Jour : 23 avril 2022

13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez

La relation avec les proches est très compliquée lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire. Parce que c’est difficile de faire comprendre ce qu’on ressent à ceux qui nous entourent. Et que les actions ou paroles de nos proches peuvent parfois être très frustrantes, voire être perçues comme des bâtons dans les roues qui viennent s’ajouter en plus des difficultés de la maladie sur le chemin de la guérison. Parfois, la fatigue du combat, les émotions que l’on ressent nous empêchent de dire clairement ce qu’on ressent à nos proches. J’ai écrit cet article sur la base de ma relation avec mes proches lorsque j’étais moi-même malade, de tout ce que je leur ai dit ou que j’aurais aimé leur dire pour qu’ils puissent mieux me comprendre.

Cet article a pour vocation d’aider les personnes malades qui ne parviennent pas à mettre de mots sur leurs maux, et qui aimeraient que leurs proches comprennent mieux ce qu’ils traversent afin de mieux les aider sur le chemin de la guérison contre les TCA. Et cet écrit a, de ce fait, pour but d’aider également les proches, ceux qui accompagnent les malades dans leur combat, quotidiennement ou plus ponctuellement. Cela peut vous aider, vous, maman ou papa, conjoint ou conjointe, petit ami ou petite copine, ami(e)… d’une personne souffrant d’un trouble du comportement alimentaire.

Dans les lignes qui vont suivre, je parlerai à la première personne du singulier, en me mettant dans la peau de quelqu’un qui souffre actuellement de trouble alimentaire et qui s’adresse directement à son proche.

Enfin, juste pour information, ayant souffert moi-même d’anorexie restrictive mentale sévère, j’adapte cet article surtout autour de ce trouble alimentaire.

Voici 13 choses que votre proche souffrant d’un trouble alimentaire aimerait que vous sachiez …

1 - Ce n’est pas ta faute

Non, ce n’est pas ta faute. Les troubles alimentaires sont une maladie qui n’est pas causée par une personne. Et d’ailleurs, un trouble alimentaire ne s’explique pas par une raison. Il y a souvent une multitude de petits facteurs qui ont entraîné le déclenchement d’un TCA : des facteurs génétiques (et tu ne choisis pas la génétique…) ; des facteurs environnementaux ; la diet culture ; des schémas de croyance ancrée depuis des années à partir de blessures du passé… Il y a un tas de raisons qui peuvent expliquer mon trouble alimentaire, et qui sont propres à chaque malade. Et je te rassure, tu n’es responsable d’aucune de ces facteurs. 

Maman, si tu lis ces lignes, j’insiste, tu n’es pas responsable. Même si parfois j’ai pu te dire le contraire. Même si parfois, même les médecins ont pu te dire le contraire. On dit souvent que la nourriture fait référence à l’allaitement maternel et que donc, la maman serait responsable des troubles alimentaires. Mais c’est des discours ancestraux et culpabilisant ! N’écoute pas ça, je te jure. Même si à un moment j’ai pu croire ça, j’ai pris énormément de recul aujourd’hui et après beaucoup de temps de thérapie j’ai réalisé que tu n’es pas la cause. Je pense que, j’avais aussi besoin de trouver un coupable pour rejeter ma colère d’être malade. 

Évidemment tu as fait des erreurs, mais c’est normal, tu es humaine. Et même si j’essaierai de faire de mon mieux, je ferai certainement des erreurs lorsque je serai moi-même maman. Et toutes les relations parents-enfants sont conflictuels. C’est normal. Ne t’en veux pas, je t’assure. Je sais bien qu’être parent c’est difficile, que tu dois te sentir coupable. Tu dois te demander comment tu aurais pu faire pour éviter que je tombe malade, ou que ça s’aggrave. Mais tu n’as pas choisi que je tombe malade. C’est comme un cancer, un trouble alimentaire, ça arrive sans qu’on ne contrôle quoi que ce soit. 

J’ai besoin que tu travailles sur ce sentiment de culpabilité que tu as, car je m’en veux que tu puisses penser que c’est ta faute que je sois malade. 

2 - Ne t’attends pas à un changement rapide

Il faut que tu comprennes que la guérison d’un trouble alimentaire est longue. Ne t’attends pas à des changements rapides. Ne te dis pas que, parce que j’ai commencé une thérapie avec un professionnel de santé, alors en quelques semaines je vais faire des progrès incroyables.

