Jour : 11 avril 2020

Les choses que vous ne devez absolument pas dire à une personne souffrant d’un trouble alimentaire

Les choses que vous ne devez absolument pas dire à une personne souffrant d’un trouble alimentaire

Les choses que vous ne devez absolument pas dire à une personne souffrant d’un trouble alimentaire

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Lorsque j’étais moi-même malade, j’en ai entendu des phrases en tout genre de la part de mes amies, de ma famille et de mes parents. Ils étaient tous bien intentionnés et avaient cette envie de m’aider. Mais la plupart du temps, leurs phrases me blessaient plus qu’elles ne m’aidaient. Je ne les blâme pas, ils ne comprenaient très certainement pas la situation. Et c’est pour cela que j’ai décidé de faire cette article.

En voyant un proche qui souffre d’un trouble alimentaire, vous vous sentez sûrement impuissant et vous tentez de dire certaines phrases en pensant soutenir la personne, en essayant de déclencher chez elle un électrochoc qui la mènera sur le chemin de la guérison. Rappelez-vous d’abord que les troubles du comportement alimentaire sont une maladie mentale et que le malade agit contre sa volonté, il procède sous l’influence de son trouble qui le ronge de l’intérieur.

Et ainsi dans certains cas, vos mots, malgré qu’ils soient exprimés avec la meilleure intention possible, peuvent s’avérer plus douloureux qu’encourageants. Ils peuvent parfois faire plus de mal que de bien. Je vous ai fait une liste d’exemples de commentaires qu’il ne faut absolument pas dire à une personne souffrant de trouble du comportement alimentaire, et notamment d’anorexie.

Ces phrases, vous devez éviter de les dire à une personne anorexique, mais également à quelqu’un en rémission et qui s’en est sorti. Car parfois, le simple fait de lui mettre en face les peurs qu’elle a vécu peut la faire rechuter.

« Waouh, comment est-ce que tu as fait pour perdre autant de poids ? Tu peux me donner des conseils pour perdre du poids ? »

Je le rappelle encore une fois au risque de me répéter, mais les troubles du comportement alimentaire sont une maladie mentale grave. Ce n’est pas une volonté de faire un régime. Une anorexique ne choisit pas de perdre du poids, elle est contrainte de se restreindre ou de se gaver pour ensuite se faire vomir par la petite voix qu’est l’anorexie dans sa tête.

Quand vous avez conscience que c’est une maladie, réfléchissez à ce que vous venez de demander. Est-ce que vous souhaitez demander à quelqu’un atteint d’une leucémie de vous apprendre comment attraper la leucémie ? Bien sûr que non ! En sollicitant des conseils concernant la perte de poids à une anorexique, vous négligez la gravité de la maladie.

De plus, en soulignant l’aspect positif de la perte de poids, vous donnez du pouvoir au trouble lui-même en renforçant la croyance que maigrir est bon pour la santé chez le malade.

« Mange normalement, comme tout le monde ! » « Tu n’as qu’à manger, ce n’est pas si compliqué ! »

Manger est un besoin primaire. Alors quand vous voyez un ami qui ne s’alimente pas, cela vous parait incompréhensible et insensé. Et vous pensez certainement qu’en donnant un argument aussi logique, cela va créer un électrochoc chez votre proche.

Je comprends que ce soit déconcertant et que vous vous sentez complètement impuissants. Mais la nourriture n’est pas le vrai problème d’une personne anorexique, boulimique, hyperphagique… Non, les problèmes sont souvent psychologiques et dus à des blessures ancrées au plus profond de son être. Ce sont ces problèmes-là qui rendent une personne souffrante de trouble alimentaire incapable de se nourrir convenablement. Elle a une peur irréfutable de manger. Et lui demander de « tout simplement manger » ne sera pas utile. C’est comme demander à quelqu’un en fauteuil roulant de tout simplement se lever et marcher. Elle ne le peut pas, même avec toute la volonté du monde.

Lui réclamer de manger comme tout le monde lui montre juste que vous ne comprenez pas sa maladie, que vous ne prenez pas cela au sérieux. Elle se sentira incomprise et se renfermera sur elle-même.

