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Êtes-vous assez malade pour être légitime à une aide extérieure pour faire face à votre TCA ?

Êtes-vous assez malade pour être légitime à une aide extérieure pour faire face à votre TCA ?

Êtes-vous assez malade pour être légitime à une aide extérieure pour faire face à votre TCA ?

Je ne suis pas assez malade pour me sentir légitime à un traitement et soigner mes troubles alimentaires”. C’est un ressenti qui revient très fréquemment dans les troubles alimentaires

J’ai moi-même ressenti ça pendant au moins 6 mois, voire plus. Durant au moins 6 mois, je disais que j’avais quelque chose qui ressemblait à de l’anorexie, mais, chez moi, c’était différent et dans tous les cas “je gérais”. Au bout d’un an, j’ai pris rendez-vous avec un médecin spécialisé à l’hôpital. Mais même après 1 an et demi dans les TCA, j’étais encore persuadée que moi, je gérais mon TCA seule, je n’avais pas besoin d’être hospitalisée. Moi je n’étais pas assez malade, mon cas n’était pas assez grave pour justifier une hospitalisation. Un jour, le médecin a dit à mes parents qu’il fallait me faire hospitaliser à temps complet car mon corps allait bientôt me lâcher, que c’était une urgence. Dans ma tête, je me disais qu’il était fou, qu’il ne se rendait pas compte que moi je n’étais pas aussi malade que les filles qui se font hospitaliser à temps complet. J’étais majeure, alors j’ai refusé l’hôpital. Le médecin m’a dit “Dans ce cas, je vais prévenir le service de réanimation que vous allez arriver bientôt”. Et franchement, je me foutais de lui intérieurement, je me disais qu’il était complètement marteau. Mais il avait raison, ça n’a pas manqué, à peine 1 mois plus tard je suis arrivée aux urgences où j’ai été transféré en réanimation pour 15 jours. 

Alors, je peux vous assurer que je comprends ce que vous ressentez…

Dans cet article, je vais vous démontrer que ce sentiment d’illégitimité que vous avez s’explique cérébralement. Je vous expliquerai aussi pourquoi vous devriez vous faire aider le plus vite possible.

Vous souffrez (très certainement) d’anosognosie

Anosognosie. Je n’avais jamais entendu parler de ce terme, même lorsque je souffrais moi-même d’anorexie ! Avant de vous parler de ce phénomène, je précise juste que je ne suis pas neurologue. Je suis juste “experte” des troubles alimentaires grâce à ma propre expérience et je me suis documentée pour vous apporter les éléments d’informations qui arrivent. 

Anosognosie est un terme utilisé par des neurologues, dans les maladies mentales, faisant référence aux dommages cérébraux dans les zones frontale et pariétale. 

Anosognosie-trouble-alimentaire

Ces dysfonctionnements du cerveau empêchent la personne d’avoir conscience de sa maladie, ou du moins, elle en atténue sa gravité. Ce phénomène a surtout été observé pour la moitié des personnes atteintes de schizophrénie et un peu moins de la moitié des personnes bipolaires. Ce qui expliquerait d’ailleurs pourquoi ces personnes refusent souvent de prendre leurs médicaments pour se soigner. Chez les personnes atteintes de troubles alimentaires, il y a moins d’études qui ont été menées mais une étude américaine rapporte que près de 80% des patients en souffriraient.  

Et lorsque le lobe frontal et pariétal ne fonctionnent pas à 100%, la personne concernée perd (ou du moins partiellement) sa capacité à “mettre à jour” son image de soi, la perception de son corps.

Quand j’ai su ça, ça m’a paru tellement évident tout à coup ! Cela veut dire que la personne qui souffre d’anorexie mentale ou de boulimie n’a pas “mis à jour” la perception de son corps. Donc elle a beau avoir perdu des kilos, devant le miroir, elle voit toujours son corps d’avant la maladie. C’est d’ailleurs pour ça qu’une personne souffrant de TCA souffre de dysmorphophobie, c’est-à-dire qu’elle ne se voit pas comme elle est réellement. On souffre tous, plus ou moins de dysmorphophobie. Mais chez les personnes souffrant d’anorexie mentale, c’est accentué.

On parle très fréquemment de déni en début de troubles alimentaires. Mais en fait je trouve que l’anosognosie est différente du déni. Déjà parce que déni, c’est beaucoup plus simple à dire qu’anosognosie 😅 (Sans rire, j’ai dû l’écrire 15 fois en écrivant cet article, je galère toujours autant à l’écrire haha)

Blague à part, je trouve que c’est vraiment différent et ça permet de comprendre pourquoi la personne malade pense ne pas être malade ou du moins, pas assez. 

L’anosognosie est très puissante et rend l’acceptation du traitement réellement difficile. Parce que la personne est persuadée qu’elle n’est vraiment pas assez malade, que son trouble du comportement alimentaire n’est pas assez grave. 

Le déni, c’est quand on sait qu’on a un problème mais on le “nie”. Alors que l’anosognosie, on ne sait pas qu’on a un problème donc on ne peut pas nier quelque chose qu’on ignore

Du coup, la personne est tellement persuadée qu’elle n’est pas malade, qu’elle est très convaincante. C’est comme ça d’ailleurs qu’elle est capable de persuader son entourage qu’elle n’est pas malade. C’est important de savoir ça pour que vous, en tant que personne malade, vous sachiez que vous ne devez pas faire confiance à votre instinct. Mais pour les proches, c’est aussi important de savoir que vous devez inciter la personne concernée à se soigner même si elle vous dit qu’elle n’est pas malade. Moi je me souviens que la maladie arrivait à bien manipuler mon entourage, mais vraiment malgré moi. C’est pour ça que la maladie s’avère vicieuse. Elle nous ment à nous-même. 

Donc sachez que le fait de croire que vous ne semblez pas assez malade fait partie de la maladie. Même si vous perdez X kilos, vous aurez toujours l’impression de ne pas être assez malade parce que votre trouble alimentaire vous ment.   

Votre poids et IMC n’indiquent pas la gravité de votre TCA

Malheureusement, dans notre société actuelle, on donne encore trop d’importance au poids et à l’IMC dans les troubles alimentaires. Que ce soit l’entourage : ils ne comprennent pas assez le fonctionnement des TCA, donc ils se fient à l’apparence. Et si physiquement, on n’a pas l’air en insuffisance pondérale, bah ça leur semble moins grave. Et même au niveau médical, l’IMC est souvent un indicateur utilisé par les médecins pour se repérer là où on en est dans notre parcours de guérison. À l’hôpital, tout était fait en fonction de l’IMC : il fallait faire tel IMC pour faire du sport, pour avoir une permission, pour pouvoir sortir de l’hôpital, etc. Sauf que si on revient à l’origine de l’IMC, c’est un indicateur qui a été créé par un mathématicien pour des utilisations statistiques et non pas cliniques. L’IMC n’est pas fiable en tant que donnée médicale parce que cela ne prend pas en compte la génétique et l’hygiène de vie de chacun : le poids des muscles et des os est différent selon chaque personne.  

Combien de fois j’ai entendu dire qu’il fallait que j’atteigne l’IMC de 19 pour que je sois en bonne santé métabolique. Sauf qu’à 19, tout le monde n’est pas en bonne santé métabolique. La santé d’une personne ne se résume pas à son IMC. Donc si vous dépassez 19, ça ne veut pas dire que ​vous êtes guéri ! L’objectif n’est pas d’atteindre un certain IMC pour guérir.

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Il ne faut pas oublier que les TCA sont avant tout des maladies mentales, et pas des maladies physiques. Cela veut dire que même une personne avec une corpulence d’apparence “normale” (même s’il n’y a pas de normalité) peut être en détresse émotionnelle et psychique ! Les troubles de la conduite alimentaire se présentent sous toutes les formes et toutes les tailles. Il existe autant de TCA que de personnes malades. Je sais à quel point c’est difficile de se sentir légitime parce que j’ai eu la phase dans laquelle j’avais regagné du poids mais où j’étais horriblement mal mentalement. Et en effet, autour de moi, les gens semblaient penser que j’allais mieux et me traitaient comme tel. Et cela rendait encore plus compliqué à accepter mon TCA. Mais rappelez-vous que vous êtes la seule personne à ressentir le mal que vous éprouvez. Vous n’avez pas besoin de le prouver aux autres pour rendre valable votre douleur

Surmonter ta peur de prendre du poids avec une approche englobant TOUS les aspects de la guérison

Dimensions…

  • Psychologique,
  • Restructuration cérébrale,
  • Physique,
  • Nutrition,
  • Acceptation corporelle,
  • Reconstruction de ton identité,
  • Anti-compensation…

...pour un chemin de guérison durable et consolidé.

Pourquoi vous devez vous faire aider au plus vite

Je fais souvent la comparaison avec un cancer pour faire comprendre surtout aux proches la gravité des TCA (et du fait aussi que cela ne dépend pas de la volonté des personnes concernées). Lorsqu’on diagnostique un cancer à une personne, elle ne va pas attendre d’être en phase terminale pour commencer son traitement, sans quoi elle réduit considérablement ces chances de s’en sortir. Pour un TCA c’est la même chose. L’anorexie est l’une (si ce n’est pas là) des maladies mentales les plus difficiles à guérir avec un taux de mortalité plutôt élevé pour une maladie mentale. Au plus vous agissez rapidement, au plus vous divisez par deux vos risques de rechute. Alors pourquoi attendre ? 

Je parle de ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

Au plus vous agissez tôt, au plus vous diminuez les dommages physiques. Au plus le trouble alimentaire gagne du terrain dans votre tête, au plus il est difficile de l’arrêter et au plus les conséquences sur le long terme s’accentuent. Je suis désolée si ces propos font peur, mais c’est important de comprendre que les TCA sont dangereux. Moi-même je n’y croyais pas et j’ai fini en réanimation. Les médecins m’ont dit que j’ai eu la chance que ce soit mes intestins qui se sont arrêtés de fonctionner. Si c’était le cœur ou le foie, je ne serais pas en train de vous écrire cet article…

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Vous êtes assez malade pour vous soigner

Le terme “assez malade” ne devrait même pas exister. Il n’y a pas de “assez malade” dans les troubles alimentaires. Vous souffrez de votre trouble du comportement alimentaire et vous êtes légitime à un traitement, même si :

  • Vous avez le sentiment d’avoir déjà un poids “santé”. Ce n’est pas une question de poids, comme j’en parle juste avant dans mon paragraphe sur l’IMC ;
  • Vous vous nourrissez toujours ou vous avez l’impression que vous mangez beaucoup (Un TCA ce n’est pas forcément ne pas manger comme beaucoup le pense) ;
  • Vous n’avez pas fait de séjour à l’hôpital, vous n’êtes pas passé par la réanimation ou vous n’avez pas été sondé ;
  • Vous n’avez pas de complications médicales ou vos résultats d’analyses au laboratoire sont “normaux”. Sachez d’ailleurs que dans les troubles alimentaires, les répercussions physiques et/ou mentales se font insidieusement, petit à petit. Vous ne voyez peut-être pas encore des conséquences qui sont déjà en cours dans votre corps ;
  • Vous parvenez encore à aller à l’école ou au travail. Comme la maladie nous ment à nous même, on est capable d’avoir une force surhumaine qui s’écroule du jour au lendemain. La veille où je suis arrivée en réanimation j’étais encore au travail. Une fille avec qui j’étais à l’hôpital passait son bac la veille d’arriver en réanimation. Le cerveau sait tromper votre corps… ;
  • Vous passez encore de bonnes journées. Ce n’est pas parce que certains jours vous arrivez à battre la petite voix que vous êtes moins malade ;
  • Vous avez l’impression que les autres sont “pires”. Les troubles alimentaires sont des maladies compétitives. Vous aurez toujours l’impression que les autres mangent moins que vous, semblent plus hyperactifs, sont dans un état plus grave que vous. Mais vous comparer ne fera qu’alimenter votre TCA. Je vous propose d’aller voir mon article dédié pour vous détacher de cette habitude. 
  • Votre famille et vos amis ne paraissent pas si “inquiets” que ça pour vous. Ne vous y fiez pas. Déjà parce que, comme expliqué auparavant, votre TCA est tellement puissant que vous êtes très convaincant pour leur dire que tout va bien. Et parce que, pour vos proches, c’est parfois un moyen de protection pour eux-mêmes. Ou c’est aussi une façon de ne pas vouloir vous fragiliser encore plus, de ne pas vouloir vous impacter avec leurs inquiétudes. 
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Si vous pensez ne pas avoir le droit au traitement pour votre trouble alimentaire, posez-vous ces questions : 

Est-ce que votre relation à la nourriture vous empêche de vivre correctement ?  Est-ce que vous savez accepter un repas avec des amis ou de la famille de manière fluide, sans stress ? Est-ce que lorsque vous faites vos courses vous vous prenez la tête sur les informations nutritionnelles notées sur les packagings ? Est-ce que vous avez l’impression que vous avez très souvent des pensées autour de la nourriture dans votre tête ? Est-ce que vous passez du temps à regarder du contenu sur la nourriture sur internet ? Est-ce qu’il vous arrive de mentir pour ne pas manger ? 

Il en va de même pour l’activité physique : est-ce que vous culpabilisez si vous êtes une journée tranquille dans votre canapé sans faire de l’exercice ? Est-ce que vous êtes perturbé si on vous propose une sortie qui vous ferait rater votre séance de sport ? Est-ce que vous avez ce sentiment d’être constamment en action ? Est-ce que si votre médecin vous demande de ne pas faire d’exercice pendant 1 ou 2 semaines cela vous rend nerveux.se ? 

Si vous avez répondu oui à au moins une de ces questions, alors la nourriture et/ou l’activité physique ont des conséquences négatives sur votre vie dont vous devriez en parler avec un thérapeute et/ou un médecin

Vous n’avez pas besoin de justifier votre souffrance pour être légitime à une aide extérieure. Avoir besoin d’aide pour vous sortir de votre trouble alimentaire n’est pas quelque chose dont vous devriez vous sentir coupable. Vous avez le droit de vous faire aider, et vous devriez le faire, au plus vite. 

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Thérapie, 1 commentaire
Gérer les repas au restaurant quand on souffre de troubles alimentaires

Gérer les repas au restaurant quand on souffre de troubles alimentaires

Gérer les repas au restaurant quand on souffre de troubles alimentaires

La plupart des gens sont super contents lorsqu’on les invite à une soirée restaurant. Certains ont même l’habitude d’y aller toutes les semaines, c’est leur petit plaisir. Aller au restaurant peut paraître banal et super attrayant ! À condition de ne pas avoir de troubles alimentaires… Pour une personne souffrant de TCA, aller au restaurant est vraiment source d’angoisse et c’est un véritable défi, un moment même difficile à passer. 

Le contrôle de notre alimentation est un symptôme très fréquent des troubles alimentaires. Il est même central pour beaucoup de malades. Aller au restaurant, c’est n’avoir aucun contrôle sur notre repas. On ne sait pas comment est confectionné le repas, quels sont les aliments qui composent le plat, l’heure à laquelle nous seront servis… Et il y a également le regard des autres à gérer. Une autre conséquence des troubles alimentaires, c’est la solitude, le fait de se couper de toute vie sociale. Aller au restaurant, c’est manger en compagnie d’autres personnes qui d’ailleurs, ne mangeront pas forcément le même repas que nous. 

Mais aller au restaurant est un excellent exercice sur le chemin de la guérison. Je le dis souvent, mais dites-vous bien que si c’est difficile, c’est parce que ça dérange votre trouble alimentaire. Et au plus vous dérangez votre TCA, au plus la petite voix est poussée hors de sa zone de confort, au plus vous vous rapprochez de la guérison totale de votre trouble alimentaire. Lorsque j’étais en hôpital de jour, le restaurant était un exercice thérapeutique. Nous avions 1 à 2 sorties restaurant organisées où nous ne savions pas quel restaurant était choisi par l’hôpital. Nous avions l’obligation de choisir un repas complet, à savoir a minima plat et dessert, en éliminant les salades de notre short list. Franchement, c’était super angoissant. Et pour être honnête, lorsque j’étais sur place, il m’arrivait de pleurer devant mon dessert. Alors, je sais à quel point cet exercice est difficile. Dans cet article, je vous partage des tips pour vous aider à mieux gérer les sorties au restau avec votre trouble alimentaire.

Accepter que l’exercice soit difficile

Vous avez extrêmement peur d’aller au restaurant et c’est parfaitement normal. Vous avez la petite voix de votre trouble alimentaire qui hurle en vous de ne pas y aller, que vous ne le méritez pas, que vous n’y avez pas le droit, que vous faites une grave erreur en acceptant ce déjeuner ou dîner, que vous allez le regretter, etc. C’est donc complètement normal d’avoir le sentiment que vous n’allez pas y arriver et de vous sentir dévaster par l’exercice. 

Acceptez ces peurs, ces angoisses avec bienveillance fait partie du processus de guérison. Félicitez-vous d’accepter le restaurant et ne soyez pas trop dur avec vous-même. Comprenez que votre corps se sent en détresse parce qu’il doit se battre avec les démons internes de la maladie. Ne soyez pas trop exigeant avec vous-même. Ne vous en voulez pas d’avoir d’être en difficulté, de ne pas accepter avec enthousiasme un restaurant comme les autres pourraient le faire. Vous n’êtes pas les autres. Vous souffrez d’un trouble alimentaire. Ce n’est pas votre faute. 

J’en profite pour dire que tout le monde n’en est pas au même stade dans les troubles alimentaires. D’où l’importance de ne pas comparer sa guérison avec celle d’autres malades. Il y a autant de troubles alimentaires que de personnes qui en souffrent. On a tous ses difficultés, ses peurs, ses angoisses… 

Lorsque j’étais en hôpital de jour, tout le monde ne pouvait pas aller au restaurant tout simplement parce qu’il s’agit quand même d’un exercice très difficile. Moi-même, lorsque j’étais au plus dénutri, et que la maladie avait une telle possession de mes pensées, les médecins refusaient que je me prête à cet exercice. Je le dis souvent, il est extrêmement important d’être accompagné par des professionnels lorsqu’on a des troubles alimentaires. Parlez-en à votre thérapeute de votre sortie restaurant pour que vous puissiez en discuter et mesurer vos capacités à cet instant pour faire face à un repas au restaurant. 

« Petit à petit, l’oiseau fait son nid »

Une chose importante en général dans la guérison des troubles alimentaires, c’est le fait de ne pas vouloir aller trop vite. Si vous allez trop vite, vous prenez le risque de ne pas être prêt, de vous brusquer et donc de rechuter plus facilement.

Cela reste un conseil personnel, mais y aller en douceur pour les repas au restaurant est judicieux. J’entends par là qu’il ne vaut mieux pas foncer direct dans un fast-food et prendre le plat avec la plus grande intensité de « peur », votre plus gros fear-food. Après, chacun est libre de faire comme il le souhaite et cela dépend tellement de où vous en êtes dans votre processus de guérison.

Personnellement, mes premiers restaurants, je les ai fait dans un Flunch ou au Salad&co. C’était plus simple pour moi de retrouver les mêmes assiettes que j’avais à la maison. C’était un petit pas : mon repas ne changeait pas tant que ça mais j’étais dans un environnement totalement étranger et je n’avais pas tant de contrôle sur mon repas puisque je ne le calculais pas ni ne le cuisinais moi-même. Ensuite, j’ai commencé à aller dans des « vrais restaurants » et au début, je prenais plutôt des assiettes qui ne me faisaient pas trop peur, ou alors une assiette « fear-food » mais un dessert plutôt simple à prendre. Puis je prenais à la fois une assiette et un dessert « fear-food », qui me donnaient envie évidemment mais dont je n’étais pas habituée d’en manger parce que c’étaient des aliments qui faisaient tout simplement peur. 

D’ailleurs au début, je regardais aussi le menu à l’avance et je choisissais même mon repas. Cela m’aidait à être moins stressée. Puis petit à petit, mon défi a été de ne plus regarder le menu en avance.

Ce que je veux dire, c’est que j’y allais vraiment petit à petit, étape par étape en fonction de ce qui me faisait moins peur au plus peur. Une fois que vous maîtriserez toutes ces étapes, vous pourrez plus facilement accepter les sorties au restaurant improvisées, où vous ne prévoyez pas en amont le restaurant et votre plat. 

Préparer votre sortie au restaurant en amont

Comme je vous disais, je pense, et notamment pour vos premiers restaurants, qu’il est important de les préparer en amont afin de s’assurer que tout se passe pour le mieux au moment-même. 

Choisir les bonnes personnes :

Commencez par choisir la ou les personnes qui vous accompagneront au restaurant. Je vous conseille de choisir des proches qui sont au courant de vos troubles alimentaires mais qui en plus, comprennent ce que c’est et la difficulté que cela représente pour vous. Il vous faut des personnes en qui vous avez confiance, qui sauront vous aider en cas de difficulté, qui seront votre véritable bouée de sauvetage. Je vous déconseille de prendre des personnes qui parlent en boucle de nourriture, de régimes et tout ce qui va avec. Vous savez qu’en tant que personne souffrant de TCA, ces discussions sont de véritables éléments déclencheurs de stress. 

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D’ailleurs, évitez de partager vos repas avec d’autres personnes ayant des troubles du comportement alimentaire (en dehors du cadre thérapeutique évidemment). Choisissez une personne agréable, souriante, qui discutera avec vous de sujets qui vous changeront les idées. Une personne qui a une relation saine à la nourriture. C’est important que votre cerveau puisse à termes faire le lien entre sortie au restaurant et moment agréable.

Prévoyez le cadre spatio-temporel :

Prévoyez en amont le jour, la date précise où vous réaliserez cet exercice. Évidemment, la vie, c’est d’être invitée au restaurant à l’imprévu. Mais pour pouvoir accepter un restau à l’imprévu, il faut d’abord l’avoir expérimenté plusieurs fois comme un exercice thérapeutique. Vous pouvez également si vous le souhaitez et si vous le pouvez, vous rendre en amont sur le lieu du restaurant pour mieux vous projeter. Maintenant, on a internet quand même ! Et parfois le fait de visiter le site internet ou les réseaux sociaux du restaurant permet de mieux appréhender votre sortie. Prévoyez d’ailleurs au départ un restaurant plutôt calme. Vous avez déjà assez de brouhaha dans votre tête. Enfin personnellement, un endroit trop bruyant et trop mouvementé me stressait au début. J’avais besoin d’un environnement stable. 

Retrouvez cet article en épisode de podcast :

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Préparez la sortie avec votre thérapeute :

Prévoyez de faire une séance avec votre psychologue avant où vous abordez toutes vos angoisses. Vous pouvez avec le thérapeute imaginer la situation la pire qui puisse se passer pour mieux la gérer si elle se passe vraiment (d’ailleurs, la plupart du temps, le pire envisagé n’arrive jamais). Si vous le souhaitez, vous pouvez également prévoir une séance avec votre thérapeute le jour-même ou les jours suivants votre sortie au restaurant. Cela vous permettra de debriefer sur les choses qui ont été anxiogènes, mais aussi pour souligner le positif, votre pas de plus vers la guérison.

Visualiser le moment :

C’est quelque chose qui m’aide souvent personnellement, l’exercice de visualisation. Lorsqu’un événement me stress, dans ma tête je vais visualiser l’événement. Cela permet d’appréhender notre comportement face aux différentes étapes de la sortie au restaurant. Le jour même, votre cerveau aura le sentiment de l’avoir déjà vécu et se sentira plus en sécurité.

Lister les déclencheurs :

Anticipez en amont tous les déclencheurs qui pourraient se manifester le jour de l’expérience afin de mettre en place des actions pour les éviter ou pour mieux les gérer. Par exemple, je savais que je devais éviter les restaurants avec buffet à volonté parce que très généralement, je perdais le contrôle et après je culpabilisais énormément. Mes premiers restaurants n’étaient donc pas des buffets à volonté. De même, les déclencheurs étaient les conversations autour des calories, du régime, ou certaines remarques sur la nourriture. Si je le pouvais, je briefais les gens en amont sur ce qu’ils ne devaient pas dire pour ne pas me mettre en difficulté. D’où le fait de bien choisir les personnes qui nous accompagne dans les premières fois si on en a la possibilité, bien sûr…  Un autre déclencheur pour moi était également de choisir un aliment que mon TCA voulait et de me refuser ce qui me donnait envie. Je savais que si je choisissais la salade de fruit à la place de la coupe glacée qui me donnait envie, j’allais finir par compulser sur du sucré en rentrant chez moi. Je gardais ça en tête pour choisir des plats qui me donnaient vraiment envie. 

Prévoyez des sujets de conversation :

Alors clairement pour moi c’est un autre déclencheur : le silence. Je déteste manger dans le silence ou que la personne qui m’accompagne ne parle pas, tout simplement car la voix dans ma tête prendrait le dessus et j’aurai milles pensées autour de la culpabilité qui résonneraient dans ma tête. Prévoyez des petites idées de sujets de conversation en cas de « blanc » pour ne pas laisser place au trouble alimentaire.

Pratiquer un exercice de relaxation :

Afin d’instaurer un climat de sérénité, vous pouvez prévoir de faire un exercice de relaxation avant d’aller au restaurant : une méditation guidée (comme avec l’application petit bambou) ou un exercice de respiration, de cohérence cardiaque… Cela vous permettra de calmer vos peurs intérieures.

Maintenez votre plan alimentaire : ne compensez pas

Je sais que tout le monde n’a pas de plan alimentaire spécifique mais quand je parle de plan, je veux dire que vous devez maintenir vos habitudes alimentaires même le jour où vous allez au restaurant. Vous devez prendre ce jour exactement comme un jour classique. 

Je sais que ce n’est pas simple et que votre trouble alimentaire vous dit le contraire. Je sais que vous le savez mais que ce n’est pas aussi simple de manger normalement. Je le sais parce que j’ai répété cette connerie de nombreuses fois. Avant, je mangeais moins les jours précédents, le jour même et même le lendemain. J’arrivais au restaurant affamée, et le pire se produisait toujours : je mangeais énormément, je me ruais sur le pain, je culpabilisais, je me haïssais… Bref, vous connaissez la chanson. 

Vous le savez aussi bien que moi, se restreindre ou compenser par du sport plongera votre corps dans un état de stress. Et votre corps aura besoin de récupérer l’énergie qu’il n’a pas eu pendant cette phase de restriction et vous fera potentiellement compulser. Vous n’avez pas besoin de « garder de la place » pour votre repas au restaurant. Vous n’avez pas besoin de mériter ce repas. Vous n’avez pas besoin de « nettoyer » le repas après. C’est votre trouble alimentaire qui vous dit ça. Vous avez le droit au plaisir, vous avez le droit de manger sans compenser. Faites confiance à votre corps, il se régulera de lui-même. Mais ne le privez pas d’énergie car il arrivera à plat au restaurant. Et votre cerveau associera toujours le restaurant comme un événement traumatisant pour votre organisme. 

Forcez-vous à manger normalement en amont et après le repas. Souvent on s’en fait toute une montagne, on a peur de prendre du poids à cause du repas au restaurant, de perdre totalement le contrôle. Mais manger au restaurant n’est pas égal à grossir avec un gros repas. C’est une association que fait votre trouble alimentaire mais qui est faussée. 

En répétant l’exercice du restaurant tout en mangeant avant et après, on finit par se rendre compte que finalement, c’est la montagne qui accouche d’une petite souris. C’est-à-dire que ça n’a pas d’impact monstrueux de manger au restaurant. Sinon, croyez-moi il y aurait beaucoup moins de restaurant et les gens ne s’en réjouiraient pas tant que ça d’y aller !

Petite parenthèse : Je vous déconseille fortement de vous peser après. Déjà parce que la pesée doit être réservée au médecin. Mais en plus parce qu’évidemment ça pourra avoir un impact sur les jours d’après mais c’est tout à fait normal. Sachez que lorsque le corps absorbe du sucre ou des glucides, il retient deux à trois fois la quantité en eau. Donc forcément le chiffre de la balance est impacté. Mais ce n’est pas du gras et surtout ce n’est pas un poids qui va rester sur le long terme. Rappelez-vous que l’équilibre se fait sur la semaine et même sur le mois. Ce n’est pas « aussi simple » que ça de prendre du poids.

