Trouble du comportement alimentaire

Le TCA comme langage silencieux : quand le corps exprime ce qui n’est pas dit

Le TCA comme langage silencieux : quand le corps exprime ce qui n’est pas dit

Le TCA comme langage silencieux : quand le corps exprime ce qui n’est pas dit

On se retrouve pour un nouvel article, un peu plus psychologique. Pour ceux qui me lisent depuis un moment, vous le savez, j’aime beaucoup tout ce qui touche à la psychologie, ça me passionne. Et les TCA étant des maladies mentales avant tout, il y a une grosse part de psychologie dans la guérison. Et mon objectif, à travers mes contenus, c’est aussi de vous guider dans vos moments d’introspection.

Donc aujourd’hui, on va parler du TCA comme langage silencieux du corps.

Qu’est-ce que ça veut dire ? En parlant de “langage silencieux du corps”, je sous entends que le TCA serait une façon pour ton corps de parler à ta place. Parce que pour moi, mon TCA a aussi été, entre autres, un cri qu’on n’a pas su entendre autrement, ou avant (par moi-même et par mon entourage) sur des choses douloureuses que j’avais en moi. 

Donc cet article est là pour vous faire réfléchir à votre TCA, qui pourrait être vu comme un langage non verbal, une tentative de communication quand vous manquez de mots, ou que tout simplement les mots sont impossibles à exprimer. 

Je vais donc vous expliquer ici les raisons possibles de votre silence émotionnel, je donnerais des hypothèses du langage corporel du TCA, et je finirai par donner des pistes pour essayer d’écouter, de comprendre ce que le corps veut te dire.

Je précise que, c’est une piste de réflexion. Le TCA ne peut pas s’expliquer à 100% par du langage émotionnel. Mais, c’est quelque chose qui peut vous amener à comprendre ce que votre corps raconte, pour vous aider à vous reconnecter à lui, votre allié (et non votre ennemi). 

Partie 1 : Les raisons d’un silence émotionnel - Pourquoi ton corps exprime ce que tu ne sais pas dire ?

Le TCA pourrait donc être une façon, entre autres, de dire quelque chose, sans le dire avec des mots. C’est ce que j’appelle langage silencieux, soit le langage du corps. Avant de comprendre ce que ton corps dit, c’est intéressant de comprendre pourquoi ton corps parle.

#1 - Tu as grandi dans une famille où les émotions sont tues

Si, lorsque tu exprimais tes émotions enfants, on t’a répété “Mais non, ce n’est rien”, “arrête d’en faire une montagne” “tu es trop sensible” “y’a plus grave” “tu exagères”… Ou qu’à l’inverse, tu as grandis dans un environnement où te demandait, parfois inconsciemment, d’être fort, de ne pas déranger, de ne pas faire de vague, de ne pas ajouter de charge émotionnelle aux autres…

Alors, tu as appris à taire ce que tu ressens. On ne t’a pas appris à accueillir tes émotions, à les nommer, à les légitimer (parce que c’est quelque chose qui s’apprend. Moi qui suis jeune maman, je lis qu’avant 6 ans, l’enfant n’est pas en capacité de gérer seul ses émotions et qu’il est nécessaire de l’accompagner, l’aider à les nommer, à les accepter, à exprimer). 

#2 - On t’a appris (inconsciemment) que certaines émotions doivent être cachées

Dans la même veine que le point précédent, si on t’a appris que : 

  • tes propres besoins doivent passer après les autres, que répondre à ses besoins en premier est égoïste
  • que la vulnérabilité est pour les “trop fragile”
  • que la tristesse, la colère sont des émotions à garder pour soi, à ne pas montrer aux autres

Et si, en parallèle, on t’a uniquement félicité quand tu étais “sage”, quand tu performais…

Alors, avec toutes ces règles implicites, tu apprends à être “la bonne élève”, “celle qui ne fait de bruit”, celle à qui on a appris à être sage, discrète, à ne pas être de trop.

Donc tu refoules toutes les émotions qui pourraient à l’inverse de tout ça. 

#3 - Parfois, c’est trop douloureux pour être exprimé avec des mots

Ici, je parle notamment des événements traumatiques. Que ce soit pendant l’enfance ou même adulte. Parfois, un événement traumatique, une insécurité affective, un environnement instable est tout simplement trop à porter pour le cerveau, qui de ce fait, active une réaction de survie. 

C’est comme si le cerveau disait “c’est trop douloureux pour toi, je vais le stocker quelque part”. Et donc, ce quelque part, c’est dans ton corps.

#4 - Certaines émotions ont pu être perçues comme dangereuses pour ton cerveau

Peut-être que, par expérience, ton cerveau a associé des émotions à quelque chose de dangereux. 

Je te donne un exemple : 

Si un jour, tu as exprimé ton amour, et qu’en réponse, tu n’as rien reçu en retour voire même tu as perdu cet amour.Si, lorsque tu pleurais, tu avais quelqu’un d’anxieux ou de mal à l’aise, qui ne savait pas gérer ça. Parfois il y a même des gens qui se mettent en colère, parce que ça les stress de voir quelqu’un pleurer. Mais de ce fait, toi, tu as pu associer le fait d’exprimer tes émotions à quelque chose d’interdit à l’extérieur. 

#5 - On ne t’a pas pris au sérieux

Peut-être que, tu as mis des mots sur ce qui n’allait pas par le passé. Mais en retour, on t’a incité à garder le silence, on ne t’a pas pris au sérieux, on a minimisé ce que tu ressentais… Alors, évidemment, tu as appris que : 

  • Parler ne sert à rien
  • Dire ce que tu ressens ne change rien
  • Tes émotions ne sont pas légitimes

Tu as un ingéré ça comme un interdit silencieux, et donc tu as fini par te taire, à le garder à l’intérieur… Sauf que ton corps a besoin que ça sorte et que ça soit reconnu à sa juste valeur. Alors, il va l’exprimer autrement.

Dans de nombreux cas, c’est parce que lorsque tu as exprimé tes émotions dans le passé, tu as eu un retour d’interdiction de l’exprimer. Et les personnes qui incitent les autres à cacher leur émotion pensent qu’ainsi, ça fera disparaître l’émotion. Mais une émotion interdite ne disparaît pas. Elle se déplace, dans le corps, et finira par s’exprimer d’une façon ou d’une autre.  

Partie 2 - Le langage corporel du TCA

J’espère que cette première partie va t’aider peut-être à avoir des prises de conscience, à comprendre des choses sur toi, sur ton TCA. Personnellement, si j’avais écouté cet épisode à l’époque, je pense que ça m’aurait beaucoup parlé. Là, en tout cas, quand j’explique tout ça, ça fait beaucoup sens avec mon histoire. 

Je vais parler maintenant du langage corporel du TCA, mais avant ça, je vais vous parler un peu plus globalement de langage somato-corporel.

#1 - Le langage somato-corporel

C’est quelque chose que j’ai découvert vers la fin de mes TCA, et aujourd’hui, dès que j’ai une douleur quelque part, je vais regarder la signification dans mon dictionnaire des maladies de Jacques Martel. D’ailleurs, ma soeur est osthéo, et évidemment tout ne s’explique pas par le somatique, mais elle regarde aussi la signification pour en parler avec ses patients durant la séance, car beaucoup de blocage, de douleur ont une grande part de psychologie. Et en avoir conscience, ça aide. 

Déjà, il faut savoir que chez TOUT LE MONDE, le corps parle. Parce qu’on est quand même dans une société, notamment en occident, où on a un mode de vie très intense, où on intellectualise tout, on est très focus sur le mental, plus que sur les ressentis corporels. “Le corps parle, mais on ne l’écoute pas” comme je dis dans mon roman autobiographique. Il y a plein de douleur chronique par exemple qui s’explique somatiquement. 

Qu’est-ce que langage somato-corporel ?

C’est tout simplement le fait que le corps exprime ce que l’esprit n’arrive pas à formuler, à conscientiser. 

Il peut le faire à travers : 

  • la posture
  • des douleurs musculaires
  • des troubles du sommeil
  • des problèmes de digestion
  • la respiration
  • Ou des comportements automatiques dont on a même plus conscience 

Je vais vous donner des exemples concrets, en me basant sur des douleurs et blocages fréquents chez les personnes anxieuses : 

Douleurs épaules et nuques

Si tu as : 

  • les trapèzes tendus, la nuque qui n’a pas une forte amplitude en regardant à droite à gauche, les épaules dures, crispées…

Ces zones correspondent à la charge mentale, à la responsabilité, à l’hypervigilance.

Le langage somato-corporel c’est ton corps qui doit “Je porte tout” “je ne peux pas m’écrouler car j’ai trop de responsabilité” “Je m’inflige de tenir absolument la cadence, le rythme”

Douleurs dans le bas du dos

Les lombaires, c’est la zone de sécurité émotionnelle.

Les personnes qui ont mal à cet endroit vivent souvent : 

  • de l’insécurité affective
  • un manque de soutien
  • la sensation d’être seul

C’est le corps qui dit “je n’ai pas d’appui”, “je dois être mon propre pilier”

La mâchoire

Si tu as la mâchoire serrée, que tu fais du bruxisme… c’est une façon de garder le contrôle. Somatiquement, si la mâchoire est bloquée, tu as moins la capacité d’ouvrir la bouche, de l’exprimer si l’émotion sort.  

Les douleurs aux bras, aux mains

Si tu as des tensions dans les bras, des douleurs dans les mains : 

Ce sont souvent des zones liées à la peur de demander de l’aide, à la difficulté d’en recevoir, à un besoin très fort de tout gérer seule.

 

Voilà, je vous ai donné quelques exemples, mais vraiment, c’est super intéressant de connaître le côté somatique je trouve. Même si évidemment, tout ne peut pas s’expliquer somatiquement. Je pense par exemple à la faim extrême, l’explication est majoritairement biologique. La faim mentale, l’explication est aussi biologique ; dans les deux cas que je viens de citer c’est la restriction, donc un manque d’apports alimentaires.

#2 - Anecdote perso

Je vais vous raconter une anecdote personnelle qui me semble, j’ai déjà raconté. En 2020, j’étais quasiment sorti des TCA, et j’étais en pleine reconstruction de mon identité, en train de chercher vers quoi je voulais aller dans la vie, tout en travaillant sur mon attachement à mes parents, à ma mère, ma peur de grandir.

Et, j’avais une verrue plantaire sous la voute plantaire qui était apparue. Je l’avais soigné avec les solutions proposées en pharmacie, ensuite j’avais vu une podologue qui m’avait fait des soins sur plusieurs semaines, j’ai même fait de la cryogénisation… j’ai vraiment mis beaucoup d’argent dedans, et elle ne partait pas ! ça faisait maintenant plus d’un an et demi que je l’avais, et un jour, j’ai posté un message sur un groupe Facebook de Lyon pour avoir des recommandations de méthode pour éradiquer une verrue plantaire. 

Et parmi les réponses, une dame m’a répondu “avez-vous regardé la signification somato-psychologique ?”. Non, je ne l’avais pas fait. Et donc j’ai regardé, et en somato-psycho, une verrue plantaire représentait l’avancée dans la vie, la direction, le fait qu’on n’est pas certain de la direction qu’on veut prendre dans la vie, qu’il y a un conflit intérieur entre avancer et rester là où on est. Et en lisant la signification, je me suis dit “ah mais clairement, c’est mon corps qui parle !”. Et je me suis dit, je vais attendre d’avancer dans ma vie, d’un point de vue psychologique en thérapie, et je ne vais plus penser à tout ça. Et quelque mois plus tard, je me suis souvenue de cette verrue que je m’étais forcée de en plus regarder et… Elle avait disparu ! Parce que je pense que j’avais avancé sur la problématique, et j’avais aussi conscientisé que c’était un message de mon corps, je l’ai donc entendu, écouté.

#3 - Le langage du corps des TCA

Alors, quels pourraient être les messages silencieux de ton TCA ? 

La vérité, c’est qu’ils te sont propres. Mais je vais donner des messages du corps “typiques” qu’il pourrait y avoir chez une personne avec un TCA.

3.1 Le corps exprime un besoin de sécurité

Le langage somato-émotionnel, serait : 

  • “ J’ai besoin de me sentir en sécurité” 
  • “J’ai besoin d’un cadre fixe, rassurant”
  • “Le monde autour de moi me semble (ou m’a semblé) imprévisible, alors je me sécurise comme je peux” 

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que tu as manqué de sécurité affective (environnement instable, fluctuations émotionnelles des adultes).
  • Peut-être que tu as vécu un événement où ta sécurité a été menacée (maltraitance, abandon, agression, violence, rupture brutale).
  • Peut-être qu’on ne t’a jamais vraiment transmis l’idée que tu étais soutenue, protégée, entourée.
  • Peut-être que tu as vécu un trauma où ton corps a ressenti la peur avant même que ta tête puisse comprendre.

3.2 Le corps exprime une sensation de prendre trop de place ou au contraire, de ne peut trouver sa place

Le langage somato-émotionnel, serait : 

  • “J’ai peur de déranger” 

  • “Je veux disparaître” 

    ou

  • “Je veux qu’on me voie enfin” 

  • “Je veux qu’on me laisse ma place”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que tu as grandi dans un environnement où prendre de la place était dangereux (punition, rejet, critiques).
  • Peut-être qu’on t’a appris que tes besoins dérangeaient.
  • Peut-être aussi que tu t’es sentie invisible, pas entendue, pas comprise… et que ton corps parle pour demander une place.
  • Peut-être qu’il n’y a jamais eu d’espace pour que tu sois pleinement toi.
  • Peut-être que tu as eu une place qui n’était pas la tienne (rejet de ton identité et donc tu te plies à ce qu’on attend de toi, ou alors que tu as été adulte trop tôt alors que tu étais enfant)

3.3 Le corps exprime un besoin d’autonomie

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “je veux me débrouiller seul”

  • “je sais être indépendante”

  • “je veux ne dépendre de personne”

  • “j’ai peur d’avoir besoin d’autres personnes”

  • “personne ne doit avoir de pouvoir sur mon corps”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que dépendre de quelqu’un a été dangereux ou décevant.
  • Peut-être qu’on ne t’a pas soutenue quand tu en avais besoin.
  • Peut-être qu’on t’a parentifiée (enfant qui doit être l’adulte).
  • Peut-être que tu as grandi avec des adultes peu fiables ou instables.
  • Peut-être que tu as vécu une intrusion (émotionnelle, physique, éducative) où tu n’a pas réussi (par choc ou incapacité lié à l’âge à dire “Mon corps doit m’appartenir.”

3.4 Le corps exprime un besoin d’anesthésier une douleur (donc enclenche un mécanisme de survie)

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “C’est trop intense/ trop dur à porter pour que je le ressente.”

  • “Je préfère ne rien ressentir que ressentir ce qui fait mal.”

  • “J’ai besoin de me couper pour survivre.”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que tu portes une douleur passé (trauma, perte, rejet).
  • Peut-être que tu as dû “vivre” malgré la souffrance.
  • Peut-être que tu as souvent entendu dire : “Allez, sois forte.”
  • Peut-être que tu n’as jamais eu le droit d’être triste ou en colère, qu’on ne t’a pas laissé la place de l’exprimer

3.5 Le corps exprime ne pas ressentir le droit d’exister

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “Je ressens ne pas le droit d’être là.”

  • “Je dois me faire petite pour mériter ma place.”

  • “Je ne suis pas assez importante pour prendre soin de moi.”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être qu’on t’a transmis l’idée que tu étais un poids, un problème.
  • Peut-être que quelqu’un a occupé tout l’espace émotionnel dans la famille.
  • Peut-être que tu n’as pas été désirée, ou que tu l’as entendu/senti.
  • Peut-être que tu as été comparée, dévalorisée, rabaissée.

3.6 Le corps exprime un besoin de rester dans l’enfance (de réparer l’enfance)

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “Je veux revenir à un moment où tout était plus simple.”

  • “Je veux revenir à un moment où quelque chose a besoin d’être réparé”

  • “Être adulte me fait peur”

  • “J’ai besoin de protection.”

  • “Je n’ai pas eu d’enfance, ou pas eu l’enfance que j’aurai aimé avoir”

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que tu as dû grandir trop vite (parentification).
  • Peut-être que ton enfance a été insécurisante.
  • Peut-être que tu n’as pas eu l’attention, la protection, la douceur dont un enfant a besoin.
  • Peut-être que tu as été confrontée trop tôt à des responsabilités d’adulte.
  • Peut-être que tu as vécu un trauma dans l’enfance qui a figé une partie de toi à cet âge-là.

3.7 Le corps exprime une colère non dite

Le langage somato-émotionnel, serait :  

  • “Je suis en colère mais je ne peux pas le dire.”

  • “J’ai peur que ma colère détruise quelque chose.”

  • “Je préfère me contrôler plutôt que de risquer d’exploser, ou de faire exploser quelque chose autour de moi (lien, relation…)”

  • “Je retourne l’agressivité vers moi car c’est plus sûr.”

