifeste par des crises d’angoisses lorsqu’elle est dehors, dans la rue, à proximité de voiture. Pourtant, cette personne a vraiment envie de marcher paisiblement dans la rue, sans être tétanisée par le bruit des voitures. Mais le problème, c’est qu’inconsciemment, son cerveau est encore sous le choc avec des souvenirs traumatiques qui génèrent en elle un sentiment d’insécurité et de peur. 

l’EMDR a pour but de travailler sur les déclencheurs, les souvenirs originels de vos symptômes actuels (angoisse, cauchemars, ruminations et plus globalement troubles psychologiques dont TCA…). Le ou les traumatismes ont été stockés de façon dysfonctionnelle à travers des souvenirs considérés comme étant à l’origine de votre pathologie. 

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À travers des stimulations bilatérales, le plus généralement des mouvements oculaires rapides, la thérapie d’EMDR va venir reclasser les souvenirs traumatiques dans une zone de mémoire explicite pour donner du sens à ces souvenirs et démêler les associations qui se sont faites depuis des années et qui enclenchent des symptômes dans la vie actuelle du patient. 

Les stimulations bilatérales peuvent prendre d’autres formes que les mouvements oculaires : ça peut être des stimuli tactiles (comme le fait de tapoter les genoux ou les mains) et des stimuli auditifs. Je pense qu’il est plus courant d’utiliser les mouvements oculaires. En tout cas, mes séances sont basées sur cette méthode. 

Quelles pré-requis pour une thérapie d’EMDR efficace ?

Une chose très importante est le choix du praticien. Tout le monde ne peut pas pratiquer l’EMDR et d’ailleurs, ne le faite pas vous-même avec les simples mouvements oculaires. 

l’EMDR peut être pratiqué par des psychologues, psychiatres ou psychothérapeute ARS qui sont certifiés. Une thérapie d’EMDR suit un protocole spécifique qui demande une formation adéquate. Les praticiens certifiés sont répertoriés dans l’annuaire d’EMDR France. C’est vraiment important de s’assurer que votre praticien est un professionnel certifié. 

Lorsque vous commencez une thérapie d’EMDR, vous pouvez avoir « peur ». Je pense qu’il est naturel de ressentir une peur d’avoir tout à coup conscience de certains souvenirs que votre cerveau avait choisis de classer dans votre inconscience. C’est important d’expliquer vos peurs et questions à votre praticien qui saura vous donner des détails et des explications en mesure de vous rassurer. Faites-lui confiance et n’hésitez pas à tout lui dire, à être à 100% transparent et à être honnête. C’est un professionnel qui a l’habitude, il ne va pas vous juger. Et ce conseil vaut d’ailleurs pour toutes les thérapies en général. Son but est de vous aider. Il n’a aucun intérêt à vous juger, sinon, il n’en aurait pas fait son métier. 

De même, c’est important de recourir à la pratique d’EMDR quand vous vous sentez prêt. Faites-le parce que vous avez envie de le faire, pour vous et pas parce qu’on vous a demandé d’aller voir un thérapeute ou pour faire plaisir à un proche. Même chose, c’est un conseil qui est valable pour toutes les thérapies. Pensez à vous, à votre bonheur : vous êtes la seule personne qui vit votre propre vie. 

Enfin, il est important d’être bien au moment où vous réalisez l’EMDR. Alors, évidemment, lorsque vous êtes souffrant de TCA vous n’êtes globalement pas très bien dans votre vie. Mais j’entends par là que vous n’êtes pas en surcharge mentale ou que vous ne venez pas de vivre un autre événement traumatique très récemment. En effet, l’EMDR va venir réveiller des souvenirs négatifs qui peuvent générer chez vous de l’angoisse, des peurs… Cela peut être très déstabilisant donc il vaut mieux être dans un moment favorable et propice à travailler sur cette thérapie. 

En revanche, un prérequis qui n’en est pas un : il ne faut pas avoir forcément vécu un traumatisme pour engager une thérapie d’EMDR. La raison pour laquelle on consulte est implicitement dû à la façon dont certains souvenirs sont stockés dans notre mémoire et qui posent problème et alimentent votre pathologie. Ce que je veux dire c’est que vous pouvez vous sentir « légitime » de choisir cette thérapie sans avoir été violé, agressée, attouché, battue… Tout simplement parce que tout le monde vie des événements douloureux qui sont perçus comme traumatiques par votre cerveau. Tout le monde connait malheureusement des décès, des ruptures, des humiliations ou insultes à l’école… Parfois on n’a même pas conscience que notre corps perçoit un événement comme traumatisant, justement puisque c’est inconscient. Par exemple, une crise de panique ne vous met pas littéralement en danger puisque c’est une peur (donc pas nécessairement réelle). Pourtant, votre corps vit bien cette crise comme un danger. 