Non, malheureusement, ça ne se passe pas comme ça. Ne pense pas ça parce que franchement, ça me met la pression. Moi aussi, je t’assure, j’aimerais que ça aille plus vite, même si guérir me fait peur. Souviens-toi que je suis la première victime de ce trouble alimentaire. Même si j’ai conscience que ça t’impact, c’est ma vie que la maladie me vole. 

Alors oui, ça va prendre du temps. C’est vraiment étape par étape, un pied devant l’autre que je vais vers la guérison. Ça peut prendre des années ! Mais l’important, c’est que je guérisse, non ?

J’ai vraiment besoin que tu comprennes ça pour me soutenir. Parce que le genre de remarque “bah, je pensais que tu voyais un psy. ça ne t’aide pas?” ou “tu n’arrives toujours pas à manger ça ?” ou “Pourquoi tu fais encore autant de sport ? Je pensais que tu avais compris maintenant”. Ce genre de remarques font tout sauf m’aider. Oui, je comprends que je dois manger, oui je comprends que je dois arrêter d’avoir peur de prendre du poids, oui je comprends que je dois arrêter d’être hyperactive. Mais s’il suffisait de comprendre les choses pour guérir, le problème serait vite réglé. 

L’une des clés de la guérison d’un TCA, c’est la patience.

3 - Peut-être que tu ne réalise pas la difficulté que c’est…

Je pense que tu n’imagines pas la difficulté que c’est pour moi de me battre contre mon trouble alimentaire. Déjà, parce que c’est comme se battre contre soi-même. 

Mais aussi, parce que la conséquence de mon trouble alimentaire tourne autour de la nourriture. Et la nourriture, surtout en France, c’est central dans notre vie !

Déjà, pas de bol, l’Homme a besoin d’au moins 3 repas par jour pour avoir de l’énergie pour vivre. Donc 3 à 5 fois dans la journée, je dois faire face à ma plus grande peur. Mais s’il n’y avait que ça ! La nourriture est omniprésente dans notre vie ! Essai de te rappeler la dernière fois que t’as passé un bon moment avec tes amis ou avec ta famille, il n’y avait pas une histoire de repas ? Que ce soit au boulot, avec les amis, ou la famille, on se retrouve tout le temps autour d’un petit déj’, dans un restaurant, au bar, dans un salon de thé… Les gens se rassemblent tout le temps autour d’un repas. Et ce qui est censé être une festivité ou un moment agréable est un enfer pour moi ! Y’a pas un jour où je peux éviter cette peur.

Et en plus de ça, on est dans une diet culture… quel aliment manger, en quelle quantité, à quel moment de l’année, pour quel bienfait… On ne parle que de ça ! Que ce soit sur les réseaux sociaux, à la radio, la télé, dans les magazines ou juste dans la bouche des gens. C’est littéralement omniprésent ! Alors oui, je m’isole parfois. Parce que ça crée un sacré brouhaha dans ma tête qui m’épuise littéralement !

J'aborde ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

4 - Mais en même temps, ça n’a rien avoir avec la nourriture

Je viens de te faire tout un discours sur le fait que la lutte de mon trouble alimentaire est difficile parce que l’alimentation est omniprésente. Et en même temps, sache que les troubles alimentaires… bah ça n’a rien avoir avec l’alimentation ! 

Ambivalent n’est-ce pas ? Oui, bah le dualisme c’est toute l’histoire de mon trouble alimentaire en fait !

En réalité, quand je dis que ça n’a rien avoir avec l’alimentation, c’est que la nourriture n’est pas la cause de mon trouble alimentaire, c’est la conséquence. Ce qui veut dire que ce n’est pas “juste en mangeant” que je vais guérir. Sinon, encore une fois, ce serait trop simple. Mon TCA ce n’est pas non plus comme un régime, où j’ai arrêté de manger du jour au lendemain. Non vraiment, c’est une maladie. 

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Les causes de mon TCA, comme je te le disais avant, elles sont multiples. Et je dois faire tout un travail sur moi-même pour comprendre comment j’en suis arrivée là, pour m’aider à en sortir. D’ailleurs, c’est certainement le combat de toute une vie. Ça ne veut pas dire que je vais être malade toute ma vie, non ! Je vais guérir ! Mais en fait, c’est mon corps qui a voulu exprimer le mal-être que j’avais sous la forme d’une anorexie, boulimie, orthorexie… En travaillant sur mes blessures, je vais peu à peu sortir des TCA.