La colère interdite se transforme souvent (sans qu’on en ait conscience) par de l’auto exigence, de la punition envers soi-même, de la violence silencieuse envers soi. Et c’est pas toujours évident de mettre des mots sur cette colère, de se l’autoriser pour que ça passe au conscient et même de savoir sur quoi cette colère porte.

Hypothèse du pourquoi ?

  • Peut-être que la colère a été punie, ridiculisée ou ignorée.
  • Peut-être que tu as grandi avec quelqu’un qui “occupait” toute la colère.
  • Peut-être que tu as fait un mauvais lien qu’être en colère = perdre l’amour.
  • Peut-être que tu as accumulé des injustices jamais dites.

C’est possible que vous vous retrouvez dans plusieurs de ces points ! Et attention, ici je n’ai formulé que des hypothèses. Parfois, entendre ces hypothèses peut faire germer des prises de conscience, mais ça ne veut pas dire que vous devez absolument vous retrouver dans ces hypothèses. Prenez seulement ce qui vous parle. 

Partie 3 - Comment apprendre à écouter son corps ?

Comment faire pour comprendre le message de son corps, ce qu’il exprime, qui n’est pas dit ? 

Déjà, mon dernier épisode de podcast porte sur le sujet de “faut il trouver la cause pour en guérir?” Et grosso modo, dedans je vous dis que non. Et bien, je commence cette partie en vous rappelant qu’il n’est pas nécessaire de s’obstiner à trouver absolument ce que votre corps dit à votre place. Si, dans cet épisode, vous avez trouvé des éléments de réponse, tant mieux. Mais si ce n’est pas le cas, tant pis, c’est que ce n’est pas le moment, et c’est pas pour ça que vous allez rester bloqué plus longtemps dans la maladie, pas du tout. 

Il faut aussi bien comprendre, si je n’ai pas réussi à le transmettre auparavant dans cet épisode, c’est que ton corps, il exprime ça par des maux, pas pour te faire du mal, pour te le faire payer. Mais plutôt dans un but de t’aider, parce que c’est vraiment ton allié, et que c’est sa façon de te dire “eh, il y a quelque chose qui ne va pas, j’ai besoin que tu portes ton attention dessus, que tu ralentisses, que tu m’écoutes”.

Dans cette partie je vais essayer de vous donner quelques pistes pour vous aider à décoder ce langage silencieux. 

#1 - Te reconnecter à ton corps

Ça c’est quelque chose d’important, à apprendre dans la guérison, d’avoir des petits moments de reconnexion avec ton corps pour rétablir cette écoute des sensations de ton corps. Pour certaines personnes ça peut vraiment leur faire peur, donc allez y en douceur, quand vous vous sentez prêt.

Moi je le faisais par des moments de pleine conscience. Mais c’était pas non plus m’assoir sur un tapis et écouter mon corps pendant 20 minutes. Non, ça, ça me stressait même parce que mon esprit s’évadait constamment sur des questions, des peurs, des doutes. Ce que je faisais c’set par exemple quand je buvais du thé, ou une boisson chaude, je me concentrais sur la sensation de chaud qui traversait mon corps, qui descendait petit à petit dans ma gorge. Même chose quand je prenais ma douche, je prenais le temps de ressentir le chaud de l’eau, la puissance du jet sur ma peau. Je trouve ça plus simple de se concentrer sur une zone en particulier, une sensation en particulier dans une situation précise. Par exemple, en ce moment il fait froid. Et bien quand vous êtes dehors, vous pouvez vous concentrer sur la sensation de froid sur ton visage.

#2 - Relever les indices de sécurité / danger

Ton corps te parle, quand il est en sécurité, et quand il est en danger. 

Apprendre à repérer ça, ça peut vraiment t’aider.

Indices de sécurité

  • tu respires plus facilement (ou tu respires tout court)
  • tu penses plus lentement
  • tu rigoles, tu souris, tu te sens plus détendue
  • tu es plus présente
  • tes épaules se relâchent, 
  • tu te sens connectée aux autres

Indices de danger

  • respiration courte voire sensation de respiration coupée
  • oppression
  • gorge serrée
  • besoin de contrôler
  • envie de pleurer qui monte
  • pensées rapides
  • agitation

 

Et quand tu repères ces indices, tu peux aussi essayer de repérer les déclencheurs de ces moments de sécurité et de danger. À vrai dire, ce sont surtout les déclencheurs du danger qui vont t’aider à avancer sur le message silencieux de ton corps. 

#3 - Mettre des mots sur “ça ne va pas”

Parfois, tu sens que tout simplement, “ça ne va pas”. C’est d’ailleurs souvent ces mêmes jours où tu as cette sensation d’être “trop grosse”, où tu n’aimes pas ton reflet dans le miroir.

Essaie, dans ces moments-là, de mettre des mots plus précis sur ton mal-être. Te demander comment tu te sens réellement, est-ce qu’il y a eu une situation dans laquelle tu t’es sentie mal à l’aise ? Pourquoi ? Est-ce qu’il y a une discussion qui t’a touché ? Quelque chose qui a déclenché du stress, une peur, une pression ? Est-ce à la suite d’une interaction avec une personne ?

Essaie, si tu le peux, de trouver un peu plus exactement quelles sont les émotions que tu ressens (tristesse, honte, solitude, fatigue, dégoût, colère…)

#4 - Qu’est-ce que je n’ai pas dit que j’aurais aimé dire ?

Quand tu termines une journée, ou que tu reviens d’un lieu/d’une rencontre et que tu te sens pas très bien sans trop savoir pourquoi, tu peux te poser cette question : qu’est-ce que je n’ai pas dit, mais que j’aurais aimé dire si j’étais certaine qu’il n’y aurait pas de répercussion, pas de jugement ? 

#5 - Accepter de l’aide thérapeutique

Le combo le plus efficace, c’est de s’aider de thérapie. Les mieux sont celles qui allient : thérapie somatique + thérapie psychologique.

Parce que les mots et le corps doivent être impliqués pour créer du changement durable. Et parfois, comme vous n’avez pas la conscience de tout, c’est intéressant de passer par la mémoire de votre corps.

Après, je sais que ce sont souvent des thérapies où les professionnels demandent d’avoir un minimum d’énergie (physique et mentale), donc de ne pas être trop sous-alimenté, d’avoir déjà démaigri (pour les personnes qui ont perdu du poids suite à leur TCA).

EMDR

But : retraiter les souvenirs traumatiques qui restent bloqués dans le système nerveux.

J’ai déjà fait un épisode de podcast sur ce sujet car c’est une thérapie que j’ai faite et que je recommande.

ICV

But : réparer les manques affectifs, stabiliser le système nerveux, reconstituer la sécurité intérieure.

L’ICV fait revivre au cerveau ta ligne du temps (ton histoire de vie), de 0 à aujourd’hui, comme un film accéléré.
Cette répétition permet au cerveau de comprendre :

  • que les menaces appartiennent au passé,
  • que tu n’es plus l’enfant vulnérable d’avant,
  • que tu es adulte et en sécurité maintenant.

Je commence cette thérapie bientôt normalement ! Pour le petit aparté, être maman a fait ressorti beaucoup de choses de mon anxiété, de mon hypervigilance, et de mon enfance. Et du coup, pour m’aider à travailler ce qui n’est pas encore assez travaillé, je tente cette nouvelle thérapie qui commence mi-décembre ! La thérapeute que je vais voir fait de l’EMDR, de l’ICV et de l’hypnose et donc, elle utilisera ce qu’elle semble le plus approprié. Si j’ai recours à l’hypnose et ICV, je ferais peut-être un retour d’ici quelques mois sur le podcast. 

Kinésiologie

But : dénouer les blocages émotionnels, libérer le stress enregistré dans le corps.
Ça se passe via des tests musculaires pour identifier les stress, croyances, blessures… Le thérapeute peut utiliser différents outils (points d’acupression, visualisation, respiration…) pour “défaire” ces mémoires corporelles.

J’ai aussi fait de la kinésiologie quand je souffrais d’anorexie, j’ai fait pas mal de séances.

Hypnose

Ça tout le monde voit ce que c’est je pense 🙂

Voilà, je pense que j’ai dit pas mal de choses déjà sur le sujet. J’ai vraiment bien aimé préparer cet article, je trouve le sujet presque passionnant. D’avoir traversé les TCA, maintenant dans ma vie, je prends très souvent conscience de ce que mon corps essaie de me dire, j’ai comme noué une relation de confiance avec lui qui me permet de l’écouter. Donc, dites-vous que c’est vraiment un outil que vous allez développer pour toute votre vie, pas seulement pour guérir de votre TCA. Si jamais cet épisode t’a parlé, qu’il t’a aidé, ajoute un commentaire sur spotify, sur youtube ou sur l’article de blog correspond. 

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Publié par Norainnoflower dans Mieux connaître, Thérapie, Trouble du comportement alimentaire, 2 commentaires
Faut-il trouver la cause de son TCA pour en guérir ?

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Faut-il trouver la cause de son TCA pour en guérir ?

On se retrouve pour un court épisode pour répondre à une question qui revient souvent, chez les personnes malades, chez les parents, etc : faut-il trouver la cause de son TCA pour en guérir ?

Je crois aux “signes” de la vie, et récemment, j’ai eu deux signes qui m’ont donné envie de faire cet épisode 🙂 Le premier, c’est en lisant un livre que mon conjoint m’a offert. Et le deuxième, c’était lors d’une discussion avec Cécile Feltin, pedo-psychiatre, avec qui j’ai enregistré un épisode de podcast récemment. Et le point commun de ces deux signes, c’est que ça a déclenché une prise de conscience en moi en mode : “est-ce que, vraiment, inciter à rechercher la cause, à comprendre le pourquoi de son trouble alimentaire, c’est une bonne chose ?”

J’ai eu une longue réflexion avec moi-même et je voulais vous partager tout ça ! 

Un peu de contexte...

Alors, déjà, je vais vous expliquer exactement, les signes que j’ai eus.

Le premier, c’était en lisant un livre sur les thérapies brèves qui disait mot pour mot : 

Comme on l’aura compris, traiter ce sujet (en l’occurrence dans le contexte du livre : l’anxiété) ne signifie pas partir à la recherche de causes obscures, compliquées et profondes, mais se situer plutôt dans le sillage d’Oscar Wilde qui affirmait : « Le vrai mystère du monde est le visible, et non l’invisible. » Nous nous focaliserons donc sur le fait de savoir « comment » une personne, sans même s’en rendre compte, « construit» le piège dans lequel elle pénètre, mais dont elle ne parvient plus à ressortir seule.”

Déjà là, premier petite ampoule qui s’allume dans ma tête.

Puis, j’avais donc un épisode de podcast à enregistrer avec Cécile. Et le but était de lui poser vos questions. Et l’une des questions que j’ai posé, c’était “faut-il trouver la cause de son TCA pour guérir?”. Et là elle m’a partagé son point de vue. Spoiler : la réponse est non.

Et en fait, c’est ce que j’explique dans le podcast avec Cécile, c’est que ça me fait me questionner car j’ai l’impression qu’à de nombreuses reprises, je vous ai partagé le conseil de vous questionner sur les causes de votre trouble alimentaire, en réalité, je pousse plus souvent à chercher le “pourquoi”. Ce qui n’est pas tout à fait pareil,je trouve.

Mais je pense que parfois, j’ai dû mettre la pression à certaines personnes qui devaient se dire “mais je ne parviens pas à comprendre les causes, donc je n’arriverai pas à en sortir”.

Il n’y a pas 1 cause

Bon, un premier élément de réponse, c’est qu’en réalité, ça vous le savez depuis le temps que je le répète : il n’existe pas une seule cause. Un trouble alimentaire c’est multifactoriel. ça a des causes biologiques, psychologiques, sociaux, culturels… Donc, chercher UNE cause, ça n’a pas de sens, vous ne trouverez jamais LA raison qui pourra tout expliquer.

Les thérapies qui cherchent la cause

Il existe clairement des thérapies (notamment les psychanalyses) qui sont centrées sur les causes pasées. L’objectif est vraiment de comprendre l’origine profonde du trouble. La logique de ces thérapies c’est que les symptômes actuels seraient l’expression de blessures non résolues. Et ça, c’est quelque chose que je vous ai déjà dit d’ailleurs. Que parfois, le TCA c’est une façon du corps d’exprimer des blessures non résolues. Mais alors, est-ce que ça veut dire qu’il est nécessaire d’en comprendre la cause pour guérir ces blessures ? 

Le problème, c’est que ces thérapies de recherche des causes, ce sont des thérapies souvent longues. Et en attendant, ces thérapies n’agissent pas sur les comportements problématiques actuels. Donc si des comportements sont toxiques/destructeurs pour toi, pour ta santé… Bah en attendant, ils peuvent s’agraver. Et en plus de ça, ces thérapies basés sur la recherche de cause, sur le passé… ça demande beaucoup d’énergie, et pour des personnes notamment qui souffrent d’un trouble mental comme les TCA, c’est difficile. Souvent, elles manquent d’énergie… 

Et, en plus, en te focalisant sur la recherche des causes, tu risques de rester bloqué dans l’analyse sans agir.

Les thérapies centrées sur le présent

Donc, à côté de ces thérapies centrées sur le passé, il y a celles qui sont plus centrées sur le présent. L’objectif de ces thérapies (je vais vous donner des exemples juste après), c’est d’identifier comment le problème fonctionne et se nourrit aujourd’hui. Donc en gros, ce n’est pas forcément les causes initiales qui entretiennent le trouble, mais plutôt les schémas qui se sont intaurées avec le temps, les cercles vicieux dans lesquels vous êtes… qui entretiennent le trouble. 

Donc c’est souvent des thérapies qui vont se baser sur des outils plus concrets. Donc c’est par exemple : 

  • La TCC (Thérapie cognitivo Comportemental) : c’est aujourd’hui la thérapie la plus validée scientifiquement pour les TCA. L’objectif de la TCC ce n’est pas de rechercher la cause profonde mais de travailler sur les rituels, les pensées dysfonctionnelles, la peur de grossir, etc. C’est de casser les cercles vicieux qui entretiennent le TCA.
  • L’ACT : Thérapie d’acceptation et d’engagement
  • Les thérpaies stratégiques brèves
  • L’EMDR/l’ICV. Pas forcément pour commencer un traitement, mais plus utile en complément on va dire. Et souvent, ça se fait après un travail de stabilisation alimentaire quand même, du moins c’est conseillé.

 

Donc, faut-il trouver les causes pour guérir ?

Donc pour répondre à la question “faut-il trouver les causes (vu qu’on a vu qu’il n’existe pas une cause unique) pour guérir de son TCA?”

 

Bah la réponse, c’est non. Et c’est plutôt rassurant je pense, parce que comme je l’ai dit, je pense que pour certaines personnes, qui ont notamment aucun élément de réponse, ça peut être paralysant, stressant et décourageant. Donc vous le savez, c’est pas une obligation de trouver les causes pour guérir. Les recommandations scientifiques actuelles pour les TCA vont plutôt dans le sens des thérapies types TCC, c’est à dire que c’est le travail sur les mécanismes de maintien présents qui fait progresser la guérison, pas la recherche des causes passées. 

 

MAIS, j’apporte une petite nuance.

Enfin, c’est pas une nuance, mais en fait, moi de mon côté, en préparant cet épisode, à chaque fois j’avais un peu des pensées qui me venaient dans la tête en mode “oui mais en réalité, c’est parce que t’as compris des choses de ton passé, que t’as dénoué un peu des noeuds… que tu as pu en guérir TOTALEMENT et ne pas rechuter”. Et je pense qu’en vrai, ça c’est quand même quelque chose de vraie. C’est à dire qu’une des choses à faire pour éviter les rechutes et trouver une guérison complète, c’est vraiment que le mal-être profond puisse être travaillé. Quand je dis “travaillé”, ça veut pas dire qu’il disparait, ou qu’il est totalement résolu. Grosso modo, mon mal-être c’était notamment mon manque de confiance en moi, mon anxiété, mon perfectionnisme. Tout ça, je l’ai encore. Et j’ai des journées voire des semaines où je suis mal, de temps à autre, à cause de ça. Mais, comme je l’ai travaillé, comme je comprends mieux ces symptômes et mécanismes chez moi, je sais avoir une réponse + bienveillante avec moi-même et je ne mets plus de mécanismes destructeurs envers moi (comme les TCA par exemple). Travailler sur le présent m’a aidée à comprendre mes schémas plus profonds, comme l’anxiété et le perfectionnisme. Ça ne les a pas effacés, mais ça a changé ma façon d’y répondre.

Donc bref, comme je disais, pour moi le travail sur les mal-être plus profond est important, et il est souvent lié à des causes. Vous n’êtes pas né anxieux, perfectionniste, avec une confiance en vous à zéro. 

Mais j’ai compris qu’en fait, même en faisant un focus sur le présent, soit sur les mécanismes qui entretiennent dans votre quotidien la maladie… vous faites un travail sur les causes (mais de façon plus subtiles). En réalité, très souvent, en modifiant ses comportements actuels, en sortant de la restriction, en affrontant une peur… des échos du passé remontent naturellement.