Comment se déroule concrètement une séance d’EMDR ?

1. La phase de préparation

Ne vous attendez pas à faire de l’EMDR (notamment les mouvements oculaires) dès la première séance. Comme je vous l’expliquais auparavant, l’EMDR suit un protocole précis. 

Afin de vous offrir une thérapie de confiance, il est nécessaire d’y instaurer un environnement favorable. Pour cela, la construction d’une relation thérapeutique de confiance entre le praticien et le patient est primordial. C’est d’ailleurs là où vous allez sentir si vous avez le « feeling ». Moi, il m’est déjà arrivé de voir des thérapeutes avec qui je n’avais absolument pas ce sentiment de confiance. Et du coup, je ne poursuivais pas parce que je me braquais. Ça ne sert à rien de forcer, ça ne peut pas toujours « fusionner », c’est normal, tout le monde ne peut pas plaire à tout le monde et ça ne veut d’ailleurs pas dire que le thérapeute est incompétent. Moi, le thérapeute que j’ai choisi m’a été recommandé car il était spécialisé dans mes événements traumatiques justement. Et en plus, j’ai ressenti ce fameux feeling dès la première séance, donc…Bingo !

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C’est également durant ces premières séances que le thérapeute explique concrètement ce qu’il va faire, et ce qu’est l’EMDR. Profitez-en pour poser toutes vos questions (il n’y a pas de question bête) pour être pleinement rassuré avant de commencer concrètement. 

Les deux ou trois premières séances permettent de construire ce climat de confiance mais pas que. C’est également durant cette phase préparatoire que vous allez co-construire avec votre thérapeute un plan de ciblage. Concrètement, votre thérapeute va apprendre à vous connaître, à comprendre vos problématiques et vos différents souvenirs traumatiques pour établir un plan de ciblage qui sera en quelque sorte le fil conducteur de votre thérapie. Après évidemment, ça reste modulable car au fil du temps, vous pourrez avoir de nouveaux éléments, et notamment souvenirs, à apporter à ce plan de ciblage. 

Le plan de ciblage va dépendre d’une personne à une autre. Mon thérapeute a choisi de traiter en premier les souvenirs les plus lointains (lorsque j’étais plus jeune) mais c’est dans mon cas les événements traumatiques de départ qui ont engendré justement, par effet ricochets, d’autres expériences négatives. Ce plan vous sera dans tous les cas présenté et validé avec votre accord. 

Enfin, toujours dans la volonté de créer un climat de confiance, c’est durant cette phase de préparation que vous allez choisir votre lieu de réconfort. Il s’agit d’un endroit sécurisant, réel ou imaginaire, où vous pourrez y trouver du réconfort si les émotions sont trop intenses lors des séances. Il s’agit là d’un exercice de visualisation que vous pouvez d’ailleurs également utiliser de façon autonome. Personnellement, au moment où j’ai commencé la thérapie, j’avais le sentiment de me sentir en sécurité nulle part dans ma vie actuelle. J’ai donc imaginé cet endroit sécurisé et il m’arrive d’y aller le soir, avant de dormir. 

2. C’est parti pour la désensibilisation …

La désensibilisation se fait justement par les mouvements oculaires. Le thérapeute place deux doigts vers le haut (l’index et le majeur) et réalise des mouvements horizontaux (ou verticaux, même s’il me semble que ça reste plus rare quand même). Je me souviens avoir été assez étonné de la rapidité de ces mouvements la première fois ! Je sais qu’il existe des cas où les thérapeutes vont utiliser des baguettes ou des leds à la place des doigts. Encore une fois, ça reste plus généralement les doigts qui sont utilisés. 

Un souvenir va être traité en 1 ou 2 séances en moyenne, selon votre ressenti à l’égard de ce souvenir. Avant de commencer la désensibilisation, le thérapeute va évaluer votre ressenti quant au souvenir : les émotions ressenties, potentiellement y donner une note de 1 à 10 où 10 est le plus fort, et si vous ressentez ce souvenir physiquement dans votre corps. Je trouve que c’est assez difficile d’évaluer ces choses-là, mais il ne faut pas non plus trop réfléchir.  Néanmoins, cela demande toutefois d’être « connecté » avec votre corps, d’être à son écoute. 