La difficulté de choisir votre plat

Lorsqu’on allait au restaurant avec mon copain et que je sortais à peine de l’hôpital, il me disait à quel point j’étais totalement différente une fois que j’avais la carte du menu dans les mains. Mon visage s’assombrissait et la petite voix dans ma tête me hurlait un tas de commentaire insignifiant : « choisi le moins calorique », « tu ne mangeras que la moitié de ton assiette », « ne prend qu’un plat sans entrée ni dessert », « choisi un plat sans féculent », « prend le plat le plus sain de la carte », etc.

J’étais complètement perdue et je pouvais prendre franchement 30 minutes pour choisir mon plat. Je changeais toujours mon choix car j’hésitais terriblement entre ce que mon trouble alimentaire voulait et ce que moi je désirais réellement. Après des mois voire des années d’anorexie mentale, c’était parfois difficile de faire la distinction.

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Mais en fait, rappelez-vous qu’il n’y a pas de « mauvais » ou « bons » aliments. Tous les aliments ont la même fonction : donner l’énergie nécessaire à votre corps pour vivre, lui donner du carburant. Tous les aliments contiennent des micronutriments et des macronutriments pour faire fonctionner votre corps. Je vous l’ai déjà dit dans mon article sur la peur de grossir, mais même la graisse est nécessaire pour votre corps. Votre corps a besoin de graisse pour vous assurer une bonne vue, des cheveux en bonne santé, pour faire fonctionner normalement votre cerveau, pour ne pas altérer vos capacités de mémorisation, etc. Malheureusement, on est dans une société qui normalise le fait de catégoriser les aliments en « bons » ou « mauvais ». Mais dites-vous bien que ces discours sont surtout à l’origine de l’industrie du régime qui brasse des millions d’euros. Leur but est de nous faire culpabiliser pour nous faire acheter des produits, des programmes minceur qui n’ont clairement pas un impact positif sur notre santé. 

De même, je ne ressentais plus mes sensations de faim ni de satiété. C’était donc difficile de savoir si j’avais faim ou si c’était juste de la gourmandise. Mais avec le temps, j’ai compris et appris que c’est normal de manger par gourmandise. La plupart des gens au restaurant mange par gourmandise. Manger pour se faire plaisir est aussi vital. C’est important pour votre santé mentale. Votre corps a besoin de se faire plaisir pur vivre. D’ailleurs, en cas de coup dur dans la vie, notre cerveau est conçu pour chercher des aliments qui vont le réconforter. Et il n’y a aucun mal à ça. Vous avez le droit de vous faire plaisir, de vous chouchouter avec des aliments que vous aimez. Ça n’a rien avoir avec la faim. C’est de la gourmandise. Mais la gourmandise n’est pas un pêché, ce n’est pas négatif. C’est juste normal, en fait (attention gros scoop) vous êtes humain ! 😉

Gardez bien en tête que ce muffin ou ce hamburger ne vous tueront pas. Ce ne sont que des aliments. Ils n’ont pas le pouvoir de déterminer votre valeur. En revanche, vous restreindre, sur le long terme, cela peut mettre votre vie en danger…

Si vous avez du mal à choisir, vous pouvez vous allouer un temps limité. Par exemple, vous vous donnez 5 minutes pas plus pour choisir. Et une fois que vous avez fait votre choix, vous refermez la carte des menus et vous ne la touchez plus. Vous vous concentrez sur les conversations de votre table pour vous changer les idées. 

Avant de refermer la carte des menus, vous pouvez vous demander : est-ce que c’est mon TCA qui veut ça ou est-ce que c’est moi ? Qu’aurais-je fait comme choix il y a X année lorsque je n’étais pas malade ?

Rappelez-vous aussi que tous vos repas n’ont pas à être parfait. Je me souviens que lorsque j’étais en guérison, il fallait absolument que je ressente du plaisir en mangeant. Je trouvais ça dingue de voir mes parents ou mon copain manger juste parce qu’ils ont faim et qu’il faut manger. Pour moi chaque repas était un événement de fou, il fallait que je mange quelque chose qui donne très envie, que je prévois quelque chose qui sorte de l’ordinaire, que ce soit une expérience unique à chaque repas. Bref je me mettais la pression. Et si je n’avais pas ressenti une immense joie en mangeant mon repas, je me sentais triste, je me disais que j’avais raté ma chance de me faire plaisir. Mais en fait, des repas, on en a 3 à 4 par jour et ce tous les jours de notre vie. Dites-vous bien que tous vos repas ne doivent pas être parfait et exceptionnels. Et que dans tous les cas, si vous hésitez entre deux plats ou que vous avez regretté d’avoir choisi le plat que vous avez mangé, ce n’est pas grave. Car vous aurez d’autres occasions de le manger, de vous faire plaisir. 

Ne vous engagez pas dans des conversations sur la nourriture

Malheureusement, on est dans une société obsédée par les calories, les aliments minceurs, les régimes. Une société qui normalise le fait de se restreindre, de s’autoflageller lorsqu’on se fait plaisir… Ce n’est clairement pas simple de guérir d’un trouble alimentaire dans un environnement pareil. Mais malheureusement, on ne peut pas contrôler les pensées, comportements et conversations des autres. En revanche, on peut changer sa réaction lorsqu’on entend ce genre de discours. 

Ce n’est pas un exercice facile et qui pas efficace dès les premières fois, mais mettez-vous tout simplement des œillères. Quand j’entends ce genre de conversation, j’ai plusieurs façons de réagir : 

  • Soit je vais couper court la conversation et changer très vite de sujet
  • Soit j’entame une conversation avec d’autres personnes sur un autre sujet
  • Soit je dis très clairement que ce genre de discours me met en difficulté et que je préfère ne pas les aborder. 

Aussi, je me dis toujours que ce genre de paroles ne me concerne pas. Que ça fait partie de mon traitement de ne pas écouter ce genre de discours destructeur. Ce sont des paroles qui alimentent votre trouble alimentaire. Donc vous êtes obligée, pour votre guérison, de vous fermer à ce genre de discussion. Dans tous les cas, ne vous engagez pas dans des débats pour démontrer qu’il ne faut pas participer à la diet culture. Ce n’est pas votre rôle. C’est leur problème s’ils croient en ces façons de penser. Vous n’êtes pas là pour les éduquer, et ils risquent de vous avancer des arguments qui vous mettront encore plus en difficulté. Si vous souhaitez, j’ai dédié un article pour vous aider à gérer les personnes qui parlent constamment de régime.

Restructurez vos pensées

En TCC (thérapie cognitivo-comportementale), j’ai appris à restructurer mes schémas de croyances, de voir les choses autrement. L’exercice consiste à noter dans une première colonne ce que votre trouble alimentaire vous dit. Dans une seconde colonne, notez votre pensée rationalisée. Le but est d’entraîner son cerveau à choisir la pensée rationalisée au lieu de la pensée de votre TCA. 

Par exemple : Lorsqu’on vous propose d’aller au restaurant

  • La pensée du TCA : « Ça va être un moment horrible. Je vais perdre le contrôle, les gens vont me regarder, je ne vais pas être dans ma zone de confort, je ne peux pas le faire ».
  • La pensée rationalisée : « En effet, mon TCA m’amène à avoir peur de cet exercice. Mais il s’agit d’une très bonne expérience pour déloger mon TCA et le pousser hors de sa zone de confort. C’est pour moi l’occasion de faire un pas de plus vers la guérison. J’ai toutes les ressources en moi pour réussir cet exercice ».

Lorsque vous entendez la première pensée dans votre tête, c’est-à-dire celle du TCA, répétez-vous la pensée rationalisée. 

Pratiquer l’exercice de la respiration ou la pleine conscience

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Je le conseillais en amont de la sortie au restaurant, mais parfois, durant le repas, on peut se sentir submergé par ses angoisses. Un exercice rapide et efficace consiste à vous concentrer sur votre respiration. Inspirez lentement et expirez profondément. Ressentez l’air qui entre dans vos poumons puis qui en sort. 

Vous pouvez aussi tenter de vous mettre dans un état de pleine conscience. Prenez conscience de la chaise sur laquelle vous êtes assis, des membres de votre corps qui sont en contact avec la chaise. Ressentez la texture de la chaise, la façon dont vos pieds touchent le sol. Vous pouvez aussi boire un verre d’eau doucement, ressentir la gorgée d’eau descendre dans votre corps, ressentir la différence de température entre l’eau et la température interne du corps. 

Je profite de ces quelques mots de fin pour vous rappeler que vous pouvez y arriver. Le restaurant est un moment tellement agréable dans la vie, vous avez le droit d’en profiter aussi. Ne laissez pas votre trouble alimentaire vous enlever cela, vous faire croire que vous ne le méritez pas. Vous pouvez croire en vous, vous avez toutes les ressources pour y arriver. Ne soyez pas trop dur avec vous-même : si au début le restaurant ne se passe pas bien, ce n’est pas grave et c’est même normal. Continuez de vous battre, retournez y pour confronter votre TCA à cette peur. Voyez le restaurant comme un traitement. Cela fait partie de votre ordonnance pour pouvoir guérir de votre TCA. Avec le temps et la persévérance, vous maitriserez de mieux en mieux l’expérience du restaurant et avec le temps, vous pourrez l’accepter sans l’appréhender.

Au début de ma guérison, c’était impossible d‘aller au restaurant. Ensuite je suis passée par la phase dans laquelle je me restreignais avant et où l’expérience du restaurant était de ce fait terriblement négative pour moi. Lorsque je sautais un repas en amont, ça augmentait clairement le risque je prenne des plats très riches pour combler rapidement ma faim. Aujourd’hui, lorsque j’arrive sans être affamée, je fais des choix plus conscient et moins extrémiste. 

Ça me paraissait inconcevable il y a 1 an, mais aujourd’hui je suis à l’initiative de sortie au restaurant. Avant, je les redoutais. Qu’est-ce que ça fait du bien d’arriver au restaurant sans être affamée ! C’est un véritable plaisir de pouvoir apprécier mon assiette sans me ruer dessus. Je ne vais pas au restaurant QUE pour manger, j’y vais pour passer un bon moment en compagnie d’autres personnes. 

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, 2 commentaires
Guérir des troubles alimentaires (TCA) avec l’EMDR ?

Guérir des troubles alimentaires (TCA) avec l’EMDR ?

Guérir des troubles alimentaires (TCA) avec l’EMDR ?

Mon dernier article sur ce blog vous parlait de ma rechute dans les troubles alimentaires. Même si elle a pu toucher certaines personnes d’entre vous, je ne voyais personnellement pas cette rechute comme quelque chose de négatif. Je ressentais au fond de moi que, paradoxalement au fait que des mécanismes des troubles alimentaires refaisaient surface, moi, je ne m’étais jamais sentie aussi proche de la guérison. Je vous avez expliqué, toujours dans cette volonté de me battre définitivement contre les TCA, que j’avais repris un suivi thérapeutique avec de l’EMDR. Dans cet article, je souhaite vous donner le maximum d’information sur l’EMDR qui est une thérapie encore peu connue : cela vous permettra de mieux appréhender ce que fait le praticien et comment se déroule concrètement une séance. Je vous partage là mon expérience personnelle avec l’EMDR. 

Update de ma situation

Update de ma situation et de mon rapport avec les TCA 3 mois après vous l’avoir annoncé : je vais beaucoup mieux. J’ai la sensation d’avoir fait des pas de géants, d’avoir compris des choses sur mon histoire, d’avoir évolué dans ma façon d’agir et de penser, notamment sur mon rapport au corps et à l’alimentation. 

D’un point de vue nutritionnel : je remange beaucoup plus en quantité en ayant maintenant une ration cohérente avec mon mode de vie. Je n’ai plus de peur irrationnelle quant à certains aliments, je ne me refuse plus aucune catégorie d’aliments. Je vous avez expliqué ce besoin de tout contrôler, notamment quand je suis invitée pour un repas à l’extérieur de chez moi. Aujourd’hui, cela ne m’angoisse plus. Je ne vois pas uniquement le repas mais plutôt l’échange social qu’il y a autour. 

D’un point de vue mental : je ne ressens plus aujourd’hui de surcharge mentale comme c’était le cas il y a 3 mois. À l’heure où j’écris cet article, je ne me suis jamais sentie aussi heureuse de ma vie : dans mon couple, au travail, dans mon lieu de vie… et surtout concernant ma confiance en moi. Je n’ai pas encore à 100% confiance en moi car il n’y a pas de magie, la confiance, c’est quelque chose qui se travaille au quotidien et qui se renforce avec le temps. Mais je suis fière de la femme que je suis, de ce que j’accomplis et je crois profondément en mes capacités et compétences. 

Écrire cet article me permet de prendre du recul sur ma situation et de faire le point sur là où j’en suis dans ma vie. La question qui m’est venue subitement à l’esprit : est-ce que je suis en train de sortir définitivement de mes troubles psychologiques et donc de mes TCA grâce à l’EMDR ?

Avant de donner une réponse concrète à cette question, je vous partage mon expérience avec l’EMDR. 

Pourquoi soigner le côté « alimentation » ne suffit pas pour guérir des TCA ?

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Si vous avez lu d’autres articles de mon blog ou écouté mon podcast, vous savez que je crois profondément qu’on ne guérit pas d’un TCA en se focalisant uniquement sur l’alimentation. Je l’ai déjà expliqué, pour moi l’alimentation et le contrôle sur le poids sont uniquement les conséquences de vos problématiques. Ce qu’il faut traiter pour une guérison efficace, ce sont les causes de votre trouble alimentaire : que vous est-il arrivé pour que votre cerveau ait développé un trouble alimentaire ? Les troubles alimentaires sont souvent liés au contrôle, donnant une impression de sentiment de sécurité : de quoi votre corps cherche-t-il à se protéger ?

Ce n’est pas facile de répondre à ces questions, surtout quand on ne s’est jamais posé sur ce sujet, que ce soit seul ou dans une thérapie avec un professionnel. Et puis surtout, ce n’est pas toujours un processus conscient. 

Je ne suis pas médecin, psychologue ou psychiatre…mais je vous partage mon avis en tant que « rescapée » de l’anorexie mentale. Je pense, et c’est d’ailleurs mon cas, que les TCA sont généralement liés à des événements traumatisants, qui ont d’ailleurs souvent lieux dans l’enfance. En réalité, il y a de nombreuses recherches et cas pratiques* qui ont démontré cette corrélation : 

Il existe une théorie de l’attachement qui suggère qu’on l’on dispose tous d’un système inné lorsqu’on est enfant à rechercher la proximité avec un adulte. L’enfant recherche naturellement l’attention d’un adulte qui s’occupera de lui, généralement son parent ou la personne légale qui est en charge de lui. Le fait que l’enfant dispose d’un parent qui lui donne de l’amour, de l’attention… va lui apporter un sentiment de sécurité. Il développera ainsi une représentation de lui-même impliquant qu’il est une personne méritante et qu’il peut compter sur autrui pour qu’on s’occupe de lui. 

Cette théorie suppose donc qu’un parent absent, physiquement mais aussi simplement qui n’a pas apporté l’amour ou l’attention nécessaire à son enfant, aura des conséquences sur le développement psychologique de l’enfant. En effet, l’enfant ne dispose alors pas du sentiment de sécurité indispensable à la construction de lui-même. Il va ainsi développer des stratégies de régulation émotionnelle souvent inadaptées qui se traduiront en troubles psychologiques. Plus généralement, le manque de sécurité dans l’enfance implique l’émergence et la persistance (s’il n’est pas traité) d’un état de stress post-traumatique dans la vie d’adulte.

Pourquoi je parle de cela ? Parce que l’absence d’un parent, d’une des figures représentatives nécessaires à la construction de l’enfant, est perçue comme un événement traumatique, une maltraitance émotionnelle. Un évènement traumatique fait justement référence à de la maltraitance émotionnelle mais aussi physique, sexuelle… De tels traumatismes constituent des facteurs de risque pour le développement de conduites autodestructrices, notamment celles liées aux troubles alimentaires : le fait de se restreindre, de recourir à de la compensation (vomissement, hyperactivité physique, prise de laxatif…) 

Bref, vous l’aurez compris, l’anorexie mentale, la boulimie ou toute autre type de troubles alimentaire sont souvent liés à des événements traumatiques qui ne seront pas réglés en se focalisant uniquement sur la perception du corps et la relation à la nourriture. 

Ce n’est que mon avis, mais c’est ce que j’ai expérimenté : pour moi, les troubles du comportement alimentaire se soignent avec une approche pluri-disciplinaire. C’est-à-dire qu’il faut combiner (pas forcément en même temps) plusieurs thérapies pour des effets efficaces sur le long terme. Personnellement, au-delà des hospitalisations en service de TCA, j’ai suivi pendant longtemps une thérapie analytique. À la sortie de ma deuxième hospitalisation, j’ai commencé une TCC (Thérapie cognitivo-comportementale) que j’ai trouvé très efficace. Ma thérapeute se concentrait sur le traitement des schémas de croyances et de pensées. Cependant, comme j’étais dans un état de dénutrition très important, les schémas de croyance se concentraient davantage sur mon rapport au corps et à la nourriture justement plutôt que sur les événements traumatiques originels. En parallèle, je faisais de la sophrologie pour calmer mon anxiété. J’ai essayé aussi quelques séances d’hypnoses. Et plus généralement, je travaillais sur ma confiance en moi avec la pratique de la psychologie positive et en intégrant une troupe de théâtre. 

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Une approche pluri-disciplinaire est importante parce qu’elle vous permet de tester celle qui vous conviendra. De plus, chaque thérapie ne travaille pas de la même façon et surtout pas les mêmes aspects de votre trouble : certaines se concentrent sur les impacts dans le présent, sur les conséquences ; certaines vont uniquement utiliser la parole, d’autres emploient des exercices concrets… Certaines sont longues, d’autres sont brèves. Certaines se concentrent sur les causes, la genèse de vos troubles, les événements traumatiques comme c’est le cas avec l’EMDR.

Mais comment l’EMDR est arrivé à moi ? En fait, la première fois que j’en ai entendu parler c’était au tout début de mon anorexie. Je rentrais à l’hôpital de jour quand une fille terminait son dernier jour. Et je lui ai demandé comment elle s’en est sortie. Elle m’avait parlé du fait qu’elle avait suivi une thérapie d’EMDR. Je ne connaissais absolument pas. Je l’avais noté dans mes notes sur mon téléphone et j’ai gardé cette note pendant longtemps sans jamais m’y intéresser plus que ça. Je l’avais gardé dans un coin de ma tête mais je pense qu’en fait, je n’étais pas encore prête à tester cette pratique qui m’était méconnue. Je fais confiance en la vie et je pense que si les choses se sont passées comme ça, c’est que j’avais beaucoup d’autres chemins à parcourir avant d’être prête pour l’EMDR.

Retrouvez cet article en épisode de podcast :

Qu’est-ce que l’EMDR?

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l’EMDR c’est un acronyme anglais qui signifie « Eye Movement Desensitization and Reprocessing ». Concrètement, il s’agit donc d’une nouvelle forme de thérapie brève qui va venir désensibiliser et retraiter des souvenirs par des mouvements oculaires.

Cette forme de thérapie est encore assez peu connue je trouve, mais elle a été approuvée notamment par de nombreuses victimes des attentats de Paris en 2015 qui ont vu des effets positifs notables sur la gestion de leur traumatisme. 

Je vais commencer par vous donner un exemple bateau, indépendant des TCA, pour vous faire comprendre comment l’inconscient impact votre guérison. Dans le cas d’un stress post-traumatique (comme je vous expliquais, c’est fréquemment le cas avec les TCA) souvent consciemment, on a la volonté de s’en sortir pour aller mieux. Cependant, inconsciemment, une partie de nous-même nous en empêche.

Prenons l’exemple d’une personne qui a été renversé par une voiture ou qui tout simplement a vu une autre personne se faire renverser par une voiture. Le souvenir de cet événement a été perçu comme traumatisant. Depuis, cette personne souffre d’un stress post-traumatique qui se manifeste par des crises d’angoisses lorsqu’elle est dehors, dans la rue, à proximité de voiture. Pourtant, cette personne a vraiment envie de marcher paisiblement dans la rue, sans être tétanisée par le bruit des voitures. Mais le problème, c’est qu’inconsciemment, son cerveau est encore sous le choc avec des souvenirs traumatiques qui génèrent en elle un sentiment d’insécurité et de peur. 

l’EMDR a pour but de travailler sur les déclencheurs, les souvenirs originels de vos symptômes actuels (angoisse, cauchemars, ruminations et plus globalement troubles psychologiques dont TCA…). Le ou les traumatismes ont été stockés de façon dysfonctionnelle à travers des souvenirs considérés comme étant à l’origine de votre pathologie. 

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À travers des stimulations bilatérales, le plus généralement des mouvements oculaires rapides, la thérapie d’EMDR va venir reclasser les souvenirs traumatiques dans une zone de mémoire explicite pour donner du sens à ces souvenirs et démêler les associations qui se sont faites depuis des années et qui enclenchent des symptômes dans la vie actuelle du patient. 

Les stimulations bilatérales peuvent prendre d’autres formes que les mouvements oculaires : ça peut être des stimuli tactiles (comme le fait de tapoter les genoux ou les mains) et des stimuli auditifs. Je pense qu’il est plus courant d’utiliser les mouvements oculaires. En tout cas, mes séances sont basées sur cette méthode. 

Quelles pré-requis pour une thérapie d’EMDR efficace ?

Une chose très importante est le choix du praticien. Tout le monde ne peut pas pratiquer l’EMDR et d’ailleurs, ne le faite pas vous-même avec les simples mouvements oculaires. 

l’EMDR peut être pratiqué par des psychologues, psychiatres ou psychothérapeute ARS qui sont certifiés. Une thérapie d’EMDR suit un protocole spécifique qui demande une formation adéquate. Les praticiens certifiés sont répertoriés dans l’annuaire d’EMDR France. C’est vraiment important de s’assurer que votre praticien est un professionnel certifié. 

Lorsque vous commencez une thérapie d’EMDR, vous pouvez avoir « peur ». Je pense qu’il est naturel de ressentir une peur d’avoir tout à coup conscience de certains souvenirs que votre cerveau avait choisis de classer dans votre inconscience. C’est important d’expliquer vos peurs et questions à votre praticien qui saura vous donner des détails et des explications en mesure de vous rassurer. Faites-lui confiance et n’hésitez pas à tout lui dire, à être à 100% transparent et à être honnête. C’est un professionnel qui a l’habitude, il ne va pas vous juger. Et ce conseil vaut d’ailleurs pour toutes les thérapies en général. Son but est de vous aider. Il n’a aucun intérêt à vous juger, sinon, il n’en aurait pas fait son métier. 

De même, c’est important de recourir à la pratique d’EMDR quand vous vous sentez prêt. Faites-le parce que vous avez envie de le faire, pour vous et pas parce qu’on vous a demandé d’aller voir un thérapeute ou pour faire plaisir à un proche. Même chose, c’est un conseil qui est valable pour toutes les thérapies. Pensez à vous, à votre bonheur : vous êtes la seule personne qui vit votre propre vie. 

Enfin, il est important d’être bien au moment où vous réalisez l’EMDR. Alors, évidemment, lorsque vous êtes souffrant de TCA vous n’êtes globalement pas très bien dans votre vie. Mais j’entends par là que vous n’êtes pas en surcharge mentale ou que vous ne venez pas de vivre un autre événement traumatique très récemment. En effet, l’EMDR va venir réveiller des souvenirs négatifs qui peuvent générer chez vous de l’angoisse, des peurs… Cela peut être très déstabilisant donc il vaut mieux être dans un moment favorable et propice à travailler sur cette thérapie. 

En revanche, un prérequis qui n’en est pas un : il ne faut pas avoir forcément vécu un traumatisme pour engager une thérapie d’EMDR. La raison pour laquelle on consulte est implicitement dû à la façon dont certains souvenirs sont stockés dans notre mémoire et qui posent problème et alimentent votre pathologie. Ce que je veux dire c’est que vous pouvez vous sentir « légitime » de choisir cette thérapie sans avoir été violé, agressée, attouché, battue… Tout simplement parce que tout le monde vie des événements douloureux qui sont perçus comme traumatiques par votre cerveau. Tout le monde connait malheureusement des décès, des ruptures, des humiliations ou insultes à l’école… Parfois on n’a même pas conscience que notre corps perçoit un événement comme traumatisant, justement puisque c’est inconscient. Par exemple, une crise de panique ne vous met pas littéralement en danger puisque c’est une peur (donc pas nécessairement réelle). Pourtant, votre corps vit bien cette crise comme un danger. 

Comment se déroule concrètement une séance d’EMDR ?

1. La phase de préparation

Ne vous attendez pas à faire de l’EMDR (notamment les mouvements oculaires) dès la première séance. Comme je vous l’expliquais auparavant, l’EMDR suit un protocole précis. 

Afin de vous offrir une thérapie de confiance, il est nécessaire d’y instaurer un environnement favorable. Pour cela, la construction d’une relation thérapeutique de confiance entre le praticien et le patient est primordial. C’est d’ailleurs là où vous allez sentir si vous avez le « feeling ». Moi, il m’est déjà arrivé de voir des thérapeutes avec qui je n’avais absolument pas ce sentiment de confiance. Et du coup, je ne poursuivais pas parce que je me braquais. Ça ne sert à rien de forcer, ça ne peut pas toujours « fusionner », c’est normal, tout le monde ne peut pas plaire à tout le monde et ça ne veut d’ailleurs pas dire que le thérapeute est incompétent. Moi, le thérapeute que j’ai choisi m’a été recommandé car il était spécialisé dans mes événements traumatiques justement. Et en plus, j’ai ressenti ce fameux feeling dès la première séance, donc…Bingo !

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C’est également durant ces premières séances que le thérapeute explique concrètement ce qu’il va faire, et ce qu’est l’EMDR. Profitez-en pour poser toutes vos questions (il n’y a pas de question bête) pour être pleinement rassuré avant de commencer concrètement. 

Les deux ou trois premières séances permettent de construire ce climat de confiance mais pas que. C’est également durant cette phase préparatoire que vous allez co-construire avec votre thérapeute un plan de ciblage. Concrètement, votre thérapeute va apprendre à vous connaître, à comprendre vos problématiques et vos différents souvenirs traumatiques pour établir un plan de ciblage qui sera en quelque sorte le fil conducteur de votre thérapie. Après évidemment, ça reste modulable car au fil du temps, vous pourrez avoir de nouveaux éléments, et notamment souvenirs, à apporter à ce plan de ciblage. 

Le plan de ciblage va dépendre d’une personne à une autre. Mon thérapeute a choisi de traiter en premier les souvenirs les plus lointains (lorsque j’étais plus jeune) mais c’est dans mon cas les événements traumatiques de départ qui ont engendré justement, par effet ricochets, d’autres expériences négatives. Ce plan vous sera dans tous les cas présenté et validé avec votre accord. 

Enfin, toujours dans la volonté de créer un climat de confiance, c’est durant cette phase de préparation que vous allez choisir votre lieu de réconfort. Il s’agit d’un endroit sécurisant, réel ou imaginaire, où vous pourrez y trouver du réconfort si les émotions sont trop intenses lors des séances. Il s’agit là d’un exercice de visualisation que vous pouvez d’ailleurs également utiliser de façon autonome. Personnellement, au moment où j’ai commencé la thérapie, j’avais le sentiment de me sentir en sécurité nulle part dans ma vie actuelle. J’ai donc imaginé cet endroit sécurisé et il m’arrive d’y aller le soir, avant de dormir. 

2. C’est parti pour la désensibilisation …

La désensibilisation se fait justement par les mouvements oculaires. Le thérapeute place deux doigts vers le haut (l’index et le majeur) et réalise des mouvements horizontaux (ou verticaux, même s’il me semble que ça reste plus rare quand même). Je me souviens avoir été assez étonné de la rapidité de ces mouvements la première fois ! Je sais qu’il existe des cas où les thérapeutes vont utiliser des baguettes ou des leds à la place des doigts. Encore une fois, ça reste plus généralement les doigts qui sont utilisés. 