Par exemple : 

  • Quelqu’un qui travaille sur son besoin de contrôle réalise que ça fait sens avec une famille très exigeante.
  • Une personne qui apprend à exprimer ses émotions se souvient que petite, on lui faisait comprendre qu’être forte, c’était de ne pas pleurer

 

Et en fait, en faisant cet article, et dans l’épisode avec Cécile, à un moment elle me dit “Mais tu as compris A POSTERIORI”, et bien j’ai eu la prise de conscience qu’en effet, j’ai trouvé les causes exactes à posteriori, mais qu’en fait, durant mes thérapies, je me concentrais sur le présent. 

Je vais donner des exemples concrets : 

  • Dans le présent : Dès que je faisais une compulsion alimentaire, il fallait que ma mère le sache. Dès que je devais prendre une décision en lien avec la nourriture, j’en parlais avec ma mère. Dès que ma mère n’était pas présente lors du repas, même 5 minutes de retard, ça partait en vrille dans ma tête. Donc… en analysant ces comportements dans le présent, je suis remontée à mon histoire, ma relation quasi fusionnelle (de mon côté en tout cas) avec ma mère.
  • Dans le présent : je me sentais rassurée quand j’étais maigre car moins attirante donc moins de regard des hommes. Donc j’ai pu faire le parallèle avec mes relations passées avec mes ex, et remonter jusqu’à l’enfance et mon histoire avec mon corps.

 

En fait, dans une approche centrée sur le présent, les liens avec le passé apparaissent comme des prises de conscience secondaires, naturelles, au fil du travail.

Alors que dans une approche causale, on part dès le début à la recherche du passé, parfois au risque de s’y perdre. Mais en travaillant sur le présent, on finit souvent par relier des points et trouver du sens. 

 

Et dans vos prises de conscience secondaires, lié au passé, le but c’est juste d’avoir des éléments de réponse, des petites explications, des petites compréhensions. Mais retenez bien que vous n’avez pas besoin d’élucider le passé pour guérir. Et si vous trouvez des petits éléments de réponse, des petits “pourquoi”, ce sont des « bonus », des éclairages, pas des conditions préalables à la guérison.

 

Donc voilà, si tu veux déjà commencer à travailler sur le présent, tu peux commencer par te poser deux petites questions :

  • Quels comportements j’ai aujourd’hui qui entretiennent mon TCA ?
  • Quelles pensées reviennent en boucle ?

Voilà, j’espère que cet article vous aura rassuré, et enlevé un peu la pression de trouver les causes. Ce qu’il faut bien retenir, c’est que si aujourd’hui tu n’as pas trouvé “les” causes de ton TCA, rassure-toi : ce n’est pas un frein à la guérison. C’est en travaillant sur ce que tu vis au présent que ta guérison avance. Et parfois, les réponses du passé arrivent en bonus, toutes seules !

Dites-moi si vous êtes d’accord avec ça ou si pour vous trouver les causes est indispensable 🙂

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Mieux connaître, Thérapie, Trouble du comportement alimentaire, 1 commentaire
Ce besoin de rechercher la permission de manger et la réassurance des autres

Ce besoin de rechercher la permission de manger et la réassurance des autres

Ce besoin de rechercher la permission de manger et la réassurance des autres

Je vous retrouve pour un nouvel épisode de podcast, un nouveau sujet : le fait de chercher la réassurance extérieure, chez les autres, lorsqu’on souffre d’un trouble alimentaire.

Je pense que c’est quelque chose d’assez fréquent. Et donc je me suis penché sur ce sujet.

J’ai fait un focus particulier sur la réassurance en lien avec l’alimentation, parce que lorsqu’on souffre de trouble alimentaire, l’alimentation prend tellement de place dans le quotidien… qu’il y a fréquemment une recherche de réassurance dans ce domaine. Mais si on réfléchit, ça ne concerne pas uniquement le domaine nutritionnel.

Je vais tout de même commencer par me focaliser sur ce besoin précis.

Rechercher la permission de manger : Pourquoi ce besoin ?

Raison physiologique

L’une des premières explications, elle est physiologique. Ton trouble alimentaire t’a amené à te déconnecter de tes signaux internes. À force de ne pas répondre à ta faim, et ayant peu d’énergie, ton corps ne mobilise plus l’énergie pour faire gargouiller ton ventre, te faire comprendre qu’il a faim… Car il n’obtient pas de retour sur investissement puisque tu n’y réponds pas. Alors, tu ne ressens plus ces sensations de faim, ni de satiété. Donc tu ne sais plus quand réellement manger ? Si tu as faim ou pas ?

En plus de ça, un trouble alimentaire fonctionne sur des règles strictes. Pas le corps. Donc, ton trouble alimentaire t’a appris que tu manges telle chose à telle heure telle jour. Mais ton corps, lui, ayant des besoins qui varient selon de nombreux critères… bah parfois, ça ne va pas lui suffir. Donc ton trouble t’envoie un signal (basé sur une règle stricte), ton corps t’envoie un autre signal (basé sur ses besoins réels). Et toi, au milieu de tout ça, tu es perdu : tu ne sais pas qui écouter? Ce qui est valable ? Ce que tu dois prendre en compte ?

Donc, tu cherches des réponses externes, et notamment, en demandant aux autres de te rassurer sur ce que tu dois faire, ou d’approuver ce que tu fais pour être sure que tu fais bien.

Raison n°2 : l’anxiété

C’est très commun de retrouver de l’anxiété à des niveaux assez élevée chez les personnes qui souffrent de trouble alimentaire. 

Mais, la restriction alimentaire plonge également le corps dans un état d’anxiété profonde. 

Donc les deux couplés… ça donne de très haute dose d’anxiété.

Et quand le corps subit autant d’anxiété, il se sent en danger. Donc, il cherche à se rassurer.

Alors, tu vas chercher de façon extérieur à apaiser ton anxiété puisque toi, seule, tu ne parviens pas à te rassurer.

Raison n°3 : le perfectionnisme

Il forme souvent un trio avec le TCA et l’anxiété : le perfectionnisme. 

Tu es tellement perfectionniste, tu as tellement peur de décevoir, d’être jugé, d’être différente des autres, de pas faire comme il faut… que tu as besoin d’être rassuré sur le fait que tu fasses les bonnes choses, de la bonne façon.

Raison n°4 :

Bon en fait, ce n’est pas un trio, c’est un quatuor. Parce que dans tout ça, s’ajoute le manque de confiance en toi. Et oui, forcément, si tu ne crois pas en toi, si tu n’as pas confiance en tes propres capacités… Et bien tu vas être amené à demander une aide extérieure pour te rassurer.

La recherche de réassurance dans les troubles alimentaires

Et comme je le disais en introduction, la réalité c’est que cette recherche de réassurance ne s’arrête pas à la dimension nutritionnelle lorsqu’on souffre de TCA. À cause entre autres de ce que j’ai expliqué avant (perfectionnisme, manque de confiance, sensations internes altérées, anxiété…)

→ Réassurance sur le corps : “est-ce que j’ai grossi ? Est-ce que ce pantalon ne me serre pas trop ? Est-ce que j’ai pas gonflé aujourd’hui ? Est-ce que prendre X kilos en X jours c’est pas trop ?”

→ Réassurance sur les repas : sur la permission de manger mais aussi sur l’après : “Tu crois que j’ai trop mangé en prenant ça?”

→ Réassurance sur la santé : certaines personnes ressentent le besoin d’appeler le médecin à chaque nouveau symptôme

→ Réassurance sur l’activité physique : “Tu crois que c’est grave si aujourd’hui je n’ai pas bougé ?”

→ Et plus globalement, dans la vie quotidienne, pour des choix de vêtements, d’étude, de lieu de vie, même de fréquentation. ça peut vraiment prendre de l’ampleur…

D’où vient cette recherche de réassurance ?

Je l’ai dit auparavant, dans la première partie, mais, parfois, quand vraiment ça prend de l’ampleur, les causes peuvent être plus profondes.

  • Origine psychologique profonde : quand tu as grandi dans un environnement où tout était commenté (notamment ton poids, ton apparence… Ce qui est commun chez beaucoup de personnes présentant des TCA) ⇒ Alors, tu as intégré inconsciemment que les autres savent mieux que toi ce qui est bon ou mauvais pour toi.
  • ça peut être lié à la peur de grandir / d’être adulte ; et notamment la peur de ne pas réussir à assumer ses responsabilités d’adulte. Demander l’avis aux autres, et parfois c’est beaucoup à ses parents, à sa mère… c’est une façon d’éviter les erreurs et de se dire “si j’échoue, c’est pas vraiment ma faute, c’est la responsabilité de l’autre”. 

Chercher la réassurance : aide ou obstacle à la guérison ?

Dans un premier temps :

Oui, ça peut aider. C’est d’ailleurs un conseil que je donne aux parents et plus globalement aux proches d’une personne qui a des TCA : c’est de rassurer la personne, en répétant des arguments qui rassurent la personne et qui vont surtout contrer cette petite voix qui à longueur de journée leur rabâche des règles strictes. 

Donc oui, parfois, chercher la réassurance, c’est nécessaire auprès de tes parents, de tes proches, de tes soignants ; pour poser les bases.

MAIS, sur le long terme…

Chercher la réassurance, c’est un frein pour la guérison. Pourquoi ?

  • Parce que plus tu cherches la réassurance, plus ton cerveau en devient dépendant. Quand tu prends l’habitude d’être validé par les autres, si tu n’as pas la validation des autres, tu ressens comme un manque. Et tu en viens à ne plus savoir prendre des décisions seule. 
  • En plus de ça, à force de demander aux autres de te rassurer, tu envoie le message à ton cerveau “je ne suis pas capable seule, alors il me faut une validation externe”.
  • Et donc tout ça, fait que ça renforce des croyances erronées. On en a déjà parlé plusieurs fois. Notre système de croyance se forme au grès de nos actions et de nos pensées. Au plus tu envoies ce message de “je ne suis pas capable” et au plus tu demandes la réassurance aux autres… au plus tu renforces cette croyance erronée de “je ne peux pas me faire confiance”.
  • Et ça peut même devenir un TOC : c’est à dire que quand tu demandes de la réassurance à autrui, tu ressens un soulagement TEMPORAIRE. Mais l’anxiété revient de plus belle dès que tu ressens ce besoin de réassurance et elle est intense tant que tu n’as pas obtenu réassurance. 

Concernant la permission de manger :

Pourquoi c’est un frein de constamment demander à l’autre si tu peux manger / si tu as assez mangé / si tu peux encore manger …? 

  • Parce que l’autre ne ressent pas tes signaux internes qui te sont propres. En effet, au début, les sensations de faim et de satiété ne sont pas encore revenus. Mais, à terme, elles se normaliseront et ce n’est pas quelqu’un d’externe qui saura dire quels sont les besoins de ton corps. Cette personne risque de faire des suppositions ou de se baser sur elle-même, et chacun a ses propres besoins. En fait, en faisant ça, tu vas te couper de ton intuition alimentaire. 
  • En plus de ça : tu ne peux pas demander toute ta vie la validation d’une autre personne. C’est juste pas normale… et tu vas forcément te retrouver dans des situations où tu seras seule à devoir prendre la décision, et du coup tu vas te sentir bloquée.
  • En plus de ça, d’expérience (parce que pour le coup, moi j’ai eu énormément ce truc de rechercher la réassurance auprès de ma mère…). Bref, d’expérience, parfois, on cherche la réassurance via une tierce personne mais l’autre personne va répondre quelque chose qui va te stresser encore plus (même sans le vouloir. Parce que l’autre ne connait pas les mécanismes des TCA, ne connait pas ce qui va te trigger, etc.)
  • Et il y a aussi des cas (et là je parle encore une fois d’expérience personnelle…), des cas où on sait ce qui nous rassurerait mais l’autre ne dit pas ce qui nous aurez rassuré. Donc en gros c’est la même chose que le point précédent sauf que là c’est le cas où on sait soi-même la réponse qu’on attend mais on préfère que ce soit l’autre qui le dise parce qu’on a plus confiance en l’autre qu’en soi). 

Je vais vous parler d’une anecdote personnelle. Je crois que j’en avais parlé dans mon roman autobiographique. Lors de ma deuxième hospitalisation en TCA, j’étais épuisée. Et j’avais envie de mettre en pause ma vie, en l’occurrence, ma vie scolaire (j’étais en M2 en alternance). Et je voulais même quitter mon école (qui était une très grosse école de commerce) pour entrer en FAC. Et je parlais de cette décision à ma mère, sans dire franchement que je voulais arrêter, mais en lui expliquant mon épuisement… et la réponse logique (selon moi) était de dire “bah ok, arrête, met en pause un semestre, tu reprendras l’année pro, en FAC peu importe”. Sauf que, ma mère était inquiète sur le fait que je ne reprenne pas mes études, sur le fait que finalement, il ne restait plus qu’un semestre à tenir. En plus j’étais dans une bonne école, il y avait le côté “c’est dommage…” Et donc elle sous entendait que “est-ce que finalement, ce serait pas une bonne chose de finir une bonne fois pour toute ?”. Et moi, ça me stressait encore plus d’entendre cette réponse. La réalité, c’est que j’avais 21 ans, en âge de prendre une telle décision seule. Surtout que j’étais à 90% sur de moi. MAIS, je préférais que ma mère approuve cette décision. Et ça a duré des semaines… jusqu’à ce que je prenne la décision d’arrêter. Et finalement, un semestre plus tard, j’ai quand même repris dans l’école initiale puisque c’était plus simple quand même pour moi. 

Mais tout ça pour dire que si j’étais sûre de moi, que je me faisais à confiance à l’époque, ça aurait évité une surcharge de stress, des questions à se poser par centaine à m’en donner mal à la tête, des pleurs, des disputes avec ma mère…

⇒ Donc bref, tout ça pour dire que c’est nécessaire d’apprendre à se rassurer soi-même. 

Concrètement, comment faire pour ne plus demander cette réassurance auprès de l’autre ?

Déjà, une chose importante à garder en tête, c’est que quand je dis ça, ça ne veut pas dire que le but c’est de se débrouiller seul en toute circonstance, de ne jamais demander l’avis des autres.

C’est normal dans certains cas et ça peut être même bénéfique, d’avoir l’avis des autres. Moi, je parle dans le cas où ça prend trop d’ampleur et notamment pour la réassurance qui concerne ton alimentation, ton corps, ton activité physique.

Demander l’avis des autres pour un gros projet, c’est normal, tant que ça ne te bloque pas.

Des pistes pour avancer sur la recherche de permission de manger extérieure

  • La première chose c’est de te rappeler que manger, ce n’est pas un droit, c’est un besoin physiologique. Manger ça ne se mérite pas. 

 

  • Une deuxième chose, c’est que tu es la seule personne à savoir ce dont tu as réellement besoin & envie. Oui, tes envies comptent aussi ! Les prises alimentaires ne s’expliquent pas par tes dépenses, ni ce que tu as mangé auparavant.

 

  • Il faut aussi que tu gardes en tête que ne plus demander la permission / la réassurance par rapport à ce que tu manges est un passage obligé de la vraie guérison. Tu ne peux pas, encore une fois, rester éternellement dans une permission donnée par quelqu’un d’autre.

Des pistes pour avancer sur le besoin de réassurance en générale :

  • Identifier la peur derrière ce besoin de réassurance. Pourquoi tu as besoin d’être rassurée ? As-tu peur de perdre le contrôle, peur de grossir ?

           → Demande-toi ce qui pourrait se passer selon ton TCA si tu n’es pas rassurée ?

Souvent, ce sont des croyances erronées derrière ça (Si je ne bouge pas, je vais grossir. Si je ne fais pas de sport, je vais prendre que du gras. Si je mange entre les repas, je vais grossir…)

Et c’est pourquoi j’insiste si souvent sur le fait que dans la guérison des troubles alimentaires, il y a un vrai travail de déconstruction des croyances éronnées qui est nécessaire. Le dernier livre que j’ai sorti il y a quelques mois est littéralement un guide pour ça. ça s’appelle “Déconstruire les croyances erronées de ton trouble alimentaires” et je déconstruis 140 croyances erronées que ce soit dans l’alimentation, l’hyperactivité, le trouble en lui-même, le poids, l’apparence…

Et j’aurais beaucoup aimé avoir cet outil à l’époque. Je m’appuie le plus possible sur des faits logiques et scientifiques pour t’aider à te rassurer et à déconstruire ces croyances. 

  • Une autre piste, ça va être d’indiquer à ton cerveau qu’il n’a pas besoin d’être réassuré. 

Pour cela, à la place de demander “est-ce que j’ai le droit”, répète toi des phrases comme “Je peux me faire confiance” ; “je suis en sécurité” ; “mon corps sait ce dont il a besoin. il veut mon bien” ; “je ne suis pas obligé d’avoir toutes les réponses”.