Comme je t’ai dit aussi, il y a aussi une partie de génétique. Et il y a des modifications concrètes au niveau du cerveau, comme des zones qui sont “altérées”. Mais ce n’est pas rédhibitoire, ça va se “normaliser” au fil de la guérison. Simplement, ce n’est pas juste en mangeant que ça va se réparer. C’est avec de la reprogrammation/restructuration cérébrale. Je vais devoir réapprendre à mon cerveau de ne pas avoir peur de certains aliments, de lui faire comprendre que lorsque je sors de ma zone de confort, je ne suis pas en danger, de lui faire accepter que le perfectionnisme n’est pas un but ultime dans la vie, etc.

5 - Félicite-moi de mes petites victoires

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Comme tu l’as compris, les TCA sont des maladies super complexes. Alors quand je parviens à remporter une victoire, j’ai besoin que tu me félicites. Quand j’ai enfin réussi à diminuer mon hyperactivité, à sauter une séance de sport, à manger un aliment qui me faisait peur, à aller au restaurant, à accepter que des invités viennent à la maison, à faire preuve de spontanéité, etc. 

Sauf que je ne veux pas que tu le soulignes verbalement et de façon trop explicite. Je sais, je t’en demande beaucoup… Mais c’est important. Parce que me dire “c’est bien tu as bien mangé” ou “c’est bien, tu n’as pas été au sport aujourd’hui” ; c’est un véritable déclencheur dans ma tête. Il faut que tu prennes conscience qu’il y a le moi “sain” et le moi “contaminé” par la maladie. Et lorsque tu dis ce genre de commentaire, c’est le moi contaminé qui s’active. En réalité, j’entends “c’est bien, tu vas bien t’engraisser” et j’ai un énorme sentiment de culpabilité qui s’accroit en quelques secondes. Alors, je sais bien que ce n’est pas ce que tu as voulu dire. Mais je suis malade, et c’est comme ça que le moi malade le perçoit. Et du coup, je vais me braquer, et ça peut même générer des comportements compensatoires en moi. Bref, de quoi gâcher les belles victoires que je viens de remporter…

Alors j’ai besoin que tu fasses les choses de façon plus subtile. Par exemple, tu peux me dire “je suis contente d’avoir passé ce moment avec toi” ou “j’ai bien rigolé avec toi, c’était très agréable”, “ça me fait plaisir de discuter avec toi”, “j’ai vraiment passé une bonne soirée en ta compagnie”, etc. 

6 - Tu ne comprendras jamais ce que je vis

C’est frustrant pour moi, et j’imagine que pour toi aussi, mais tu ne comprendras jamais ce que je vis. Et je me console en me disant que, tant mieux si tu ne comprends pas. Car si tu comprenais, ça voudrait dire que toi aussi tu es malade. Personne, à part les gens qui sont ou ont été malade, ne peut comprendre. 

Non, je te jure, ce n’est pas comme faire un régime. Parce que, qu’est-ce que j’ai pu l’entendre ce genre de commentaire : “Ah oui, je te comprends, moi c’est pareil, parfois je me trouve super gros !” ou “Oh oui moi parfois je rentre le soir et je me fais un paquet de chips entier sur le canap’ devant la télé” ou encore “Ah oui je comprends cette sensation, ça me fait ça quand je fais un régime”. Non, je t’assure, avoir un trouble alimentaire, ça n’a rien avoir avec tout ça. 

Avoir un trouble alimentaire, c’est une maladie, pas un régime. Ce n’est pas quelque chose que j’ai choisi. Ce n’est pas non plus une sensation de se sentir gros, une fois de temps en temps. Ce n’est pas non plus se faire plaisir avec un bon gâteau ou un paquet de chips tranquille devant la télé. C’est être obsédé par la nourriture, par le contrôle sur son corps. C’est tellement oppressant comme sensation, comme peur, que ça te bouffe la vie. Genre vraiment, mon contrôle sur la nourriture, sur mon corps passe devant tout ! Ça passe devant ma vie sociale, devant mes amis, devant ma famille, devant mon travail, devant mes projets de vie, devant ma santé ! Et je ne le choisis pas ! Je n’arrive pas à faire autrement. L’autre fois, j’ai dit à mon médecin que je préférais creuver que de prendre 100 grammes. 100 grammes, non mais tu imagines ?! C’est tellement insignifiant ! 

Un trouble alimentaire, c’est comme un tourbillon, une spirale infernale qui t’emmène tellement loin, que tu ne peux plus contrôler et qui te bousille ta vie ! Mais je ne t’en veux pas, tu ne peux pas comprendre, mais arrête de penser que tu peux comprendre. C’est frustrant pour moi…

7 - C’est un combat de tous les jours

Je pense que tu l’as compris quand je t’ai expliqué la difficulté que c’est de se battre contre un trouble alimentaire, mais c’est vraiment un combat de tous les jours.