Un souvenir va être traité en 1 ou 2 séances en moyenne, selon votre ressenti à l’égard de ce souvenir. Avant de commencer la désensibilisation, le thérapeute va évaluer votre ressenti quant au souvenir : les émotions ressenties, potentiellement y donner une note de 1 à 10 où 10 est le plus fort, et si vous ressentez ce souvenir physiquement dans votre corps. Je trouve que c’est assez difficile d’évaluer ces choses-là, mais il ne faut pas non plus trop réfléchir.  Néanmoins, cela demande toutefois d’être « connecté » avec votre corps, d’être à son écoute. 

Ensuite, il va vous demander de vous imprégner de ce souvenir, de vous replonger dans la situation vécue, que ce soit avec une image ou un sentiment selon votre souvenir qui peut être plus ou moins flou. Et de là, il fera les mouvements avec ses doigts en vous demandant de laisser les images et émotions venir à vous sans forcer. Ce n’est franchement pas toujours simple surtout chez des personnes ayant l’habitude d’overthink (comme moi, par exemple !). Parfois, on a l’impression qu’on divague complètement et que notre cerveau nous fait penser à quelque chose qui n’a ABSOLUMENT rien avoir avec le souvenir initial. Mais il faut faire confiance à votre cerveau. Il peut s’avérer qu’en fait, en creusant, votre cerveau ne fait pas ce lien-là par hasard. Et dans tous les cas, c’est au thérapeute de vous guider et de savoir si vous vous égarez. Si le thérapeute note que vous êtes parti vraiment loin du souvenir et que ça n’a pas d’intérêt, il vous remettra en condition de façon à vous recentrer sur le souvenir initial. 

En fait, le thérapeute fait de nombreuses pauses dans ses mouvements en vous demandant ce que vous avez à l’esprit à l’instant T. Il peut arriver que vous n’ayez absolument rien, et ce n’est pas grave. Le thérapeute reprend ses mouvements et laisser aller à nouveau votre cerveau vers les souvenirs qu’il souhaite. 

Le praticien recommencera le process de désensibilisation d’un souvenir traumatique jusqu’à ce que vos émotions négatives ressenties soient au plus basses.

3. Clôturer la séance

À la fin de la séance, le thérapeute évalue à nouveau vos sentiments au contact du souvenir initial : en redonnant une note sur 10 quant à l’intensité du souvenir, si vous le ressentez en vous corporellement, l’émotion qui vous vient naturellement, etc. Personnellement, j’ai toujours ressenti que je parvenais à prendre beaucoup plus de recul face au souvenir, qu’il m’atteignait moins. J’ai eu d’autres séances où le souvenir était encore très intense, mais c’est pour cela que le thérapeute fait cette évaluation : ainsi, il sait que la prochaine séance, ce souvenir fera encore l’objet d’un travail de désensibilisation et de retraitement. 

Avant de vous laisser partir, le thérapeute prend également le temps de vous ramener à la « réalité ». Le travail de désensibilisation peut être déstabilisant car on réveille toutes les blessures du passé. Son rôle est donc de ne pas vous laisser en détresse émotionnelle. Il s’assure que vous retournez dans un état émotionnel stable, et cela peut d’ailleurs passer par l’utilisation du lieu de sécurité. 

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C’est évident pour moi, mais je vous le précise tout de même : vous êtes complètement conscient lors de vos séances d’EMDR. Et d’ailleurs, c’est un aspect important de la thérapie. Parfois, mon thérapeute énonce clairement à voix haute, pendant la désensibilisation, que nous sommes dans le présent, que le passé est terminé, qu’il ne m’impacte plus et que je suis présente ici et maintenant. Moi, ça m’aide beaucoup lorsqu’il dit ça. Ça surprend d’abord parce qu’on ne s’attend pas à entendre quelqu’un parler lorsqu’on suit le mouvement des doigts. Mais après, ça permet au cerveau d’enregistrer que le passé est distinct du présent, et qu’une situation du passé n’arrivera plus aujourd’hui. 

Quels effets et au bout de combien de temps ?

Le temps d’une thérapie est vraiment subjectif à chacun, c’est au cas par cas et je pourrais même pas vous dire encore combien de temps il me reste personnellement. Je prends le temps qu’il faut car c’est ma santé et c’est pour un mieux-être à vie. Cela va dépendre d’où vous en êtes dans votre parcours psychologique, dans votre rapport à votre trouble alimentaire, du contexte environnemental, etc. 

Je pense que les effets sont très personnels aussi et dépendent de chaque personne. Quant à moi, je perçois des effets notables. Je suis en thérapie depuis presque 6 mois, et c’est surtout depuis 1 mois et demi que je me sens super bien dans ma vie. Pour autant, ça ne veut pas dire que ç’a pris 4 mois à faire effet. Les effets se font petit à petit, pas à pas. 

Avant les séances de désensibilisation, j’étais quand même assez septique sur le fait d’avoir des souvenirs ou sentiments que je n’aurai pas pu déjà percevoir après autant d’années de thérapie. Pourtant, je me suis surprise à percevoir des souvenirs (pas spécialement traumatiques) dont je n’avais absolument pas conscience de les avoir stocké. Ce sont des souvenirs qui m’ont permis de mieux comprendre des schémas de croyances que j’avais par exemple. J’ai également réussi à comprendre beaucoup de choses dans mon comportement ou dans des sentiments que j’avais à l’égard des autres (mes parents, mes collègues de travail…). Je dirai que l’EMDR m’a aidé à faire des liens entre des souvenirs dont je n’aurai pas imaginé qu’il y aurait un lien justement. 

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Aujourd’hui, comme je vous l’expliquais en introduction, j’ai réussi à lâcher le contrôle que j’avais sur la nourriture. Attention, je n’étais pas au stade d’une anorexie sévère comme j’ai pu connaître en 2017-2018. J’ai déjà fait énormément de chemin depuis, et j’avais des restes de troubles alimentaires, mais je n’étais plus sous l’emprise de l’anorexie comme j’ai pu vous l’illustrer dans l’épisode de mon podcast sur la journée dans ma tête d’anorexique. Je ne veux pas non plus dire que l’EMDR guérit magiquement et rapidement les TCA. Non, ce serait malheureusement trop simple… Mais je pense que c’est en travaillant sur mes souvenirs traumatiques initiaux, que mon cerveau les a mieux retraité, que leurs impacts sur moi est par conséquent moins envahissant. Ainsi, mon cerveau ressent moins le besoin de se sentir en sécurité en contrôlant mon corps ou mon alimentation.

L’EMDR a également l’effet de me faire prendre confiance en moi : j’ai pris conscience de ma force mentale, de mon indépendance face à mes parents, de mes capacités et que du fait que justement, je peux me faire confiance pour surpasser n’importe quel combat de ma vie. 

Pour vous donner un exemple concret, j’ai pris conscience de l’effet de l’EMDR à Noël. Je suis une personne très traditionnelle sur Noël et (j’étais) très proche de mes parents, notamment de ma mère. Ces dernières années, il m’arrivait de pleurer juste parce que mes parents me manquaient alors que je les ai souvent au téléphone. Cette année, j’ai fait le choix de faire Noël dans la famille de mon copain au dernier moment. Et ça m’a surpris mais je n’ai pas été impacté émotionnellement. Je n’étais pas triste pour autant. Je suis quand même allée pour les vacances dans ma famille. J’avais prévu d’y rester 1 semaine, mais je n’y suis finalement restée que 3-4 jours. En fait, j’ai pris conscience là-bas que je me sentais mieux chez moi, plus en sécurité que dans ma maison d’enfance. Et j’ai su l’exprimer à mes parents, sans culpabiliser parce que juste j’ai le droit de me sentir mieux ailleurs que chez eux. Ça ne veut pas dire que je ne les aime pas, ça veut juste dire que j’ai grandi et que je vis ma vie telle qu’elle me plait même si elle ne ressemble pas à celle de mes parents. Et ça pour moi, c’était un grand pas !

Est-ce qu’il y a des effets indésirables ?

Je ne pense pas qu’il y ait d’effets indésirables, après encore une fois, je ne suis pas médecin donc je vous partage simplement mon vécu. Moi, personnellement, je me sens fatiguée après chaque séance (même les premières où il s’agissait simplement de préparer, car c’est quand même éprouvant de remuer ses blessures). Après certaines séances, le lendemain, je suis complètement HS, avide d’énergie.

Il m’est arrivé également de faire des cauchemars les nuits qui suivent ou de ressentir certaines émotions négatives, de repenser à des choses auxquelles je n’avais pas pensé depuis longtemps. Ce n’est pas évident, mais c’est juste normal car ça travaille dans votre cerveau…

C’est intéressant d’ailleurs de noter vos cauchemars ou pensées les jours suivants. Lors de la prochaine séance, votre thérapeute vous demandera si vous avez repéré des changements dans votre vie suite à la séance précédente. 

Aussi, j’ai parfois mal à la tête le soir même ou le lendemain, comme lorsqu’on overthink justement et que ça travaille tellement dans notre tête que ça en devient douloureux physiquement. 

Je continue cette thérapie alors il se pourrait bien que je mette à jour cet article ou que j’en partage un autre avec d’éventuels autres retours. Je suis consciente que j’ai toujours des choses à travailler pour être certaine d’évacuer la totalité des symptômes des troubles alimentaires qui pourraient encore me rester. 

Alors du coup, est-ce que je suis en train de sortir définitivement de mes troubles alimentaires grâce à l’EMDR ? Je sens clairement que je suis au bout du tunnel, mais je ne pourrais pas dire que c’est uniquement l’EMDR qui me fait sortir définitivement des TCA. C’est certain que c’est la thérapie qu’il me fallait car j’ai ce besoin de travailler sur les événements traumatiques initiaux. Mais je suis personnellement persuadée que ma thérapie est efficace grâce à tout le travail que j’ai fait auparavant en TCC, en pratiquant la psychologie positive, etc. En tout cas, je vous recommande de tester cette thérapie et de vous en faire votre propre avis. 

Je vous invite à partager votre propre expérience en commentaire si jamais vous avez expérimenté l’EMDR. N’hésitez pas aussi si vous avez d’autres questions, j’y répondrai avec plaisir !

*Journal of EMDR Practice and Research, Volume 12, Number 4, 2018 Zaccagnino et al « Anorexie mentale et EMDR : un cas clinique » : M. Zaccagnino, M. Cussino, C. Callerame, C. Cvilotti, I. Fernandez 

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Publié par Norainnoflower dans Thérapie, 2 commentaires
À cœur ouvert : je vous l’avoue enfin…

À cœur ouvert : je vous l’avoue enfin…

À cœur ouvert : je vous l’avoue enfin…

17 mois. C’est le temps qu’il s’est écoulé depuis que j’ai publié mon dernier article de blog. 17 mois, c’est long, c’est plus d’un an. Et en un an, il s’est passé beaucoup de chose.  

Plusieurs fois, je me suis dit que je devais écrire sur mon blog. Les premiers mois, j’avais envie d’écrire sur d’autres sujets pour aider mes lecteurs à sortir des TCA ou à aider un proche à en sortir. Mais j’avais la sensation de ne pas être honnête.  

Rétrospective des 17 derniers mois

Il y a 17 mois, je vivais encore à Marseille, cette ville à l’opposé de ma région natale. Je ne m’y étais jamais vraiment senti bien, mais j’avais enfin trouvé un travail qui correspondait à mes compétences. Je sortais donc de quelques mois de chômage et surtout de deux mois de confinement. Bien qu’une grande partie de la population ait mal vécu le confinement, personnellement, j’ai adoré. C’est d’ailleurs la période où j’ai sorti ce blog ainsi que le compte Instagram associé et que j’ai terminé la première ébauche de mon livre. Pour vous dire, j’ai tellement aimé ce confinement, que les autres fois où cela nous menaçait, j’espérais sincèrement retourner dans le cocon que j’avais au printemps 2020.  

Avec du recul, je comprends pourquoi le confinement fut un réconfort pour moi. En fait, j’ai employé un mot qui résume assez bien la situation dans le paragraphe précédent : cocon. Pendant le confinement, j’avais mes petites routines qui se répétaient chaque jour. Et surtout, je n’avais pas d’imprévu. Il n’y avait pas de risque d’avoir une soirée organisée à l’imprévu, pas de personne qui démarquerait sans que je ne m’y sois préparée psychologiquement… Je pouvais prévoir un planning sans qu’il ne soit dérangé. Je contrôlais tout.  

Quand je vous parle de contrôle ici, je ne vous parle pas au niveau alimentation. On sait tous que les troubles alimentaires sont intrinsèquement liés à la notion de contrôle. Dans mon cas, le contrôle a toujours été global lorsque j’étais anorexique. J’en profite pour rappeler que l’alimentation est souvent la conséquence d’un problème initial. C’est la seule façon que notre corps et notre esprit ait trouvée pour se protéger d’une blessure plus ou moins consciente. 

Personnellement, quand je contrôle tout et que je n’ai pas d’imprévu, je me sens en sécurité. Quand un imprévu surgit dans ma vie, je ressens un séisme dans tout mon corps. J’ai mal au ventre, je mordille mes ongles, j’écris un planning heure par heure et… je contrôle mon alimentation. Avec la thérapie que je suis actuellement (je vous en parlerai en détail plus tard), j’ai compris que le contrôle, c’est mon bouclier. On m’a fait du mal dans un moment où je ne m’y attendais pas, où je ne « contrôlais » pas. Alors instinctivement, mon corps et mon esprit tente de contrôler tous les paramètres de ma vie afin de me protéger

Bref, à la sortie du confinement, quand j’ai commencé ce travail, je me suis rendu compte qu’en fait, les 3 derniers mois n’avaient rien de la vie réelle. Et franchement, je me suis pris une très grosse claque. J’ai eu la sensation qu’on me mettait un gros coup de batte dans les jambes. J’étais sur les genoux et j’ai même rampé pendant plusieurs mois.

De là, j’ai enchaîné des périodes restrictives où je tentais de manger super sain (trop)… aux périodes boulimiques où je mangeais à toute heure des grosses quantités de muffins, viennoiseries, bol de céréales, etc. Je ne vais pas vous mentir, puisque je veux être à 100 % honnête : j’ai pris du poids. Je ne sais pas combien je n’ai plus de balance. Et franchement, heureusement que je ne l’ai pas su. Ça n’aurait fait que m’enfoncer.

En décembre, j’ai changé de travail. Avec mon copain, on avait envie de migrer vers Lyon.

Je commence alors un nouveau travail où ça se passe très mal. Je vous passe les détails, mais au niveau moral, je pleurais 1 jour sur 2 et la nourriture était mon réconfort. Je ne me restreignais plus, je n’avais plus de crises de boulimie. En revanche, je mangeais gras et sucré, sans limite. J’étais souvent fatiguée, mes vêtements ne m’allaient plus… Et ma confiance en moi, qui soit-dit en passant n’était déjà pas très élevée, s’est vu s’amoindrir à cause de l’homme que j’avais pour patron dans l’entreprise en question. Je me suis remise en question au point où j’étais prête à changer d’orientation professionnelle. Bref, j’ai fini par quitter ce travail en février.

En mars, par chance, j’ai trouvé rapidement un nouveau travail. Je craignais sincèrement de retomber sur des managers malveillants. J’avais peur aussi de ne pas être à la hauteur du travail qu’on me demanderait. Les derniers mois que je venais de vivre m’avaient affaiblie mentalement. 

rechuter

Et c’est là je pense qu’elle en a profité pour revenir. Si vous aussi vous souffrez de trouble alimentaire, vous devez savoir de qui je parle quand je fais référence à « elle ». Elle, la maladie, celle qui vient semer des troubles dans ma tête, qui me plonge dans un brouillard m’empêchant d’avancer sur la route de la vie. Celle qui créait un éboulement de rochers pour parsemer mon chemin de gros cailloux, d’obstacles qui rendent ma vie plus difficile à vivre.

Franchement, elle est maligne. Elle fait les choses implicitement, sans qu’on s’en rend compte.

Au début, ça prenait l’allure d’un rééquilibrage alimentaire. Quelque chose de plutôt sain, qui ne paraissait pas extrémiste. J’ai commencé par diminuer les aliments gras, manger plus de choses saines. Puis j’ai racheté ma balance alimentaire. Au début, je calculais approximativement, seulement quelques aliments d’ailleurs. Jusqu’en juin, je pense que ce rééquilibrage alimentaire était positif pour moi. Je me sentais mieux dans mes vêtements, j’étais moins fatiguée, j’avais une meilleure opinion de moi-même. Mon nouveau boulot se passait super bien, j’aime beaucoup le poste que j’occupe. Et j’ai des collègues de mon âge avec qui je partage des bons moments, des managers bienveillants qui ont la volonté de me faire grandir professionnellement.

J’ai l’impression que j’avais tout pour être bien. Pourtant, je n’acceptais toujours pas mon corps. Je le haïssais même. Ce pauvre corps qui m’a gardé en vie alors que je l’ai mis à rude épreuve pendant plusieurs années. Ça faisait 4 mois que j’avais commencé ce rééquilibrage alimentaire. Je n’avais pas conscience que mes troubles alimentaires revenaient. C’est à l’approche de mes vacances, en août, que je l’ai compris.

Les vacances. Pour ma part, elles étaient tant attendues, mais aussi très redoutées. Les vacances résonnaient pour moi comme une perte de contrôle dans mon alimentation. Durant les trois semaines d’août, j’avais de nombreux repas prévus à l’extérieur, en compagnie d’autres personnes, au restaurant… J’étais angoissée à l’approche de ces vacances juste à cause des repas. Mais pourtant, je fonçais : j’allais au restaurant, je répondais à toutes ces invitations même si cela me demandait de ne pas contrôler mon repas. Je me faisais plaisir, je m’accordais la possibilité de tout manger.

Et soudain… Le brouillard

Avec du recul aujourd’hui, j’ai compris que mon comportement de cet été était plutôt malsain. Je me suis accordé la possibilité de manger comme je voulais… Mais à quel prix ? Je me souviens que durant mes 4 ans d’anorexie mentale, lorsque j’avais la sensation de beaucoup manger, en quelque sorte, je me punissais. Je n’avais plus le droit de manger pendant 24 heures et je devais faire des heures de sport. Même si j’étais épuisée, même si je n’avais plus de souffle, même si j’avais mal aux os, même si j’étais à quelques heures de la mort. Je n’avais pas le droit de juste manger et de me reposer. C’était elle qui me l’interdisait.

À la rentrée de septembre, c’était beaucoup moins violent, mais j’ai encore réduit la quantité dans mes assiettes. Je me restreignais encore un peu plus. Je pense que c’est à la rentrée que j’ai pris conscience que j’avais rechuté. Je me rappelle d’un soir en particulier où j’étais terrorisé parce qu’une soirée s’organisait avec mes collègues et que j’allais devoir manger des aliments que je ne contrôle pas.

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Et soudain… ce fut le brouillard dans ma tête. J’ai eu l’impression de m’être menti pendant les derniers mois. J’étais déçue de moi.

C’était il y a environ deux mois. Je souriais beaucoup moins, je n’avais plus envie d’écouter de la musique positive. J’étais passée de la playlist « Feel Good Vibes » à « Sad Songs Sing-along ». J’étais fatiguée, irritable, triste. J’ai eu l’impression de retourner 3 ans avant. Et ça a été mon électrochoc : vivre une semaine dans ma vie d’anorexique d’il y a 3 ans.

J’ai eu du mal à accepter que j’ai pu rechuter. Mais en fait, quand j’ai fait la rétrospective des trois années depuis laquelle je suis sortie de ma dernière hospitalisation, je me suis rendu compte que je n’en étais jamais vraiment totalement sortie.

Pourtant, je vous assure qu’en mars 2020, j’étais persuadée que plus jamais je n’aurai de troubles alimentaires. Je pensais que tout était terminé.

Mon trouble alimentaire est invisible

J’ai rechuté, mais cette fois, c’est différent de mes 4 années d’anorexie. Lorsque j’étais anorexique, j’étais allé à un stade très bas… Je pesais à peine 30 kilos et ce corps si fragile et squelettique, c’était mon bouclier. Même si je détestais qu’on regarde ce corps, les autres devinaient très facilement que j’étais malade en me contemplant. Cela me donnait une certaine crédibilité. Oui, ma souffrance était bien visible. Je ne cherchais pas la pitié des gens, seulement de l’empathie. Je voulais seulement qu’ils puissent voir à quel point c’était difficile de se battre contre cette maladie, que ce n’était pas juste dans ma tête, que je n’avais pas « qu’à faire un effort » pour aller mieux.

Après mes deux dernières années de crises de boulimie, compulsions alimentaires et j’en passe… j’ai pris du poids. Aujourd’hui, je ne sais pas quel poids puisque, comme je l’ai dit plus haut, je n’ai plus de balance. Mais depuis le mois de mars, j’ai largement réduit ma ration. Je mange bien en deçà de ce que je devrais. Pourtant, mon corps n’a pas changé, il n’a pas maigri ou très peu. Je le sais, car je fais toujours la même taille de pantalon. Je ne donnerai pas de données chiffrées, car ça n’a aucune utilité de se comparer, chaque corps est différent.

Mon corps ne perd plus de poids car il se souvient. Il se rappelle du manque dans lequel je l’ai plongé il y a quelques années. Il se rappelle que la privation l’a amené jusqu’à la réanimation, qu’il avait un nombre incroyable de fils et de sonde rattachés à lui pour l’aider à survire. Il ne veut plus vivre cela. Il n’a plus envie d’être aussi proche de la mort. Il se protège et donc me protège. C’est en ça que je le remercie.

Je le remercie, car depuis qu’elle est revenue dans ma tête, je pense que si j’avais vu mon corps maigrir, je ne sais pas si j’aurai réussi à arrêter le cercle vicieux infernal que j’ai connu quelques années plus tôt.

Mais c’est aussi parce que mon corps me protège qu’aujourd’hui, que mon trouble alimentaire est invisible. Alors certes, je ne suis plus aussi malade qu’avant, et heureusement. Mais depuis le mois de Septembre, je n’ai jamais été aussi mal, aussi loin dans mes troubles alimentaires que depuis que je suis sortie de ma dernière hospitalisation en 2018. Pourtant, personne ne peut le voir et donc me comprendre.

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Aujourd’hui, je suis épuisée mentalement. Je n’en veux pas à mes proches qui ne comprennent pas, car pour moi, seules les personnes réellement atteintes de troubles alimentaires profonds peuvent comprendre. Alors je préfère savoir qu’ils ne comprennent pas, ça signifie qu’ils ont une relation saine à leur corps et à l’alimentation. Mais c’est tellement fatiguant pour moi de devoir tout le temps contrôler. Aujourd’hui, je suis incapable de manger un repas non prévu ou non cuisiné par moi-même. J’ai besoin de connaître la quantité, la composition, la valeur énergétique… Et non, ce n’est pas un caprice. S’il on me demande de manger quelque chose que je ne connais pas sans que je ne m’y prépare, je tremble, j’ai une boule à la gorge, j’ai envie de pleurer, de hurler ma peur.. et je pourrais très certainement tomber dans les pommes.

Le problème, c’est qu’avec un trouble alimentaire « invisible », les gens oublient vite, justement que j’ai des troubles alimentaires. Et ce qui change aussi par rapport à lorsque j’étais anorexique, c’est que j’ai une vie sociale. Donc je continue les soirées, les repas de famille… Et c’est tellement compliqué à gérer. Manger avec d’autres personnes requiert énormément d’énergie pour faire face à mes peurs. Je déteste qu’on me regarde manger, et la plupart du temps, je ne parviens pas à manger comme eux. Et forcément, j’ai toujours des remarques sur le pourquoi je ne mange pas tel ou tel aliment. Les gens ne sont pas malveillants, je le sais, mais jamais ils ne m’auraient demandé cela si mon corps était encore squelettique.

Une autre grande différence par rapport à mes années anorexiques : aujourd’hui, je vis avec mon copain. C’est très difficile pour lui de comprendre et surtout de me voir me prendre la tête pour des histoires de nourriture. J’ai conscience que cela l’empêche d’avoir une vie sociale fluide. On accueille moins de personnes chez nous parce que pour moi, c’est source de crise d’angoisse. On mange moins au restaurant pour les mêmes raisons… Parfois, j’aurai envie de tout quitter et de vivre seule. Mais je sais que c’est mon trouble alimentaire qui veut ça, pas Mathilde. Si mon copain n’était pas à mes côtés, je serais tombée sans doute bien plus vite et bien plus bas dans mes troubles alimentaires. Il est une raison pour laquelle je me bats. 

Pourquoi j’ai rechuté ?

Une des choses qui m’a aidé dans tout mon combat contre les troubles alimentaires, c’est de toujours chercher à comprendre mon comportement. Je réalise très souvent une introspection de mes états d’âme. Ça m’aide vraiment à avancer.

Alors pourquoi j’ai rechuté ? J’ai compris que la lutte contre les troubles alimentaires, c’est vraiment un long chemin et que les rechutes, qu’elle soit petite ou plus importante, sont nombreuses. Mais surtout, elles surviennent tant que le problème initial n’a pas été travaillé en profondeur. J’avais travaillé sur les raisons de mon anorexie à l’hôpital. Mais en réalité, je ne l’avais pas réglé. 

Je pense sincèrement que c’est pour cette raison que je suis retombée aujourd’hui. C’est une façon que mon corps a trouvée pour me dire « Eh Mathilde ! Attends, je pense que t’as oublié de régler quelque chose avec toi-même ! Bon, je vais t’envoyer quelques signaux pour que t’arrête de te mentir… ». L’humain est bien fait, le cerveau est extraordinairement intelligent. Si tu ne parles pas d’un mal-être, ton mal-être parlera lui-même à travers ton corps et/ou dans ta tête.

Ce que j’ai mis en place pour m’en sortir…

Une fois que j’ai pris conscience que j’avais rechuté et surtout… que je l’avais accepté, il fallait que je mette en place des choses pour m’en sortir. Certaines personnes vous diront que l’on peut s’en sortir seule. Je ne suis pas médecin, je n’ai pas la science infuse (d’ailleurs, les médecins ne l’ont pas non plus!). Mais j’ai quand même mon avis sur la question… Je pense que s’il on veut se sortir des troubles alimentaires, il faut accepter une aide extérieure. Peut-être que c’est possible de se sortir seul de cette maladie, à condition de ne pas être à un stade trop avancé, mais vous mettrez certainement 10 ans de plus que si vous vous entourez de professionnels.

J’ai donc fait le choix des professionnels. Après des années de thérapies analytiques, j’ai bien compris tous mes problèmes, tous mes schémas de pensées… ce qui me manque : c’est l’action ! J’avais entendu parler de thérapie de l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). Pour faire bref, c’est une thérapie qui s’appuie sur une stimulation sensorielle, c’est-à-dire le mouvement oculaire (des yeux) pour retraiter les différents traumatises qui ne seraient pas encore totalement digérés par mon corps. Tant qu’un trauma n’est pas digéré, il se manifeste. En l’occurrence pour moi, il se manifeste par mes troubles alimentaires. Je vous parlerai de cette thérapie en détail dans un article dédiée lorsque j’aurai fait suffisamment de séance et que je pourrais vous en parler avec davantage de recul.

Ces thérapies ne seront pas efficaces si je ne m’investis pas à 200 %. Et c’est quelque chose dont j’ai totalement conscience, c’est pour cela que je me bats tous les jours. Et franchement, pour être honnête, ce n’est vraiment pas simple. J’en pleure souvent. J’ai souvent envie d’être seule, de hurler. Parfois, j’aimerais retourner dans l’anorexie sévère dans laquelle j’étais il y a quelques années, j’aimerais retourner à l’hôpital, mais dans mon corps tout maigre. Mais une fois de plus, c’est le trouble alimentaire qui veut ça, pas moi, Mathilde. 