  • Quand tu es à deux doigts de demander de la réassurance à quelqu’un, essai de te demander : est-ce que vraiment je n’ai pas déjà la réponse ? ET si tu y arrives, essaie de t’entraîner à ne pas demander, à t’exposer doucement au fait de ne plus demander. Je te parle pas d’arrêter du jour au lendemain évidemment .
  • Pourquoi t’entraîner à moins demander ? Parce que se donner la permission soi-même, se rassurer… c’est un muscle que tu vas développer à chaque fois que tu te feras confiance à toi plutôt que de rechercher une réassurance externe. 
  • L’idée, c’est de commencer à s’exposer à des décisions non alimentaires et surtout avec le moins d’enjeux possible. Comme le choix d’un vêtement ou d’un truc dont toi-même tu connais en réalité parfaitement la réponse qui te rassurerait. 

J’en profite pour dire que, au plus tu seras renutri, au moins tu auras ce besoin de rechercher la réassurance parce que tu auras beaucoup moins de peurs irrationnelles.

  • Un autre conseil c’est d’éviter au maximum les comportements de vérification (que ce soit la pesée – j’ai déjà conseillé mainte et mainte fois de jeter la balance – que ce soit les checks corporelles avec le doigt, de se check devant le miroir…). Parce que comme je l’ai dit auparavant, les actions et pensées renforce des croyances erronées, donc forcément, au plus vous faites ces actions, au plus vous intégrez que vous avez besoin de réassurance externe. 
  • Évidemment, il y a également un travail à faire sur le fait de te donner le droit à l’erreur. 

Au pire, tu te trompes ? et alors ? rares sont les actions irréversibles qui ont des conséquences sur des mois voire des années. 

  • Et enfin, en seule réassurance externe valable, je veux dire, qui n’est pas dangereuse en soi, ou qui ne t’enferme pas je trouve, c’est de t’appuyer sur la psychoéducation. C’est à dire de te rassurer avec des faits scientifiques. J’en donne pas mal dans mon livre justement sur déconstruire les croyances erronées du trouble alimentaire. Tu peux avoir un carnet où tu notes tous des faits scientifiques qui te rassurent pour les relire et bien les intégrer.

Par exemple, le poids peut varier de 1 à 3 kg en une journée selon : eau, hormones, digestion. Ces variations sont la preuve de la vie normale du corps.

J’espère que cet article t’a permis de te sentir compris, de te reconnaître et surtout de trouver des pistes de réflexion, voire des actions à mettre en place pour t’aider dans cette recherche de réassurance. 

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La peur de grandir (et le lien avec les troubles alimentaires)

La peur de grandir (et le lien avec les troubles alimentaires)

La peur de grandir (et le lien avec les troubles alimentaires)

On se retrouve pour un sujet “psychologique” que je voulais aborder depuis longtemps. J’essaie de multiplier les sujets comme ça, de type psychologique on va dire, pour essayer de vous amener à des réflexions sur votre trouble, pour vous guider dans votre introspection car je trouve personnellement que c’est essentiel dans la guérison des troubles alimentaires et pourtant, on n’aborde pas assez (voire pas du tout) ces sujets. Et comme j’ai créé Norainnoflower pour apporter ce que j’aurai aimé avoir quand j’étais malade, et bien j’en parle sur mon podcast !

Bref, c’est un sujet que je voulais aborder depuis un moment sur Norainnoflower car la peur de grandir a été au cœur de la guérison de mon trouble alimentaire. Si tu as lu mon roman autobiographique, tu as pu quand même lire des choses sur le sujet car j’en parle dans mon livre. Mais je voudrais en parler vraiment en profondeur dans cet article.

La peur de grandir - Les explications neuroscientifiques

J’essaie de plus en plus d’intégrer les neurosciences dans mes contenus car il y a tellement de choses qu’on peut expliquer par la neuroscience et je trouve ça personnellement passionnant. J’ai l’impression que les faits scientifiques et les preuves tangibles rassurent non ? En tout cas, moi ça me rassurait donc j’aime bien utiliser des explications scientifiques.

Ne pas grandir = mécanisme de survie

La peur de grandir, c’est en réalité un mécanisme de survie. Chez une personne souffrant de TCA, le cerveau est souvent dans un état d’alerte constant. C’est à dire que les circuits liés à la survie sont activés, et grandir (physiquement, émotionnellement, socialement), c’est perçu par le cerveau comme un danger. Pourquoi ?

Parce que grandir, c’est prendre sa place, être davantage vue, être responsable. Or, le cerveau en état d’alerte peut associer cela à une perte de sécurité ou à un risque de rejet, de surcharge émotionnelle, ou de souffrance.

Immaturité émotionnelle

Des recherches en neuropsychologie ont montré que certaines personnes avec un TCA présentent une maturation émotionnelle ralentie. Alors, attention, ça veut pas dire qu’elle manque de maturité parce que personnellement, je trouve que les personnes qui ont des TCA sont souvent très matures, notamment pour leur âge. Des personnes très jeunes présentent déjà une très grande maturité sur la vie. Mais une maturation émotionnelle ralentie, ça veut plutôt dire que :

  • Elles peuvent avoir des difficultés à réguler leurs émotions, à tolérer l’incertitude, ou à se projeter dans l’avenir.
  • La maladie devient alors une régression protectrice (comme un retour à l’enfance), qui évite les enjeux de l’âge adulte (sexualité, autonomie, responsabilités…).

Conflit avec la puberté

Une autre explication neuroscientifique de la peur de grandir, c’est le conflit avec la puberté. Chez beaucoup de jeunes filles (mais aussi parfois des garçons), l’entrée dans la puberté est un déclencheur du TCA :

La transformation du corps (seins, hanches, menstruations, pilosité…) provoque un sentiment de dégoût du corps. Le refus de s’alimenter devient inconsciemment un moyen de stopper la croissance ou d’essayer de revenir à un corps prépubère, donc à un état perçu comme plus sûr. 

Anxiété développementale

Une autre explication neuroscientifique de la peur de grandir, c’est l’anxiété du développement : c’est à dire la peur profonde de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir affronter les étapes de la vie adulte. Et ça, vraiment, je l’avais énormément quand j’étais malade.

Cette anxiété du développement fait que le cerveau anticipe les menaces, même quand elles ne sont pas réelles, ce qui bloque les élans de changement. Et comment ça s’explique d’’un point de vue neuroscientifique ? Des imageries démontrent que l’amygdale (qui est le centre de la peur) est souvent suractivée chez les personnes souffrant de TCA.

Mais je tiens à dire quand même quelque chose que j’ai compris avec le recul, c’est que souvent, les personnes qui ont des TCA ont peur de ne pas savoir gérer une vie “d’adulte” (entre guillemets), alors qu’elles sont plus adultes que beaucoup d’adultes.

Donc la neuroscience nous montre que la peur de grandir peut être liée à une adaptation du cerveau à un contexte perçu comme menaçant. Le trouble alimentaire devient un outil inconscient de protection face à ce que le cerveau vit comme dangereux. Je vous le dis souvent, un trouble alimentaire n’arrive pas par hasard, il arrive en réponse à quelque chose dans lequel on ne se sent pas en sécurité.

La peur de grandir - Explications psychologiques et symboliques

Une peur psychologique de l’autonomie

Grandir, ça veut dire quelque part être davantage autonome, indépendante. On voit l’adulte comme quelqu’un qui se débrouille seul (en réalité, ce n’est pas vrai, mais c’est une idée reçue que projette beaucoup d’adulte, que projette la société, et parfois que nos parents ont projetés).

Et quand on est une personne qui a des TCA, souvent, on est très angoissée et on manque de confiance en soi. Donc la personne qui a des TCA est persuadée qu’elle n’est pas capable de s’en sortir seule.

Le trouble alimentaire devient un refuge dans un état de contrôle extrême où la personne malade n’a pas à affronter l’imprévisible de la vie adulte.

Mais le pire, c’est que souvent la personne a peur de ne pas être capable de gérer seule les choses, alors qu’en réalité, elle les gère déjà seule.

Donc c’est vraiment une peur, et pas une réalité. C’est une peur psychologique.

Un refus symbolique de quitter l’enfance

Chez certaines personnes, le trouble alimentaire traduit un attachement inconscient à l’enfance : un moment de la vie où l’on était protégé·e, pris·e en charge en permanence. Et j’ai envie de dire, c’est même où on est sensé être protégé. Parce que tu peux être attaché à la vision idéalisée que tu as de l’enfance même si ce n’est pas ce que tu as vécu concrètement. 

La prise de poids est associée au fait de devenir une femme, un homme et de sucroît c’est associé à la perte d’innocence, sexualisation du corps, changement de regard social.

Se restreindre est vu inconsciemment comme un moyen de garder un corps d’enfant, donc maintenir une forme d’innocence et de non-responsabilité. Pour certains, inconsciemment évidemment, le fait d’être malade permet de garder davantage d’attention de ses parents, de ses proches. La personne reste dans les ailes de ses parents, elle se sent davantage protégée. Evidemment, encore une fois, c’est inconscient. Cela ne dépend pas de la volonté de la personne malade, ce n’est pas un choix, c’est une réponse à une blessure profonde. 

Petite aparté pour les personnes nées dans les années 90. J’ai l’impression qu’il y a encore plus cette peur de quitter l’enfance pour les personnes nées dans les années 90. Ou alors, je suis biaisée parce que moi je suis née dans les années 90. Mais j’ai remarqué sur les réseaux sociaux qu’il y a un mouvement de grosse nostalgie de l’enfance pour les personnes nées dans les années 90. Donc j’ai fait des recherches là dessus. Et en effet, apparemment, les personnes nées dans les années 90 (donc enfance/ado dans les années 2000) sont particulièrement enclines à la nostalgie collective. Parce qu’on est une génération “entre deux mondes”. On a grandi sans Internet dans nos toutes premières années (on a connu les cassettes, disques, jeux dehors) et on a ensuite vécu l’arrivée du numérique.

On est les derniers à avoir connu l’avant et les premiers à avoir tout adopté. Ça crée un attachement fort à cette “double enfance”.

enfance-tca

Et surtout, on a eu une enfance marquée par la pop culture partagée (Harry Potter, Disney Channel, mangas, consoles de salon, CD gravés, séries cultes comme Friends, etc. Contrairement aux jeunes d’aujourd’hui dont les contenus sont ultra personnalisés avec les algorithmes des réseaux sociaux, la génération des années 90, on a des références communes à toute une génération. Et les années 90/2000 sont perçues comme des années de relative stabilité.

Bref, désolée pour ce gros aparté. Mais moi j’ai toujours du mal à me dire que je ne serais plus enfant, que cette période de ma vie et toutes ces choses que je faisais enfant sont finies. Mais apparemment, je ne suis pas seule ! Si tu es des années 90 et que tu ressens ça, on est pas seul. Mais si vous n’êtes pas des années 90 et que vous ressentez ça, dites le moi, c’est intéressant de savoir si c’est en fait quelque chose de généralisé.

Un mécanisme de protection face à un trauma

Pour en revenir à la peur de grandir, ça peut aussi s’expliquer par un trauma qui a eu lieu dans l’enfance. 

Chez beaucoup de personnes souffrant de TCA, il existe des événements traumatiques ou douloureux (violences, harcèlement, humiliations, etc.). Et un trauma, ce ne sont pas les autres qui déterminent si ça a été un traumatisme pour vous. C’est vous, et votre cerveau. Si par exemple, c’est sur un événement qui s’est passé dans votre enfance, peut-être que votre cerveau d’adulte ne le voit pas comme un trauma. Mais pour un enfant, ça l’est. Et un trauma c’est parfois sur un ressenti, pas sur un événement réel. Je m’explique : si en réalité, vous n’avez jamais été agressé, mais que vous étiez dans un climat où l’agression était une menace constante, alors, même si l’agression n’a pas eu lieu mais que vous aviez constamment peur d’être agressé, c’est un trauma.

La maladie peut servir inconsciemment à geler le temps, à éviter la confrontation. Elle peut permettre de focaliser votre esprit sur la maladie plutôt que sur le traumatisme, elle peut vous permettre d’éviter de ressentir tous les désagréments causés par le traumatisme. 

Je ferai peut-être un épisode de podcast sur les traumatismes et les TCA. Parce que je pense que c’est intéressant et que beaucoup voient les traumas comme des agressions sexuels, mais en réalité, il existe de nombreux événements qui peuvent être considérés comme un traumatisme pour votre cerveau et votre corps.

Une manière d’exister autrement

La peur de grandir, ça peut aussi s’expliquer symboliquement parce que certaines personnes n’ont pas appris à exister autrement qu’en étant « petites », parfaites, gentilles, discrètes. Grandir pourrait signifier :

  • Prendre de la place, déranger, dire non, poser ses limites.Pour quelqu’un à qui on n’a pas permis ça, cela génère un conflit interne violent. Il est plus « facile » d’être malade que d’être soi. Encore une fois, c’est un processus inconscient. Je le précise car quand je dis “c’est plus facile”, en réalité, c’est à prendre avec des pincettes parce que ce n’est pas une question de volonté. C’est bien une réponse à une souffrance profonde.

Une réaction face aux injonctions sociétales

Dans notre société : Grandir, c’est associé à beaucoup de pression : réussir, être performant·e, séduisant·e, mince, indépendant·e…

Et je dis “dans notre société”, mais parfois, on a aussi grandi dans une famille où les adultes ne se montraient jamais vulnérables, et ont donné l’image d’un adulte fort, qui ne pleure pas, qui sait se débrouiller seul. Donc forcément, ça met une sacré pression aux enfants de la famille.

Dans ces contextes, le TCA peut devenir un repli, une tentative de dire « stop » à toutes ces attentes, tout en continuant à chercher une forme de maîtrise et de contrôle.

Une dynamique familiale inconsciente

Et justement, dans certaines familles, grandir est mal vu :

On valorise les enfants sages, on rejette les ados qui s’opposent. Dans ce climat, la maladie peut donc devenir un moyen inconscient de rester “le bon enfant”, celui ou celle qu’on protège encore. La maladie est une façon de ne pas prendre sa propre place.

 

Toutes ces explications possibles de la peur de grandir montrent que le TCA est un mécanisme de survie que le corps et le psychisme mettent en place… en attendant qu’il soit possible de vivre autrement, pour panser une blessure, un déséquilibre interne ou contextuel.

Ne pas grandir - Les fonctions affectives et identitaires du trouble

S’il y a une peur de grandir, c’est parce que lorsqu’on a un TCA (et pas que d’ailleurs), on voit souvent des avantages inconscients évidemment à ne pas grandir. Et parfois, le fait de prendre conscience de ces bénéfices secondaires, ça peut aider à voir la peur de grandir différemment.

Le TCA comme moyen de prolonger l’enfance

enfant tca

Quand on souffre d’un TCA, en particulier d’anorexie, il y a souvent ce désir inconscient de figer le temps en quelque sorte.

  • Rester dans un corps lisse, sans formes, d’enfant
  • Ne pas manger comme les adultes, avec appétit et plaisir.
  • Se faire prendre en charge, surveiller, protéger, rester “fragile”

Ce sont des gestes qui miment l’enfance en quelque sorte. La maladie devient un moyen de refuser l’inéluctable : “Je ne veux pas devenir adulte. Je veux encore qu’on s’occupe de moi. Je ne suis pas prête à dire au revoir à l’enfance.” 

Dis comme ça, ça peut un peu déranger à entendre quand on est malade. Parce que je pense que certains vont voir ça comme “tu le fais exprès” mais évidemment c’est un processus inconscient. Et ce n’est pas par plaisir ni envie que vous souhaitez prolonger l’enfance. Il y a souvent des peurs plus profondes derrières ce mécanisme.

Je sais que ce n’est pas un choix. Quand j’étais dans la maladie, si on m’avait dit ça, je pense que j’aurai dit que personnellement, ça ne me concerne pas. Mais avec le recul, les thérapies que j’ai fait, je peux dire qu’en effet, mon TCA a été une façon de prolonger l’enfance ou du moins de ne pas quitter totalement l’enfance car j’avais encore des choses dans mon enfance qui n’était pas réglée et qui ne me permettait pas de passer “officiellement” à l’âge adulte en quelque sorte.

Le TCA comme lien d’attachement détourné

Dans certaines relations parent-enfant, surtout quand le lien est très fort, voire fusionnel, le trouble alimentaire peut fonctionner comme une tentative inconsciente de maintenir le lien à tout prix.

  • La maladie devient une façon de rester la petite fille ou le petit garçon fragile, vulnérable, dépendant, celle ou celui qu’on ne lâche pas, qu’on continue de protéger.
  • Le fait d’être surveillée, soignée, crée un cadre où l’amour est exprimé même si c’est par la maladie. Parfois, dans certaines familles, on n’exprime pas l’amour, on ne la démontre pas… sauf dans la maladie. Ce lien peut être si central que grandir donne l’impression de trahir ou perdre ses parents, de s’en éloigner émotionnellement (notamment la mère)

Et je parle ici de la mère car c’est très très très souvent que je retrouve ce lien fusionnel (ou parfois à l’inverse conflictuel) entre la maman et la personne malade. J’ai d’ailleurs prévu de faire un épisode de podcast sur le lien entre TCA et lien fusionnel avec la maman (attention, ce n’est pas un épisode pour blâmer les mamans !) 