« J’ai tellement mangé hier soir, je vais sauter le petit déjeuner »

Peut-être que vous ne souffrez pas de trouble du comportement alimentaire et que lorsque vous mangez un paquet de biscuits entier, vous sautez le prochain repas sans culpabiliser trop longtemps à propos des biscuits avalés quelques heures avant. En revanche, si vous dites cela devant une personne souffrant d’un trouble du comportement alimentaire, le simple fait d’en parler pourrait déclencher des ruminations à propos de son alimentation, de son poids et pourrait même provoquer une rechute chez une patiente en convalescence. Parce qu’une personne souffrant de trouble du comportement alimentaire ne peut pas sauter de repas, car ça la ramènerait sur la pente glissante de la restriction alimentaire. Et le simple fait de savoir que vous allez sauter un repas va l’inciter à elle-même sauter son prochain repas quand bien même elle n’a pas dévoré le paquet de gâteau que vous avez mangé. 

Si je peux vous donner un conseil : juste, ne discutez pas de repas avec une personne souffrant de troubles alimentaires. Ni même de poids, de kilos et de tout ce qui s’y rapproche. C’est peut-être difficile pour vous de vous empêcher d’en parler. Mais ça peut éviter d’accroître les troubles alimentaires d’une personne voire d’enclencher une rechute chez elle.

« C’est tout ce que tu manges ? »

c'est tout ce que tu mange

Cela s’apparente à ce que j’ai écrit juste au-dessus : ne parlez pas de nourriture ou de la quantité que la personne malade avale pendant son repas. Cela peut paraître une question inoffensive et même bienveillante de votre part, mais cela va générer beaucoup d’anxiété et un énorme blocage chez la personne en souffrance.

« Vu comment t’es maigre, tu pourrais te faire un kebab ou un gros McDo ! »

Les personnes souffrant de troubles alimentaires catégorisent généralement les aliments de bon ou mauvais. Ils ont des aliments confort, qui ne leur font pas trop peur et qu’ils s’autorisent de manger. Et ils ont des aliments qu’ils redoutent terriblement. Ceux qu’on appelle les « fear food ». Ces derniers englobent très souvent des aliments gras, des hamburgers, des kebabs, etc. Les inciter à manger leurs fear food peut générer chez eux une anxiété intense. Les pousser à faire face aux aliments qu’ils craignent prouve une fois de plus que vous ne comprenez pas ce qu’ils vivent.

De plus, sachez qu’inverser l’effet de la perte de poids n’est pas aussi simple que de manger un kebab ou un McDo.

« Tu es jolie. Tu as perdu du poids ? »

Malheureusement, dans notre société, on félicite et l’on encourage la perte de poids. En complimentant une anorexique, on lui confirme juste que les résultats de son trouble alimentaire sont positifs, peu importe comment elle a dû obtenir cette perte de poids.

Je me souviens qu’au début de mon anorexie, on me disait « Ça te va super bien, tu es trop belle ! T’as un beau corps ». Les gens s’imaginaient qu’en me disant cela, j’allais être satisfaite de mon apparence et que je m’arrêterais là. Mais moi, quand je me regardais dans la glace, je ne me suis jamais dit que j’avais perdu assez. Lorsqu’on me complimentait, je me disais simplement que j’étais sur la bonne voie et que je pouvais continuer ainsi. Cela me confortait dans ma perte de poids.

« Mais, tu ne vois pas que tu es trop maigre ?! Ce n’est pas joli ! »

dysmorphophobie

Déjà, sachez une chose, c’est que les personnes touchées par les troubles alimentaires souffrent généralement de dysmorphophobie. C’est-à-dire qu’elles se voient plus grosses qu’elles ne le sont réellement. Cela fait partie du trouble. Donc elle ne voit pas la même chose dans le miroir que vous. Ainsi ce genre de commentaire va juste augmenter son mal-être et sa faible estime d’elle-même. 

Ensuite, dans l’anorexie il existe un énorme préjugé qui est celui de croire qu’une personne anorexique essaie de perdre du poids simplement pour être plus jolie. Non, c’est absolument faux !  Le contrôle qu’elle exerce sur son alimentation est le contrôle qu’elle essaie d’obtenir sur ses émotions.

Mais cela n’a souvent aucun rapport avec son apparence. Je ne me suis jamais trouvée jolie, même à un poids « normal » et même lorsque j’ai atteint le poids le plus bas que je pouvais. Mon mal-être ou bien-être n’a jamais été en lien avec mon reflet dans le miroir, mais bien avec le désordre que je ressentais en moi.