C’est vraiment se battre chaque seconde, de chaque minute, de chaque jour ! Jour, et nuit en fait ! Parfois, je me réveille, et ça y est mon cerveau est focus sur une peur liée à mon trouble alimentaire. Alors oui, je suis épuisée parfois, et très facilement.

Je ne dis pas, lutter contre une addiction à l’alcool ou à une drogue, c’est extrêmement compliqué et c’est une maladie grave et un combat de tous les jours aussi. Mais la différence, c’est que le combat réside dans l’abstention à une substance. Là où moi, je ne peux pas m’abstenir de manger parce que j’en ai besoin pour vivre ! 

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Au magasin, je ne dois pas éviter le rayon alcool, je dois lutter contre tous les déclencheurs dans chaque pu*** de rayon ! 

Des déclencheurs j’en ai constamment : dans le discours des gens, dans les publicités, dans la rue quand je passe devant une boulangerie, au boulot quand on me propose un chocolat à la pause, quand je vois des gens courir, quand j’entends des personnes dire qu’elles font une cure detox, quand je croise une personne plus mince que moi, quand j’entends un commentaire sur l’apparence, quand je me vois dans le miroir, quand je revois une photo de moi plus mince, etc. 

C’est vraiment un combat QUOTIDIEN.

Alors oui, parfois j’ai besoin que tu me répètes tous les jours la même chose. Pour me rassurer, pour que dire que j’ai le droit de manger, que j’ai le droit de me reposer, que c’est mon trouble alimentaire qui me fait croire que je ne suis pas digne de tout ça. Parce que moi, ma réalité est biaisée. Et oui, j’ai besoin que tu le répètes, même si tu me l’as déjà dit hier, avant-hier et tous les jours de la semaine dernière. 

8 - Arrêtes de faire des commentaires autour de la nourriture ou du corps

Je t’en supplie, arrête de parler de nourriture ou de l’image au corps. Je veux dire, vraiment, fais attention. Tu n’imagines pas les impacts que cela a sur mon trouble alimentaire. 

Je sais que tu es certainement bien intentionné, mais ne me dit pas quand tu vois que j’ai regagné du poids. Me dire “Tu as l’air en forme, tu as repris du poids, c’est bien, tu es jolie, ça te va bien”. Tu as beau me faire des compliments, ma tête n’a retenu que le début de ta phrase et plus précisément “tu as repris du poids”. Mon TCA transforme ça en “tu es trop grosse”. Et c’est un véritable déclencheur qui va me faire adopter des comportements compensatoires pour reperdre ce poids que j’ai gagné. C’est vraiment très très dur pour moi, alors juste, ne le souligne pas.

C’est la même remarque pour mes assiettes, ne me dis pas que j’ai des assiettes plus remplies, ou que je mange mieux et que c’est bien. Non ! Parce que mon TCA transforme ça en “tu manges trop”. Juste, ne parles pas de nourriture, ni de mon apparence physique. Encore une fois, il existe d’autres compliments qui n’ont rien avoir avec l’apparence : “j’admire ta capacité à te battre”, “j’adore ton rire”, “tu es une personne très agréable avec qui j’aime passer du temps”, “tu es quelqu’un d’authentique”, etc.

Et ces commentaires sur la nourriture ou le corps valent aussi bien pour toi. Même si tu te dis que ça parait évident que les commentaires que tu te fais ne me sont pas destinés, mon trouble alimentaire va toujours ramener ça à mon propre corps. Si tu dis devant moi que tu trouves que tu as grossis, c’est un déclencheur pour moi. Si tu dis que tu as trop mangé hier et que du coup tu ne vas manger qu’une salade ce midi, c’est un déclencheur pour moi. Si tu te dis qu’avec l’été qui arrive, tu vas reprendre le sport à fond, c’est un déclencheur pour moi. Encore une fois : ne me parles pas de ce qui a un rapport avec la nourriture, le sport ou le corps. Parce que vraiment, ce sont de gros déclencheurs à des comportements néfastes pour ma santé. 

Ce genre de commentaires nourris mon trouble alimentaire. Et je dois déjà lutter avec les messages de la diet culture que l’on a quotidiennement autour de nous. Alors, s’il te plait, épargne-moi cela dans mon propre petit cocon. 