Si seulement ils savaient…

L’écriture, c’est une façon pour moi d’être honnête, de mettre des mots sur mes maux. C’est pourquoi je souhaite terminer cet article en exprimant ce que j’aimerais que les autres comprennent.

J’aimerais que mon copain, ma famille, mes amis… et tout ceux qui m’entourent comprennent… Je ne veux pas leur parler de cette rechute, car je sais qu’ils ont déjà assez souffert de mes années d’anorexie. J’aimerais tellement leur épargner ce nouveau combat parce que c’est énergivore et ils ont leur propre vie, leurs propres combats à mener. Je veux juste qu’ils comprennent que j’ai conscience de mes troubles alimentaires. Je ne retomberai plus jamais comme j’ai pu être malade auparavant. Au contraire, je connais parfaitement les mécanismes des troubles alimentaires maintenant. Et je connais mes limites, j’arrive à savoir quand j’ai besoin d’aide, c’est pour cela que j’ai su m’entourer de professionnels aujourd’hui. Je ne veux pas que mes proches m’aident pour les mêmes raisons que lorsque j’étais anorexique : j’ai besoin de gens impartiales dans ma guérison.

Mais ce que je veux surtout qu’ils se souviennent c’est que ça n’a rien avoir avec la nourriture. Je sais, c’est paradoxal. Mais ma façon de manger et de penser vis-à-vis de mon alimentation, c’est juste la conséquence. Si je suis retombée dans ces travers là, c’est parce que je n’ai pas terminé de travailler sur les causes de mon mal-être initiale, mes blessures, mes traumatismes d’enfance. Et c’est tellement difficile de survivre avec ces blessures que pour tenter de me faire une zone de confort dans lequel je pourrais éventuellement me sentir en sécurité… Et bien, je tente de contrôler mon corps, mon apparence.

On a fait du mal à mon corps. Alors j’essaie de tout faire pour contrôler chaque paramètre de mon corps, pour le protéger, pour ne plus qu’on me fasse de mal. Vous voyez… c’est bien plus complexe qu’une histoire de manger ou non tel ou tel aliment.

Et puis, il y a vous, mes lecteurs… Si vous saviez comme je suis désolée. Je m’en veux de ne plus avoir communiqué, que ce soit sur mon blog ou sur Instragram. Je ne l’ai pas vu revenir. Et quand j’en ai pris conscience, je me suis sentie désemparée et je devais d’abord penser à moi, d’abord accepter ce dont il m’arrivait pour tout mettre en place et avoir les armes nécessaires pour me battre et gagner ce nouveau combat. Je n’ai jamais cherché à vous mentir. Et partager cet article aujourd’hui avec vous, c’est une façon de vous montrer que même lorsqu’on pense en être sortie, il faut être vigilant avec des troubles alimentaires. Une fois de plus, cela montre l’importance de traiter les causes de vos troubles plutôt que les conséquences (alimentation, compulsions alimentaires, hyperactivité sportive…). Je ne m’engage pas sur une fréquence d’article, mais j’ai vraiment envie de partager avec vous mes nouvelles thérapies et ce qui fonctionnera (ou pas) pour moi dans ce nouveau combat : thérapie EMDR, coaching nutrition personnalisée…

Une chose est sûre : je vais m’en sortir ! Je n’ai jamais été aussi mal, mais pourtant, je ne me suis jamais sentie aussi proche de la guérison totale (parce que oui, elle existe !). Je le sais, j’en ai vraiment envie. Je n’aime pas ces pensées qui viennent me parasiter. Je n’aime pas l’insécurité dans laquelle je vis. Je vois que je passe à côté de moment magnifique tout ça à cause de ces put*** de troubles alimentaires ! Je veux une vie épanouie, je veux profiter à 200% de mon couple, de ma famille, de mes amis. Je veux continuer de grandir professionnellement, d’investir dans ma vie professionnelle. Je veux voyager, faire la fête, découvrir de nouvelles expériences. Je veux aimer mon corps. Je veux donner naissance à des enfants, les voir grandir et bâtir une famille qui s’épanouit. Je veux aimer la vie. C’est pour toutes ces raisons que je me bats aujourd’hui et que je remporterai encore la prochaine bataille.

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Les barrières qui vous empêchent de guérir de votre trouble alimentaire

Les barrières qui vous empêchent de guérir de votre trouble alimentaire

Les barrières qui vous empêchent de guérir de votre trouble alimentaire

Parfois, on a le sentiment d’être prête pour guérir, mais on n’y arrive pas. Vous avez peut-être l’impression d’avoir tout essayer, mais en vain, vous ne parvenez pas à remonter la pente. Peut-être qu’à travers cet article vous pourrez déceler un obstacle que vous n’avez pas encore surmonté afin de guérir définitivement de votre trouble alimentaire.

La comparaison aux autres

Se comparer aux autres malades et non malades est un obstacle à votre guérison. À ma première hospitalisation, je passais mon temps à faire des comparaisons avec les autres : « il n’y a pas de raison que je mange plus si les autres s’arrêtent à une ration à 1600 calories », me disais-je. J’entendais des filles déclarer que dès qu’elles quitteraient l’hôpital, elles recommenceraient leur restriction. Ça me rendait folle, je me disais que je ne pouvais pas guérir si elles restaient malades. Mais pourquoi ?! C’est complètement absurde ! Et même pas un moins après ma sortie, j’ai rechuté. J’ai rechuté pour un tas de raison, mais me comparer aux autres m’a poussé dans le fond du trou !

À ma deuxième hospitalisation, j’ai vu les choses différemment. J’écoutais les autres malades en me rappelant que c’était leur petite voix qui les faisait agir ainsi. Je prenais plus de recul et je me disais qu’il fallait que je fasse les choses pour moi. Car quand je sortirai de cet hôpital, c’est moi, et moi seule qui vivrai ma vie. Vous êtes l’unique personne responsable de vos choix, la seule personne à vivre votre vie. Ne vous préoccupez pas des autres malades. Ne comparez pas votre guérison à celles des autres. Chaque personne a des besoins divers, a un passé différent, a des difficultés singulières, a un environnement familial distinct de vous, etc. Et puis surtout rappelez-vous que les autres laissent paraitre ce qu’ils souhaitent qu’on sache d’eux, mais ce n’est pas forcément la réalité.

Les chiffres

Compter les calories, peser mes aliments, tracker le nombre de pas que je faisais dans ma journée, vérifier mon poids quotidiennement… Les chiffres envahissaient ma tête lorsque j’étais malade. J’en étais esclave ! Peu à peu, j’ai appris à m’en détacher jusqu’à ne plus jamais les utiliser.

Débarrassez-vous de votre balance alimentaire, de votre pèse-personne, de votre montre connectée qui estime le nombre de pas, de votre application mobile pour calculer les calories… Tous ces outils sont censés être « utile », mais sont surtout là pour soutenir votre trouble alimentaire à mieux vous contrôler ! Ne vous dites pas simplement que vous allez arrêter d’y recourir, débarrassez-en vous réellement ! Sinon, dans un moment de fragilité, vous allez vous dire « bon, je regarde mon poids juste une fois », mais c’est la fois de trop ! Ces outils ne sont pas des ressources qui vont vous aider à guérir, et au contraire ! Les outils qui vous soutiendront vraiment sont le journal alimentaire, votre journal intime, des mantras positifs, des histoires inspirantes, etc.

En parlant de se défaire de déclencheur de votre trouble alimentaire, débarrassez-vous également de vos vêtements taille 12 ans ou taille 32/34. Les apercevoir dans votre placard vous rappellera juste que vous ne rentrez plus dedans. Et au lieu de vous dire que vous êtes sur le bon chemin de la guérison, votre trouble alimentaire préfèrera vous faire culpabiliser. Alors, débarrassez-vous-en ! Donnez-les à une association ou vendez-les sur Vinted ! Mais ne les gardez pas à votre vue quotidienne. Et puis au-delà du fait de faire du rangement dans vos placards, c’est symbolique. Après ma première hospitalisation, je n’avais pas voulu m’en débarrasser « au cas où ». Cela sous-entendait que je laissais la porte ouverte à mon anorexie si elle souhaitait revenir. Mais non ! S’en débarrasser signifie que vous rejetez votre trouble alimentaire et que vous acceptez la guérison.

Les relations toxiques

Parfois, on n’a pas conscience d’avoir une relation toxique dans notre entourage. C’était mon cas. Cette personne n’est pas quelqu’un de toxique, mais elle l’était pour moi. J’aimais cette personne. Tellement que ça en devenait malsain. Cette relation me détruisait sans même que je prenne réellement conscience des dégâts que cela créait sur ma santé mentale. Ce n’était pas possible de me battre contre ma maladie tant que j’avais cette personne qui hantait mes pensées inconsciemment. Et puis un jour une psychologue m’a questionné sur mon histoire avec cette personne. J’ai raconté toute mon histoire et c’est là que j’ai compris à quel point je devais me séparer définitivement d’elle si je voulais réussir à me consacrer entièrement à ma guérison. Je ne vais pas vous mentir, c’était difficile. Rien que le fait de supprimer son profil sur Facebook, j’ai eu l’impression de me tirer une balle en plein cœur au moment de cliquer sur « Retirer de la liste d’amis ». Un petit bouton, un simple clic, mais qui venait de mettre fin au dernier moyen de communication qui me rattachait encore à cette personne. Plus jamais je ne la verrai. Plus jamais je ne lui parlerai. Plus jamais je ne saurai ce qu’il se passe dans sa vie. Je n’avais plus le choix. Je devais avancer, mais sans elle. Cela a été très difficile et ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. Mais je suis presque certaine que si je n’avais pas fait une croix sur cette personne, je ne serais pas encore guérie aujourd’hui. Cela ne veut pas dire que cette personne était responsable de ma maladie, non. Mais mon attention pour cette personne me détruisait et m’empêchait de me battre.

Les relations toxiques peuvent toucher un(e) ami(e), un membre de la famille, un partenaire amoureux. Mais cela peut aussi concerner une personne moins proche qui parle constamment de poids, de régime et de son alimentation. Vous devez vraiment fuir ces personnes pour ne pas nuire à votre guérison. Je vous donne mes conseils pour faire face aux personnes qui parlent de régime dans cet article. Si vous en avez l’occasion, expliquez à la personne dont vous vous écartez la raison de votre prise de distance. Dites-lui que vous souffrez, que vous êtes malade et que vous avez besoin d’un environnement optimal pour vous aider à vous en sortir. Si cette personne est empathique, elle vous soutiendra afin que vous retrouviez votre santé. Ainsi, elle se détachera de vous pour votre bien.

En vous éloignant des relations toxiques, vous éviterez de déclencher des émotions négatives nourrissant votre trouble alimentaire. Mais vous libérez également de la place dans vos pensées pour vous concentrer sur votre rétablissement.

Le perfectionnisme

Beaucoup de personnes souffrant de trouble alimentaire ont pour trait de caractère commun le perfectionnisme. Le perfectionnisme c’est essayer de tout réussir parfaitement. J’ai toujours été d’une nature perfectionniste. Mais lorsque j’étais anorexique, mon perfectionnisme s’est décuplé. Il fallait que j’aie entre 17/20 et 20/20 à l’école. Si j’avais 16/20, j’étais vraiment déçue de moi-même. Il fallait que mon appartement soit impeccablement rangé. Si je n’avais pas eu le temps de ranger seulement un coin, j’avais honte de moi-même. Il fallait que je sois aimé par tout le monde. Si une collègue de travail n’avait pas l’air de m’apprécier, je me détestais moi-même. Bref, je mettais la barre très haute et cela m’épuisait.

Tant que vous maintenez votre perfectionnisme, vous ne pourrez pas guérir. Vous ne serez jamais satisfait de ce que vous accomplissez. Vous trouverez toujours ça insuffisant. Vous ne pourrez jamais atteindre la perfection tout simplement parce que c’est irréalisable. Vous vivrez une vie de déception et vous ne serez pas heureux(se). Le perfectionnisme entretient votre haine de vous-même et ce sentiment de n’être jamais assez bon. Vous avez l’impression de constamment échouer.

Pour vous détacher de ce perfectionnisme, vous devez accepter vos forces, mais aussi vos faiblesses. Vous êtes humain, pas une machine. Et même les machines connaissent des problèmes techniques. On doit comprendre leurs erreurs pour les réparer afin qu’elles puissent être de nouveau fonctionnelles. Admettez de rechuter, tolérez de ne pas tout réussir parfaitement, acceptez de progresser pas à pas. Acceptez d’être vulnérable.

Le contrôle

Je dis toujours que les troubles alimentaires sont les maladies du contrôle. Le contrôle j’essayais de l’avoir dans tout ce que j’effectuais : le contrôle sur mon travail, sur ce que je mangeais, sur le nombre de calories avalé et dépensé, sur mes émotions… et même le contrôle sur les autres ! Sauf que non, ce n’est pas possible ! Et au-delà du fait que ce soit irréalisable, c’est complètement malsain et cela ne génèrera que de la négativité dans votre vie.

Apprenez à lâcher prise. Tant que vous serez dans le contrôle, vous nourrirez votre trouble alimentaire et vous ne pourrez pas guérir. Guérir en continuant de calculer vos calories, de peser vos aliments et de faire 2 heures de sport par jour, ce n’est pas guérir. C’est continuer d’essayer de contrôler votre corps et votre alimentation, et donc c’est votre trouble alimentaire qui continue de mener la danse.

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La peur de grossir

Je ne sais pas si c’est la peur la plus intense, mais c’est l’une que l’on redoute tous quand on est en chemin vers la guérison : la peur de grossir. C’est vraiment l’un des plus grands défis à surmonter lorsqu’on se bat contre un trouble alimentaire.

Généralement, lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, on est persuadé que son organisme est fichu. On pense que l’on a habitué son corps à une trop petite ration calorique et que de ce fait, lorsqu’on se remettra à manger, on prendra forcément du poids, et ce de façon disproportionnée.

Mais détrompez-vous ! Même si cela s’y apparente, vous n’avez pas fait de régime, vous souffrez d’un trouble alimentaire. Il y a quand même une sacrée différence entre les deux ! Votre corps a besoin d’une restauration de son poids à la normale pour guérir, et je dirais même pour vivre ! Votre corps a besoin de retrouver une alimentation qui lui permettra de ne plus se trouver piégé par la restriction ou les compulsions de votre trouble. Votre organisme n’est pas fichu ! Il est malade.

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On me demande souvent si j’ai repris du poids lorsque j’ai commencé à guérir. Je n’ai pas d’autres réponses que « oui ». Évidemment, j’ai regagné du poids. Mais c’est du poids qu’initialement je n’aurai pas dû perdre. De plus, on ne peut pas guérir sans démaigrir. Le mot démaigrir peut vous faire moins peur que le terme « grossir ». Mais il s’agit réellement de démaigrir, c’est-à-dire que votre corps reprend peu à peu sa forme « santé ».

Vous ne pourrez pas guérir sans regagner du poids. Je sais que c’est difficile à accepter. Je vous garantis que je le sais, car je l’ai vécu. Et chaque jour de ma guérison, tandis que je reprenais peu à peu du poids, je pleurais chaque jour pour tenir bon et continuer de me battre malgré la peur intense que j’avais que cela ne s’arrête jamais. Je vous assure que vous ne grossirez pas à l’infini. Prenez une éponge toute sèche. Mettais là sous l’eau. Peu à peu, elle récupère son aspect d’éponge avec l’eau. Lorsqu’elle est déjà suffisamment gonflée par l’eau, l’eau qui coule dessus retombe sur les côtés, car elle n’a plus besoin d’eau pour obtenir sa forme d’éponge. C’est comme votre corps, il s’arrêtera de démaigrir dès qu’il aura retrouvé confiance en vous, en vos pensées et qu’il aura atteint son poids santé. Faites-lui confiance.

La zone de confort

Cela faisait un an que j’étais malade quand j’ai entrevu une lueur d’espoir dans mon combat. Pour la première fois depuis un an j’étais partie loin de chez moi, en voyage avec des inconnus. C’était la première fois que je me détachais de ma zone de confort. Et c’était la première fois que j’ai réussi à lâcher prise sur des aliments qui me faisaient affreusement peur.

S’il y a une chose que j’ai apprise durant ma guérison, c’est que c’est réellement en quittant sa zone de confort qu’on avance parfois à pas de géant vers la guérison. C’est extrêmement difficile de sortir de sa zone de confort. C’est horrifiant et l’on ne contrôle rien. Mais c’est à cet instant que la maladie est vulnérable et que vous pouvez espérer reprendre le dessus. Et c’est en répétant l’opération que vous pourrez, pas à pas, cheminer vers la guérison.

Lorsque j’ai commencé à guérir de mon trouble alimentaire, j’ai déménagé. J’ai quitté mon appartement pour revenir m’installer chez mes parents. J’ai débuté de nouvelles activités artistiques, j’ai visité des lieux inconnus et fréquenté de nouvelles personnes. Tant de nouvelles choses qui étaient complètement inconnues pour ma maladie. Elle était vulnérable et c’est ainsi que petit à petit je suis parvenue à la maîtriser. Ce n’est pas forcément possible de faire un nouveau départ comme on le souhaite dans sa vie. Mais commencez par changer la décoration ou l’emplacement des meubles dans votre lieu de vie. Vous pouvez parallèlement choisir un chemin différent pour vous rendre sur votre lieu de travail ou à l’école. Vous pouvez également démarrer une nouvelle activité collective.

Quand vous ressentirez un moment de difficulté, que vous vous sentirez menacé, vous allez éprouver une envie oppressante de retrouver votre zone de confort. Mais c’est à cet instant précis que vous devez vous battre et tenir bon ! Votre zone de confort peut vous sembler être sécuritaire, mais c’est tout l’inverse ! C’est ce que veut vous faire croire votre trouble alimentaire. Si vous souffrez, que c’est douloureux, alors vous êtes sur le bon chemin ! C’est que votre trouble alimentaire est en difficulté. Retenez cette phrase : la guérison est un mal sur le court terme pour un bien sur le long terme. Tandis que le trouble alimentaire est un bien sur le court terme pour un mal sur le long terme.

Le manque de soin médical

Je ne le répèterai jamais assez, mais pour moi, être entouré de personnel médical spécialisé dans les troubles alimentaires est primordial. Si c’est le prix qui vous fait peur, sachez que vous pouvez bénéficier d’une Allocation à Longue Durée (ALD) qui vous permettra d’être prise en charge à 100 % pour les soins liés à votre trouble alimentaire. Quand bien même, certain praticien ne sont pas pris en charge. C’est notamment le cas des sophrologues, des kinésiologues, des psychiatres et psychologues aussi parfois. Cependant, dans certains cas, le fait de payer nous engage davantage à se donner à 100 % dans la thérapie pour qu’elle fonctionne du mieux qu’elle peut.

Selon moi, le fait que ces professionnels soient spécialisés dans les troubles alimentaires est véritablement important. Déjà parce qu’ils connaîtront votre maladie et seront plus à même de vous comprendre. Mais aussi puisque grâce à leur expérience, ils sauront vous guider pour vous sortir de là.

Enfin, le fait que le suivi soit régulier et fréquent est vraiment essentiel. Personnellement, je voyais 3 à 4 médecins par semaine. Puis au fil du temps où j’allais mieux on espaçait les rendez-vous tout en diminuant le nombre de praticiens.

Les bénéfices de la maladie

On a parfois du mal à se détacher de la maladie tout simplement parce qu’on en tire des bénéfices. Des bénéfices à souffrir d’un trouble alimentaire ?! Oui tout à fait ! On n’en a parfois pas conscience, mais c’est bien le cas.

Pour vous aider, vous pouvez dresser un tableau des pours et des contres de votre maladie. Les pours seront les bénéfices que vous en retirez. Il n’y a pas de honte à en éprouver. Cela fait partie du vice de la maladie. Pour ma part, le bénéfice que j’en retirais était d’avoir une excuse. L’excuse de ne pas être présente à des invitations, l’excuse d’être fatiguée, l’excuse de ne pas faire les choses parfaitement. J’avais également la sensation qu’on m’accordait de l’attention grâce à ma maladie. J’avais de même ce sentiment d’être unique, de me démarquer des autres et notamment de ma sœur.

En faisant la liste des bénéfices, essayez de trouver pour chacun d’entre eux un raisonnement logique provenant de vous et non pas de votre trouble alimentaire pour réfuter ces bénéfices. Ce n’est pas aussi simple que cela n’y paraît. Vraiment, prêtez-vous au jeu. Vous pouvez vous aider d’un thérapeute pour contredire ces bénéfices.

Peur de l’échec

La peur de l’échec est une peur tout aussi importante que la peur de grossir. Les personnes souffrant d’un trouble alimentaire ont souvent une faible estime d’elle-même. Tellement faible qu’elles sont persuadées de n’être bonnes à rien. Leur peur de l’échec peut quelquefois les empêcher d’essayer de guérir au cas où elles n’y arriveraient pas. Parfois, rien que le fait d’accepter de guérir confirme selon elles qu’elles ont pris « le mauvais chemin » et que donc elles se sont trompées.

Le fait d’être perfectionniste amplifie d’ailleurs souvent la peur de l’échec.

N’ayez pas peur de l’échec et admettez de « faire des erreurs ». L’échec est la clé du succès. On apprend en échouant. Vous avez appris à marcher en tombant de nombreuses fois et en vous relevant. Si chaque bébé ne se relevait plus par peur d’échouer la prochaine fois qu’il réessaie de marcher, on verrait du monde à quatre pattes dans la rue.

Votre trouble alimentaire n’est pas un échec. C’est une épreuve de la vie. Et c’est une étape qui vous aura rendue plus solide une fois que vous en serez sortie. Je vous assure que si je devais renouveler ma vie, je la recommencerais exactement telle que je l’ai vécu. Avec mon trouble alimentaire y compris ! Parce qu’aujourd’hui je me sens plus forte. Bon nombre de fois où je suis face à une difficulté et où je me dis intérieurement « Si j’ai réussi à vaincre mon trouble alimentaire, alors je suis capable de surmonter n’importe quelle épreuve de la vie ! »

Attendre le bon moment

Lorsqu’on s’apprête à se battre contre un trouble alimentaire, on dit souvent qu’on « attend le bon moment ». Sauf que le bon moment, ça n’existe pas ! Il n’y a pas de moment approprié pour guérir !

Une personne atteinte d’un cancer ne va pas attendre le bon moment pour commencer sa chimio. En attendant, les cellules contaminées auront le temps de se répandre dans son corps, amplifiant sa maladie et la rendant encore plus difficilement guérissable.

C’est la même chose pour votre trouble alimentaire ! Sachez qu’au plus le temps passe sans que vous ne vous soigniez, au plus votre trouble alimentaire se propage dans votre cerveau et au plus ce sera complexe de se battre contre lui. Plus tôt vous déciderez de vous soigner, plus vous guérirez rapidement et facilement.

L’identité du trouble alimentaire

Les troubles alimentaires sont pervers à tel point qu’ils nous volent notre identité. Lorsqu’on est atteint d’anorexie, de boulimie, d’hyperphagie, d’orthorexie ou de tous autres TCA, on s’est forgé une identité à travers sa maladie. Le trouble fait partie intégrante de notre vie. On se retrouve donc en droit de se demander « Que vais-je devenir sans mon trouble alimentaire si je guéris ? ». Je me suis moi-même posé la question. Et la réponse, on ne la trouve qu’en se laissant aller vers la guérison. Petit à petit, j’ai découvert la nouvelle Mathilde que je devenais sans mon trouble alimentaire : j’ai découvert mes goûts, mes passions, mes envies, etc.

Votre trouble alimentaire dirige littéralement votre vie : vos actions, vos pensées, vos choix, votre comportement… Votre vie entière tourne autour de la survie de votre trouble alimentaire plus que votre propre survie ! Quitter la maladie va laisser un vide qu’il faudra combler. Et c’est de ce vide qu’on a peur lorsqu’on se trouve sur le chemin du rétablissement.

En prenant en compte toutes les activités que je fais actuellement, toutes les personnes que je vois, les choses que je réalise quotidiennement, je me demande qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir dans ma vie avant, lorsque les troubles alimentaires occupaient mon esprit : RIEN. Vraiment, la réponse n’est « rien » ! C’était principalement des choses insignifiantes : ce qu’on va manger ce soir, ce qu’on mangera demain, le nombre de calories de notre petit-déjeuner, le repas que notre voisin a pris, le nombre de kilomètres parcourus, etc. Votre trouble alimentaire biaise totalement votre façon de voir la vie. Sans lui, vous apprendrez à vivre et ça vaut tellement le coup de vivre plutôt que de survivre !

Votre passé

Lorsque j’étais malade, je vivais constamment dans le passé. Je cherchais à connaître le coupable de ma maladie. Je me demandais si ma vie serait différente si je n’avais pas vécu mon passé. Je regardais des photos du passé avec nostalgie. Je relisais des conversations avec des personnes qui n’étaient même plus dans ma vie.

Ce qui est passé est terminé ! On ne peut plus rien modifier ! La seule chose que l’on détient réellement c’est le présent. Il est donc essentiel de se focaliser sur votre présent, sur ce que vous pouvez faire ici et maintenant pour changer votre futur.

Même lorsqu’on commence à guérir, il faut éviter de regarder son passé. Cela peut représenter des déclencheurs de rechute vers le trouble alimentaire. Débarrassez-vous des photos, des messages, des vêtements… de tout ce qui peut vous rappeler de mauvais souvenirs du temps passé.

Il est temps de remplacer les mauvais souvenirs en créant dans le présent des anecdotes positives.

Quitter son trouble alimentaire est vraiment une chose difficile. Lorsque j’étais sur le chemin de la guérison, j’avais parfois ce sentiment que l’anorexie était prête à me lâcher tandis que moi je n’étais pas encore prête à la laisser partir.

Abandonner son trouble alimentaire demande un lâcher-prise sur soi-même, sur son idéal de la beauté, sur sa peur de l’échec, sur sa peur de grossir… C’est avoir peur de devenir « ordinaire», de tomber dans la « normalité ». C’est également vouloir guérir, mais en gardant un corps maigre. Ce sont deux choses incompatibles et même irrationnelles. Ou alors, vous ne serez pas totalement guéri et votre risque de rechute sera d’autant plus élevé.

Lâcher prise sur les dernières barrières qui vous maintiennent dans la maladie. Vous vivrez une vie plus épanouie, avec des processus cognitifs rétablis et des obsessions sur la nourriture et le corps qui diminueront jusqu’à disparaître.

C’est extrêmement difficile et vous avez peut-être la sensation de ne pas avoir la force de lutter contre votre trouble alimentaire. Mais je vous promets que ça en vaut la peine et que vous serez beaucoup plus heureux(se) lorsque vous serez guéri. 

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, 3 commentaires
Ce que c’est vraiment de se battre contre un trouble alimentaire

Ce que c’est vraiment de se battre contre un trouble alimentaire

Ce que c’est vraiment de se battre contre un trouble alimentaire

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J’ai décidé d’écrire cet article au cas où certaines personnes pensent encore que les troubles alimentaires sont juste une période passagère d’une petite fille capricieuse en pleine crise d’adolescence qui veut attirer l’attention. C’est un préjugé complètement faux ! D’autant plus que les hommes sont également touchés et les troubles alimentaires peuvent apparaître à n’importe quel âge !

Cet article sera intéressant pour les proches d’une personne anorexique ou boulimique afin de mieux comprendre l’enfer que le malade traverse au quotidien. Mais le récit qui va suivre pourra conformément aider les personnes souffrants elles-mêmes de troubles alimentaires. Peut-être qu’elles se reconnaitront et se sentiront moins seules. Mais elles devront surtout se dire que j’ai vécu tout ce que je m’apprête à raconter et surtout que j’en suis sortie ! Ainsi, si moi je l’ai fait, tout le monde peut en guérir ! La guérison est possible !