« T’es au courant qu’il y a des gens qui meurent de faim dans le monde ? À ta place, ils seraient heureux de manger ! »

Je suis certaine que oui, la personne à qui vous avez dit ça est au courant qu’il y a des gens qui meurent de faim chaque jour. Mais le fait de lui dire ça ne va absolument pas l’aider et au contraire. Cela va renforcer sa culpabilité. Lorsque j’étais anorexique, je m’en voulais d’être malade alors que je n’y pouvais rien. Je portais déjà toute la culpabilité du monde sur mes épaules. Alors pas la peine d’en rajouter…

« Je suis content(e) que tu aies mangé »

Les personnes souffrant d’un trouble du comportement alimentaire sont souvent persuadées qu’elles sont constamment surveillées lorsqu’elle mange. Elles ont ce sentiment d’être observées. Et leur faire ce genre de commentaire ne fera que renforcer leur croyance.

De plus, même si votre proche a réalisé un effort extraordinaire, qu’elle a mangé plus que d’habitude, qu’elle a osé goûter à l’aliment qui lui fait peur, ne lui faites pas de commentaire pour souligner son effort, à moins qu’elle vous en parle d’elle-même. Mais sinon, cela la stoppera net dans son élan ! Cela augmentera même la culpabilité qu’elle a de ne pas obéir à son trouble alimentaire qu’est la restriction ou l’interdiction de manger certain aliment. Elle est en lutte contre l’anorexique qui est en elle.

« Viens on va en discuter ensemble autour d’un repas » « viens on va boire un verre pour te changer les idées »

Manger ou boire un verre sont des activités sociales, ce sont des moyens faciles de retrouver ses amis. Mais si cet ami a du mal à manger, alors évitez de lui suggérer un restaurant. Même boire un verre c’est stressant ! Parce qu’on n’est pas sûr à 100 % qu’ils auront du coca zéro. Si vous avez envie de voir votre ami pour lui remonter le moral, proposez plutôt une balade dans un parc ou un cinéma. Cela évitera de lui mettre une pression supplémentaire et de vous retrouver plus sereinement.

« Tu sais à quel point c’est difficile pour moi de gérer cette situation ? »

Je me doute que ce doit être très difficile à vivre pour l’entourage. Moi-même j’ai vu mon entourage en souffrir de ma maladie, différemment que moi, mais tout autant. Je sais combien il doit être frustrant de regarder un proche ou même son enfant malade, mais de rester impuissant face à cela. Mais ne tentez pas de le culpabiliser pour le faire arrêter. Déjà parce que ça ne marchera pas, mais en plus parce qu’il culpabilise déjà très certainement et cela ne fera que renforcer son mal-être. Il a besoin de votre soutien, de votre amour, de votre empathie, mais pas de vos reproches.

difficulté pour l'entourage

« Je suis grosse ! » « Je vais éviter de manger ça, il y’a plus de 200 calories dedans ! »

Les personnes souffrant de troubles alimentaires sont en alerte permanente quant à l’apparence, au poids et à l’alimentation des autres autour. Alors, évitez d’en rajouter en commentant votre ressenti de vous-même concernant ces choses-là. Cela va les amener à se concentrer encore plus sur leur poids et leur nourriture. Pire, elles vont se comparer à vous et puisqu’elles sont atteintes de dysmorphophobie, elles risquent de se trouver plus grosses et donc de se restreindre davantage si vous-même choisissez de ne pas manger tel ou tel aliment.

« Je sais comment t’aider ! Tu n’as qu’à faire ce que je te dis et tout ira bien » « À l’hôpital, tu les écoutais les infirmières quand elles te disaient de manger »

Combien de fois j’ai entendu ma mère me dire qu’elle voulait m’aider, qu’elle pouvait faire l’infirmière à la maison et s’occuper de ma réalimentation. Et bien non, ce n’est absolument pas possible. C’est certainement frustrant, notamment si votre enfant a été hospitalisé, de savoir qu’à l’hôpital il réussissait à manger mais pas avec vous. C’est tout simplement parce qu’une infirmière ou un médecin n’est pas vous. C’est une personne neutre, extérieure à la famille, aux proches. Et si vous pouviez remplacer les infirmière, on fermerait bientôt les hôpitaux. 

N’essayez pas de guérir votre enfant ou votre ami. Ce n’est pas votre rôle. Votre rôle est de le soutenir, d’être patient à ses côtés et de se montrer présent. Si vous essayez de trop vous immiscer dans son processus de guérison, vous risquez de heurter votre relation. 

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