Ce n’est pas une stratégie consciente, mais une dynamique affective, qui fait de la maladie une sorte de langage relationnel pour dire  “Je suis encore là, petite, regarde-moi, aime-moi.”

Le TCA agit alors comme un frein à la séparation : rester dépendant·e, en difficulté, pour ne jamais vraiment quitter le lien. Autrement dit : la personne malade se dit “si je m’en sors, si je deviens autonome, que restera-t-il du lien avec mes parents / ma mère ? Est-ce qu’on m’aimera encore si je n’ai plus besoin d’aide ?”

Et au plus la maladie dure, au plus la personne malade a inconsciemment associé l’amour à sa maladie, et a très peur de guérir car guérir voudrait dire mettre en danger cet amour voire perdre ce lien avec sa mère ou ses parents.

D’ailleurs, si vous ressentez qu’il y a quelque chose à travailler du côté de votre relation à vos parents, je vous conseille de lire le livre “Vos parents ne sont plus vos parents”. 

Le TCA comme refuge contre les responsabilités d’adulte

Echapper aux responsabilités

Assumer ses responsabilités, ça veut dire croire en soi, se donner le droit d’imposer ses choix, de décider, c’est accepter qu’on peut se tromper. Mais pour une personne qui doute profondément d’elle-même, comme une personne qui a des TCA, tout ça, c’est vertigineux. 

Quand l’estime de soi est fragilisée, quand on ne se sent ni compétent·e, ni légitime, ni “prêt·e”, les responsabilités paraissent insurmontables. Elles réveillent la peur d’échouer, d’être jugé·e, de décevoir. Alors, le trouble alimentaire devient un refuge.

Assumer des responsabilités, c’est penser qu’on est capable, qu’on sait faire des choix, qu’on sait se débrouiller seule. Mais quand on a grandi sans avoir confiance en soi, sans avoir été encouragé·e à essayer, à rater, à apprendre… ces mots font peur. Être adulte, ça paraît trop difficile. Trop grand. Trop risqué. Trop dangereux.

Alors la maladie devient un abri.
Quand on est malade, parfois, on se dit inconsciemment qu’on ne peut pas vous en demander de trop. On reste dans une zone connue.

Tant qu’on est malade :

  • On peut se retirer du monde sans que ce soit forcément perçu comme une fuite.
  • On peut dire “je ne peux pas”, “je suis trop fatiguée”, “je suis pas en état”… et c’est vrai, les autres en ont en quelque sorte la preuve.

En fait, la maladie donne quelque part des excuses qui sont acceptées car la personne est malade pour ne pas avoir à se confronter au monde adulte, à ses exigences et à l’inconfort de l’inconnu. Evidemment, tout ça c’est inconscient. 

Et face à ces peurs de ne pas savoir gérer ses responsabilités d’adulte, le trouble alimentaire devient un outil inconscient pour reprendre le contrôle :

  • Si je ne sais pas comment bien vivre… je vais au moins bien “gérer” ce que je mange, mon corps, mon poids.
  • Si tout est flou… au moins mes repas sont cadrés par mes rituels.
  • Si j’ai peur de l’échec… je m’enferme dans un terrain connu, que je maîtrise : les repas, l’alimentation..

Je ne juge pas, parce que vraiment, mon TCA a été une façon d’échapper aux responsabilités d’adulte. Et d’ailleurs, je dis ça, c’est une piste. ça ne veut pas dire qu’un TCA est là pour échapper aux responsabilités d’adulte. C’est vraiment une piste de réfléxion. 

Mais c'est un cercle vicieux...

La réalité, c’est que cette stratégique inconsciente du TCA comme un refuge, c’est en fait un abri qui finit par devenir une prison mentale.

Plus le trouble dure, plus il :

  • Empêche les expériences concrètes qui nourissent la confiance en soi (essayer, rater, apprendre, progresser).
  • Renforce l’idée qu’on ne sait rien faire, qu’on ne s’en sortira jamais, qu’on est “différent·e”.
  • Éloigne de la réalité : on ne prend plus part aux décisions, aux projets, aux échanges du quotidien.

Et on se retrouve dans une boucle :

Je me crois incapable → j’évite → je ne progresse pas → je me sens encore plus incapable.

Ce cercle vicieux alimente le sentiment d’être nulle, l’isolement, et parfois même une forme de honte : “Tout le monde avance sauf moi. Je suis à la traîne. J’ai gâché ma vie.” Alors on se replie encore plus… et la spirale continue.

Une clé pour briser ce cercle vicieux : Apprendre à ne pas être parfaite

L’une des clés, c’est de travailler sur votre perfectionnisme. Car cette peur de grandir est dû en partie au fait que tu te mets une pression de dingue de “grandir parfaitement”. Guérir, s’éloigner de cette peur de grandir, c’est oser faire des choses imparfaitement.

Guérir ne veut pas dire “réussir à vivre parfaitement dans tous les domaines de ta vie”.
Ça veut dire accepter de commencer petit, de faire de son mieux, même si ce n’est pas parfait, même si ce n’est pas fluide. L’objectif, ce n’est pas d’être une adulte irréprochable. L’objectif, c’est d’être une adulte bienveillante avec soi-même, qui se parle avec douceur quand elle apprend. Et l’objectif, c’est surtout d’être un adulte épanoui.

Autres formes de peurs liées à la peur de grandir

Grandir, c’est perdre l’illusion de contrôle

Quand on est enfant, on croit que les adultes savent. Qu’ils ont les réponses. Qu’ils gèrent. Puis, en grandissant, on découvre une vérité vertigineuse : Personne ne sait vraiment ce qu’il fait. Adulte, on peut être trahi, perdre un travail, perdre un proche, échouer sans le vouloir, faire du mal alors qu’on avait une bonne intention…

Et pour une personne angoissée, hypersensible ou marquée par un traumatisme, cette incertitude est insupportable. Quand on réalise que même les adultes n’ont pas le contrôle, on se sent perdu et on cherche à contrôler ce qu’on peut.

Le TCA donne l’illusion que tout est maîtrisé.

Mais grandir, au contraire, c’est accepter de ne pas tout contrôler et ça, ça fait très peur.

Grandir, c’est devoir jouer un rôle social

Pour beaucoup, grandir, c’est devoir enfiler un costume. Et ça, c’est en partie dû à la société qui met une grosse pression, et ce très jeune, quand on te demande à l’école de choisir très tôt ton orientation. On attend de toi que tu te définisses : un métier, une fonction, une performance.

Quand on devient adulte, on attend de toi que tu « entres dans le moule ».
Un moule fait de cases bien définies :

  • Avoir un CDI, un salaire stable, une carrière ascendante,
  • Trouver un·e partenaire, emménager, acheter, avoir des enfants,
  • Être productif·ve, organisé·e, sociable, poli·e, efficace, fiable…

Et face à ça, on peut ressentir une pression énorme.

Mais on va casser un mythe : la plupart des gens sont paumés. Même ceux qui ont des enfants, qui sont propriétaires… C’est que des costumes qu’on enfile ça, ça ne reflète pas la stabilité interne de la personne. 

Pour certain, le trouble devient alors un refus de participer à la pièce. Une façon de dire : “Je ne joue pas à ce jeu-là.”

Souvent, on a l’impression que l’adulte doit cocher toutes les cases.
Mais les cases, c’est toi qui les définis. Il n’y a pas de ligne officielle à suivre.
Il n’y a pas un modèle d’adulte valable pour tous.

Grandir, ce n’est pas jouer un rôle qu’on t’a écrit à l’avance.
C’est choisir tes propres règles, tes propres rythmes, tes propres priorités.
Et c’est normal que ça fasse peur : parce que ça implique de dire non à certains scripts, parfois même de décevoir. Mais c’est dans cette liberté-là que tu te rencontres vraiment.

Grandir, c’est s’approprier un corps sexué

À l’adolescence, le corps change. Il devient visible, attirant, jugé.
Et cela peut réveiller énormément de peurs : la peur d’être regardé, d’être désiré. Pour certain·es, ces transformations sont insupportables.
Alors, le trouble devient un moyen de figer le corps dans un état prépubère :

  • Pas de formes, pas de règles, pas de désir.
  • Un corps “enfant”, protégé de la sexualisation, du regard, du contact.

Dans de nombreux cas, ce rejet du corps sexué est lié à une expérience de violence, d’intrusion ou de peur du désir des autres.

Grandir, c’est devenir autonome affectivement

Certains ont peur de grandir, car grandir, c’est devenir autonome affectivement, ça veut dire savoir se rassurer soi-même, ne plus attendre d’un autre qu’il comble le vide, ne plus tout attendre de ses parents.
Pour certain·es, grandir signifie :

  • Ne plus être consolé·e,
  • Ne plus être attendu·e,
  • Ne plus être aimé·e de façon inconditionnelle.

Mais la réalité, c’est qu’être adulte ne veut pas dire qu’on doit tout porter seul·e. Même adulte, on peut trouver du soutien et du réconfort. On peut demander de l’aide. On peut partager ses vulnérabilités.

C’est important d’oser se confier à des proches, sans avoir peur d’être un poids, ni d’avoir peur de ce qu’ils vont penser. Quand on est sincère, transparent, quand on ose dire ce qui ne va pas, qu’on va pas bien, on ouvre souvent la porte à une humanité partagée. Souvent, les autres se reconnaissent et s’autorisent à se livrer aussi. Moi, c’est ce qui m’est arrivé. Quand j’ai accouché, j’ai été plongé dans une période très difficile, de profonde détresse. Et j’ai beaucoup communiqué (comme lorsque j’étais malade je communiquais beaucoup et c’était une force donc je vous la conseille même si je sais que c’est pas simple pour tout le monde). Mais pour reprendre l’exemple de mon post partum, j’ai pu échanger avec beaucoup de mamans qui m’ont dit avoir ressenti la même chose. Et ça m’a tellement rassuré de ne pas me sentir seule, “folle”.

Et si c’est trop difficile d’en parler à son entourage, il existe des psychologues et des thérapeutes prêts à vous écouter, sans jugement, avec bienveillance. Vous avez le droit de trouver une épaule, un espace sécurisant où déposer ce qui pèse trop lourd.

Grandir, c’est construire une identité, mais laquelle ?

Il y a aussi la question de trouver son identité. C’est assez centrale dans la guérison des TCA, car souvent on perd sa propre identité pour laisser place à celle de la maladie. Et la guérison, c’est retrouver sa propre identité. Mais tout comme grandir, c’est construire sa propre identité. ça prouve à quel point un TCA est lié à la peur de grandir.

Quand on est dans l’adolescence et même jusqu’à 20-24 ans je trouve, on est dans une période où l’on cherche son identité. Souvent on parle de l’adolescence vers 15 ans, mais personnellement je trouve que même à 20 ans, c’est pas encore stable tout ça dans notre tête, et c’est difficile de trouver qui on est. 

Et quand on vit avec un trouble alimentaire depuis longtemps, le trouble a pris toute la place : Il définit les habitudes, les pensées, les émotions, le corps. Il donne une structure à ta vie.

La guérison suppose donc une construction identitaire. Ce processus fait peur, parce qu’il confronte à un vide. Quitter le trouble, c’est te jeter dans l’inconnu de toi-même. Et en même temps, c’est aussi une page blanche où tu as tout à écrire, c’est toi qui décide, et rien n’est gravé dans le marbre. Dis-toi que tu écris au crayon de bois, et que tu peux gommer pour réécrire ce que tu veux.

Mais pour revenir sur le côté “construire son identité” en grandissant, je trouve que quand on est enfant, on porte une étiquette.
La gentille fille. Le bon élève. Celle qui sourit. Le petit sensible. Le discret.
Et cette étiquette peut nous enfermer, nous définir parfois même nous rassurer. Mais un jour, on sort du cadre familial, de la maison, de l’école… Et l’étiquette qu’on a n’est pas défini partout, et c’est à nous de définir qui on est. 

Et quand le trouble alimentaire entre en jeu, il vient souvent remplir ce vide d’identité. Il te donne une trajectoire. Des repères.

Quand j’étais malade, je pensais que l’anorexie m’aidait à cocher les bonnes cases.
À devenir cette “fille qui gère”, qui contrôle, qui brille. Mais en vérité, ce n’était pas moi. J’étais en train de suivre une voie qui ne me ressemblait pas. Je pensais que l’anorexie me permettait d’avoir une identité, d’avoir un pilier dans ma vie. Mais au final, en réalité, c’est avec elle que je me suis perdue.

Grandir, c’est oser déconstruire cette fausse identité, même si elle t’a tenu debout. ça fait peur. Mais c’est aussi le début de quelque chose. J’ai fait l’épisode de podcast 53 sur “Se reconnecter à la vraie vie pour guérir” qui peut vous donner quelques pistes intéressantes. Je sais que ça peut être frustrant car vous attendez peut être que je vous dise comment surmonter cette peur de grandir, comment faire. Mais la réalité, c’est que c’est un travail personnel, de chacun. Là je vous donne plein de pistes de réflexion pour semer des graines en vous. A la fin de l’épisode je vais essayer aussi de vous donner quelques pistes plus concrètes.

Pressions sociétales

Je voudrais faire un focus sur la pression sociétale, parce qu’elle joue un véritable rôle dans ta peur de grandir. Je vais notamment faire un focus sur la pression sociétale lorsqu’on est une femme. Sorry pour les hommes qui m’écoutent, mais comme c’est quelque chose qui me concerne et concerne 90% de ma communauté, je pense que c’est intéressant de faire ce focus.

On grandit dans une société. Une culture. Un monde qui envoie des signaux sur ce qu’est un adulte « réussi ».

Quand on est une femme, cette pression est d’autant plus forte je trouve. Après, je ne suis pas un homme donc je ne vis pas les choses comme un homme. Mais sans doute qu’il y a également de la pression pour les hommes.

Pour revenir aux femmes, même si les choses évoluent, beaucoup de normes restent encore très présentes :

  • Être une femme adulte, c’est souvent être attendue sur tous les fronts :
    avoir un métier stable mais pas trop prenant, s’occuper des enfants si on en a, organiser la maison, les repas, les papiers, rester féminine, fraîche, “présentable”. Et ça, depuis que je suis maman, c’est triste mais je le ressens d’autant plus !
  • Être une femme adulte, c’est parfois devoir sacrifier ou repousser ses désirs profonds pour cocher des cases : la maternité, la stabilité, le “bon moment”, le “bon âge”.

Et non, je ne dis pas que c’est plus dur d’être une femme. Mais pas loin.
Je parle simplement de mon ressenti, de ce que je vis dans mon corps, dans mon rapport au monde.
Et je sais que je ne suis pas la seule.

On parle peu de ce que ça fait d’avoir peur de devenir cette “femme parfaite” que la société projette sur nous, alors qu’on sait au fond de soi qu’on ne pourra jamais répondre à toutes ces attentes à la fois. Mais beaucoup de femmes essaient quand même (même moi je l’avoue)… quitte à s’épuiser. 

Dans ce contexte… le trouble alimentaire peut devenir un moyen de se retirer du jeu. De ne pas entrer dans cette course. Mais aussi, paradoxalement, un moyen d’essayer d’y entrer de force, en répondant à l’exigence du corps mince, de la fille parfaite, de celle qui contrôle tout.

Je serais curieuse de savoir ce que vous en pensez. N’hésitez pas à me dire 🙂

Peur de grandir : ce que j'aurai voulu qu'on me dise

Tu peux grandir… sans renier l’enfant en toi

La première chose c’est quelque chose d’important à garder en tête je trouve.

Parfois, on croit que grandir, c’est abandonner l’enfant qu’on a été. Mais non. Grandir, c’est pouvoir devenir l’adulte qu’on aurait eu besoin d’avoir à ses côtés. Moi, une phrase qui m’a beaucoup aidée, c’est :

« Deviens l’adulte que tu aurais eu besoin d’avoir à tes côtés enfant. »

On m’a envoyé un message qui montre une autre facette de cette peur de grandir. Cette personne me disait qu’elle n’a pas peur de devenir indépendante, mais qu’elle redoute plutôt de perdre l’étincelle de vie qu’elle associait à l’enfance. Dans son entourage, elle ne voit pas d’adultes vraiment épanouis. Pour elle, devenir adulte, c’est risquer de se plier à une vie routinière, sans spontanéité, sans grain de folie, où on reçoit moins de compassion.

Je trouve ça très important d’en parler, parce que grandir ne veut pas dire qu’on doit renoncer à cette part vivante et pétillante de nous. On peut être adulte et garder son âme d’enfant, continuer à rêver, à s’émerveiller et à demander du réconfort quand on en a besoin.

Il y a plein d’exemple d’adultes qui ont ce grain de folie sur les réseaux sociaux je trouve.