Ensuite, il va vous demander de vous imprégner de ce souvenir, de vous replonger dans la situation vécue, que ce soit avec une image ou un sentiment selon votre souvenir qui peut être plus ou moins flou. Et de là, il fera les mouvements avec ses doigts en vous demandant de laisser les images et émotions venir à vous sans forcer. Ce n’est franchement pas toujours simple surtout chez des personnes ayant l’habitude d’overthink (comme moi, par exemple !). Parfois, on a l’impression qu’on divague complètement et que notre cerveau nous fait penser à quelque chose qui n’a ABSOLUMENT rien avoir avec le souvenir initial. Mais il faut faire confiance à votre cerveau. Il peut s’avérer qu’en fait, en creusant, votre cerveau ne fait pas ce lien-là par hasard. Et dans tous les cas, c’est au thérapeute de vous guider et de savoir si vous vous égarez. Si le thérapeute note que vous êtes parti vraiment loin du souvenir et que ça n’a pas d’intérêt, il vous remettra en condition de façon à vous recentrer sur le souvenir initial. 

En fait, le thérapeute fait de nombreuses pauses dans ses mouvements en vous demandant ce que vous avez à l’esprit à l’instant T. Il peut arriver que vous n’ayez absolument rien, et ce n’est pas grave. Le thérapeute reprend ses mouvements et laisser aller à nouveau votre cerveau vers les souvenirs qu’il souhaite. 

Le praticien recommencera le process de désensibilisation d’un souvenir traumatique jusqu’à ce que vos émotions négatives ressenties soient au plus basses.

3. Clôturer la séance

À la fin de la séance, le thérapeute évalue à nouveau vos sentiments au contact du souvenir initial : en redonnant une note sur 10 quant à l’intensité du souvenir, si vous le ressentez en vous corporellement, l’émotion qui vous vient naturellement, etc. Personnellement, j’ai toujours ressenti que je parvenais à prendre beaucoup plus de recul face au souvenir, qu’il m’atteignait moins. J’ai eu d’autres séances où le souvenir était encore très intense, mais c’est pour cela que le thérapeute fait cette évaluation : ainsi, il sait que la prochaine séance, ce souvenir fera encore l’objet d’un travail de désensibilisation et de retraitement. 

Avant de vous laisser partir, le thérapeute prend également le temps de vous ramener à la « réalité ». Le travail de désensibilisation peut être déstabilisant car on réveille toutes les blessures du passé. Son rôle est donc de ne pas vous laisser en détresse émotionnelle. Il s’assure que vous retournez dans un état émotionnel stable, et cela peut d’ailleurs passer par l’utilisation du lieu de sécurité. 

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C’est évident pour moi, mais je vous le précise tout de même : vous êtes complètement conscient lors de vos séances d’EMDR. Et d’ailleurs, c’est un aspect important de la thérapie. Parfois, mon thérapeute énonce clairement à voix haute, pendant la désensibilisation, que nous sommes dans le présent, que le passé est terminé, qu’il ne m’impacte plus et que je suis présente ici et maintenant. Moi, ça m’aide beaucoup lorsqu’il dit ça. Ça surprend d’abord parce qu’on ne s’attend pas à entendre quelqu’un parler lorsqu’on suit le mouvement des doigts. Mais après, ça permet au cerveau d’enregistrer que le passé est distinct du présent, et qu’une situation du passé n’arrivera plus aujourd’hui. 

Quels effets et au bout de combien de temps ?

Le temps d’une thérapie est vraiment subjectif à chacun, c’est au cas par cas et je pourrais même pas vous dire encore combien de temps il me reste personnellement. Je prends le temps qu’il faut car c’est ma santé et c’est pour un mieux-être à vie. Cela va dépendre d’où vous en êtes dans votre parcours psychologique, dans votre rapport à votre trouble alimentaire, du contexte environnemental, etc. 

Je pense que les effets sont très personnels aussi et dépendent de chaque personne. Quant à moi, je perçois des effets notables. Je suis en thérapie depuis presque 6 mois, et c’est surtout depuis 1 mois et demi que je me sens super bien dans ma vie. Pour autant, ça ne veut pas dire que ç’a pris 4 mois à faire effet. Les effets se font petit à petit, pas à pas. 

Avant les séances de désensibilisation, j’étais quand même assez septique sur le fait d’avoir des souvenirs ou sentiments que je n’aurai pas pu déjà percevoir après autant d’années de thérapie. Pourtant, je me suis surprise à percevoir des souvenirs (pas spécialement traumatiques) dont je n’avais absolument pas conscience de les avoir stocké. Ce sont des souvenirs qui m’ont permis de mieux comprendre des schémas de croyances que j’avais par exemple. J’ai également réussi à comprendre beaucoup de choses dans mon comportement ou dans des sentiments que j’avais à l’égard des autres (mes parents, mes collègues de travail…). Je dirai que l’EMDR m’a aidé à faire des liens entre des souvenirs dont je n’aurai pas imaginé qu’il y aurait un lien justement. 