Pendant 4 ans, j’ai vécu jours et nuits avec l’anorexie mentale, et en outre, j’ai connu une période de boulimie à la fin de mes troubles alimentaires. Alors je sais ce que c’est de vivre avec un trouble alimentaire. Ce récit est propre à mon histoire mais beaucoup de patients éprouvent les mêmes peurs, sentiments et étapes dans le processus de guérison.

Manger

Manger : tout être humain mange chaque jour, et ce plusieurs fois dans la même journée. C’est un besoin primaire, tout à fait normal. Pourtant, quand on souffre d’un trouble alimentaire, manger est une épreuve terrifiante. Lorsque j’étais malade, j’étais à peine levé que je songeais à ce que j’allais manger au petit-déjeuner. Je devais connaître la contenance calorique exacte de chaque aliment pour me rassurer. Si je ne savais pas la teneur énergétique, alors je ne prenais pas le risque de manger. À peine je sortais du petit-déjeuner que je pensais déjà à ce que j’allais déjeuner le midi. Tout était préalablement planifié des heures avant chaque repas. Généralement, c’était toujours les aliments identiques, dans le même lieu et à la même heure. S’il y avait le moindre changement (un retard dans mon repas, un invité surprise, une impossibilité de manger seule dans l’endroit qui me rassurait), dès lors c’était la catastrophe. Je devenais hors de contrôle, tétanisée par la panique et l’imprévu. Comme-ci ma vie en dépendait. Et je ne dramatise pas. Vraiment, les imprévus lorsqu’on souffre de trouble alimentaire sont des véritables dangers de mort. La moitié des personnes souffrant de troubles alimentaires ont déjà fait une tentative de suicide. Et malheureusement, dans les 10 % de décès, beaucoup ont recours au suicide. C’est donc des maladies à ne pas prendre à la légère…

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Manger lorsqu’on se bat contre un trouble alimentaire, c’est s’obliger à mettre une cuillère à soupe de féculent en plus, à ajouter cette demi-cuillère de sauce qui nous fait si peur. C’est aussi devoir se nourrir plus que les autres personnes autour de soi qui elles ne souffrent pas de trouble alimentaire. J’explique dans cet article pourquoi les personnes récupérant d’un trouble alimentaire doivent manger plus pour regagner du poids. Guérir d’un trouble alimentaire c’est également se forcer à manger plus tandis que notre appareil digestif n’a plus l’habitude d’ingérer une quantité normale de nourriture. C’est continuer de se nourrir malgré les douleurs au ventre. C’est devoir manger malgré la culpabilité et la voix de l’anorexie qui nous hurle de n’avaler que de la salade et des pommes. C’est aussi finir tous ses repas en étant frustré, en se demandant s’il l’on n’aurait pas dû prendre plus ou plutôt moins. C’est ruminer quant au repas qu’on a mangé, et ce encore pendant des heures après l’avoir terminé.

Manger, lorsqu’on se bat contre un trouble alimentaire, c’est l’enfer.

Penser sans cesse à la nourriture

Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, on parle souvent d’une petite voix. Dans mon cas, cette petite voix c’était elle, l’anorexie. Presque toutes les heures, j’entendais sa voix me faire comme un récapitulatif de ce que j’avais déjà mangé et ce que j’avais encore le droit de manger le reste de ma journée. Dès que je commençais à ne plus trop l’entendre et à me changer les idées, elle revenait au galop. Elle venait me dire que je devais culpabiliser pour tout ce que j’avais mangé. Elle me titillait pour que j’aille faire du sport, histoire de griller le maximum de calorie. 

Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, on a faim. Oui vraiment, on a terriblement faim. Moi j’entendais mon ventre gargouiller si fort que je mettais de la musique à fond pour ne pas l’entendre. J’avais tellement faim, mais l’anorexie m’empêchait de me nourrir, car il n’était pas l’heure à laquelle elle m’autorisait de me restaurer. Parce que souffrir d’un trouble alimentaire c’est aussi se battre sans cesse pour ne pas écouter la sensation de faim de son corps. Alors je me nourrissais par procuration. Je visionnais des recettes en vidéo, des photos de nourriture… j’y consacrais bien 2 heures chaque jour pour cela sur internet. C’était totalement malsain. Autre chose complètement maladive : je m’assurais que les autres mangent bien, mais surtout plus que moi. Dès que j’en avais l’occasion, je leur proposais des gâteaux, des biscuits, des bonbons… jusqu’à cuisiner des pâtisseries pour eux afin de les regarder en manger sans en prendre une miette.

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 C’est ça aussi souffrir d’anorexie : avoir des comportements malsains et malveillants envers ses proches. C’est avoir honte de soi, jusqu’à même se détester. Mais c’est surtout ne pas parvenir à faire différemment. C’est être sous l’emprise d’un monstre qui est invisible, que les autres ne voient pas, mais surtout qu’ils ne comprennent pas.

Et le pire, c’est que la nourriture est PARTOUT. Si vous avez enfin réussi à ne plus y songer ne serait-ce qu’une fraction de seconde, il y a toujours quelque chose pour vous y faire repenser : vous passez devant une boulangerie, votre collègue a ramené le petit-déjeuner au bureau, vos amis vous invitent à un restaurant, vous apercevez des posts de nourriture sur les réseaux sociaux, etc. Si vous ne souffrez pas de trouble alimentaire, pour mieux comprendre vous pouvez vous imaginer que vous êtes sans cesse confronté à votre pire crainte tous les jours, et ce plusieurs fois dans la journée. Par exemple, si vous avez peur des énormes mygales : Vous vous réveillez le matin et vous devez faire face à une immense mygale qui vous attend dans la cuisine. Ensuite, vous sortez et vous en croisez une dizaine dans la rue. Vous devez êtes en constante alerte et toujours faire attention. Vous arrivez au bureau, on vous a ramené des mygales servies sur un plateau. Le midi, rebelote une mygale… et je vais m’arrêter là en supposant que vous avez compris ! Vraiment imaginez-vous cette situation.

Et quand arrivait le moment de dormir, il m’était impossible de fermer l’œil sans devoir recompter mon total calorique de la journée. Des chiffres, des calories, des kilomètres, des grammes… Lorsque vous souffrez d’un trouble alimentaire, votre tête est envahie par les nombres.

Avant de dormir, je devais planifier mes repas du lendemain qui étaient pourtant similaires à ceux de la veille. Je devais préparer ma séance de sport pour être certaine de pouvoir la faire même si ça impliquait que je travaille mes cours jusqu’à minuit ou que je ne vois pas mes amis que je n’avais pas vu depuis déjà 3 mois.

Le poids et la balance

Souffrir d’un trouble alimentaire c’est monter sur la balance, dans certains cas plusieurs fois par jour, puis pleurer après avoir vu le chiffre. Même si cela n’implique que +100 grammes. La balance c’est elle qui avait le pouvoir de déterminer si oui ou non j’avais le droit de manger toutes mes tartines à mon petit-déjeuner.

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Lorsque vous êtes atteint d’un trouble alimentaire, vous réduisez votre vie à un seul chiffre : votre poids. C’est ce put*** de nombre qu’indiquait la balance qui me disait si j’avais le droit d’être heureuse ou non ! Souffrir d’anorexie c’est souhaiter peser un poids de plus en plus bas, tellement faible qu’on en devient presque inexistant.

Je savais que j’étais en sous-poids, je savais que je devais reprendre du poids si je ne voulais pas mourir. Et j’avais envie de regagner du poids pour guérir. Mais c’était plus fort que moi, je n’y arrivais pas. J’étais satisfaite uniquement si le poids avait diminué voire stagné. Parce que souffrir d’un trouble alimentaire, c’est aussi ça : savoir ce qu’il faut faire, mais ne pas réussir à mettre en œuvre des actions concrètes pour y parvenir.

Les autres

Avant l’anorexie, j’étais une fille sociable, souriante, qui allait toujours vers les autres. Lorsque je suis tombée malade, l’anorexie a tué ma vie sociale.

Lorsque je parle des autres, je fais d’abord référence à ma famille. Souffrir d’un trouble alimentaire c’est se rendre compte qu’on fait du mal à nos parents, à nos frères et sœurs, mais de rester impuissant face à cela. Non, je n’avais pas envie de faire pleurer ma sœur en lui déclarant qu’elle ne pouvait plus venir manger chez ses parents, car j’y vivais et que je ne supportais pas les invités. Non, je n’avais pas envie de regarder ma mère pleurer quand je lui disais que la seule chose qui pouvait m’arriver de bien c’était de ne pas me réveiller le lendemain matin. Non, je n’avais pas envie de voir mon père ruminer, culpabiliser et stresser parce qu’il voyait sa fille s’éteindre à petit feu. Lorsqu’on est atteint d’un trouble alimentaire, on voit son entourage souffrir également, mais on ne parvient pas à faire autrement. Ce n’est pas une question de manque de volonté ou d’essayer d’attirer l’attention. C’est juste qu’on a tellement peu d’estime pour soi qu’on n’arrive pas à se protéger et à s’aimer soi.

Les autres font aussi référence à mes amis. Durant mes 4 années d’anorexie, je me suis vu refuser des dizaines d’invitations à des soirées, des restaurants ou des week-ends entre copines simplement parce que je craignais de ne pas pouvoir contrôler les repas. J’avais peur que les autres fassent une remarque en ce qui concerne ma façon de manger, quant au poids que j’avais probablement perdu tandis que j’avais le sentiment d’avoir grossi. Souffrir d’un trouble alimentaire, c’est se couper de ses amis malgré soi. Non, on ne le fait pas exprès de rater toutes les invitations. Notre trouble alimentaire ne nous laisse pas le choix que de les refuser. L’isolement est le meilleur ami de l’anorexie. À deux, ils formaient un combo de choc et se trouvaient en pleine puissance pour m’anéantir.

Et enfin, les autres font référence à toutes les personnes que je pouvais croiser dans la rue. Leurs regards pesants sur la maigreur de mon corps. Leurs mots mal placés sur mon apparence ou ma manière de manger. Leur incompréhension blessante sur la maladie qui me terrassait. Et puis leur façon de manger. Une personne atteinte d’un trouble alimentaire à un comportement terriblement malsain à l’égard de l’alimentation des autres : surveiller ce qu’ils mangent, quelle quantité, à quelle heure, etc. Quand j’étais malade, mon trouble alimentaire ne me laissait jamais démarrer le repas en premier. Je devais toujours commencer de manger lorsque les autres étaient déjà à la moitié de leur repas. C’était épuisant : se nourrir en fonction des autres sans écouter les besoins de son corps.

Et si jamais ils venaient à parler de leur poids, leur alimentation ou du prochain régime qu’ils allaient essayer… cela réveillait mon trouble alimentaire et multipliait par 10 ma culpabilité et mes comportements destructeurs envers moi-même. Dans cet article, je vous donne des conseils pour gérer les personnes qui suivent un régime autour de vous

L’hyperactivité

Regarder un film Netflix à 15 : 00 un dimanche après-midi ? Faire une sieste dans l’après-midi pour se reposer ? Faire une grasse mat’ jusqu’à 10 : 00 du matin ? Ou simplement, s’assoir plus de 2 heures sans bouger ? Je n’avais plus le droit à tout ça. L’hyperactivité accompagne souvent les troubles alimentaires. L’hyperactivité c’est pas juste faire plus de 5 séances de sport par semaine. Non, l’hyperactivité c’est également aller faire ses courses au magasin de l’arrondissement d’à côté. C’est aussi faire le maximum de trajet à pied. C’est pareillement ne jamais avoir le droit d’emprunter un ascenseur. C’est aussi gigoter continuellement lorsqu’on est assis sur sa chaise. C’est aussi être constamment en train de penser ou de réfléchir à quelque chose qui nous pompe de l’énergie. L’hyperactivité, c’est ne jamais s’accorder de repos. Vraiment, jamais.

Les TOCs (troubles obsessionnels compulsifs)

Lorsque j’étais malade, ma vie était rythmée par les TOCs : les troubles obsessionnels compulsifs. Bien évidemment, cela commençait dans l’assiette : je ne pouvais pas manger si chacune des catégories d’aliments était bien distincte l’une de l’autre dans mon assiette. Il fallait que je coupe tout en petits morceaux, que je fasse des mélanges très bizarres… Ensuite, il y avait les TOCs de comptage : les calories, les grammes. C’était compter, recompter et re-recompter. J’avais également des TOCs de vérification. Je vérifiais que je sentais toujours bien les os de ma cache thoracique, que je pouvais toujours faire le tour de mon biceps avec mes doigts. Et puis il y avait les TOCs dans le ménage : je ne pouvais pas manger tant que le ménage n’était pas fait et que mon appartement était totalement propre.

Pourquoi tous ces TOCs ? Pour avoir un sentiment de contrôle. Pour se rassurer. Mais en fait, ce ne sont que des illusions. Compter les calories, toucher mes os, faire le ménage ne me mettait pas plus en sécurité. Et puis il y a le regard des autres, encore une fois. Lorsque je mangeais à des repas de famille, il m’était impossible d’abandonner mes TOCs. Je détestais la façon dont les gens m’observaient manger en me demandant ce que je pouvais bien foutre avec ces aliments ! Je savais que c’était stupide et que j’avais l’air d’une folle en faisant cela. Mais c’était plus fort que moi. C’était la maladie qui me dictait cela.

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La culpabilité

La culpabilité est le sentiment qui nous hante lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire. La culpabilité après avoir mangé évidemment : Est-ce que j’ai trop mangé ? Est-ce que je n’ai pas fait une connerie en me resservant ? Pourquoi ai-je mangé ce pain ?! Pourquoi ai-je compulsé sur ces puta*** de biscuits ?! Mais malheureusement, la culpabilité ne se limite pas à la nourriture. Il y a la culpabilité de ne pas faire assez : pas assez de sport, pas assez de travail à l’école ou en entreprise, pas assez de marche, pas assez de ménage… juste pas assez. Je me souviens combien je culpabilisais d’être assise sur une chaise en cours. Je n’avais pas d’autre choix que de rester assise et la culpabilité rongeait tellement mes pensées que je n’arrivais plus à me concentrer sur l’intervenant de mon école.

Et puis il y a la culpabilité d’être malade. Combien de fois je culpabilisais d’être anorexique. Je me disais que si je n’étais pas malade, mes parents ne seraient pas aussi inquiets, que ma sœur ne devrait pas m’envoyer un message dès qu’elle souhaitait voir ses propres parents pour ne pas me déranger pendant un repas. J’aurai sans doute était une meilleure amie pour mes copines. Bref, je me culpabilisais pour une maladie que je n’avais pas demandée et dont j’étais moi-même la première victime.

La honte

La honte est l’autre sentiment qui cohabite avec la culpabilité dans notre tête. Quand j’étais anorexique, j’avais honte de mon corps maigre. J’avais honte de porter trois couches de vêtements, même lorsqu’il faisait 30 degrés dehors. J’avais honte de ressembler à une vieille de 50 ans alors que j’en avais 22. J’avais honte d’être toujours tendue et stressée dès qu’on parlait de nourriture ou qu’il y avait quelque chose à manger à proximité.

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Lorsque je suis tombée dans les compulsions alimentaires puis dans la boulimie, j’avais honte de mes crises. Je passais de boulangerie en boulangerie, englobant des muffins, cookies, brioches et j’en passe. Je voyais déjà dans le regard des commerçants leur pitié de me voir stressé en train d’acheter une quantité astronomique de nourriture. Ils me voyaient maintenant souvent et se doutaient que ma relation avec la nourriture n’était pas saine. Et puis j’avais honte de mon comportement face aux passants dans la rue. Je mordais dans une brioche puis le balançais dans la poubelle à proximité. Aussi vite, je me ruais dans un magasin pour acheter d’autres sucreries avec lesquelles je répétais la même action. Il m’est déjà arrivé de jeter un aliment puis d’aller le récupérer dans la poubelle, devant tout le monde… Même la honte n’arrêtait pas mon trouble alimentaire. Je me haïssais plus que tout de faire des choses pareilles.

J’avais encore plus honte de moi devant mes parents. Ma mère m’a déjà surprise en train de faire une crise de boulimie, vomitive ou non. Et elle me demandait pourquoi je n’avais pas réussi à me contrôler. Cette question que moi-même je me posais, mais à laquelle je ne savais pas répondre. J’avais l’impression de terriblement la décevoir. Après chaque crise, nous discutions ensemble. On se disait toutes les deux que c’était certainement la dernière, que maintenant j’avais compris les choses. Jusqu’à ce que le lendemain une nouvelle crise survienne, voire même parfois quelques heures après notre discussion.

Ces sentiments de honte et de culpabilité étaient tellement puissants qu’ils généraient souvent des envies suicidaires chez moi. Combien de fois j’ai marché près d’une ligne de chemin de fer en me disant qu’il fallait que je trouve le courage de sauter sous le prochain train ! Parce que vivre avec un trouble alimentaire c’est aussi ça : avoir des désirs de mettre fin à sa vie en permanence. Avoir la sensation que la mort est la seule arme qui permettrait d’arrêter la petite voix dans notre tête.

Le froid

Si vous n’êtes pas ou n’avez pas été atteint.e de trouble alimentaire, vous n’imaginez pas à quel point on a froid lorsqu’on souffre de ces troubles. Le froid est là en permanence. Comme un corps sans vie. J’avais tellement froid que je me collais souvent au radiateur de ma chambre. J’avais déjà 4 couches de vêtements sur moi, mes mains sur le radiateur, mais elles restaient froides. Mettre un t-shirt sans avoir froid n’était plus possible pour moi. Même en plein été. Même lorsqu’il faisait plus de 30 degrés. Je devais toujours avoir un petit gilet sur moi parce que le froid glaçait mon corps.

La solitude

La solitude est la meilleure amie des troubles alimentaires, avec la culpabilité et la honte. Ces derniers sont en pleine puissance lorsqu’ils se trouvent isolés de tout le monde. Pendant mon anorexie, je me suis vu rejeter des dizaines d’invitations m’empêchant de profiter de mes amis, de voir ma famille. J’avais tellement besoin d’eux, mais paradoxalement je refusais de les voir. Encore une action de l’anorexie que je ne maîtrisais pas.

Mais la solitude réside même lorsqu’on se trouve accompagné en fait. Parce qu’on a beau avoir notre famille et nos amis autour de nous, aucun d’eux ne comprend réellement ce qu’on vit tant qu’ils ne l’ont pas vécu. Ils ont beau nous apporter tout le soutien du monde, nous sommes la seule personne à nous battre contre la maladie. Nous sommes la seule personne à pouvoir guérir. Et c’est vraiment difficile de se sentir seule, incomprise.

Notre reflet dans le miroir

dysmorphie

Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, nous sommes obnubilés par notre image corporelle. Chaque matin et chaque soir, je vérifiais dans la glace que j’avais toujours mon corps squelettique. Comme-ci j’avais pris 10 kilos dans la journée. Cela peut paraître complètement insensé. Mais pourtant, j’avais parfois réellement la sensation d’avoir pris 10 kilos et qu’on ne voyait que cela.

Lorsque je marchais dans la rue, je regardais systématiquement mon reflet dans les vitrines. Non pas que j’étais narcissique. Loin de là, mais j’avais ce besoin de vérifier que j’étais toujours aussi maigre. C’était une obsession constante. Une autre obligation de la maladie.

Les moments festifs

Le jour de son anniversaire, la nouvelle année, les fêtes de Noël… ces jours-là ont toujours été mes moments préférés dans l’année. Je les attendais avec impatience. Sauf lorsque j’ai eu mes troubles alimentaires. À ces moments-là, je les craignais plus que tout.

Le jour de mon anniversaire, je redoutais qu’on m’offre des bonbons, des gâteaux ou chocolats. J’appréhendais de devoir organiser une fête et que donc j’allais devoir nourrir les invités et avoir ce besoin de tout contrôler pour obéir à mon anorexie. Pendant 4 ans, j’étais souvent seule le jour de mon anniversaire. Je pleurais parfois parce que j’avais mangé un chocolat. J’avais envie de souffler les bougies sur mon gâteau pour faire un vœu. Mais je ne pouvais pas manger mon gâteau, je n’y arrivais pas. Alors on ne faisait pas de gâteau.

Les fêtes de fin d’année je les redoutais dès le début novembre. Je me souviens de mon Noël 2017. J’ai pleuré du début à la fin. Je voyais toute ma famille me regarder, complètement démunie. Et moi j’étais terrifiée par toute cette nourriture qui m’apeurait, que je désirais, mais que l’anorexie m’interdisait. Je n’avais plus le droit de simplement manger et célébrer Noël et la nouvelle année. Je devais résister, me contrôler pour ne pas craquer sur un aliment. Lorsque j’arrivais à la table de Noël, je ne voyais pas ma famille, j’additionnais mentalement toutes les calories qui se trouvaient sur la table. Je ne pouvais plus profiter de ceux qui m’entouraient et que j’aimais. J’étais esclave de mon anorexie.

Me battre contre l’anorexie est la chose la plus compliquée que j’ai surmontée. C’est une bataille quotidienne, constante, à chaque seconde de chaque journée. C’est comme avoir un démon en soi qui critique chaque chose que l’on réalise, mange ou pense. Vivre avec un trouble alimentaire c’est comme tomber d’un bateau qui nous maintenait dans une stabilité générale dans la vie. Et à chaque fois que vous êtes sur le point de remonter sur le bateau, vous vous prenez une grosse vague qui vous renvoie loin du navire. Vous avez envie d’arrêter de nager, vous êtes épuisé et vous voulez abandonner pour vous laisser couler.

Vivre avec un trouble alimentaire c’est comme essayer de respirer dans un tout petit bocal où il n’y a presque pas d’air. À chaque respiration, on a l’impression qu’on se rapproche un peu plus de la mort. C’est une bataille difficile, mais je suis la preuve que l’espoir existe et est réel. Continuez de vous accrocher. Continuez de respirer peu à peu jusqu’à ce que vous sortez de ce petit bocal qui vous empêche de vivre. Le rétablissement consiste à respirer de mieux en mieux, et tellement mieux qu’un jour vous réussirez à faire exploser le couvercle du bocal pour en sortir. Il se pourra que le couvercle tente de se révisser par lui-même. Mais votre respiration aura déjà affronté des épreuves qui l’auront rendue plus forte. Elle sera donc capable de rouvrir le couvercle d’autres fois encore. Tenez-bon. Je vous assure que ça en vaut la peine.

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Couple, Mieux connaître, Parents, 8 commentaires
Comment gérer les personnes qui suivent un régime durant la guérison d’un trouble de l’alimentation ?

Comment gérer les personnes qui suivent un régime durant la guérison d’un trouble de l’alimentation ?

Comment gérer les personnes qui suivent un régime durant la guérison d’un trouble de l’alimentation ?

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Quand j’étais anorexique, je n’avais plus de vie sociale. Les fois où je voyais ma famille ou mes amis devenaient rares… Lorsque j’étais sur le chemin de la guérison, que j’augmentais ma ration alimentaire, ma vie sociale s’est relancé petit à petit. Cela fait d’ailleurs partie du processus de guérison. Et c’est alors que je me suis confronté à une épreuve de taille : faire face aux conversations parlant de poids et d’alimentation.

Les discussions sur les régimes alimentaires nous impactent tous négativement, avec ou sans trouble alimentaire. Mais si en plus on souffre d’un trouble alimentaire, ces discussions deviennent une vraie épreuve à surmonter et qui nous hantent encore longtemps après que le dialogue ait eu lieu.

Qu’ils soient positifs ou négatifs, les commentaires sur la nourriture ou le corps sont de véritables déclencheurs du trouble alimentaire, pouvant entraîner une rechute. On a tous dans notre entourage quelqu’un qui est obsédé par son poids ou son alimentation. Et même si ces propos ne vous sont pas destinés, ils vous déstabilisent complètement et vous renvoi à des peurs ancrées en vous : celle de grossir, de ne pas bien faire les choses, de mal manger, etc. 

Ce que vous devez savoir pour mieux accepter les commentaires autour de l’alimentation et du poids :

On vit malheureusement dans une société où le régime est mis en avant et la perte de poids est félicitée. Il n’est donc pas étonnant que nous fassions face à des discussions abordant le poids et l’alimentation quotidiennement ! Avant de vous donner des conseils pour gérer ces discussions, il me semble important que vous lisiez ces réflexions pour vous aider à mieux accepter les commentaires négatifs de ceux qui vous entourent.

Personne ne comprend ce que vous vivez

Ce n’est pas pour les excuser, mais la plupart des gens qui vous entourent ne comprennent pas ce que vous vivez. Même ceux qui vous disent qu’ils ont compris. Combien de personnes que je connais sont venues me demander des conseils nutrition et sport pendant que j’étais en guérison, tout simplement parce que je regagnais du poids et que du coup, j’avais l’air « guérie ». S’ils s’imaginaient ce que je vivais, jamais ils ne m’auraient parlé de ces sujets.

Même les membres de votre famille ou vos amis les plus proches ne comprennent pas à quel point il est éprouvant de combattre un trouble alimentaire. Pour eux, les difficultés sont là lorsqu’il y a de la nourriture. Mais même avant les repas, vos pensées vous angoissent. La culpabilité après les repas est paralysante. Et même lorsqu’il n’est pas question d’alimentation, vous êtes en lutte constante contre votre trouble alimentaire. Tout cela, il l’ignore.

Même si leurs conversations déclenchent chez vous des sentiments stressants liés à votre trouble alimentaire, je suis presque certaine qu’ils ne se rendent pas compte de l’impact de leurs propos. Ils n’ont pas conscience à quel point la guérison est difficile. C’est pourquoi il est important de leur expliquer. Je vous parle de cela un peu plus loin dans l’article. 

Beaucoup de personnes sont victimes de l’industrie du régime

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L’industrie du régime est malheureusement puissante et ses messages sont répétés et rabâchées des centaines de fois par jour via les publicités, les médias, certains influenceurs et par des milliers d’habitants de cette Terre. C’est pourquoi énormément de monde a subi un lavage du cerveau leur inculquant une véritable culture du régime.

Vous vous demandez pourquoi tous ces gens parlent sans cesse de nourriture et de poids. Parce qu’ils sont biaisés par la culture du régime, consciemment ou inconsciemment, comme vous l’avez sans doute été à un moment donné.

Je trouve cela personnellement malheureux, mais vous ne pourrez pas changer une société entière. Ainsi, tentez de prendre du recul en vous disant que ces personnes sont victimes d’une industrie. Et ce n’est pas parce qu’elles ont une opinion sur l’alimentation et le poids qu’elles ont raison. Bien au contraire. Alors si vous sentez que dans leur discours, elles ont tort, c’est leur problème, pas le vôtre. Vous avez déjà assez de soucis à vous faire avec votre guérison. 

N’acceptez pas tout pour éviter le rejet

L’une de mes plus grandes peurs est le rejet. J’ai depuis longtemps eu cette peur d’être rejeté par les autres. C’est pourquoi j’ai toujours adopté une stratégie du caméléon : celle d’être d’accord avec tout le monde pour me faire accepter. Sauf que dans ce cas-ci, si j’étais d’accord avec des discussions qui m’étaient néfastes, j’allais repartir en arrière renforçant mon trouble alimentaire. Pour me protéger, je n’ai pas eu d’autre choix que d’appliquer des techniques pour lutter contre les conversations négatives.

N’admettez pas tout par peur du rejet. Vous devez accepter que beaucoup de personnes ne comprendront jamais ce que vous vivez et continueront de parler de régime et de poids. Vous devez penser à votre santé, à votre bien-être et pas aux autres. N’allez pas à l’encontre de votre guérison pour faire plaisir aux autres. Car il y a de forte chance que ces autres personnes ne pensent plus à vous une fois rentré chez elles. Tandis que vous, vous allez ressasser ces conversations encore longtemps dans votre tête.

Si ces gens sont néfastes pour vous, alors ils n’ont pas leur place dans votre vie. Vous verrez avec le temps que seules les personnes qui ont envie de vous aider et de vous comprendre resteront à vos côtés. 