9 - La guérison n’est pas linéaire, et ce n’est pas parce que j’ai fait un pas en avant, que je ne peux pas faire deux pas en arrière.

La guérison, ce n’est pas une ligne ascendante droite. Non, la guérison d’un trouble alimentaire, c’est une véritable bataille avec des hauts et des bas. Parfois, il y aura des jours avec, et des jours sans. Il y aura des jours où je ferai un pas en avant, d’autres où je ferai deux pas en arrière. Mais ça ne veut pas dire que je suis retombée plus bas. Non, parce que les rechutes font parties de la guérison. Quand j’ai appris à marcher, comme toi d’ailleurs, je suis tombée. Et au plus je tombais, au mieux je me relevais et au moins je tombais. C’est ainsi que l’on avance ! 

Alors ne sois pas déçue quand tu vois que j’ai moins réussi à manger, que j’ai fait plus de sport, quand j’ai refusé une sortie à l’extérieur… Même si tu essaies de me le cacher, je le ressens. J’ai besoin que tu acceptes que ces difficultés-là font parties de la guérison. Ce n’est pas négatif, ça fait partie du cheminement. 

Ne pense pas que c’est parce que ce soir j’ai réussi à manger un aliment qui me faisait très peur que je le remangerais sans aucun problème. Non, et je peux même déjà te dire que la prochaine fois sera encore difficile. Ne crois pas non plus que c’est parce que je regagne du poids que je vais mieux. Le poids n’a rien avoir avec la gravité de mon trouble alimentaire. D’ailleurs, regagner du poids me terrifie. Alors même si je sais que j’ai besoin de reprendre ce poids, c’est très dur pour moi psychologiquement. Et la maladie est si forte qu’elle me fait culpabiliser et me rend encore plus mal que lorsque j’étais plus mince. 

10 - Oui, parfois je vais te mentir…

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Parfois, tu t’es peut être déjà rendu compte que je ne te dis pas toujours la vérité : quand tu me demandes si j’ai mangé, si j’ai bien respecté le fait de ne pas faire d’exercice, ou simplement quand tu me demandes si je vais bien. 

Le mensonge fait partie des troubles du comportement alimentaire. Mais je ne te mens pas juste parce que je suis sournoise. Absolument pas. C’est parce que j’ai honte aussi de mes actions. J’ai honte de ce que je mange ou ne mange pas. J’ai honte de ne pas savoir respecter les consignes du médecin. J’ai honte et j’ai peur de te décevoir. J’ai peur que tu ne perçoives pas, que tu oublies que je sois sous l’emprise de la maladie et que ce n’est pas tous les jours facile de lutter contre la petite voix qu’il y a dans ma tête. 

Alors oui, parfois je te dirai que j’ai mangé quand je n’ai pas mangé, que je suis restée à la maison pour me reposer alors que j’ai été au sport, que je suis juste allé faire un tour dehors alors que j’ai fait une compulsion alimentaire à la boulangerie, que je vais bien… alors que mon corps hurle de douleurs causées par le trouble alimentaire.

Je te mens parfois, mais ne m’en veux pas. Je ne veux pas te faire de mal, je ne veux pas te décevoir, je ne veux pas non plus voir la réalité en face, voir ce que la maladie me fait faire. 

11 - Beaucoup d’activités qui te paraissent simples sont extrêmement difficiles pour moi

Je pense que parfois, tu n’en as pas conscience, mais des activités qui paraissent détentes pour toi, simples, sont extrêmement compliquées pour moi.

Par exemple, les vacances. Tout le monde attend les vacances avec impatience. Eh bien moi, c’est difficile. Cela veut dire potentiellement des barbecues, des soirées, des repas avec les amis ou la famille. Cela veut dire peut être se mettre en maillot de bain et donc exhiber ce corps que je déteste tant. Cela veut dire ne pas contrôler les personnes qui viennent à la maison à l’improviste ou les activités. Cela veut dire que peut être je n’aurai pas accès à ma salle de sport. Bref, les vacances sont sources d’angoisse pour moi ! 

Se retrouver dans un salon de thé ou dans un bar, juste pour prendre un verre ou un thé. Tu vas te dire que j’ai la possibilité de prendre une boisson sans sucre ou un thé. Mais sauf que moi j’ai peur que d’autres personnes prennent un gâteau qui me donnerait envie et qui donc me ferait compulser. J’ai peur qu’il y ait des commentaires sur la nourriture qui me créent un déclencheur.