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Aujourd’hui, comme je vous l’expliquais en introduction, j’ai réussi à lâcher le contrôle que j’avais sur la nourriture. Attention, je n’étais pas au stade d’une anorexie sévère comme j’ai pu connaître en 2017-2018. J’ai déjà fait énormément de chemin depuis, et j’avais des restes de troubles alimentaires, mais je n’étais plus sous l’emprise de l’anorexie comme j’ai pu vous l’illustrer dans l’épisode de mon podcast sur la journée dans ma tête d’anorexique. Je ne veux pas non plus dire que l’EMDR guérit magiquement et rapidement les TCA. Non, ce serait malheureusement trop simple… Mais je pense que c’est en travaillant sur mes souvenirs traumatiques initiaux, que mon cerveau les a mieux retraité, que leurs impacts sur moi est par conséquent moins envahissant. Ainsi, mon cerveau ressent moins le besoin de se sentir en sécurité en contrôlant mon corps ou mon alimentation.

L’EMDR a également l’effet de me faire prendre confiance en moi : j’ai pris conscience de ma force mentale, de mon indépendance face à mes parents, de mes capacités et que du fait que justement, je peux me faire confiance pour surpasser n’importe quel combat de ma vie. 

Pour vous donner un exemple concret, j’ai pris conscience de l’effet de l’EMDR à Noël. Je suis une personne très traditionnelle sur Noël et (j’étais) très proche de mes parents, notamment de ma mère. Ces dernières années, il m’arrivait de pleurer juste parce que mes parents me manquaient alors que je les ai souvent au téléphone. Cette année, j’ai fait le choix de faire Noël dans la famille de mon copain au dernier moment. Et ça m’a surpris mais je n’ai pas été impacté émotionnellement. Je n’étais pas triste pour autant. Je suis quand même allée pour les vacances dans ma famille. J’avais prévu d’y rester 1 semaine, mais je n’y suis finalement restée que 3-4 jours. En fait, j’ai pris conscience là-bas que je me sentais mieux chez moi, plus en sécurité que dans ma maison d’enfance. Et j’ai su l’exprimer à mes parents, sans culpabiliser parce que juste j’ai le droit de me sentir mieux ailleurs que chez eux. Ça ne veut pas dire que je ne les aime pas, ça veut juste dire que j’ai grandi et que je vis ma vie telle qu’elle me plait même si elle ne ressemble pas à celle de mes parents. Et ça pour moi, c’était un grand pas !

Est-ce qu’il y a des effets indésirables ?

Je ne pense pas qu’il y ait d’effets indésirables, après encore une fois, je ne suis pas médecin donc je vous partage simplement mon vécu. Moi, personnellement, je me sens fatiguée après chaque séance (même les premières où il s’agissait simplement de préparer, car c’est quand même éprouvant de remuer ses blessures). Après certaines séances, le lendemain, je suis complètement HS, avide d’énergie.

Il m’est arrivé également de faire des cauchemars les nuits qui suivent ou de ressentir certaines émotions négatives, de repenser à des choses auxquelles je n’avais pas pensé depuis longtemps. Ce n’est pas évident, mais c’est juste normal car ça travaille dans votre cerveau…

C’est intéressant d’ailleurs de noter vos cauchemars ou pensées les jours suivants. Lors de la prochaine séance, votre thérapeute vous demandera si vous avez repéré des changements dans votre vie suite à la séance précédente. 

Aussi, j’ai parfois mal à la tête le soir même ou le lendemain, comme lorsqu’on overthink justement et que ça travaille tellement dans notre tête que ça en devient douloureux physiquement. 

Je continue cette thérapie alors il se pourrait bien que je mette à jour cet article ou que j’en partage un autre avec d’éventuels autres retours. Je suis consciente que j’ai toujours des choses à travailler pour être certaine d’évacuer la totalité des symptômes des troubles alimentaires qui pourraient encore me rester. 

Alors du coup, est-ce que je suis en train de sortir définitivement de mes troubles alimentaires grâce à l’EMDR ? Je sens clairement que je suis au bout du tunnel, mais je ne pourrais pas dire que c’est uniquement l’EMDR qui me fait sortir définitivement des TCA. C’est certain que c’est la thérapie qu’il me fallait car j’ai ce besoin de travailler sur les événements traumatiques initiaux. Mais je suis personnellement persuadée que ma thérapie est efficace grâce à tout le travail que j’ai fait auparavant en TCC, en pratiquant la psychologie positive, etc. En tout cas, je vous recommande de tester cette thérapie et de vous en faire votre propre avis. 

Je vous invite à partager votre propre expérience en commentaire si jamais vous avez expérimenté l’EMDR. N’hésitez pas aussi si vous avez d’autres questions, j’y répondrai avec plaisir !

*Journal of EMDR Practice and Research, Volume 12, Number 4, 2018 Zaccagnino et al « Anorexie mentale et EMDR : un cas clinique » : M. Zaccagnino, M. Cussino, C. Callerame, C. Cvilotti, I. Fernandez 

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