Vous ne pouvez pas changer les autres

C’est l’une des leçons que j’ai apprises de mon anorexie, on ne peut pas changer les autres. C’est vraiment difficile d’entendre son amie vous parler de comment elle réussit à sauter son petit-déj ou le sport qu’elle pratique tous les jours pour rentrer dans sa robe. Vous avez envie de la secouer et de lui demander d’arrêter son obsession à son corps qui est nuisible pour vous, mais aussi pour elle. Mais tant qu’elle-même n’en aura pas conscience elle-même, vous allez juste gaspiller de l’énergie et du temps pour quelque chose dont vous êtes impuissante.

Ce n’est pas parce que vous pensez d’une façon que tout le monde doit adopter le même système de croyances. Quand bien même vous auriez raison. Chaque personne est libre de ses choix, de sa façon d’être et de penser.

Mes conseils pour gérer les personnes parlant de poids et de nourriture

Les réflexions que je vous ai partagées peuvent certes vous aider à accepter les commentaires négatifs autour de l’alimentation et du poids. Mais je vous ai également listé 6 conseils plus concrets pour faire face aux personnes obsédées par leur corps et la nourriture :

Avoir conscience du danger de ces personnes durant la guérison

Je le dis souvent, la prise de conscience est une première étape primordiale. Avoir conscience qu’être entouré de personnes parlant de poids et d’alimentation pendant la guérison peut vous être préjudiciable est important. Si vous en avez conscience, vous allez vous préparer à y faire face, notamment avec les conseils qui vont suivre.

Vous combattez un trouble alimentaire. De ce fait, le dernier régime à la mode ne vous est clairement pas adapté. Ne prenez pas en compte les habitudes alimentaires et sportives qu’applique votre entourage. Cela ne vous concerne pas. Et à moins qu’il s’agisse de votre équipe médicale référente qui suit votre état de santé et connaît vos antécédents psychologiques, personne n’est en droit de vous dire ce que vous devez faire. Le pire, c’est que ces gens qui sont actuellement satisfaits des résultats de leur régime draconien ne sont pas à l’abri de développer un trouble alimentaire. Une analyse a été effectuée par des chercheurs et démontre que certaines règles alimentaires des régimes drastiques sont similaires aux astuces qu’on retrouve sur les sites pro-anorexie.

Or, en tant que guerrier qui se bat contre un trouble alimentaire, vous devez éviter tout conseil pouvant déclencher ce trouble. Sinon, malheureusement, vous pourriez bien rechuter

Exprimez ses besoins

Ce n’est pas toujours facile à faire, car vous avez certainement peur de vous retrouver face à un mur d’incompréhension voire à du rejet. Mais c’est pourtant primordial si vous voulez espérer un changement de la part de votre entourage : il s’agit d’exprimer vos besoins.

Comme je vous le précisais un peu plus haut, les autres ne s’imaginent pas ce que vous vivez. Il est donc important de leur expliquer afin qu’ils puissent davantage vous comprendre et ainsi adopter le bon comportement. Surtout s’il s’agit de vos parents, frère et sœur ou ami que vous voyez très souvent. Il vaut mieux leur exprimer plutôt que d’endurer leur discours prônant des régimes amaigrissants à tout bout de champ. Voici une méthode efficace pour formuler vos besoins :

  • Donner des exemples concrets : donner des phrases que cette personne vous a déjà dites. Par exemple, dites-lui : « Lorsqu’on mange ensemble, tu commentes toujours ton assiette en disant que ça va te faire grossir ou que tu vas devoir faire une bonne séance de sport après ».
  • Dites-lui ensuite vos ressentis vis-à-vis de ses propos. Si l’on continue avec le même exemple, cela donnerait : « Moi lorsque tu dis ça, je ne peux pas m’empêcher de culpabiliser, car je n’ai pas le droit de faire du sport. Ou pire, cela me déclenche une envie de faire du sport alors que c’est contre-indiqué par mon médecin »
  • Affirmez alors ce que vous voulez. « J’ai vraiment besoin qu’on ne parle pas d’alimentation ni de poids. Même si cela ne me concerne pas et que tes commentaires te sont adressés, il est préférable de ne pas en parler du tout. Ce sont des déclencheurs qui peuvent me faire rechuter. C’est déjà très complexe pour moi de manger et de ne plus faire de sport »
  • Soulignez enfin les effets positifs qu’il y aura d’appliquer ce que vous demandez. « Si l’on n’en parle pas, ce sera plus simple pour moi de manger sans culpabiliser et d’accepter mon repas. Cela me permettra de guérir sans avoir des difficultés supplémentaires. Et puis on pourra discuter de choses qui seront plus joyeuses pour toi comme pour moi. »

Sachez que vous allez devoir exprimer plusieurs fois vos besoins. Les conversations sur les régimes sont tellement banalisées que vos proches ne s’aperçoivent même plus qu’ils en parlent. N’imaginez pas qu’ils le font exprès. C’est ce que je pensais. Mais en leur disant, je me suis rendu compte que vraiment ils n’avaient pas conscience de leurs propos.

N’ayez pas peur de gêner en exprimant vos ressentis. Voyez cela comme une façon pour vous d’expliquer à votre entourage comment gérer votre maladie et vous protéger.

Vous pouvez par exemple dire « Je le rappelle, je préfère qu’on ne parle pas de nourriture ou de corps s’il vous plaît ». Puis vous redirigez vers un sujet qui n’a aucun rapport avec ces deux thématiques.

Filtrez les informations négatives

Parfois, vous vous retrouvez engagez dans une conversation sur les régimes avec des personnes que vous ne connaissez à peine. C’est donc plus compliqué d’exprimer ses besoins. Vous n’avez peut-être pas envie de commencer à raconter vos soucis avec l’alimentation. Sachez quand même que vous n’êtes pas obligé de vous justifier. Vous pouvez tout simplement dire que vous ne préférez pas aborder ces sujets.

Mais si vous choisissez de ne rien dire, alors vous allez devoir apprendre à filtrer les informations que vous ne voulez pas entendre.

Pour cela, vous allez devoir vous déconnecter de la discussion, et ne plus vraiment y participer, ni même écouter. Vous allez utiliser la restructuration cognitive. C’est-à-dire que vous allez vous défocaliser de la conversation pour refocaliser votre attention sur autre chose. Il s’agit d’une stratégie de pleine conscience, car vous allez vous concentrer sur des éléments et/ou ressentis dans l’instant présent.

Je vous propose un exercice qui s’appelle le « 5-4-3-2-1 » :

Dans votre tête, nommez :

  • 5 choses que vous voyez
  • 4 choses que vous entendez
  • 3 choses que vous ressentez
  • 3 choses que vous pouvez sentir
  • 1 chose que vous pourriez goûter dans la pièce où vous vous trouvez

C’est un exemple d’exercice qui vous permet de vous recentrer sur l’instant présent. Vous allez ainsi quitter la conversation tout en restant présente physiquement. Vous pouvez retrouver d’autres exercices en téléchargeant ma nouvelle ressource sur les techniques de détente.  

Si vous n’aimez pas ces exercices de pleines consciences, vous pouvez à la place vous répéter en boucle des affirmations de ce style : « Ce qui est valable pour eux ne l’est pas pour moi », « Ce n’est pas parce qu’elle a une opinion qu’elle a raison », « Ces personnes sont biaisées par l’industrie du régime », etc.

Vous pouvez également vous rappeler les raisons pour lesquelles vous souhaitez guérir. Je vous en ai fait une liste de 50 raisons que vous pouvez télécharger dans l’onglet Ressource de mon blog.

S’éloigner de ces personnes

Dans certains cas, vous avez beau répéter vos besoins, votre entourage ne le respecte pas. Vous avez également essayé de vous défocaliser de ces conversations, mais cela ne fonctionne pas totalement et vous ressentez toujours des déclencheurs vous replongeant dans votre trouble alimentaire.

Ainsi, parfois il est nécessaire de faire des choix qui peuvent s’avérer difficiles. Il s’agit de s’éloigner de certaines personnes qui entravent à votre guérison.

Mais si vous n’êtes pas prêt à vous séparer de certaines personnes, vous pouvez réaliser des activités avec elles sur lesquelles vous avez un certain « contrôle ». Par exemple, si vous proposez de faire un cinéma avec elles, vous allez davantage parler du film plutôt que de nourriture. Parallèlement, évitez d’aller manger au restaurant ou d’aller faire du shopping avec elles. Ce sont des occasions où elles pourront discuter d’alimentation ou de la façon dont elles ne sentent pas bien dans leur corps.

Ensuite, vous pouvez d’abord commencer par vous éloigner des conversations perturbantes avant de vous isoler de ces personnes. Par exemple, lorsqu’elles abordent les sujets négatifs, profitez-en pour vous éclipser aux toilettes ou pour passer un coup de téléphone.

Enfin, si vous avez une personne dans votre vie qui est trop présente et qui aborde sans cesse tous ces sujets de conversations néfastes, alors vous pourrez penser à vous séparer d’elle. Pour ma part, je me souviens qu’au début de ma guérison, je n’exprimais pas mes besoins. Et cela me rongeait de l’intérieur même des heures après, j’en pleurais, je culpabilisais. Puis j’ai décidé d’en parler. J’ai des amis qui persévéraient d’aborder ses sujets sans même s’en rendre compte. J’ai fini par envoyer un long message leur disant que cela avait tendance à me faire rechuter. Et que si cela continuait, pour me préserver, je me verrais contrainte de me séparer d’elles, au moins pour un temps. Cela a été efficace. Elles ont fait très attention à ne plus parler de ces sujets qui fâchent et j’ai pu les garder dans ma vie. 

Dites-vous bien que rien n’est définitif. Vous pouvez vous éloigner de certaines personnes temporairement. C’est pour votre bien, pour vous protéger. Votre santé et votre guérison passent avant tout.

S’entourer de personnes positives

Le fait de devoir vous séparer temporairement de certaines personnes ne signifie pas que vous devez rester seule. Non, et au contraire ! Je trouver personnellement que la vie sociale est l’un des médicaments pour se sortir de son trouble alimentaire (avec la nourriture et le repos).

Vous allez devoir vous rapprocher des personnes qui ont une influence positive sur vous. Lorsque j’étais dans ma phase de guérison et que je parlais de ma maladie, je sentais bien les personnes qui comprenaient ce que je vivais et celles qui ne comprenaient rien. Je me rappelle parfois de certaines personnes qui me disaient « Ah je comprends ! Moi c’est pareil j’arrive pas à m’arrêter de manger quand je prends un carré de chocolat ». Oui, bah non, ce n’est absolument pas pareil… Bref !

Alors, je mangeais plus fréquemment avec ma sœur qui ne parlait jamais des sujets autour de l’alimentation ou du corps. Je vous en parlais dans l’article sur les comparaisons sociales durant la guérison, mais il est préférable également de cesser de suivre des personnes néfastes sur les réseaux sociaux. Ainsi, lorsque j’ai réalisé cela, j’ai commencé à suivre des comptes positifs, non liés au régime alimentaire. Je me suis comme créé une bulle anti-régime pour me protéger de la culture de l’alimentation. J’écoutais par exemple les InPower podcasts de Mybetterself qui sont très inspirants. J’ai lu les livres de Laurent Gounelle qui sont une véritable source de motivation délivrant des messages forts sur la vie. Entourez-vous au maximum de tout ce qui vous fait du bien et qui n’a pas de rapport avec l’alimentation et le corps.

Tentez d’inculquer chez ces personnes une culture « anti-régimes »

Ce dernier conseil n’est pas un conseil à forcément appliquer. Cela dépend des choix de chacun. Il s’agit de choisir de rester engager dans les conversations et de tenter de persuader votre entourage d’adhérer à une culture « anti-régime ». Cela sous-entend que ces personnes parleront davantage positivement du corps au lieu d’aborder les sujets de poids et de régime.

Vous pouvez choisir de vous engager dans cette lutte anti-régime. Mais personnellement, je ne vous le conseille pas. Ce n’est pas votre travail de convaincre les autres. De plus, la plupart des gens ont des idées bien arrêtées, et parce qu’ils voient que tout le monde agit de cette façon, ils préfèrent rejoindre la majorité. Ainsi, vous allez utiliser du temps et de l’énergie pour rien. Vous engager dans un débat du pour et contre la culture de l’alimentation pourrait vous faire plus de mal que de bien.

Par ailleurs, en ne répondant pas à leur conversation sur le poids et l’alimentation, votre entourage se rendra compte que vous n’êtes pas réceptif à ces sujets. Ils verront que vous sortez de votre trouble aliment, que vous évoluez positivement sans suivre les diktats de la société. Vous partagerez donc un message subliminal préconisant qu’on puisse être heureux sans suivre la culture de la minceur

Pour conclure, n’oubliez pas de fixer vos propres limites. Mais sachez que les gens ne changent pas du jour au lendemain et que vous pourriez être contraint de vous séparer de certaines personnes temporairement pour vous protéger. Malheureusement, vous allez être constamment face à des signaux prônant les régimes minceur. Cela fait partie de notre société actuelle. Mais vous observerez qu’au plus vous ferez face à ce genre de message, au plus vous serez renforcé pour les affronter.

De même, au plus vous cheminez vers la guérison, au moins ces messages auront d’impact sur vous. Me concernant, pendant longtemps ce type de conversation me rongeait, et ce jusqu’à récemment. Depuis le déconfinement, j’ai revu certains amis qui parlent sans cesse de ces sujets. Et je me suis rendu compte que cela m’impacte beaucoup moins qu’avant le confinement. Je sais donc que j’ai encore avancé personnellement.

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, 3 commentaires
Comment arrêter de se comparer aux autres durant son trouble alimentaire ?

Comment arrêter de se comparer aux autres durant son trouble alimentaire ?

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Se comparer aux autres : tout le monde le fait et je suis certaine que vous l’avez déjà fait. La comparaison existe dans tous les domaines : le travail et le salaire qu’on gagne, la vie de couple, le matériel qu’on possède, la voiture, le logement, etc. Cependant, dans cet article je vais me concentrer sur la comparaison à notre apparence, notre poids et ce qui se trouve dans notre assiette lorsqu’on souffre de trouble alimentaire.

Avant même de tomber dans l’anorexie, je me comparais sans cesse à mes copines et aux autres élèves de mon collège et lycée. Pendant l’anorexie, je passais mon temps à me comparer à mon entourage, mais aussi à d’autres personnes également souffrant d’anorexie. Ça en devenait vraiment malsain et ça aidait mon trouble alimentaire à détruire mon estime de moi qui était déjà bien faible. Depuis que je suis guérie, je ne me compare plus du tout aux personnes atteintes de troubles alimentaires. Mais je vous avoue qu’il m’est encore difficile de ne pas mesurer ma vie professionnelle et amoureuse par rapport aux succès de ceux qui m’entourent. Dans cet article je vais vous expliquer à quel point il est toxique de se comparer aux autres lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire. Je vous partage également quelques conseils pour vous détacher de la comparaison.

Pourquoi se compare-t-on ?

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne c’est que la comparaison est un comportement normal. La mauvaise, c’est que vous allez continuer de le faire, car c’est humain. C’est Leon Festinger qui a mis en lumière la théorie de la comparaison sociale en 1954. Il déclare que tout être humain est amené à mesurer ses capacités, son opinion et ses émotions avec le seul moyen concret qu’il dispose, c’est à dire avec les individus qui l’entoure. En effet, on se compare à ceux avec lesquels on s’identifie le plus, et c’est généralement nos proches (notre famille, nos amis, nos collègues, nos voisins, etc.).

En réalité, ce n’est pas vraiment une mauvaise nouvelle si l’on continue de se comparer. Et oui, la comparaison n’est pas forcément négative. Elle nous aide à nous inspirer, à nous motiver, à nous faire devenir la meilleure version de nous-mêmes. Mais le problème, c’est que dans la plupart des cas, la comparaison aux autres est davantage dévalorisante que gratifiante

La comparaison lorsqu’on est atteint de trouble alimentaire est destructrice. Des études prouvent d’ailleurs que les patients souffrant de troubles alimentaires ont une tendance supérieure à se comparer qu’une personne en bonne santé. Elles se comparent même plus que des personnes souffrant de dépression. C’est pour dire à quel point la comparaison est présente dans la vie d’une personne anorexique, boulimique, orthorexique ou encore hyperphagique.

Les médias sociaux : une cause de comparaison malsaine

Il me semble que beaucoup de personnes souffrant de trouble alimentaire sont présentes sur les réseaux sociaux. Et malheureusement, les médias sociaux représentent un véritable danger perpétuant constamment la comparaison avec les autres. Même si les réseaux sociaux ont de bons côtés, notamment celui de rester en contact régulier avec ses proches, ils peuvent s’avérer néfastes dans certains cas.

Lorsque l’on scroll son flux Instagram, on a parfois l’impression d’être entourée de personnes « parfaites », qui ont des corps subliment et qui ont l’air d’avoir une vie remplie d’instants bonheur. À force de voir ça sur Instagram, mais aussi sur tous les médias en général (comme à la télé, dans les magazines et les séries…), on finit par croire qu’avoir un corps de rêve et vivre des moments inoubliables à chaque instant de sa vie c’est une vie normale. Mais en réalité, les médias nous révèlent seulement une façade. C’est rare qu’on voit une grande influenceuse partager une photo d’elle en train de pleurer, ou qu’on nous montre les grandes stars à la télévision déprimant au fond de leur lit. Les posts publiés sur Instargam par les influenceurs sont bien souvent rayonnants et ne reflètent pas leurs difficultés ou leurs faiblesses. Mais en réalité, est-ce que le fait qu’ils aient un corps de rêve et un super beau feed Instagram signifie qu’ils sont heureux ? Non.

réseaux-sociaux-instagram-anorexie

Je vais vous donner un exemple concret qui m’est arrivé. Lorsque j’étais anorexique, j’inscrivais dans ma bio Instagram de mon compte perso « En guérison de l’anorexie ». Je suivais une petite influenceuse que j’aimais beaucoup : elle publiait des photos magnifiques d’elles, des bons plats colorés et des moments palpitants de sa vie. C’était une fille qui m’inspirait. Je commentais et likais chacun de ses posts. Un jour, elle est venue discuter avec moi en privé en me disant qu’elle avait vu dans ma biographie que j’étais atteinte d’anorexie. Elle m’a avoué qu’elle l’était également et me demandait comment je gérais la situation. J’en suis restée bouche-bée. Je suis vraiment tombée de haut. Elle n’en parlait jamais à sa communauté de sa maladie. C’est là que j’ai véritablement compris qu’il ne s’agit que d’apparence sur Instagram. Avoir un corps idéal ne signifie pas être en bonne santé mentalement. Preuve en est dans l’anecdote que je viens de vous raconter.

Je ne dis absolument pas que toutes les personnes avec un corps parfait sur Instagram sont atteintes de trouble alimentaire. Non, évidemment. Mais sachez qu’une personne qui suit un régime en étant constamment préoccupée par son apparence physique et le nombre de calories que son plat contient a très probablement des problèmes d’image de soi similaire à vous. Ne vous fiez pas aux apparences. Vous ne connaissez pas la vie d’une personne ni ce qui se passe dans sa tête à travers une photo.

La toxicité de se comparer à d’autres personnes souffrant de trouble alimentaire

Lorsque j’étais atteinte d’anorexie, j’ai souvent suivie des comptes de filles en train de lutter contre l’anorexie. Je pensais que cela m’aidait, et parfois c’était sans doute le cas. Mais cela était néfaste également puisque je me comparais à elle, sans même en avoir conscience. À l’hôpital, on vivait à 11 patients tous malades à se comparer sans cesse. C’était vraiment usant et nocif pour chacun d’entre nous. Ainsi je sais à quel point cette comparaison aux autres personnes souffrant de trouble alimentaire est toxique : « Est-ce qu’elle est plus maigre que moi ? » « Elle mange beaucoup moins que moi là, non ? » « Quoi ? Elle fait encore du sport alors que moi j’ai complètement arrêté ?! ». Vous vous reconnaissez dans ces phrases ? 

Lorsqu’une personne atteinte d’un trouble alimentaire se compare, elle ne voit qu’une seule option à la comparaison : soit elle « gagne », soit elle « perd ». Si elle perd, les sentiments négatifs qu’elle va ressentir vont venir alimenter son trouble alimentaire, l’entrainant à continuer ses comportements néfastes. Si elle gagne, elle va se sentir satisfaite, temporairement. Mais au final, gagner signifie qu’elle a réussi à avoir le corps le plus mince, à manger le moins, à être la plus malade. Donc la finalité est la même : cela va également enrichir son trouble alimentaire.

En fait, même si vous n’en avez pas conscience ou que simplement vous ne préférez pas le dire, quand vous souffrez d’anorexie, vous êtes très compétitrice. Votre trouble alimentaire cherche à faire de vous la personne qui sera la plus mince, la plus malade, là plus près de la mort. Il vous mène à être en quête constante de nouveaux moyens de maigrir toujours plus. C’est pour ces raisons que j’essaie au maximum de ne pas utiliser de chiffres indiquant un poids lorsque je m’exprime dans mon blog ou sur Instagram : pour vous protéger.

Évitez de vous comparer, car dans tous les cas, votre trouble alimentaire trouvera sans cesse que les autres sont plus minces et plus malades que vous, et vous incitera à vous détruire davantage. Les comparaisons aux autres malades vont toujours émaner chez vous des émotions et sentiments négatifs qui nuiront à votre relation corporelle.

Souvenez-vous que vous n’êtes pas tous au stade identique de la maladie. Lorsque vous voyez une autre personne souffrant du même trouble que vous et qu’elle continue de faire du sport ou de se restreindre, ne l’enviez pas. Vous avez déjà surpassé cette épreuve, vous. Chaque personne va à son rythme et vit les différentes étapes du processus de guérison à d’autres moments que vous.

La comparaison à son entourage pendant la guérison

Quand on se restreint physiquement mais aussi mentalement, soit qu’on qualifie un aliment de mauvais et qu’on s’empêche d’en manger, des modifications s’effectuent dans notre cerveau. Au plus on s’interdit un aliment, au plus notre cerveau va le vouloir. C’est comme un enfant, lorsqu’on lui dit de ne surtout pas faire une bêtise, il va tout faire pour réaliser cette bêtise. Ici, c’est le même fonctionnement.

Ainsi, tandis que vous souffrez de restriction maladive, vous allez en permanence vous concentrer sur votre assiette, mais également sur l’assiette des personnes avec qui vous mangez. Je me souviens à quel point c’était difficile lorsque je sortais à peine de l’hôpital. J’avais envie que mes parents adoptent la même ration que moi, mais en mangeant encore plus pour me faire déculpabiliser. Mais non, ce n’est pas possible. Déjà, car on ne peut pas contrôler le repas des autres, c’est contre-productif pour la guérison. Mais aussi parce que mes parents n’ont pas souffert de trouble alimentaire !

Lorsqu’on sort d’un trouble alimentaire et que le corps a été plongé dans une restriction, l’apport journalier n’est pas le même qu’une personne   »normale ». Cet apport peut aller entre 3000 et 5000 calories selon votre état de dénutrition et votre métabolisme. J’explique pourquoi l’apport quotidien doit être supérieur pour une personne en guérison dans cet article.

Si cela peut vous aider, voyez votre repas comme un traitement pour vous guérir de votre maladie. Si vous étiez atteinte d’un cancer, vous n’allez pas demander à vos parents de réaliser les mêmes chimios que vous. Cela n’aurait aucun sens.

Je sais à quel point c’est difficile de devoir s’alimenter plus que votre sœur, vos parents ou votre ami quand vous êtes en guérison. Combien de fois j’ai pleurées et je culpabilisais parce que mon père ne mangeait qu’une pomme au goûter tandis que moi je devais prendre 4 tartines avec du beurre, un yaourt et un fruit. Oui, mais mon père approche les 70 ans. Il n’a pas les mêmes besoins que moi et surtout il ne sortait pas d’une période d’anorexie sévère.

Vous devez vous donner la permission de manger plus que les autres. Vous en avez besoin, c’est vital pour votre santé. Vous ne pouvez pas vous comparer à quelqu’un qui est en pleine santé. Tout comme vous ne pouvez pas non plus vous comparer à quelqu’un qui est malade, par exemple d’une gastro. Je dis cela, car je me souviens qu’une fois ma sœur était souffrante d’un virus passager. Et de ce fait, elle n’avait plus faim du tout et se sentait constamment ballonnée. Elle n’a pas fait de vrai repas pendant près de 3 jours. Et je lui reprochais de ne pas manger, de vouloir rendre ma guérison encore plus difficile. Mais absolument pas, la pauvre, elle n’y était pour rien et je ne pouvais pas la forcer à se nourrir alors que son estomac avait besoin de ne plus absorber de plats consistants pour lutter contre le virus.

Sachez de plus que c’est en acceptant de vous alimenter davantage, et ce plus que les autres, que votre obsession pour la nourriture baissera sur le long terme. Cela vous fait peur, mais affrontez votre peur et vous verrez qu’avec du temps cette peur diminuera jusqu’à disparaître totalement.

Se comparer aux autres malades pendant la guérison

Un peu plus haut, je vous parlais de la toxicité de se comparer aux autres personnes souffrant d’un trouble alimentaire. Mais cette remarque est d’autant plus importante durant votre phase de guérison. Par exemple, lorsque vous êtes sur Instagram et que vous lisez des posts de personnes qui sont encore dans le déni tandis que vous êtes dans une étape supérieure de guérison : rien que le fait de voir certains TOC, les aliments que cette personne consomme ou son état d’esprit… tout cela peut vous faire rechuter.

Si vous comparez votre propre guérison à celle d’une autre, cela peut vous être préjudiciable. Je me souviens que moi-même j’essayais de trouver sur Instagram des filles qui étaient dans la même phase de guérison pour avoir un élément de repère. Sauf qu’en fait, ma guérison est passée par une période de compulsion alimentaire. Alors que les filles que je suivais avaient une guérison beaucoup plus lente sans compulsion alimentaire. J’avais donc l’impression que je ne guérissais pas « de la bonne façon », que je ne faisais pas ce qu’il fallait. Du coup, j’essayais davantage de me restreindre après mes compulsions pour suivre leur trace. Mais en fait, chaque guérison est différente.

Même si l’anorexie est une seule et même maladie, elle se manifeste diversement chez chacune des personnes qui en est atteinte. Il en est de même pour la guérison : chaque anorexique trouve son propre chemin de guérison qui lui est singulier. Votre corps est unique. Il ne réagira jamais exactement de la même façon que le corps d’une autre. Votre guérison est la vôtre. Ce n’est pas parce qu’une fille que vous connaissez a rechuté que vous devez également rechuter. Imaginez deux personnes atteintes toutes les deux d’un même cancer. Malheureusement, une seule d’entre-elles s’en sort totalement. Cette dernière ne va pas souhaiter rechuter et retomber malade parce que l’autre n’est pas guérie. Vous êtes complètement impuissant face à la guérison ou non des autres. Cela ne vous regarde pas. Concentrez-vous uniquement sur VOTRE guérison. Une fois que j’ai compris cela, j’ai largement ralenti les réseaux sociaux qui m’étaient néfastes.

Comment je fais si ma famille fait un régime à côté de moi ?

Déjà que manger avec d’autres personnes n’est pas évident quand on se bat contre un trouble alimentaire, mais alors manger à côté d’un entourage qui suit un régime : c’est juste complètement déstabilisant ! C’est un exercice de taille, on ne va pas se mentir. Les commentaires, qu’ils soient positifs ou négatifs, sur le poids, l’apparence ou l’alimentation sont des facteurs aggravant des troubles alimentaires. Et notamment la comparaison que va réaliser la personne atteinte de ce trouble. Alors, comment faire si vos amis ou votre famille suivent un régime pour perdre du poids et ne parle que de ça ? Je vous propose de lire mes 6 conseils pour face à ces conversations autour du poids et de l’alimentation

Mes conseils pour arrêter de se comparer aux autres

Je sais bien que tout ce que je viens de vous exprimer est bien plus facile à dire qu’à faire. C’est pour cela que je vous ai préparé une liste de conseils que vous pouvez essayer d’appliquer du mieux que vous pouvez pour déjà limiter l’impact de la comparaison sociale dans votre vie et notamment sur votre trouble alimentaire :

Prenez conscience que la comparaison est néfaste

Avoir conscience que la comparaison est nocive pour votre trouble alimentaire est déjà une première étape primordiale pour changer ce comportement. Lorsque vous vous comparez aux autres, posez-vous la question « Est-ce que cela m’aide à guérir ou aide plutôt mon trouble alimentaire à me détruire ? » Si cela aide plutôt votre trouble alimentaire, c’est que vous devez cesser de vous comparer aux autres. C’est bien plus simple à dire qu’à faire, on est d’accord. Mais dès que vous vous êtes posé cette question, vous êtes en état de conscience. Ainsi, essayez de contourner vos pensées négatives en vous focalisant sur quelque chose de positif. Par exemple, pour moi, il s’agissait de repenser à mes neveux avec qui j’avais déjà passé de merveilleux moments. Vous pouvez penser à votre animal de compagnie que vous aimez tant par exemple. Le but est de vous défocaliser de la comparaison que vous venez de faire.