Tu n’as pas à être parfaite pour être adulte

L’adulte parfait que tu imagines n’existe pas. Personne ne maîtrise tout. Personne n’est solide tout le temps. Personne ne fait les bons choix en permanence. Grandir, ce n’est pas atteindre un idéal. C’est accepter d’apprendre en marchant, de faire des erreurs, de recommencer.

Et j’ai envie d’ajouter quelque chose d’essentiel que j’ai déjà dit précédemment, c’st que souvent, tu as peur d’être adulte alors qu’en réalité, je suis certaine que tu es plus adulte et plus responsable qu’énormément de gens qui sont beaucoup plus âgés et qui sont moins adultes que toi.

Tu peux rester protégée, même en grandissant

Tu crois peut-être que si tu avances, tu vas perdre la protection, la tendresse, l’attention. Mais la vérité, c’est que tu peux te construire un cocon intérieur.Tu peux apprendre à te sécuriser toi-même, à demander du soutien sans te rendre dépendante, à rester proche sans t’effacer. 

Mais en plus de ça, être adulte ça ne veut pas dire que tu perds de la sécurité. Même les adultes ont du soutien autour d’eux. Et même si beaucoup perdent foie en l’humanité, moi je vois très souvent des gestes de bienveillance envers les autres. J’ai un exemple très récent en tête. Quand j’ai accouché, mon psychisme a été plongé dans une phrase d’hypervigilance où j’allais très mal. J’ai demandé de l’aide sur un groupe Facebook de Lyon et j’ai eu énormément de messages de mamans bienveillantes, des mamans qui m’envoyaient régulièrement des messages pour me demander des nouvelles, des mamans qui me proposaient de passer chez moi pour m’apporter du soutien. 

Donc même en grandissant, même adulte tu auras du soutien autour de toi. À condition d’accepter cette aide. 

Tu peux choisir quel genre d’adulte tu veux être

Il n’y a pas qu’un seul modèle d’adulte. Tu n’es pas obligée de devenir une adulte froide, pressée, performante. Tu n’es pas obligé de devenir l’adulte que sont tes parents. Tu n’es pas obligé de devenir l’adulte que tes proches attendent que tu sois. Tu peux être l’adulte que tu veux. Tu peux être une adulte douce, créative, hypersensible. Une adulte qui doute, qui pleure, qui aime très fort. Tu peux inventer ta propre manière d’être adulte, une manière qui te ressemble.

Grandir, ça prend du temps

Encore une fois, accorde-toi de la patience. C’est quelque chose d’essentiel dans la guérison. Accorde-le-toi aussi dans le processus d’accepter de grandir. Tu n’as pas à te précipiter. Tu n’as pas à cocher des cases.
Tu peux prendre ton temps, faire demi-tour, recommencer. Grandir, ce n’est pas un sprint. C’est un chemin. Un chemin avec des pauses. Des détours. Et parfois, de très belles surprises. Ce n’est pas une ligne d’arrivée, c’est un chemin fait de petits pas. Et c’est pas une ligne tout droite, c’est pas un but ultime à atteindre, c’est quelque chose qui évolue en permanence. 

C’est parfois en étant loin de ses proches qu’on découvre ce qu’ils nous ont transmis

Parfois, on a besoin de s’éloigner de nos proches pour voler de nos propres ailes, pour grandir. C’est un choix que j’ai fait en changeant de département, en partant à plusieurs kilomètres. Et c’est pas pour autant que je suis moins proche. J’habite à Lyon, ma famille proche de Lille. Mais on se voit environ 1 fois tous les mois et demi. Et je les ai très souvent au téléphone, toutes les semaines. Mais le fait de partir loin, de quitter aussi l’environnement où j’ai été malade m’a aidé à voler de mes propres ailes.

Tu as peut-être peur de t’éloigner. De ta mère, de tes parents, de l’enfance.
Mais parfois, c’est en prenant un peu de distance qu’on découvre tout ce qu’on a reçu. Tu n’as pas besoin de rester tout près pour garder le lien.

Un exercice concret

J’ai peut être un exercice concret que j’avais fait à l’époque. Vous avez peut être déjà fait ce même principe par rapport à la maladie. En gros c’est de prendre une feuille (ou un carnet ou sur ton tel, bref) et de tracer deux colonnes.

  • Colonne 1 : Les avantages à être adulte
    Liste tout ce que tu aimes, ou pourrais aimer, dans le fait d’être adulte.
    Même les toutes petites choses.
    Par exemple :
    • Choisir mes horaires
    • Avoir mon chez-moi
    • Voyager où je veux
    • Créer mes propres traditions
    • Batir ma propre famille

 

  • Colonne 2 : Ce qui te fait peur dans le fait d’être adulte
    Liste honnêtement ce qui te bloque, te fait paniquer, te freine.
    Par exemple :
    • La peur de ne pas savoir gérer l’argent
    • La peur de faire des erreurs irréversibles
    • Le regard des autres si je ne fais pas “comme il faut”
    • L’idée de ne pas être à la hauteur
    • La solitude
    • La charge mentale
    • La responsabilité de mes choix

Les avantages t’aider à avancer. Les peurs vont te montrer ce qui demande à être exploré, adouci, accompagné.

Petit texte sur "être adulte"

J’ai envie de finir par un petit texte que j’ai retrouvé que j’avais écrit vers la fin de ma guérison.

Être adulte, c’est juste… être humain.

Être adulte, c’est accepter que tes parents peuvent mourir un jour.
C’est accepter que la vie a une fin, et que cette fin peut arriver n’importe quand.
C’est découvrir que certaines personnes font du mal sans raison, et qu’on ne peut pas toujours les arrêter.

Être adulte, c’est parfois vivre des injustices, perdre quelqu’un, aimer sans être aimé·e, faire des erreurs, devoir les assumer.
C’est se rendre compte qu’on peut blesser même sans le vouloir.
C’est être traversé·e de nostalgie, réaliser qu’un temps est révolu, que certaines choses ne reviendront plus.

Mais être adulte, c’est aussi être libre.
Libre de choisir ce que tu veux vivre, où tu veux vivre, avec qui.
C’est créer ta maison, ton cocon, ta manière d’exister.
C’est rêver pour de vrai, et parfois voir ces rêves se réaliser.

C’est savoir que tu n’as pas la vie dont tu rêvais à 10 ans…
mais peut-être une vie que tu préfères aujourd’hui.

C’est apprendre que le temps est précieux.
Que les erreurs ne sont pas des échecs, mais des tremplins.
Que tu peux pleurer, douter, demander de l’aide, ne pas savoir  et rester adulte quand même.

C’est découvrir qu’un adulte, c’est un humain.
Et qu’à n’importe quel âge, tu peux être vulnérable.
Et que c’est beau, aussi.

Être adulte, c’est clairement pas simple.

Mais même s’il y a des jours de pluie, des orages, des tempêtes… les jours de soleil existent.
Et comme on dit :
“Personne n’a dit que la vie serait facile. Ils ont juste dit que ça en valait la peine.”

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Mieux connaître, Trouble du comportement alimentaire, 3 commentaires
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Vous le savez maintenant si ça fait un moment que vous me suivez, j’aime bien comprendre les choses pour avancer. Dans ma guérison, savoir, c’est ce qui m’a donné du pouvoir en quelque sorte. Et je trouve ça tellement important que c’est pour ça que je vous explique souvent beaucoup de choses, de concepts, de mécanismes dans la maladie.

Et aujourd’hui, j’ai envie de vous parler des résistances au changement. Les résistances au changement sont quelque chose de très courant dans n’importe quel processus psychologique ; ce n’est pas réservé à la guérison des troubles alimentaires. Ce n’est pas un manque de volonté. Ce n’est pas une faiblesse. C’est le cerveau qui fait son travail de protection. Pour vous expliquer tout ça, je vais donc commencer par vous parler de neuroscience.

Pourquoi le cerveau résiste au changement ?

Je le dis souvent, le corps est ultra intelligent. Et le but de ton cerveau, c’est de vivre, de te garder en vie. Pour cela, il a développé au fil de l’évolution des circuits neurologiques qui cherchent avant tout la sécurité et la prévisibilité.

Ce que le cerveau déteste entre autres :

  • Le danger (même symbolique, comme le changement ou l’inconnu)
  • L’imprévu

La conséquence ? Même si une habitude est douloureuse ou autodestructrice (comme la restriction alimentaire, les compulsions, l’hypercontrôle), si elle est répétée et connue, le cerveau la considère comme plus “sûre” qu’un changement. Il préfère rester dans un schéma toxique mais familier que s’aventurer dans l’inconnu, même si celui-ci mène à la guérison.

La neuroplasticité désigne la capacité du cerveau à former de nouvelles connexions neuronales au fil du temps. Cela signifie qu’il est toujours possible d’apprendre, de s’adapter, de se réparer.

Mais la neuroplasticité a un revers : le cerveau se renforce dans ce qu’il répète.
Autrement dit, plus un comportement est répété, plus les circuits neuronaux qui le soutiennent deviennent solides et automatiques. Par exemple : si chaque fois que tu ressens de l’angoisse tu te restreins, ton cerveau apprend : angoisse = restriction = soulagement. Il va donc automatiser ce réflexe pour “t’aider” à l’avenir.

Des chercheurs ont montré que même les pensées négatives ou les schémas comportementaux pathologiques peuvent devenir des “autoroutes neuronales” si on les renforce assez.

Chez les personnes souffrant d’anorexie mentale, des études d’imagerie cérébrale ont montré que certaines régions du cerveau (notamment le striatum et le cortex orbitofrontal) sont hyperactivées en réponse à des comportements restrictifs ou de contrôle, comme si ces comportements avaient été “surappris” par le cerveau (Kaye et al., 2013, Nature Reviews Neuroscience).

Le changement perçu comme une menace

Changer un comportement ancré, même si on le veut profondément, active les circuits de l’alerte dans le cerveau.

  • L’amygdale (centre de la peur) s’active face à tout ce qui ressemble à un danger.
  • L’insula (interneuronal sensoriel et émotionnel) capte l’inconfort intérieur, les signaux du corps, et participe à l’aversion face à certains ressentis (ex. : inconfort digestif, anxiété…).
  • Le cortex préfrontal (lié à la prise de décision, la régulation émotionnelle) est souvent sous-performant chez les personnes en restriction alimentaire sévère, ce qui rend la prise de recul et la flexibilité mentale plus difficile (Zhu et al., 2012, Biological Psychiatry).

Résultat : même si, rationnellement, on sait qu’on veut guérir, une autre partie du cerveau, plus archaïque, perçoit cela comme une prise de risque.

Donc pour résumer cette partie, le cerveau préfère les habitudes connues, même douloureuses, au changement inconnu. En effet, le changement active des circuits cérébraux associés à l’alerte, à l’inconfort, et à la peur. Donc, ce n’est pas un manque de volonté si tu ressens une résistance intérieure. C’est une stratégie neurologique de survie. Mais je te rassure, ce n’est pas irréversible. Ça ne veut pas dire que tu vas être bloqué toute ta vie avec ton TCA. Je t’en parle plus loin dans cet article de comment aider ton cerveau à surmonter ces mécanismes de défense. Mais c’est important de comprendre ça pour avoir conscience que tu n’es pas faible, et que c’est neurologique.

Concrètement, quels sont les mécanismes de défense dans les TCA ?

Dans la première partie, je vous ai expliqué la théorie, le pourquoi votre cerveau résiste aux changements. Et maintenant, je vais parler des mécanismes de défense dans les troubles alimentaires, soit concrètement, comment ça se manifeste. Et je pense que vous allez vous reconnaitre sur pas mal de ces mécanismes.

Un mécanisme de défense, en psychologie, c’est une stratégie inconsciente mise en place par notre esprit pour nous protéger d’une douleur psychique jugée trop intense. Ce n’est pas “de la mauvaise foi” : ce sont des stratégies de survie psychique, souvent héritées de l’enfance ou forgées dans des contextes douloureux.

Le déni

« Je n’ai pas vraiment un trouble. »
Le déni permet de ne pas affronter l’angoisse d’avoir un “problème” ou d’avoir besoin d’aide. Il protège l’image de soi.

La minimisation

« C’est pas si grave. Je mange quand même. »
Elle permet de rester dans la zone de confort, de ne pas changer, sans se sentir “hors-norme”. Elle évite d’avoir à affronter la douleur du constat.

L’intellectualisation

« Je comprends tous les mécanismes, donc ça va. »
Ici, on déplace la problématique sur un plan intellectuel, rationnel, pour ne pas ressentir les émotions. Le savoir devient un refuge émotionnel. Je vous dis souvent que c’est important de savoir, je l’ai encore dit en début de cet épisode, mais l’important est de ne pas s’arrêter au savoir.

Le clivage (ou pensée en tout-ou-rien)

« Si je mange un cookie, c’est que j’ai tout gâché. »
Ce mécanisme empêche la nuance, car la nuance est angoissante. Il permet de rester dans un monde binaire, plus rassurant. C’est noir ou blanc, pour éviter le flou.

Le mensonge ou la dissimulation

« J’ai dit que j’avais mangé alors que non. »
C’est souvent une tentative inconsciente d’éviter la honte, la confrontation ou la déception des autres. On protège l’image de soi et la relation à l’autre.

Ces mécanismes sont liés à une surcharge émotionnelle que le cerveau tente de réguler. Lorsqu’une émotion intense (peur, honte, colère…) surgit, l’amygdale s’active. Si le cerveau perçoit que cette émotion met en péril la stabilité psychique, il met en place ces défenses automatiques via des circuits déjà bien rodés.

Il ne faut pas voir ces mécanismes comme des ennemis : ce sont des stratégies qui ont un jour été utiles, parfois vitales. Et peut-être même qu’elles sont toujours utiles pour toi actuellement, mais que tu n’en as pas conscience.
Le problème n’est pas que ces mécanismes de défense existent, mais qu’ils s’activent encore, même quand ils ne sont plus adaptés à ta situation actuelle.

Par exemple : si, enfant, mentir permettait d’éviter la punition ou la honte, ton cerveau a intégré ce schéma comme “efficace”. Aujourd’hui, il continue de le proposer… même si tu es en sécurité.

Et l’enjeu c’est de faire comprendre à ton cerveau que tu es en sécurité. Et pour cela, tu as des thérapies comme l’EMDR pour aider ton cerveau à prendre conscience que ce qui appartient au passé n’est plus présent aujourd’hui.

Ce que tes résistances cherchent à éviter

Pour comprendre pourquoi certaines résistances sont si fortes, il faut regarder ce qu’elles essaient d’éviter en toi.

À un niveau conscient, tu veux peut-être guérir.
Mais à un niveau plus profond, ton cerveau archaïque (le cerveau limbique, émotionnel) peut percevoir la guérison comme :

  • Un saut dans l’inconnu
  • Une perte de repères
  • Une exposition à des émotions trop intenses

Résultat : il active des résistances pour t’épargner ce qu’il croit être insupportable.

Voici les émotions principales que ces résistances aux changements essaient de te faire éviter : 

La peur

Peur de grossir, de perdre le contrôle, de ne plus te reconnaître.
Ton trouble a parfois été un rempart face à l’anxiété. En sortir, c’est faire tomber ce rempart. Le cerveau, qui déteste l’incertitude, préfère rester dans un terrain connu.

La honte

Honte d’avoir un trouble, d’être “différent·e”, de ne pas y arriver, d’avoir repris du poids, d’avoir menti.

Le vide

Tu as peut-être construit une partie de ton identité autour du trouble.
Il t’a donné un cadre, des repères, des règles. En le quittant, tu peux ressentir un vertige existentiel : qui suis-je sans ça ?

Ce vide identitaire est souvent plus difficile à gérer que le trouble lui-même.
Les résistances sont alors un moyen de rester attaché·e à ce qui “remplit”.

La colère refoulée, la tristesse, les traumas

Certains comportements alimentaires permettent d’anesthésier ou de canaliser des émotions anciennes : colère rentrée, sentiment d’abandon, besoin d’amour non comblé. En sortant du trouble, ces émotions peuvent remonter à la surface, comme un couvercle qu’on soulève trop vite.

Résistance = “Je ne suis pas prêt·e à ressentir ça.”

Comment repérer ses résistances ?

Je vous le dis souvent, la prise de conscience est souvent la première étape indispensable. Parce qu’on ne peut pas travailler sur ce qu’on ne voit pas, ce dont on a pas conscience.

Les résistances ne sont pas toujours visibles ou identifiables d’emblée. Je vais donc te donner quelques conseils pour t’aider à en avoir conscience. Mais d’ailleurs, moi il y a certaines de mes résistances au changement que j’ai eu conscience en parlant avec mon psy, c’est lui qui m’en a fait prendre conscience.

Qu’est-ce qu’une résistance ?

Une résistance, ce n’est pas forcément un grand “non”.
C’est souvent une esquive discrète, un micro-sabotage, une fausse bonne excuse, un petit “plus tard” répété.