Aller voir un spectacle d’un ami, de théâtre ou de danse peu importe. Pareil, tu peux te dire qu’il n’y a pas de problème puisque il n’y a pas de repas comme une sortie au restaurant. Oui, mais sauf que du coup, ça va peut-être décaler mon heure de repas. J’ai peur aussi que sur place, ils vendent de la nourriture et que j’en ai envie. J’ai peur de voir d’autres personnes qui n’auront pas dîné et que du coup, je vais me fixer toute la soirée sur le fait que j’ai mangé avant de venir tandis que d’autres n’ont pas mangé, etc. 

Tu vois, des choses qui te paraissent simples sont si difficile à gérer pour moi. Tout va très vite dans ma tête. La petite voix me balance un tas d’idées négatives. Elle me plonge dans un brouillard qui me fatigue. Alors oui, parfois je refuse des choses simples. Mais sache que ce n’est pas parce que je ne fais pas d’effort ou que je suis asociale. J’aimerais avoir une vie normale. Mais mon trouble alimentaire m’en empêche. 

12 - Non, tu ne peux pas guérir à ma place

Je comprends que ce soit difficile pour toi de me voir comme ça. Tu as le sentiment d’être impuissant(e) face à ma maladie. Tu as l’impression de ne pouvoir que regarder la maladie me détruire sans savoir comment m’aider. Et je sais que tu aimerais tout faire pour me sortir de là, pour me voir guérir.

Mais non, tu ne peux pas guérir à ma place. Je ne suis pas responsable de ma maladie, en revanche, je suis actrice de ma guérison. Et les seuls changements qui puissent se faire doivent venir de moi. Et ce n’est pas parce que je te dis ça que tu dois me créer des électrochocs pour me faire réagir. Ça ne sert à rien à part me brusquer et altérer nos relations. Tu peux m’aider autrement que par la confrontation. Parce que oui, tu peux quand même m’aider. Et d’ailleurs ton aide est précieuse. 

13 - J’ai besoin de toi 

Oui, ton aide est précieuse et j’ai besoin de toi dans ma guérison. J’ai besoin de toi, car moi, j’ai comme un filtre. Le filtre de mon trouble alimentaire qui m’empêche de discerner la réalité, le vrai du faux.

Je ne me vois pas tel que toi tu me vois. Mon trouble alimentaire me murmure que je mange trop, je ne sais plus comment on mange en fait. Mon trouble alimentaire me dit constamment que je ne fais pas les choses assez bien, que je dois mériter pour manger, que je n’ai pas le droit de me reposer. Alors j’ai besoin de toi, pour me rassurer, pour me rappeler la vérité. 

J’ai besoin aussi que tu me changes les idées. Que tu me parles de choses qui me font rire, qui me font penser à d’autres choses que mes troubles alimentaires. 

J’ai aussi besoin que tu prennes soin de toi. Car je t’observe, même inconsciemment. Et si je vois que tu prends soin de ta santé, que ce soit physique et mentale, cela m’aidera à prendre soin de ma propre santé.

J’ai besoin de toi, de ton écoute, sans jugement, de ton empathie. J’ai besoin de sentir que je peux compter sur toi. J’ai besoin de sentir que tu as confiance en moi, que tu crois profondément en ma guérison. Je te jure que ça, c’est primordial. Parce que j’ai peur parfois de ne plus y croire moi-même. Donc j’ai besoin de sentir que toi, tu y crois. 

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Et j’ai besoin que tu me dises que tu m’aimes. Parce que mon TCA me fait toujours croire que je ne suis pas digne d’être aimé.

Enfin, je terminerai en te disant merci. Merci d’être à mes côtés. Je sais que ce n’est pas simple pour toi. Et j’en suis profondément désolée. Mais merci de me soutenir dans un combat qui est certainement l’un des plus grands combats de ma vie. Je sais que je vais en sortir, et que j’en sortirai plus fort. Et même si c’est mon combat, c’est aussi un peu grâce à toi.

J’espère que cela vous aura aidé. Si vous lisez cet article et que vous souffrez vous-même de TCA, je vous invite à le partager à vos proches. Cela pourrait vraiment les aider à mieux vous comprendre, et donc vous aider dans votre combat. 

Si vous êtes un proche qui accompagne une personne souffrant de TCA, j’imagine que ça ne doit pas être forcément simple de prendre conscience de la difficulté dans laquelle se trouve la personne que vous aimez. Mais retenez bien que c’est une maladie que l’on peut guérir. Et faites confiance à votre proche, il ou elle va s’en sortir ! 

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