Répétez-vous fréquemment la question « Est-ce que cela m’aide à guérir ou aide plutôt mon trouble alimentaire à me détruire ? ». Pour le moment, votre cerveau reproduit un schéma inconsciemment qui est celui de la comparaison. Vous devez vous entraîner à changer de mentalité face à la comparaison dès que vous l’utilisez. Avec la pratique, votre cerveau prendra conscience par lui-même que cette comparaison est néfaste. Ainsi, par automatisme, il vous renverra une pensée plus positive à la place. C’est comme lorsque vous avez appris à faire du vélo. Vous avez dû répéter, répéter et répéter encore pour savoir en faire. Maintenant lorsque vous montez sur un vélo, c’est un réflexe. Vous ne tombez pas 5 fois avant de savoir rouler. Ici, c’est la même chose.

Acceptez que le perfectionnisme n’existe pas

J’en parle dans le point 3 de mon article résumant les leçons que j’ai apprises de mon anorexie : la perfection n’existe pas. C’est inatteignable, alors ne perdez pas votre temps et votre énergie pour quelque chose d’irréalisable.

C’est vraiment quelque chose que j’ai encore du mal moi-même à accepter. Ainsi je comprends que vous ayez du mal à lâcher-prise là-dessus. Mais rien que de me le répéter souvent, que la perfection n’existe pas, cela m’aide énormément à relativiser.

Il est important de bien savoir une chose, c’est qu’avec 7.6 milliards d’habitants sur cette Terre, il y aura constamment quelqu’un de meilleur que vous. Alors est-ce que cela fera de vous quelqu’un de malheureux ? Je ne l’espère pas. Et pour cela, il faut bien avoir en tête que le perfectionnisme est irréaliste et mène à la souffrance. Même lorsque vous aurez atteint vos objectifs en termes de poids, d’alimentation ou autre… il y aura toujours quelque chose à améliorer. Et c’est un cercle infernal qui ne se terminera jamais. Lorsque j’étais au poids le plus bas, je n’étais pas heureuse. J’étais même plus que malheureuse. Tant que vous n’aurez pas appris à vous aimer pour qui vous êtes, vous ne serez jamais satisfait de la personne que vous êtes.

La clé, c’est l’amour-propre. Et c’est quelque chose de très difficile à cultiver. Aimez vos défauts, acceptez-les. Avoir des défauts c’est ce qui rend humaine, authentique et unique une personne. Lorsque je réfléchis ce que j’aime chez mes parents, ma sœur, mon frère et même mon copain, c’est leur personne dans son ensemble, et ça avec leur défaut. J’aime vraiment leur défaut, je trouve personnellement que c’est ce qui fait leur charme.

Vous ne pourrez jamais être parfait dans tout. Et puis, qu’est-ce que cela vous apporte réellement ? Je vais vous parler de ma propre expérience avec ma scolarité. Mon BAC je l’ai eu mention très bien. J’étais tellement fière à ce moment-là. Oui, mais après ? Aujourd’hui, plus personne ne vous demande votre mention au BAC. Ensuite, j’ai fait des écoles de commerce prestigieuses où j’ai toujours été major de promo. J’ai été très heureuse de faire de belles études, mais avec du recul, je me rencontre que je me suis tuée à la tâche pour pas grand-chose… Je passais mes soirées à travailler et mes weekends entiers au point de ne plus voir ma famille ni mes amis. Et aujourd’hui, est-ce que j’ai trouvé un emploi plus facilement que les derniers de classe ? Non. Est-ce que j’ai un meilleur salaire que les élèves de fac public ? Non, et parfois c’est d’ailleurs le contraire. Est-ce que j’ai une vie plus heureuse que les autres de ma classe ? Non, pas particulièrement. Je ne néglige pas les études et au contraire je trouve même cela très important. Mais ce que j’essaie de vous dire, c’est que chercher à atteindre la perfection vous rendra peut-être satisfaite momentanément. Mais sur le long terme, vous vous rendrez compter que cela a causé plus de dommages que des bénéfices.

Évitez les déclencheurs

Évitez les situations qui vont enclencher chez vous la comparaison aux autres. Par exemple, les médias sociaux sont un des grands facteurs de la comparaison. Alors, limitez votre exposition à ces derniers. Moi j’avais limité ma connexion à Instagram et j’avais même supprimé certains comptes que je jugeais nocifs pour moi.

Même si vous dites que vous savez que les photos de mannequins sont retouchées ou sublimées grâce à un éclairage soigné, vous vous sentirez quand même mal à la vue de ce qui est pour vous un corps parfait. Alors, évitez également de regarder les photos dans les magazines féminins exposants des mannequins.

Un autre élément qui pour moi était un gros déclencheur lorsque j’étais anorexique était la présence d’une personne qui était obsédée par son poids ou son alimentation. C’est simple, si j’avais une personne comme ça en face de moi, j’étais focalisée sur son comportement, ce qu’elle mangeait, son corps et ses propos. Face à cette situation, il faut faire des choix. J’ai décidé de me couper de certaines personnes qui nuisaient selon moi à ma guérison. Non, vous n’êtes pas égoïste. Votre santé est juste votre priorité. Sans la santé, on ne peut pas faire grand-chose dans la vie.

Comparez-vous à vous-même

S’il y a bien une personne avec qui vous pouvez vous comparer, c’est vous-même. Au lieu de gaspiller votre énergie à tenter de ressembler à quelqu’un d’autre, concentrez davantage cette énergie à devenir la meilleure version de vous-même. Quand je parle de devenir la meilleure version de vous-même, ce n’est pas devenir encore plus maigre ou contrôler encore plus votre alimentation. Non, ça c’est ce que votre trouble alimentaire veut. Mais vous, demandez-vous ce que vous souhaitez vraiment avoir et faire dans votre vie ? Utilisez votre temps pour apprendre à vous connaître et à vous aimer. Apprenez par exemple à avoir un mental plus positif, plus souple.

Quand j’étais malade, je me comparais à l’ancienne-moi. Je me disais qu’effectivement j’étais malade actuellement. Mais lorsque je repensais à ce que j’avais auparavant traversé, je me disais que je pouvais m’en sortir. J’avais déjà survécu à du harcèlement scolaire, à la perte de certains proches qui m’étaient chers, et à d’autres événements dans ma vie qui me sont plus personnels mais qui ont été véritablement des épreuves à surmonter. Des épreuves qui me paraissaient des montagnes à ces moments-là, mais que j’ai réussi à les surpasser. Repensez à tout ce que vous avez déjà accompli dans votre vie. Vous avez déjà un bagage solide qui va vous permettre de combattre la maladie. Soyez vos propres sources d’inspiration.

Il n’existe malheureusement pas de recettes miracles pour guérir des troubles alimentaires. Par contre, je peux vous dire une chose qui est certaine c’est que la comparaison n’a jamais aidé à guérir une personne souffrant de ces troubles, et au contraire. La comparaison renforce la maladie en lui donnant davantage de pouvoirs.

C’est plus simple à dire qu’à faire, mais essayez au maximum de vous focaliser sur vos côtés positifs, sur les personnes que vous adorez et les activités que vous aimez faire. Vous centrer sur le négatif ne générera que du négatif. Au lieu de chercher à devenir quelqu’un d’autre, concentrez-vous sur qui vous êtes et qui vous pouvez devenir.

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, 4 commentaires
Hyperactivité et sport : comment y remédier pour guérir de l’anorexie ?

Hyperactivité et sport : comment y remédier pour guérir de l’anorexie ?

Hyperactivité et sport : comment y remédier pour guérir de l’anorexie ?

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L’exercice physique quotidien est une recommandation de tout organisme de santé. Pour beaucoup de personnes, faire du sport part d’une bonne intention pour préserver sa santé. Mais cela peut vite tourner à l’obsession. C’est le cas notamment pour les personnes souffrant de troubles alimentaires. Au-delà du sport, les patientes atteintes d’anorexie et de boulimie sont en permanence active, sans s’accorder de repos avant l’heure du coucher. On parle alors d’hyperactivité, un fléau qui touche 80 % des anorexiques.

J’ai décidé de vous écrire cet article, car lorsque j’étais moi-même anorexique, je n’ai lu que très peu d’informations concernant les avantages à ne pas faire de sport pendant la guérison des troubles alimentaires. Et je sais au combien cela m’aurait aidé durant ma phase de récupération.

Je sais à quel point il est difficile de cesser l’hyperactivité quand on souffre d’un trouble alimentaire. Lorsque j’étais anorexique et qu’on me demandait d’arrêter le sport, ne serait-ce que pendant deux jours, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer le poids que je pourrais prendre. J’étais persuadée que je ne pouvais pas interrompre l’exercice. J’allais devoir en faire tous les jours de ma vie entière. Et bien non, ça, c’est ce que votre trouble alimentaire veut vous faire croire. Dans cet article, je vais vous expliquer d’où vient cette hyperactivité et comment y remédier.

Comment reconnaître quand le sport devient obsessionnel ?

La pratique de l’exercice physique est tellement valorisée dans notre société actuelle qu’il en devient difficile de distinguer quand cette pratique est démesurée. Voici donc quelques symptômes à connaître vous permettant de comprendre de quoi s’agit-il lorsqu’on parle d’exercice excessif.

L’exercice excessif se réalise souvent presque tous les jours, et ce durant plusieurs heures. La personne souffrant de cette obsession va jusqu’à passer le sport comme priorité dans sa vie, et ce même devant sa propre famille ou ses amis. Elle va négliger sa vie sociale au profit de son activité physique. Dans les cas les plus graves, la personne continuera de pratiquer malgré des blessures ou douleurs corporelles.

Malheureusement, une personne qui souffre d’un trouble alimentaire effectue de l’exercice intensivement sans avoir conscience de l’impact destructeur de son comportement sur sa santé et sa vie. Généralement, elle dira qu’elle ne fait pas cela pour perdre du poids, mais que simplement, elle est passionnée de sport et aime les bienfaits que lui procure la dépense physique.

Que signifie l’hyperactivité chez les troubles alimentaires ?

Quand on souffre de trouble alimentaire, on ne pratique pas uniquement du sport à outrance. Généralement, on est atteint plus globalement d’hyperactivité. Pour vous expliquer ce point, je vais vous parler de ma propre expérience lorsque j’étais anorexique.

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Il m’était impossible de rester sur une chaise à ne rien faire. Si je devais être assise pendant plus d’une heure, c’était pour dormir. D’ailleurs, les heures de cours étaient très difficiles vis-à-vis de l’inactivité physique qu’elles demandaient. L’hyperactivité causée par mon trouble alimentaire m’incitait également à faire tous mes trajets à pieds, à toujours emprunter les escaliers plutôt que l’ascenseur, à me lancer dans de grandes balades presque tous les jours, à faire un ménage de printemps chaque soir avant de manger. Bref, je devais constamment être en mouvement. J’avais ce sentiment que je ne méritais pas d’être assise, que j’étais obligée de faire de l’exercice continuellement pour pouvoir vivre sereinement. Bien que je n’étais absolument pas sereine, au contraire…

Vous vous reconnaissez dans ce récit ? C’est probablement parce que vous aussi vous souffrez d’hyperactivité due à votre trouble alimentaire.

Comment expliquer cette hyperactivité dans l’anorexie ?

Je m’apprête à vous faire part d’une analyse dont j’ai moi-même était choquée des résultats :

Des chercheurs ont tenté de trouver le lien entre la restriction alimentaire et l’hyperactivité. Ils ont donc fait une expérience sur des rats. Pour cela, ils ont réduit l’apport alimentaire des rats tout en leur donnant accès à une roue pour qu’ils puissent se dépenser. Et devinez quoi… les rats ont commencé à courir de façon excessive sur leur roue. Leur nourriture était donnée sur une durée limitée. Et plutôt que de profiter de cet instant restreint, les rats préféraient continuer de courir au lieu de se restaurer.

J’étais étonnée à la lecture de cette expérimentation, car je m’attendais à ce que les rats aient moins d’énergie au vu de leur dépense physique et de leur faible apport nutritionnel. Et à ma grande surprise, ils étaient encore plus dynamiques. C’est ce qu’on remarque chez les patientes anorexiques : la restriction alimentaire provoque des dysfonctionnements hormonaux, entraînant une hyperactivité. Quand j’étais malade, j’étais capable de faire un millier de choses dans ma journée sans être fatiguée. Je menais une vie éprouvante où beaucoup d’autres personnes se seraient plaintes par la quantité de travail et d’activité physique. Mais je ne montrais aucun signe de faiblesse. Du moins, au début… si les chercheurs avaient laissé la possibilité aux rats de se dépenser physiquement en continuant de diminuer leur apport alimentaire, ils auraient fini par mourir. Tout comme moi. 

L’hyperactivité s’explique donc scientifiquement dans un premier temps. Mais l’hyperactivité est parallèlement une façon pour votre trouble alimentaire de s’exprimer et de perdurer. Il permet de répondre aux peurs de la patiente : c’est un moyen de bruler des calories, de maintenir un contrôle sur son poids et son corps. C’est également un comportement compensatoire, utilisez notamment chez les personnes boulimiques, comme autopunition et compensation de leur crise alimentaire. Si vous vous demandez alors pourquoi vous ne parvenez pas à réduire votre hyperactivité. Ne soyez pas trop dure avec vous-même. C’est votre trouble alimentaire qui vous pousse à procéder ainsi. Ce n’est par conséquent pas contre vous qu’il faudra vous battre, mais contre votre trouble alimentaire.

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Pourquoi est-ce mauvais d’être hyperactif pendant la guérison de l’anorexie ?

L’exercice physique est considéré comme une vertu de notre société actuelle. Vous êtes donc clairement en droit de vous demander pourquoi il serait mauvais pour vous. Tout simplement, car lorsqu’on souffre de trouble alimentaire, l’activité est souvent pratiqué en excès et devient un symptôme de votre trouble lui-même. Pire, l’hyperactivité va entretenir et même développer votre trouble en maintenant son aspect obsessionnel compulsif.

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En plus de cela, l’hyperactivité peut causer des complications médicales graves sur un corps sous-alimenté. Avant tout, il faut savoir que l’état de malnutrition est vécu comme un stress intense pour votre corps. Ce dernier a peur pour sa survie, il va ainsi arrêter certaines fonctions pour ne conserver que celles essentielles à votre survie. Le cycle de reproduction est interrompu, résultant alors de faibles niveaux d’hormones, tels que l’œstrogène chez la femme. Pourtant, c’est cette hormone qui permet de maintenir une bonne santé osseuse. En conséquence, une dégradation des os créés de l’ostéoporose. C’est-à-dire que les os sont cassants et donc beaucoup plus vulnérables.

Ainsi, en continuant de pratiquer une activité physique, le risque de fracture osseuse augmente considérablement. Le pire, c’est qu’une fois cette fracture guérie, la fragilisation reste bien souvent présente à vie.

Une personne dénutrie maintenant une activité physique s’expose à d’autres problèmes de santé, notamment la déshydratation. Même si vous buvez des litres d’eau tout au long de la journée, vous n’apportez pas à votre corps l’hydratation que vous pouvez retrouver dans une alimentation complète. Des blessures importantes peuvent également apparaître aux muscles, tendons, ligaments et articulations. La personne souffrant d’hyperactivité, en plus de son trouble alimentaire, peut alors multiplier des foulures, entorses, tendinites qui prendront beaucoup plus de temps à guérir puisque le corps est déjà très fatigué physiquement. De plus, tandis que vous réalisez de l’exercice avec un corps malnutri, votre organisme puise son énergie là où il peut, soit dans les muscles. Il en résulte donc une fonte musculaire importante. Autre conséquence encore bien plus grave et tragique, c’est les problèmes cardiaques pouvant être à l’origine d’une mort subite.

Enfin, le fait d’être constamment en activité représente un stress supplémentaire pour votre corps. Il tente tant bien que mal de vous garder en vie, et l’activité intense va lui rajouter une nouvelle difficulté. Alors, cela rallonge le processus de rétablissement des niveaux normaux d’hormones de reproduction, et ainsi la réapparition des menstruations.

Donc finalement, à l’origine vous souhaitiez faire de l’exercice physique quotidiennement pour maintenir votre santé. Mais en fin de compte, l’exercice physique vous amène au contraire de ce que vous étiez censé atteindre, c’est à dire des complications physiques graves qui peuvent aller jusqu’à la mort.

Est-ce que je dois arrêter le sport ?

Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne suis pas médecin. Ce n’est pas mon rôle de vous dire si vous devez cesser le sport ou continuer. J’ai fait le maximum de recherche pour vous apporter tous les conseils qui vous permettront de répondre à vos questions. Mais il n’existe aucune motion catégorique sur le fait qu’une personne en guérison d’un trouble alimentaire doit arrêter totalement le sport. Après cela dépend de ce qu’on met derrière le mot « sport ». Mais la décision reste largement subjective. C’est pour cela que je recommande vivement d’être accompagné par une équipe de soignants spécialisée dans les troubles alimentaires. Ils sauront, en fonction de vos constantes (évolution du poids, rythme cardiaque) et de votre état actuel dans la maladie vous dire quelle attitude vous devez adopter vis à vis du sport.

Toutefois, la plupart des praticiens conseillent une période minimale de repos complet pour tout le monde. Comme une phase de sevrage pour pouvoir en second lieu travailler sur la diminution de l’hyperactivité. J’en parle dans le point suivant. Cependant, une minorité de médecins souligne le fait qu’interdire à une personne en phase de guérison tout exercice physique renforce inconsciemment le lien qu’elle fait entre sports et la prise de poids.

Le terrain d’entente qu’on peut alors trouver entre ces deux courants de pensée et qu’il est préférable d’avoir une période où l’activité intensive est complètement interrompue. Mais pendant ce temps, des sports beaucoup plus calmes comme la marche ou le yoga peuvent être pratiqués, mais ce, sur un laps de temps limité. Encore une fois, cela dépend de votre cas personnel et donc de l’avis de votre thérapeute.

Petite information utile : sachez que si vous êtes inscrit dans une salle de sport, vous pouvez demander à votre médecin de vous faire une attestation disant que vous devez arrêter de faire du sport pour raison médicale pendant une durée indéterminée. Cela vous permettra de rompre votre contrat et ainsi de ne plus payer une salle de sport pour rien.

Comment réduire l’hyperactivité ?

Le sevrage

Comme exprimé juste au-dessus, pour réduire votre hyperactivité, il est préférable de commencer par une période de sevrage. C’est-à-dire ne plus faire de sport de façon soutenue pendant une certaine phase. Cette durée pourra être déterminée par votre médecin. Si vous êtes hospitalisé, cette phase d’abstinence sera encadrée par votre équipe médicale. Si votre état de santé s’est déjà amélioré et que vous êtes en ambulatoire, alors je vous conseille de respecter cette période de sevrage en arrêtant toute activité intensive. Je ne vous dis pas de rester toute la journée assise dans votre canapé. Mais je vous invite à passer par des mouvements beaucoup plus doux et variés, tels que du yoga ou de la marche, mais aussi des activités récréatives comme la danse, le jardinage, l’artisanat, etc.

Pendant cette phase de sevrage, je vous incite à identifier les schémas de pensées que vous avez dans votre tête lorsque vous luttez contre votre hyperactivité. L’objectif de cette période va être de rompre le lien que vous avez fait entre votre alimentation, votre poids et l’exercice physique jusqu’à ce que votre obsession soit plus faible.

Travailler sur vos distorsions cognitives

Les schémas de pensées que vous aurez identifiés sont souvent des distorsions cognitives. C’est-à-dire que ce sont des schémas de pensées irrationnels. Je vous donne quelques exemples :

  • « Si je ne fais pas de sport, je vais prendre du poids ».
  • « Si je ne bouge pas dans ma journée, je n’aurai pas le droit de manger »
  • « Si je ne reste pas le maximum de temps debout, je n’aurais pas le droit de manger ce soir »
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Une fois que vous avez identifié les distorsions cognitives qui sont à l’origine de votre obsession pour l’exercice physique, je vous invite à travailler dessus avec un thérapeute. Cela fait partie d’une thérapie cognitivo-comportementale pour vous aider à changer votre façon de pensée et donc votre comportement.

Si vous n’êtes pas accompagné, vous pouvez commencer le travail en trouvant des preuves validant et invalidant votre pensée. Vous pouvez également essayer de reformuler votre distorsion cognitive en réfléchissant ce que vous diriez à un ami qui croit cela.

Voici un exemple employant la méthode des preuves :

  • « Si je ne fais pas de sport, je vais prendre du poids » -> avez-vous déjà vécu cela dans le passé ? Avez-vous déjà tenté de ne pas faire de sport pendant 1 semaine ? Avez-vous pris du poids ? »

Je vous propose une autre illustration en utilisant l’approche de ce que vous exprimeriez à un ami :

  • « Si je ne bouge pas dans ma journée, je n’aurai pas le droit de manger. » Peut-être diriez-vous à votre ami : « Si tu ne bouges pas dans ta journée, ton trouble alimentaire te fait croire que tu n’auras pas le droit de manger. Mais est-ce qu’on doit mériter de manger ? Non, c’est un besoin primaire de tout être humain. Tu as le droit de manger, même si tu t’es reposé. De plus, tu souffres d’un trouble alimentaire, tu as donc besoin de beaucoup de repos et de donner l’énergie dont ton corps a besoin ».

Si vous utilisez le sport pour « penser à autre chose », élaborez une liste d’activité qui peut remplir la même fonction. Par exemple : s’offrir un massage au spa, sortir au cinéma avec des amis, se plonger dans une bonne série ou un bouquin, s’occuper d’animaux, etc.

Utilisez un cahier d’activité

J’ai moi-même utilisé cette méthode pour réduire mon hyperactivité. Chaque fois que vous faites du sport, notez-le dans votre cahier d’activité. Inscrivez le type d’activité, le temps passé et si vous le faites par répétition, le nombre de répétitions réalisé. Essayez au fur et à mesure de diminuer soit le nombre de répétitions ou le nombre de minutes consacré. Par exemple, diminuez de 1 minute voire 30 secondes par jour. Ou alors, réduisez de 10 à 5 répétitions par jour. Cela vous permettra de voir votre évolution et de vous maintenir dans la bonne direction.

Pratiquez du sport avec d’autres personnes

Lorsqu’on est tout seul, on ne voit pas le temps passé, on peut laisser notre trouble alimentaire prendre le dessus et augmenter la durée et l’intensité de notre exercice sans même nous en apercevoir.

Le fait de pratiquer un sport avec une autre personne vous permet de rendre votre activité plus agréable. De plus, cette personne pourra également remarquer et vous dire si vous partez dans l’excès. Elle sera là pour tempérer votre activité et rendre vulnérable votre trouble alimentaire.

Découvrez de nouvelles activités

Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, on pratique souvent des sports cardio où l’on se dit qu’on doit être complètement à plat à la fin de notre séance.

Il est intéressant de découvrir d’autres activités plus ludiques et que vous appréciez faire, car cela vous plait, et non parce que ça permet de brûler un maximum de calories. Faites la liste des choses que vous aimeriez faire et essayez d’expérimenter une nouvelle activité chaque semaine. Par exemple : le patinage, la danse, le jardinage, la marche nordique, la piscine, etc.

C’est important de tester différentes activités pour savoir laquelle vous correspond.

Quand puis-je reprendre le sport ?

Tout d’abord, avant de recommencer le sport, vous devez avoir fait les exercices que je vous ai suggérés précédemment pour identifier toutes les préoccupations et distorsions cognitives que vous avez concernant le sport. Sinon, les mêmes schémas vont se répéter et vous risquez de rechuter.

De plus, la reprise du sport est une décision qui appartient à votre professionnel de santé qui vous suit. Vous ne trouverez pas la réponse dans cet article, je vous propose simplement des conseils et vous rapportent les informations que j’ai pu collecter à travers diverses lectures scientifiques. Mais en général, il y a trois éléments principaux à avoir avant de pouvoir reprendre une activité physique : un apport nutritionnel adéquat, une restauration du poids et un retour du cycle de reproduction. En effet, la présence ou non des menstruations est un bon indicateur prouvant que la santé de votre corps s’améliore. Cependant, cela ne veut pas dire qu’avoir ses règles signifie que tout va bien. Encore une fois, c’est un symptôme subjectif à chacun. Tout comme le retour des règles n’est pas un feu vert pour recommencer le sport. D’autres éléments sont à prendre en compte comme le poids et l’apport alimentaire.

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Certaines personnes vont refaire le même sport qu’ils pratiquaient lorsqu’ils étaient malades sans que les pensées malsaines reprennent le dessus. Cependant, cela peut être trop déclencheur des troubles obsessionnels et entraîner une rechute. Il est tout de même préférable de changer d’environnement et de débuter de nouvelles activités comme proposées au point 5 dans la partie précédente. Le mieux est de reprendre progressivement, en démarrant avec de courtes périodes de 10 à 15 minutes et des sports doux. N’oubliez pas de maintenir des jours de répit dans votre semaine et une nutrition adéquate à votre dépense. Même les plus grands athlètes s’autorisent du repos.

Mon expérience avec le sport

Je souhaitais vous faire part de ma propre expérience avec le sport durant mes troubles alimentaires. Lorsque j’étais anorexique, je pratiquais beaucoup de sport et j’étais hyperactive comme je vous l’ai expliqué plus haut.

Lorsque je suis arrivée à l’hôpital, j’ai été forcé au repos complet, car nous sommes en permanence surveillée et n’avons que très peu accès à notre chambre. Si vous voulez en savoir plus sur mon hospitalisation, je vous invite à lire l’article où je vous raconte tout.

Lorsque je me suis retrouvée à ne plus pouvoir faire de sport, ni même un minimum d’activité physique du jour au lendemain, je ne vous cache pas que cela a été très dur. Et puisque j’ai toujours été honnête avec vous, je vous avoue que je continuais d’en faire en secret dans ma chambre. Cela ne durait que 3 à 4 minutes, mais ça me permettait d’être rassurée. Au fur et à mesure de mon hospitalisation, j’ai diminué jusqu’à n’en faire qu’une minute par jour puis plus du tout. Lorsque je suis sortie de ma dernière hospitalisation, je n’ai pas recommencé le sport tout de suite. À la place, je pratiquais d’autres activités physiques beaucoup plus douces comme la marche. Mais après deux-trois mois, j’ai repris le sport « cardio ». L’anorexie me quittait peu à peu, mais le sport intensif était le seul outil pour l’anorexie de garder un pas dans ma vie. J’ai pris énormément de temps à arrêter le cardio dans l’objectif de maintenir un contrôle sur mon poids. Cela fait à présent huit mois aujourd’hui que je réalise des activités beaucoup plus variées. Je pratique 2 à 3 séances de sport par semaine en moyenne. Je fais de temps en temps du badminton, de ma danse, parfois je vais me balader. Je fais maintenant des activités qui me permettent de me sentir bien dans mon corps.

En conclusion, bien qu’il n’existe aucune règle indiquant que le sport est interdit durant la guérison d’un trouble alimentaire, c’est toute de même plus que fortement recommandé. Si cela est trop difficile pour vous, arrêtez au moins totalement le sport intensif et préférez des activités plus calmes et ludiques en attendant de retrouver un poids de santé.