Voici quelques formes concrètes que la résistance peut prendre quand tu entames une démarche de guérison :

  • Rationaliser ce que tu fais :
    « C’est pas que je veux contrôler, c’est juste que je fais attention à ma santé. »
  • Repousser l’action à demain :
    « Je vais m’en occuper quand je serai moins fatigué·e / stressé·e / occupé·e. »
  • Surintellectualiser :
    Tu passes des heures à lire ou écouter des contenus sur la guérison… mais sans rien changer concrètement.
  • Minimiser ta souffrance :
    « C’est pas si grave comparé à d’autres. »
  • Faire semblant d’aller bien :
    Tu rassures tes proches, tu dis “ça va”, même quand ça ne va pas du tout.
  • Saboter tes petits progrès :
    Tu fais un pas en avant, puis tu “te punis” inconsciemment en revenant en arrière.

Là en m’écoutant, je pense que tu vas dire “ah mais oui j’ai des résistances en fait” et c’est NORMAL. Encore une fois, ça fait partie du process. Le but de ces résistances, inconsciemment, c’est de te protéger.

Souvent, les résistances apparaissent quand deux parties de toi s’opposent :

  • Une part veut avancer, guérir, lâcher le trouble.
  • Une autre a peur, doute, s’accroche à ce qu’elle connaît, même si ce sont des mécanismes qui te détruisent.

C’est ce tiraillement qui fait que lorsque tu souffres d’un TCA, tu as souvent l’impression de te battre contre toi-même. Et ce que tu ressens n’est pas de la faiblesse : ton cerveau est littéralement en train de traiter une dissonance cognitive. Quand tu es face à un choix qui remet en question un comportement ancré (comme ne plus te restreindre), ton cerveau entre dans une forme de tension appelée dissonance cognitive.Pour soulager cette tension, le cerveau choisit souvent la voie de moindre inconfort émotionnel : il nie, minimise ou repousse.

Pour t’aider à prendre conscience de tes résistances, tu peux te poser ces questions : 

  • Est-ce que je me trouve des excuses pour ne pas faire une action de guérison ?
  • Est-ce que je me surprends à dire “je veux guérir”, mais à agir à l’inverse ?
  • Tu peux aussi avoir des moments où tu sens que tu vas mieux, et que tu as envie de retourner à un moment de ta guérison où tu allais mal.

Comment faire pour faire face à ces résistances à la guérison ?

Maintenant que je vous ai parlé de ces résistances au changement, soit à la guérison, ce que c’est concrètement, comment potentiellement les repérer, comment elles se manifestent, on va passer à la partie plus concrète. Sur Norainnoflower, ce que j’aime apporter c’est du concret, des solutions, des choses à essayer, des pistes pour avancer vers la guérison parce que c’est ce que je manquais à l’époque où j’étais malade. 

Donc c’est parti !

Entraîner ton cerveau à la nouveauté

La bonne nouvelle, c’est que tu n’es pas bloquée advitam eternam à cause de ces résistances. Guérir c’est possible, j’en suis la preuve et je ne suis pas la seule, heureusement ! 

Comment cest possible ? Grâce à la neuroplasticité. Cette capacité de ton cerveau à former de nouvelles connexion neuronales tout au long de sa vie. Chaque nouvelle expérience, même minuscule, crée une micro-empreinte dans ton système nerveux.
Plus elle est répétée, plus elle s’ancre. Mais il ne faut pas attendre de “réussir à manger” ou de “lâcher prise” pour enclencher cette transformation neuronale.  Tu peux commencer hors du champ de l’alimentation, en activant d’autres voies.

Exemples de petites habitudes à créer (hors alimentation) pour entraîner ton cerveau à la nouveauté :

Ces actes n’ont rien à voir avec la nourriture, mais ils ont tout à voir avec ton cerveau.
Ils t’aident à réapprendre à sortir du contrôle, à faire de la place à l’inconnu, à créer de nouvelles associations positives.

  • Changer un détail dans ta routine quotidienne (ex : te brosser les dents avec l’autre main)
  •  Faire une activité créative sans objectif (dessin, collage, peinture…)
    → Développe la tolérance à l’imperfection 
  •  Prendre 2 minutes par jour pour respirer sans but (Diminue l’activité de l’amygdale)
  • Changer ton chemin habituel pour aller au travail, au sport, ou en balade
    → T’entraîne à sortir de l’automatisme.
  • Écouter une musique que tu ne connais pas et laisser ton corps réagir spontanément (mouvement libre, danse)
    → Stimule les zones liées à la spontanéité et à la joie corporelle.

Ces “petites nouveautés” nourrissent ton cerveau de sécurité dans le changement. Elles t’apprennent qu’on peut faire différemment… sans danger.

Accepter d’aller lentement

La guérison n’est pas un sprint. Et surtout pas dans un cerveau qui a longtemps utilisé des stratégies de contrôle, de rigidité ou d’évitement.

Aller lentement, c’est ce qui permet au cerveau d’intégrer réellement les changements.

Utiliser la visualisation pour reprogrammer ton cerveau

J’en ai déjà parlé parce que c’est quelque chose que j’utilisais dansa ma guérison. La visualisation est puissante puisque ce que tu imagines avec intensité, ton cerveau le traite presque comme une expérience réelle. Des études en neurosciences montrent que visualiser une action active les mêmes régions cérébrales que le fait de la faire réellement. C’est un levier très puissant de neuroplasticité.

Ce que ça veut dire pour toi : Tu peux t’habituer à la guérison, à la sécurité, au lâcher-prise avant même de les vivre réellement, en les visualisant régulièrement. Moi je m’imaginais littéralement guérie, comment mes proches seraient fière, ce que je ferai comme activité, je m’imaginais “comme si je n’avais plus aucune peur”.

La co-régulation

On guérit dans le lit, pas dansl’isolement. Et c’est là qu’intervient un mécanisme fondamental : la co-régulation. La co-régulation, c’est ce processus naturel par lequel le système nerveux d’une personne s’apaise au contact d’un autre système nerveux calme et bienveillant. Ce n’est pas “dans la tête”. C’est physiologique. C’est pour ça que parfois aller chez le psy fait du bien parce qu’on est face à un être humain calme, qui ne juge pas, qui écoute. Parfois, ça fait la même chose quand on est avec une personne de confiance. Et à l’inverse, parfois on se sent tendu sans trop savoir pourquoi en compagnie de certaine personne qui n’ont pas un système nerveux apaisé on va dire. 

La co-régulation repose sur un mécanisme clé : le nerf vague ventral.
C’est une branche du système parasympathique, activée quand on se sent en sécurité sociale (regards doux, voix posée, contact physique rassurant, ton chaleureux).

Quand ce nerf est activé, il :

  • diminue le rythme cardiaque et la respiration
  • détend les muscles
  • désactive les réponses de stress ou de fuite
  • active les zones du cerveau liées à la connexion sociale et au plaisir (aire tegmentale ventrale)

Je vous en avais déjà parlé brièvement dans mon épisode hors série où je vous parlais des choses que j’avais mises en place pour sortir d’une période très difficile.

Donc en gros : la présence d’un autre qui est calme peut calmer ce que seul·e, on n’arrive pas à apaiser.

Quand on lutte contre un trouble alimentaire ou un traumatisme, le corps est souvent en mode survie.
Le cerveau se méfie, anticipe le danger, se replie. Il résiste. Il évite. Il se protège. Dans cet état-là, il est très difficile de se rassurer seul·e.
Parce que le système nerveux est déréglé, trop activé, ou au contraire figé. La co-régulation vient alors comme une bulle de sécurité. La co-régulation ça peut être un véritable outil pour aider à apaiser les résistances à la guérison. 

Comment activer la co-régulation dans sa vie ?

ça passe par des choses simples :

  • Se faire prendre dans les bras
  • Entendre une voix calme 
  • Partager un rire
  • Écouter une voix apaisante (oui, même en podcast)

Chaque fois que tu vis ce type d’expérience, ton cerveau apprend une chose nouvelle : “La sécurité existe. Je peux relâcher le contrôle.”

Le contact sensoriel

Quand on parle de résistance à la guérison, on imagine souvent un blocage “psychologique”.Mais en réalité, la résistance est souvent corporelle. D’ailleurs, parfois ça peut se voir physiquement, car tu peux parler de quelque chose en ayant les bras croisés, les jambes croisés… C’est ton corps qui parle pour indiquer qu’il est fermé à cette idée.

Et c’est là que le contact sensoriel positif devient un outil clé. Ce type de contact stimule l’insula, une zone du cerveau qui gère la perception des ressentis internes (faim, chaleur, douleur, confort, émotions…). Quand tu te masses les mains ou que tu sens une odeur réconfortante :

  • Tu donnes à ton cerveau des signaux concrets de sécurité
  • Tu actives ton système parasympathique (celui qui calme et répare)
  • Tu crées des associations de plaisir déconnectées de la nourriture ou du contrôle

Et moi quand j’étais malade, une psychiatre m’avait dit que c’était important de prendre le temps chaque jour de se passer de la crème sur le corps délicalement. Et je ne comprenais pas pourquoi c’était si important mais en faisant cet épisode je comprends mieux. 

Concrètement, ça ressemble à quoi ?

  • Te masser les mains avec une crème que tu aimes
  • T’envelopper dans une couverture ultra douce
  • Marcher pieds nus sur un sol moelleux, un tapis, une moquette
  • Te passer une huile essentielle sur les poignets 
  • T’asseoir au soleil pour sentir la chaleur sur ta peau
  • Prendre une douche chaude en te concentrant sur les sensations

Toutes ces expériences réinforcent la connexion entre ton corps et ton cerveau. Le contact sensoriel positif vient rééduquer ton système nerveux.
Il te dit : “Tu peux ressentir… sans danger. Tu peux exister dans ton corps… sans souffrance.”

Le mouvement libre

Souvent, dans les TCA, le mouvement est associé à la performance, à la punition, à un moyen de s’autoriser de manger ou compenser un repas. Mais il existe une autre façon de bouger. Et cette forme-là, on l’appelle le mouvement libre.

Le mouvement libre (danse spontanée, marche intuitive, étirements doux) stimule plusieurs zones cérébrales :

  • le système sensorimoteur (relié à la conscience du corps et à sa position dans l’espace)
  • le cerveau limbique, siège des émotions
  • les circuits de libération émotionnelle et de plasticité neuronale

L’étude de Koch et al. (2014) sur la danse-thérapie montre que :
→ Le mouvement spontané, sans but esthétique ou sportif, réduit significativement les symptômes dépressifs, le stress, l’anxiété
→ Il renforce la régulation émotionnelle et le sentiment d’ancrage corporel

Tu ne bouges ni pour maigrir, ni pour réussir, ni pour mériter quoi que ce soit. Tu bouges juste pour te reconnecter. Moi ce que je faisais c’est que je mettais de la musique à fond dans ma chambre et je bougeais mais sans faire de la danse pour faire du sport, c’est vraiment du mouvement doux, pour “t’abandonner” en quelque sorte. 

C’est te balancer doucement, fermer les yeux, t’étirer mais sans chercher à forcer, c’est juste faire des mouvements doux pour prendre soin de ton corps. Te laisser danser n’importe comment, faire des mouvements fluides, amples. Aucune performance. Aucune règle.

Le mouvement libre te permet de reprendre contact avec ton corps en douceur. Il rééduque ton système nerveux à bouger sans se faire violence

La cohérence cardiaque

Face à une résistance au changement, ton corps perçoit la guérison comme un danger : un espace inconnu, sans contrôle, sans repères. Et face à l’inconnu… il se crispe. Pour calmer cette alarme, tu n’as pas besoin de “te forcer à aller mieux”. Tu as besoin de réassurer ton système nerveux. Et l’un des moyens les plus simples, les plus puissants, les plus prouvés scientifiquement, c’est… la respiration. Je suis sure que tu en as déjà entendue parler. a cohérence cardiaque, c’est une respiration rythmée, lente, régulière, volontaire.

Par exemple :

→ 5 secondes d’inspiration

→ 5 secondes d’expiration

Ce rythme synchronise le cœur et le cerveau. Et ce faisant, il envoie au système nerveux un signal de sécurité profonde. Selon Thayer et al. (2012), la cohérence cardiaque :

  • Apaise l’amygdale (le centre de la peur dans le cerveau)
  • Active le nerf vague (volet du système parasympathique qui calme le corps)
  • Améliore la régulation émotionnelle
  • Réduit le cortisol, l’hormone du stress

Les comportements de résistance apparaissent souvent quand le cerveau se sent menacé. Mais quand tu pratiques la respiration consciente, tu envoies un message opposé à ton corps : “Tu es en sécurité. Tu peux te détendre. Il n’y a pas de danger ici.” Et plus tu répètes ce message, plus ton système nerveux apprend à faire confiance.Il n’a plus besoin de résister.

Il existe des applications pour t’aider à faire la cohérence cardiaque, comme l’appli Respire (c’est celle que j’utilise). Et tu peux programmer des alertes pour te rappeler de le faire. Je te conseille de le faire au moins 2-3 fois par jour.

Voilà, j’arrive sur la fin de mon épisode. J’espère qu’il vous a plus. J’aime beaucoup parler des mécanismes du cerveau, de la neuroplasticité, de la science et du lien avec le corps et mental, je trouve ça personnellement passionnant. J’espère que ça vous a plu ! Encore une fois n’hésitez pas à me faire un retour, j’y mets beaucoup de temps, d’investissement, d’énergie. Donc n’oubliez pas de me laisser une note sur votre appli d’écoute sur Spotify ou Apple Podcast, ça me soutient énormément. Merci pour votre écoute et à bientôt !

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Mieux connaître, Trouble du comportement alimentaire, 3 commentaires
Le burnout de la guérison des TCA

Le burnout de la guérison des TCA

Le burnout de la guérison des TCA

Aujourd’hui, je voudrais vous parler du “burnout de la guérison” dans les troubles alimentaires. Alors, c’est pas un concept officiel. Je veux dire que c’est un peu moi qui ait donné ce nom là au phénomène que je vais vous expliquer. Mais en discutant avec pas mal d’entre vous, je remarque que c’est quelque chose de courant. Dans cet article, je vais donc vous expliquer ce que c’est, vous donner les causes et surtout des choses à mettre en place si vous vous retrouvez dans le burnout de la guérison.

Qu’est-ce qu’un burnout de la guérison ?

Le burnout de la guérison s’apparente à un burnout classique, mais dû à la guérison des troubles alimentaire, dû à votre lutte contre le trouble alimentaire. 

Souvent, vous avez : 

  • la sensation de ne plus avancer dans votre guérison
  • l’impression d’avoir un tas de choses sur lesquelles travailler pour guérir
  • l’impression de ne pas savoir par quoi commencer, sur quoi travailler 
  • vous ressentez un épuisement mental, vous êtes fatigués de vous battre
  • vous perdez la motivation et surtout l’espoir qu’une guérison est possible
  • vous remettez en question vos propres progrès dans la guérison
  • vous avez cette sensation d’être à bout d’énergie, de ne plus en pouvoir
  • vous pouvez avoir des idées noires, la sensation qu’aucune autre issue est possible

Bon, si vous ressentez tout ça, déjà, je vous invite à écouter mon épisode de podcast qui s’appelle “Si tu n’as plus espoir… écoute ça !”, c’est l’épisode 25. 

Ensuite, je vais vous dire une chose, c’est assez courant de passer par cette phase et c’est pas anormal. Je vais vous expliquer tout ça quand je vais lister les causes. Mais en tout cas, la solution n’est pas d’abandonner, de répondre à ses idées noires. Si vous en avez, vraiment, ne restez pas seul et parlez en autour de vous, à des professionnels ou à des proches. Mais je vous assure que j’ai eu ces idées noires, je me suis demandée dans mon parcours de guérison si la meilleure solution ne serait pas de tout arrêter et NON je vous assure qu’une vie après les TCA existe. Aujourd’hui, je n’ai plus de restriction, plus de compulsion, mon poids et mon corps ne sont plus une obsession. J’ai une vie saine avec une relation saine et j’ai un petit bébé depuis 3 mois ; et clairement, je n’aurai pas tout ce bonheur dans ma vie si j’étais toujours dans les TCA. Donc la vie sans TCA c’est possible et ça vaut le coup de se battre.

Il faut que vous sachiez que cette période est normale dans la guérison des TCA et que vous ne pourrez pas ne pas ressentir d’émotions négatives et de désagréments, ça fait malheureusement partie de la guérison. La guérison est inconfortable, mais surtout au début. Avec le temps et en avançant, vous ressentirez de plus en plus les effets positifs de la guérison. Mais c’est vrai que c’est difficile de guérir des TCA car on ressent d’abord et pendant un moment des sensations d’inconforts et d’impression de mal faire. Et comme je dis très souvent, quand vous avez la sensation de mal faire, c’est que vous faites bien, parce que vous luttez contre votre trouble alimentaire. Quand c’est “facile” au début, c’est que vous répondez à votre TCA, c’est que vous êtes encore dans le contrôle.

Les causes du burnout de la guérison

Je vais vous parler des causes de ce burnout pour que vous puissiez comprendre que vous êtes légitimes de ressentir ce burnout. Et parfois comprendre le pourquoi aide à mettre des solutions en place.