Je sais bien que ce n’est clairement pas facile de diminuer son hyperactivité et son sport tandis que la société vous rabâche qu’il faut en faire pour vous maintenir en bonne santé. À peine vous vous connectez sur Instagram que vous voyez vos amis qui partagent leur séance de sport du jour. Mais rappelez-vous que les recommandations nutritionnelles et d’exercice par les organismes de la santé ne s’appliquent PAS aux personnes en guérison de l’anorexie. Pour permettre à votre corps de se remettre de cette longue période de restriction, votre corps a besoin d’un maximum de repos.

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Hyperactivité, 8 commentaires
Comment aider votre enfant à sortir de l’anorexie ?

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Comment aider votre enfant à sortir de l’anorexie ?

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Lorsque votre enfant a une grippe ou une gastro, vous savez quoi faire. Vous pouvez leur donner les médicaments adéquats qui leur permettront de guérir en quelques jours. En revanche, quand un enfant souffre d’un trouble alimentaire, les parents sont confrontés à une maladie beaucoup plus compliquée. Et malheureusement, il n’existe pas de médicament qui permet de faire passer l’anorexie, la boulimie ou encore l’orthorexie en quelques jours. Je me souviens que ma mère répétait souvent « j’aimerais tellement qu’on nous fournisse un manuel à suivre pour te faire guérir », mais non, ce n’est pas possible. Par contre, vous pouvez appliquer quelques conseils qui permettront à votre enfant de l’aider à cheminer vers la guérison. Dans cet article, je vous donne mes conseils quant aux choses à faire et à ne pas faire pour soutenir votre enfant souffrant d’un trouble alimentaire. Ce sont des conseils qui moi m’ont aidé lorsque j’étais anorexique. Toutefois, chaque enfant est différent. Mais ayant vécu et vaincu l’anorexie, mes conseils peuvent vous apporter une aide précieuse.

Ce qu’il faut faire

S'informer

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C’est vraiment la première chose à faire, se renseigner sur le trouble alimentaire de votre enfant. Si vous souhaitez comprendre ce qui se passe dans sa tête, vous devez en apprendre au maximum sur la maladie. Il existe de nombreux articles d’associations ou de sites spécialisés dans les troubles alimentaires qui vous apporteront les renseignements nécessaires. Vous le lirez certainement sur Internet, mais je me dois de souligner certaines des informations primordiales à comprendre :

Ce n’est pas que votre enfant ne veut pas manger, mais c’est qu’il ne le peut pas. En vous informant, vous apprendrez que manger pour votre enfant n’est pas seulement du dégout, un manque de volonté ou des maux de ventre. Non, c’est une véritable angoisse de manger. Une peur tellement puissante qui les empêche de le faire. Peut-être que pour vous c’est « juste » de la nourriture, mais vous n’avez pas de trouble alimentaire. Imaginez-vous que votre enfant a un parasite dans la tête qui lui dicte ce qu’il a le droit de manger ou non. Ce parasite lui met un pistolet sur la tempe et si votre enfant mange ce que son trouble lui interdit, alors le parasite appuiera sur la détente lui injectant un poison qu’on appelle la culpabilité. Et pour se débarrasser de cette culpabilité, votre enfant va passer par des actions douloureuses : la restriction, la purge, l’exercice physique en excès…

Parler avec lui

Parler avec votre enfant de son trouble alimentaire est important. Toutefois, ne sautez pas la première étape ! Ne commencez pas une conversation à propos de sa maladie si vous ne vous êtes pas familiarisé avec son trouble auparavant. Comment voulez-vous être empathique à propos de quelque chose que ne comprenez pas ?

Discuter avec votre enfant ne va pas être facile. Il va certainement être agressif, grossier et peut-être même le nier. Surtout, restez calme. Si vous tentez de lui parler pour lui crier dessus, le juger ou essayez de lui donner des arguments logiques lui prouvant que son attitude est absurde, il va se braquer. Votre enfant a déjà assez honte de sa maladie et culpabilise à propos de son comportement. Il est malade, il n’est pas responsable. Si votre enfant avait un cancer, cela vous paraîtrait évident de ne pas le blâmer à cause de son cancer. Pour l’anorexie, la boulimie, l’orthorexie, l’hyperphagie… C’est la même chose.

Lorsque vous dialoguerez avec lui, il n’est pas rare qu’il tente de vous rassurer. Il vous exprimera que lui n’est pas aussi malade que les autres et qu’il pourra s’en sortir seul. En fait, c’est la maladie qui parle à ce moment-là. Votre enfant vous dit cela pour avoir la paix. Je me souviens que pendant longtemps, je répétais constamment « non, ne t’inquiète pas, ça va, je remange déjà mieux, et d’ailleurs je reprends du poids ». C’était des mensonges. Continuez de discuter avec, n’abandonnez pas sous prétexte qu’il a l’air de maîtriser la situation. À ce moment-là, c’était la maladie qui vous a répondu, pas votre enfant.

Lorsque vous vous adressez à lui, utilisez le pronom « je » et pas « tu » pour commencer. Si vous entamez une phrase par « Tu », il se sentira jugez, accusez de quelque chose. Préférez « je m’inquiète pour toi, tu n’as pas l’air très bien en ce moment » plutôt que « tu as l’air d’être malheureux ».

Enfin, lorsque vous discutez avec lui, rappelez-lui sans cesse que vous l’aimez, peu importe son trouble alimentaire. Exprimez-lui combien vous êtes présent pour lui, que vous le soutenez, et que vous serez toujours là pour lui, que vous êtes à sa disposition pour parler. Dites-lui que vous savez faire la distinction entre son trouble alimentaire et lui-même, et qu’ainsi, vous ne le jugez pas. Dites-lui qu’il peut vous dire quand il se sent en difficulté par rapport à un repas, lorsqu’il se fait vomir, qu’il a sauté un repas. Déclarez-lui que vous voulez l’aider et que vous n’êtes pas là pour le gronder. Le fait que votre enfant vous « avoue » ses comportements compensatoires va aider à mettre en lumière son trouble alimentaire et donc le rendre plus faible. Son trouble alimentaire l’incite à se replier sur lui-même et à rester dans le silence.

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Soyez à son écoute

Ce point rejoint le précédent, mais soyez présent pour écouter votre enfant. Écoutez-le plutôt que de le juger et de lui souligner ses difficultés.

Demandez-lui de l’aide

Demandez à votre enfant comme vous pouvez l’aider. Je me souviens avoir dit à mes parents comment ils pouvaient me soutenir : en ne faisant aucun commentaire sur mon physique et sur mon alimentation, en me prévenant à l’avance des repas et invités présents, etc.

Tous les conseils que je vous donne dans cet article peuvent ne pas s’appliquer à votre enfant. Le mieux est d’en discuter avec lui et de lui demander ce qui lui convient, ce qui l’aide ou ce qui a l’inverse va lui mettre des bâtons dans les roues.

Montrez-lui que vous lui donnez de l’attention en dehors de son trouble alimentaire

Si votre enfant prend conscience que vous vous intéressez davantage à lui quand il a une difficulté face à un aliment, lorsqu’il saute un repas ou qu’il a perdu du poids… Il va associer son trouble alimentaire à l’attention que vous lui donnez. Ce qui rendra plus compliqué pour lui de quitter son trouble alimentaire et va même renforcer l’aspect positif de sa maladie.

Quand j’appelais ma mère au téléphone, on ne parlait que de mon trouble alimentaire. Lorsque j’étais sur le point de guérir, j’avais extrêmement peur de perdre l’attention de ma mère en guérissant de mon trouble alimentaire. C’est pourquoi je vous conseille également de poser des questions sur ses études, son travail, sur ses amis, sur les séries qu’il regarde, etc. Inconsciemment, votre enfant comprendra que vous l’aimez pour qui il est et pas pour son trouble alimentaire. Cela parait évident pour vous, mais ça ne l’est pas forcément pour lui.

Surmonter ta peur de prendre du poids avec une approche englobant TOUS les aspects de la guérison

Dimensions…

  • Psychologique,
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  • Physique,
  • Nutrition,
  • Acceptation corporelle,
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...pour un chemin de guérison durable et consolidé.

Gardez un rythme de vie normal

Ce point rejoint le précédent. Garder un rythme de vie normal est l’idée qu’il ne faut pas que votre vie familiale tourne uniquement autour du trouble alimentaire de votre enfant. Continuez d’aller au cinéma, de rendre visite à votre famille et à vos amis, partez en voyage durant les vacances et les week-ends. Cela permettra par ailleurs de focaliser l’attention de votre enfant ailleurs que sur son corps et son alimentation. 

Trouvez du soutien pour vous

Vous allez affronter des épreuves difficiles tout au long du trouble alimentaire de votre enfant. Même si votre souffrance n’est pas la même que celle de votre enfant, elle est quand même présente. Vous devez tenir bon pour continuer d’épauler votre enfant jusqu’à la guérison totale. Pour cela, il est indispensable pour vous d’obtenir du soutien de la part des professionnels de la santé. Préférez des thérapeutes spécialisés dans les troubles alimentaires qui comprendront beaucoup mieux ce que vous traversez et sauront vous apporter des conseils adaptés. Ces professionnels vous donneront des conseils sur la conduite que vous devez tenir à la maison afin d’aider votre enfant.

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Au-delà des professionnels, vous pouvez également trouver des groupes de soutien pour partager ce que vous traversez avec d’autres parents vivant la même chose. Vous pouvez par exemple vous rapprocher d’une association ou de groupe de parents organisé par des services spécialisés en hôpital ou directement sur les réseaux sociaux, comme sur Facebook. Je me souviens que mes parents se rendaient une fois par mois à un groupe de parents, encadré par un psychiatre spécialisé, à l’hôpital où j’étais hospitalisée. Ma mère avait également contacté une association où une maman lui avait apporté son témoignage en tant que mère d’une ancienne anorexique qui s’en était sorti. Cela lui avait redonné de l’espoir et du courage.

Agissez en conséquence

Parfois, votre enfant se trouve dans un état de santé grave, rongé par son trouble alimentaire. La priorité sera alors de stabiliser sa santé physique en passant par une renutrition encadrée dans un service d’hôpital spécialisé. Si votre enfant est mineur, vous pourrez décider de cela conjointement avec les médecins. Mais c’est important d’en discuter avec votre enfant en soulignant qu’il a besoin de repos et en lui rappelant les terribles conséquences physiques que cause son trouble alimentaire sur sa santé. Rappelez à votre enfant que vous l’aimez et que vous ne faites pas cela pour le faire grossir, mais pour qu’il retrouve une bonne santé.

Toutefois, sachez quand même que l’hôpital est un premier pas vers la guérison, mais que votre enfant n’en ressortira pas guéri. Le chemin sera encore long après la sortie. Je vous invite à lire mes deux articles sur ce sujet : celui sur mes propres hospitalisations et celui expliquant toutes les informations nécessaires concernant l’hospitalisation dans un service de trouble du comportement alimentaire.

Montrez-vous impliqué dans son processus de guérison

Pour moi, cela a été très important de voir que mes parents étaient impliqués dans mon processus de guérison : en s’informant sur le sujet, en regardant des films ou reportages sur l’anorexie, en participant aux groupes de soutien de l’hôpital, etc.

Je me souviens également que lorsque je suis sortie de l’hôpital, j’avais un plan alimentaire à respecter. Je me rappelle me sentir coupable quand je prenais moi-même la décision de manger ma collation de 16 h sans que personne ne me le remémore. Et d’ailleurs, souvent je testais l’attention de mes parents en ne prenant pas mon goûter pour voir s’ils allaient s’en apercevoir. Je vous conseille donc de lui rappeler de façon implicite de suivre son plan alimentaire, par exemple : « Tiens, on prend le goûter ensemble ? » ou « Il est encore l’heure de prendre le goûter non ? ». Vous allez très certainement vous prendre des réflexions méchantes en pleine face. Mais à ce moment-là, ce sera sa maladie qui vous répondra. Mais au fond, votre enfant verra que vous êtes impliqué dans sa guérison et que vous avez conscience de l’importance de son plan alimentaire.

Toutefois, discutez-en avec votre enfant. Si ce genre de remarque le met plus en difficulté qu’autre chose, alors ne le faites pas. Tant qu’il suit bien son plan alimentaire.

Toujours y croire

N’abandonnez jamais ! Croyez toujours en la guérison de votre enfant ! La guérison totale est possible. Soyez positif et montrez que vous croyez en votre enfant. Cela le motivera de savoir que vous y croyez.

Soulignez le courage de votre enfant et sa force qui lui permettra de vaincre ses troubles alimentaires. Lorsqu’il traverse une difficulté ou qu’il fait face à un échec, dites-lui que les échecs font partie de la guérison et que c’est en tombant qu’on se relève encore mieux.

Ce qu’il ne faut pas faire

Ne punissez pas votre enfant

Vraiment, s’il y a bien une chose à ne pas faire c’est de sanctionner son enfant à cause de son trouble alimentaire. C’est comme punir un enfant parce qu’il a du mal à respirer à cause de sa mucoviscidose. Ça n’a aucun sens !

Ne blâmez pas votre enfant, ne le jugez pas. Sachez une fois de plus faire la différence entre votre enfant et son trouble alimentaire. Il peut arriver que son comportement vous exaspère. Mais ce n’est pas en le culpabilisant ou en lui faisant honte que vous l’aiderez à guérir. Au contraire ! Votre enfant ne doit pas avoir l’impression qu’il est malade par sa faute. Cela engendrerait une plus grande culpabilité en lui et aggraverait son trouble alimentaire.

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Votre enfant est grossier ? Il vous ignore ? Il n’applique pas ce que vous lui demandez de manger ? Il n’arrête pas de faire du sport malgré votre interdiction ? Ce n’est pas un enfant en pleine crise d’adolescence. Non, c’est juste un enfant qui souffre. Il a plus besoin de compassion et de réconfort que de jugement.

Ne vous culpabilisez pas

Ne gâchez pas toute votre énergie à découvrir si vous êtes le responsable de son trouble alimentaire. Il n’y a bien souvent pas un coupable ou une seule cause à un trouble alimentaire. C’est généralement dû à un ensemble de facteurs qui ont amené le trouble à s’installer chez votre enfant.

Ne gaspillez pas votre temps à savoir si vous avez provoqué ce trouble alimentaire. Utilisez plutôt votre temps et votre énergie pour la guérison de votre enfant : en contactant des services de soins, des spécialistes qui sauront vous aider, en vous renseignant, en écoutant et en soutenant votre enfant.

Ne faites aucun commentaire sur la nourriture

Ne faites aucune remarque sur la nourriture. Que ce soit ce que votre enfant mange, ce que vous mangez ou sur l’alimentation en général. Même si c’est pour féliciter votre enfant qui a mangé un des aliments qui lui fait peur. Évitez tout commentaire sur l’alimentation, c’est tout. Je vous invite d’ailleurs à regarder mon article indiquant toutes les phrases à ne surtout pas dire à une personne souffrant d’anorexie.

Faites vraiment attention aux mots que vous choisissez lorsqu’il s’agit de parler d’alimentation. Discutez-en également avec les autres membres de la famille pour qu’ils soient vigilants quant à leur langage. Ne dites pas « bon ce soir, c’est un gros repas » pour faire référence à un gratin ou une pizza. Ne déclarez pas non plus « Demain on mangera plus léger, car aujourd’hui c’était des gros repas ».

Et surtout, ne faites pas de régime ! Il n’y a rien de plus éprouvant pour une personne luttant contre un trouble alimentaire que de voir sa mère, sa sœur ou son frère faire un régime à côté de lui. Ne mangez pas de produits 0 %, d’aliment hypocalorique à côté de lui. Vous n’imaginez pas à quel point ce genre de comportement amène une difficulté considérable pour votre enfant.

Concentrez-vous sur vos propres croyances alimentaires et arrêtez dès maintenant d’étiqueter des aliments de « bon » ou « mauvais ». Si vous-même vous pensez que manger des frites ou une part de gâteau de temps en temps est mauvais, votre enfant aura inculqué cela également… Si pour vous avoir une alimentation saine et équilibrée c’est se nourrir de légume et de fruit, votre enfant adoptera pareillement ces habitudes alimentaires… N’utilisez pas non plus la nourriture comme récompense. Par exemple, ne dites pas « ce soir, j’ai le droit de manger de la glace vu la séance de sport que j’ai fait aujourd’hui ». Inconsciemment, vous suggérez l’idée que pour se faire plaisir, il faut le mériter. Non, tout le monde a le droit de se faire plaisir. Même si vous n’avez pas fait de sport ou que vous avez déjà mangé de la pizza il y a deux jours.

Ne commentez pas non plus l’apparence physique

Il en va de même pour le physique, ne faites aucun commentaire à ce sujet : ni sur le physique de votre enfant, ni sur le vôtre, ni sur personne d’autre. Pour résumer, deux sujets sont à éviter : l’alimentation et le physique. 

Même si vous avez envie de faire un compliment à votre enfant pour lui dire qu’il est beau, s’il est très mince, il associera maigreur avec beauté. Ne lui déclarez pas non plus « tu es beaucoup plus joli maintenant » s’il a repris du poids. Dans sa tête, il entendra « tu es beaucoup plus gros maintenant », quand bien même ce n’était absolument pas ce que vous exprimiez.

Ne dites pas non plus que vous vous sentez trop grosse ou que vous trouvez une personne trop grosse. Votre enfant va systématiquement se comparer et se verra toujours plus gros.

Ne vous focalisez pas sur son poids

Certains parents ont besoin de voir le poids de leur enfant augmenter pour se rassurer et se dire que son enfant est sur le bon chemin. Et bien non, le poids n’est absolument pas synonyme de guérison. Votre enfant peut avoir un poids et un IMC tout à fait correct et pour autant souffrir de trouble alimentaire mental sévère.

Ne lui mettez pas de pression pour qu’il gagne des kilos. La guérison se fait pas à pas par l’alimentation, mais aussi et surtout par le psychique. C’est important que votre enfant avance sur les problématiques qui l’ont amené à tomber dans l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie.

Je parle du poids, mais cela s’applique également aux nombres de calories avalés. Ne calculez pas les calories que votre enfant mange, ni les grammes qu’il a dans son assiette. Ne vous focalisez pas sur les chiffres, mais plutôt sur l’évolution dans la durée, les petits progrès qu’il réalise dans le temps.

Ne lui mettez pas de pression vis-à-vis de ses études

Quand bien même cette année il doit passer le brevet, le bac ou tout autre examen, sa santé passe en priorité ! Ma mère a eu beaucoup de mal à ce que j’arrête mes études pour entrer à l’hôpital. Mais c’était juste nécessaire ! Et aujourd’hui, elle est plus que contente que j’aie pris cette décision. Cela m’a permis de me concentrer pleinement sur ma guérison. J’ai repris mes études un an après et aujourd’hui je suis diplômée d’un Master en marketing d’une grande école de commerce.

Au plus tôt son trouble alimentaire sera traité, au mieux c’est. Ses études, il pourra les terminer plus tard. Sans la santé, il ne pourra pas aller bien loin dans sa vie professionnelle… Surtout que généralement, les personnes souffrant de trouble alimentaire ont ce besoin de tout faire dans la perfection et se mettent déjà elles-mêmes la pression. Donc pas la peine d’en rajouter.

Limitez les déclencheurs de l’anorexie

Réduisez au maximum tout ce qui peut déclencher une pensée anorexique du style « je suis trop grosse » « je dois me restreindre » « je dois faire plus de sport », etc.

Pour cela, ne gardez pas de magazine « santé » à la maison prônant une alimentation saine à base de jus détox et d’eau. Évitez également tous les magazines abordant les sujets de sport ou avec des photos de mannequins.

Les personnes souffrant de troubles alimentaires utilisent énormément internet pour se documenter elles-mêmes sur leur trouble alimentaire. Mais parfois, ils utilisent internet à mauvais escient en parcourant des sites « proana » (pour l’anorexie) ou « promia » (pour la boulimie). Si votre enfant est mineur, n’hésitez pas à mettre un contrôle parental interdisant l’accès à ce genre de site internet.

Ensuite, supprimez tous les aliments « 0 % » ou « faible calorie » à la maison. À moins que ce ne soit les aliments que lui consomme et qu’il accepte de manger.

Enfin, enlevez de la vue également tous les outils d’exercice physique tels que des altères, des cordes à sauter, etc.

Ne l’ignorez pas

Ne l’ignorez pas en tentant de créer un électrochoc chez votre enfant. Ce n’est pas en le rejetant parce qu’il a un trouble alimentaire qu’il le stoppera. Il ne peut pas l’arrêter comme ça. C’est une maladie. Un enfant atteint d’un cancer ne peut pas décider du moment où il le cessera. Un enfant souffrant de boulimie, d’orthorexie, d’anorexie, d’hyperphagie… c’est la même chose ! Votre enfant a plus que besoin de vous, même s’il vous dit le contraire.

Conseils à appliquer pendant les repas

Les repas sont des moments particulièrement compliqués à gérer pour votre enfant, mais également pour vous. Voici quelques conseils pour que cette épreuve se passe au mieux. Si votre enfant est suivi par des professionnels, n’hésitez pas à directement leur demander des conseils pour faire face aux heures de repas.

Créer un cadre rassurant

Mangez à heure régulière et maintenez une atmosphère positive. Parlez de différents sujets de conversation, mais attention, qui n’ont aucun rapport avec l’alimentation et le physique. Convenez avec tous les membres de la famille qu’aucune remarque ne sera faite sur l’alimentation et le physique, notamment sur la quantité que votre enfant mange ou sur sa façon de se nourrir. N’abordez pas non plus la teneur en calorie ou en matière grasse de votre repas. Votre enfant risque tout simplement de s’arrêter de manger ou de vomir après son repas tant la culpabilité sera forte face à ce genre de discours.

Interrogez votre enfant s’il souhaite savoir à l’avance ce qu’il mangera au repas. Pour ma part, je demandais toujours la veille ce que ma mère allait cuisiner pour le lendemain. Cela lui imposait un peu d’organisation, mais parallèlement ça m’aidait à me préparer à affronter éventuellement certaines de mes peurs alimentaires.

Vous pouvez également demander à votre enfant s’il préfère que vous vous occupiez de tout : planifier les repas, les cuisiner vous-mêmes et choisir ce que votre enfant mangera. Cela dépend de chacun, mais je sais que certains patients préfèrent ne rien gérer et que ce soit leurs parents qui s’occupent de prendre les décisions liées à leur alimentation. Pour ma part, ce fut le cas très peu de temps. Par la suite, j’avais besoin de choisir moi-même ce que je cuisinais et ce que je mangeais. Puis, au plus je me rapprochais de la guérison, au plus je laissais ma mère décider ce qu’on mangeait. Je vous invite vraiment à en discuter avec votre enfant.

Ne faites pas de régime devant eux

Comme dit précédemment, ne mangez pas d’aliment 0 % ou diététique devant eux. Cela les mettra en difficulté.

Ne le regardez pas

Lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire, on est persuadé que tout le monde nous observe. Pour ne pas renforcer sa fausse croyance, ne regardez pas son assiette ou ses TOC alimentaires. Concentrez-vous sur votre repas et abordez des sujets de conversation qui changent les idées.

Prévoyez une activité post-repas

Prévoyez une activité familiale après le repas comme regarder un film ensemble, faire un jeu de société ou discuter en famille. Cela permettra à votre enfant de se changer les idées et de ne pas écouter la voix de la culpabilité. Cela pourra également le dissuader d’aller se faire vomir.

Après le repas, n’hésitez pas à rassurer votre enfant s’il ressent des sensations désagréables comme des maux de ventre ou des nausées. Ce sont tout simplement des symptômes de la guérison qui sont normaux et qui se dissiperont au fur et à mesure. J’en parle dans mon article sur la peur de grossir trop vite.

Ne le forcez pas à manger

Vous êtes son parent, vous êtes là pour le soutenir, mais pas pour le forcer à manger. Je me souviens que c’était assez frustrant pour ma mère qui savait qu’à l’hôpital je me nourrissais convenablement avec les infirmières, mais qu’à la maison je n’en faisais qu’à ma tête et que je n’avalais rien. Mais c’est tout simplement parce qu’une infirmière n’est pas ma mère. Elle a un rôle neutre. Alors oui, j’écoutais plus facilement une infirmière que ma mère quand elle me demandait de manger. Mais ne forcez pas votre enfant à manger en lui disant qu’il ne sortira pas de table tant qu’il n’a pas terminé son assiette. Cela va faire pire que mieux en créant un véritable blocage et des tensions au sein de votre famille.

Ne désespérez pas

Ce n’est pas parce qu’un repas s’est mal passé que votre enfant ne s’en sortira jamais. Tout comme ce n’est pas parce que votre enfant a bien mangé aujourd’hui que demain il réussira tout autant. Non, il y a des jours avec et des jours sans. Ça ne sert à rien de lui dire « hier, tu arrivais à manger plus de féculents. Comment ça se fait que tu n’en manges pas plus aujourd’hui ? » Laissez-lui du temps. La guérison est très lente et prend du temps.

N’oubliez pas vos autres enfants

Dans certains cas, le trouble alimentaire de votre enfant vous préoccupe tellement que vous en oubliez vos autres enfants. Les frères et sœurs deviennent parfois des victimes indirectes du trouble alimentaire de votre enfant. Le petit frère ou la grande sœur peut se dire « tiens, elle concentre toute l’attention des parents sur elle avec son trouble alimentaire ». Ainsi, les frères et sœurs peuvent se mettre à adopter des comportements nocifs pour eux-mêmes pour tenter d’avoir plus de votre attention.

Je sais bien que ce n’est pas facile, mais vous devez penser pareillement à vos autres enfants. Demandez-leur comment ils vivent la situation, mais également comment ils vont, ce qu’ils font de leur journée, comment se passe leur étude, etc. Partagez des moments privilégiés avec chacun d’entre eux.

Un trouble alimentaire est difficile à gérer au sein d’une famille. C’est pourquoi, une fois de plus, c’est important d’avoir un suivi avec des professionnels de la santé. Ces derniers peuvent organiser des entretiens familiaux permettant de comprendre le rôle de chacun et comment chaque membre de la famille vit la maladie de votre enfant. Le thérapeute est là pour expliquer à chacun le trouble alimentaire de votre enfant et pour vous donner des conseils sur comment gérer cela en famille.

Soyez solidaire avec votre conjoint

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On n’est jamais préparé face à l’apparition d’un trouble alimentaire chez son enfant. Mais c’est une épreuve difficile que les deux parents doivent traverser ensemble. C’est essentiel, pour l’enfant, que les deux parents s’impliquent dans sa guérison. Même si les parents sont divorcés, la mère comme le père doivent comprendre la maladie et aider son enfant à la surmonter.

Discutez ensemble des décisions que vous prenez vis-à-vis de votre enfant, notamment pour ses soins.

C’est également important d’avoir quelqu’un qui vit une expérience identique que vous pour partager vos émotions, vos ressentis, etc.

Pour conclure, rappelez-vous que votre enfant ne guérira pas en une journée, ni en une semaine, ni même en un mois. Cela prend du temps. C’est pas à pas, petit à petit que votre enfant va cheminer vers la guérison. Il ne sera d’ailleurs pas rare qu’il connaisse des rechutes. Mais cela n’est pas négatif pour autant. C’est en tombant qu’on apprend à marcher.

N’essayez pas de guérir votre enfant à sa place. Le choix de la guérison doit venir de lui-même. Vous pouvez toutefois continuer de lui parler des possibilités de soin qui s’offrent à lui, rechercher des professionnels pour lui. Mais vous ne pourrez pas lui forcer la main. 

Je sais que vous traversez une épreuve difficile, que vous vous sentez impuissant, frustré de ne pas réussir à guérir votre enfant. Mais vous n’êtes pas thérapeute. Vous êtes sa mère ou son père. Et votre rôle est de le soutenir pendant cette période et de maintenir un environnement propice à sa guérison.

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