La guérison d’un TCA est épuisant

Déjà, vous ne vous rendez pas compte que vous luttez contre la maladie mentale la plus difficile, ou du moins l’une des plus difficiles. Un trouble alimentaire c’est épuisant. Et la guérison vous demande des efforts qui requièrent beaucoup d’énergie : se challenger sans cesse, affronter ses peurs, gérer les pensées négatives toute la journée et même la nuit, aller à l’encontre du poison que représente le TCA pour votre cerveau. En plus de ça, la conséquence du TCA se reporte sur l’alimentation, or tu ne peux pas éviter l’alimentation puisque tu en as besoin pour vivre. Et les repas occupent une place importante dans notre société, dans notre vie sociale, notamment en France. Et qui plus est, la société d’aujourd’hui est baignée dans une culture du régime, donc en plus de lutter contre ton trouble alimentaire, tu te prends des bâtons dans les roues à cause de cette culture du régime. 

Donc évidemment, lutter contre un TCA est épuisant et tu ne te rends pas compte à quel point tu es une guerrière (un guerrier) de te battre contre cette maladie. 

Les conséquences du TCA épuisent

Souvent, un TCA t’amène à te sous-alimenter, et à faire de l’hyperactivité. Je ne parle pas forcément de faire du sport, mais je parle de cette activité constante que tu as aussi dans ta tête : de tout calculer, tout réfléchir, toutes les questions que tu te poses, tous ces TOCS imposés par ton TCA. Tout ça, c’est énormément de stress et d’activité mentale et dans beaucoup de cas aussi physique… Donc les comportements imposés par ton TCA t’épuisent aussi.

La pression personnelle que tu te mets

Beaucoup des personnes qui souffrent de TCA ont un niveau d’exigence envers elle-même très élevé. Certaines personnes se mettent une pression monstre pour guérir avant telle date, ou pour telle personne. Si tu te mets une pression de guérir pour quelqu’un ou avant une date ou avant une certaine étape de ta vie, tu vas te mettre une grosse pression. 

Peut-être que tu essaies aussi d’avoir une guérison parfaite. C’est-à-dire que tu sais que certains font des rechutes, n’y arrive pas de façon linéaire, mais tu te dis que toi, tu vas te renseigner à fond pour éviter tout ça. Sauf qu’une tentative de guérison parfaite est impossible. Vouloir une guérison sans rechute et sans faux pas n’est pas réaliste. Cette exigence envers soi-même peut engendrer une pression énorme et mener au burnout de la guérison.

La pression des proches

Parfois les proches, sans même s’en rendre forcément compte, mettent une pression parce qu’ils n’aiment pas te voir mal. Alors quand tu es avec eux, tu te sens comme obligée de montrer que tu vas mieux, que tu avances dans ta guérison. Et leurs regards te met une pression supplémentaire. Parfois, tu veux leur faire plaisir, ne pas les décevoir, notamment s’ils payent pour ta thérapie par exemple. Donc ça, ça représente une pression supplémentaire.

Le syndrome de l’objet brillant

Une autre raison de cet épuisement, c’est peut-être parce que tu as le syndrome de l’objet brillant. Le syndrome de l’objet brillant, c’est un biais psychologique qui pousse une personne à être constamment attiré par de nouvelles solutions ou de nouvelles stratégies.

Donc dans le cadre de la guérison des TCA, ça peut être le fait d’être en quête perpétuelle de la solution miracle. Ça peut être le fait de lire un tas de livre sur la guérison mais sans jamais mettre en place de solutions concrètes. Ça peut être d’enchaîner les thérapies sans prendre le temps de ressentir les effets de chacune. Le syndrome de l’objet brillant, ça peut être aussi d’être incapable de s’engager sur le long terme dans une thérapie parce que chaque nouveauté, chaque nouveau thérapeute semble être meilleur. 

La pression des comptes recovery

Une autre cause du burnout de la guérison, ça peut être la pression que tu ressens avec les comptes de recovery sur Instagram. Et quand je parle de compte recovery, ça peut être les comptes des personnes malades qui font un compte guérison, mais ça peut aussi être les comptes des gens guéris, comme moi j’ai un compte. Je sais que les comptes de professionnels aussi se développent de plus en plus. Alors c’est bien parce que ça partage des conseils et des infos importantes pour ta guérison. Mais parfois, il y a une nouvelle forme de pression qui peut se développer par rapport à ça : la peur de rater une info qui pourrait aider, la peur de rater le post qui donnerait les bons conseils. Et donc vous allez parfois passer des heures à lire plein de posts, à rechercher des informations pour vous aider mais vous sentir finalement assommé sous la quantité d’information que vous avez lue sans rien en retirer. 

J’en ai déjà parlé quand je parle des réseaux sociaux, mais le fait d’être constamment plongé dans le sujet de la guérison sur Instagram ou sur TikTok, bah ça fait que vous ne vous changez pas les idées. Parfois, vous ne pensez peut-être pas à votre TCA ou à votre guérison, vous vous connectez sur les réseaux et BIM, vous avez un post qui vous fait penser à ça alors que votre but, c’était de vous changer les idées. La quantité d’information sur les TCA sur les réseaux peut représenter une oppression pour vous et être contre productif pour votre guérison à certains moments. Avoir trop d’informations sur la guérison peut submerger et donner l’impression de ne pas savoir par où commencer.

Et encore une fois, je sais que mon compte Instagram a pu représenter une oppression pour vous à certains moments. Et c’est d’ailleurs pour ça que je fais cet article de blog. Parce que parfois je dis aussi des choses dans mes podcasts, je parle des éléments à travailler pour guérir par exemple. Mais quand je me mets à votre place (parce que j’ai littéralement été à votre place il y a quelques années), et bien je me dis qu’en fait, ça peut plus oppresser qu’aider. Peut-être que parfois, je vous donne des pistes à suivre pour guérir et vous ça vous perd plus qu’autre chose parce que ça vous donne beaucoup d’informations à emmagasiner. Je ne sais pas, c’est une supposition… Mais c’est pour ça que je fais cet article pour aussi vous donner des solutions pour relativiser et prendre du recul dans votre guérison. 

Les solutions à mettre en place

Je viens donc de vous lister toutes les causes possibles du burnout de la guérison. Après, il y a peut-être d’autres raisons qui vous sont propres. Mais maintenant je vais vous donner quelques pistes pour vous aider à prendre du recul si vous ressentez ce burnout de la guérison. 

Se donner du temps

La première chose à faire, c’est vraiment de se donner du temps pour guérir. Parce que oui, la guérison va prendre du temps. J’ai pris 7 ans à en sortir totalement. Si je vous dis que vous allez prendre des années, ça va être démotivant, clairement. Mais j’ai connu des mieux déjà avant. Et quand je dis 7 ans, c’est aussi le nombre d’années où j’étais malade. Parce que pour moi, la guérison commence le jour où vous tombez malade en quelque sorte. Parce que souvent, il y a une petite période de déni où l’on ne fait rien, mais très vite, on se remet en question, on réfléchit à essayer de manger plus, on tente de comprendre ce qui ne va pas. Enfin je pense. 

Et en tout cas, pour moi, il ne faut pas se donner un délai, une deadline de temps. Il faut se dire “on verra chaque jour à la fois”. Parce que si vous vous dites “cet été il faut que je sois arrivé à tel stade de ma guérison”, vous allez ressentir une pression énorme. Parce que la guérison ne dépend pas de votre volonté. Et la guérison des TCA est un processus long. Moi, je me souviens que je me mettais une pression de dingue notamment pour sortir de mes compulsions alimentaires. Et un jour je me suis dit “c’est tout, tu as toute ta vie pour guérir”. Et je le pensais vraiment, je me disais que dans tous les cas, passer une vie à tenter de guérir, c’était mieux qu’une vie à être malade. Et le fait de me dire ça, ça m’a comme enlevé un poids, et à partir de ce moment-là, la guérison a été finalement plus vite. 

Se concentrer sur soi

ça c’est un conseil qui vaut pour tout dans la vie. Oui, c’est intéressant d’aller écouter des récits de guérison pour s’inspirer. Je reçois beaucoup de messages me disant que mon podcast aide donc je me doute que ça doit aider et c’est d’ailleurs pour vous aider que je fais tout ça. Mais trop se comparer peut être contreproductif. Je le répète très souvent mais je vais encore le dire : concentrez-vous sur votre propre chemin de guérison. Vous n’êtes pas obligé de tester tout ce que j’ai testé moi pour guérir, ou tout ce qu’une autre personne a testé pour guérir.

Voir les échecs autrement

Le mot “échec” fait peur. Souvent, quand on est perfectionniste (et je le suis donc je sais de quoi je parle), le mot échec est terrifiant. On veut tout faire pour éviter les échecs. Mais je vais vous dire, j’ai eu un tas d’échec dans ma guérison : 

  • Toutes les fois où j’ai pris des alternatives healthy plutôt que l’aliment qui me faisait envie, et que donc ça se terminait en compulsion
  • Toutes les fois où je suis allée me restreindre pour finalement compulser 
  • Toutes les fois où je suis allée m’épuiser au sport
  • Toutes les fois où j’ai tenté un nouveau type de régime ou un nouveau programme sportif pour me sortir de mon TCA
  • Toutes les fois où je me concentrais sur la mauvaise cause de mon TCA

Bref, j’ai fait un nombre incalculable d’erreurs. Mais c’est en faisant ces erreurs que j’ai compris ce que mon corps avait besoin, que j’ai compris le pourquoi de ma maladie, que j’ai compris les mécanismes du TCA. C’est en faisant tous ces faux pas que j’ai pu guérir.

Oui, vous allez faire des erreurs, c’est inévitable. Mais autant le savoir, ça enlève un sacré poids de se dire “je sais que je vais faire des erreurs”. Je vais même vous dire : vous avez besoin de faire des erreurs dans votre guérison pour ajuster votre chemin de guérison en quelque sorte. 

Donc faire des erreurs est bénéfique. Voyez le vraiment comme ça parce que ça l’est sincèrement. 

Si quand vous testez un nouveau conseil, vous savez que potentiellement, vous n’y arriverez pas, ça enlève une charge émotionnelle à ce que vous essayez. Si, par exemple, vous tentez d’introduire un aliment qui vous fait peur. Mais qu’au final, vous le prenez mais vous finissez par vous restreindre après (donc c’est un faux pas en avant). Et bien, vous saurez qu’en effet, ce n’est pas la bonne solution, mais ce n’est pas grave car les échecs comme ça font partie de la guérison. Si la guérison était aussi facile que de faire que des pas en avant sans jamais rencontrer de difficulté, je n’aurais pas un podcast sur le sujet. Et guérir serait bien plus facile. 

Et encore une fois, dans ma guérison, 98% du temps j’ai essayé et 2% du temps j’ai réussi. Mais c’est les 98% du temps où j’ai essayé qui m’a surtout aidé à guérir. Parce que même si en finalité votre défi n’est pas accompli, vous aurez essayé donc montré à votre cerveau qu’il existe un autre chemin que celui de votre trouble alimentaire. 

Quelque chose qui m’aidait aussi, c’était de me dire “je fais de mon mieux avec les ressources que j’ai actuellement”. Ne vous en voulez pas si vous n’arrivez pas à surmonter un défi. Vous ne le faites pas exprès d’être malade, ce n’est pas votre faute et vous faites de votre mieux.

Augmenter votre apport alimentaire & réduire l’activité physique

Alors, ce conseil, je sais très bien qu’il est bien plus facile à dire qu’à faire. Mais je me dois de vous le dire. Au plus vous augmenterez votre apport alimentaire, au plus vous donnerez de l’énergie à votre corps, à votre cerveau pour lutter contre le TCA. La culpabilité que vous ressentez quand vous mangez, c’est parce que manger est un médicament qui lutte contre le TCA. Je vais faire une comparaison osée. Mais les chimios ont pour but de guérir, pourtant elles rendent malade la personne qui la subit. Et bien c’est un peu pareil pour vous quand vous mangez. Ça vous met mal mais en réalité, c’est ça qui peut vous aider à guérir. 

Et même chose, l’activité physique vous fatigue. Même si vous avez l’impression que ça vous donne de l’énergie, que vous vous sentez mieux une fois que vous l’avez fait. En réalité, c’est votre TCA qui se sent mieux parce que vous avez répondu à ses volontés. Donc oui, au plus vous allez réduire l’activité physique, au plus vous allez gagner de l’énergie.

Après, je l’ai déjà dit dans un autre épisode, mais au début, c’est complément normal que vous ressentez plus de fatigue qu’avant. Parfois, certaines personnes me disent qu’elles se sentent plus fatiguée depuis qu’elles sont en guérison. En fait, c’est parce qu’avant, votre corps concentrait le peu d’énergie qu’il recevait sur votre survie, sur faire battre votre cœur, faire fonctionner vos poumons, etc. Si vous le nourrissez davantage et que vous faites moins de sport, vous avez plus d’énergie. Donc votre corps n’a plus besoin de concentrer l’énergie que sur votre survie, il va prendre toute cette énergie pour l’allouer à la reconstruction de votre corps, à la réparation de tous les dommages qui ont été causés par votre TCA. Donc toute votre énergie est allouée à ça et c’est pour ça que vous avez la sensation d’être plus fatigué. Mais c’est temporaire. 

Prendre des compléments alimentaires

Vous pouvez aussi vous donner un coup de pouce en prenant des compléments alimentaires. C’est pas la peine de multiplier les cures. Le plus important en cas de fatigue et de stress, c’est le magnésium. Celui de chez Nutri&co a la meilleure composition. Il y a le Rhodiola qui, comme le magnésium, va venir réguler la production de cortisol (l’hormone du stress) et régule le système nerveux. Je sais que chez Nutri&Co, ils font un pack anti stress où il y a les deux.

Soigner son sommeil

Le sommeil, c’est vraiment un allié dans ta guérison. Quand tu dors mal (ou pas assez), tout est plus dur : gérer tes émotions, faire face aux pensées TCA, etc. 

Tu peux essayer de mettre en place des petites choses :

  • Éviter les écrans juste avant de dormir (même si c’est tentant)
  • Te créer une mini routine calme le soir (douche chaude, lecture, lumière douce…)
  • Te coucher à peu près à la même heure (ton corps adore les habitudes)

Faire une pause dans sa vie professionnelle

Ensuite, je vous conseille également si vous le pouvez de faire un aménagement de votre vie professionnelle ou vie scolaire. Vous n’êtes pas faible parce que vous avez besoin d’un aménagement. C’est temporaire et vous êtes malade. Vous avez besoin de concentrer le peu d’énergie sur vous et pas sur votre travail. Et je sais que beaucoup des personnes qui souffrent de TCA sont des gros bosseurs, que ce soit à l’école ou dans le monde professionnel. 

J’ai dédié un épisode de podcast sur ce sujet, l’épisode 16 où je réponds à la question “faut il faire une pause dans sa vie pour guérir de son trouble alimentaire ?”. Après, c’est vraiment du cas par cas, et chez certaines personnes, le travail représente un moteur et une source réelle de bien-être. Mais si vous avez conscience que c’est un facteur de stress, ça vaut le coup de demander un mi-temps thérapeutique ou un aménagement de ses cours. Moi j’étais en école de commerce et en alternance losrque j’étais au plus fort de ma maladie, et j’ai eu un mi-temps thérapeutique et un allégement de mon programme scolaire. Et ça m’a été primordial. 

Avoir des projets à long terme

Je vous ai souvent parlé de faire une bucket list. Une bucket list, c’est la liste des choses que vous voulez faire au moins une fois dans votre vie. Faire une bucket list ça peut vous donner des objectifs de vie long terme, des choses sur lesquelles vous rattacher, des choses sur lesquelles vous pouvez rêver, vous évader. Moi personnellement, ça a été important de me référer souvent à cette liste, de la relire, pour me rappeler de mes projets de vie.

Faire une pause de thérapie

Si vous avez la sensation de ne plus avancer dans votre thérapie, vous pouvez aussi faire une pause. Si vous êtes à une période difficile de votre vie, je vous conseille pas plus d’un mois la pause. Mais si vous avez besoin de plus longtemps; prenez quelques mois. J’ai récemment fait ça (parce que oui, j’ai toujours une thérapie, non plus pour les TCA mais pour mon anxiété on va dire). Et à un moment, j’ai arrêté la thérapie en pensant que mon thérapeute n’était plus le bon pour moi, pour mes problématiques. Mais en fait, j’avais juste besoin d’une pause pour me recentrer sur moi, pour respirer un peu et prendre du recul. Donc n’hésitez pas à prendre une pause si vous avez besoin de 2-3 mois. Et parlez en avec votre thérapeute quand vous avez la sensation de ne plus avancer. Il ou elle ne le prendra pas mal, c’est leur métier. Ils pourront vous guider et donner leur propre point de vue.

Faire des activités ressourcantes

Un autre conseil, ça va être d’avoir des activités qui sont ressourçantes pour vous. Je parle souvent de mandala, coloriage, peinture au numéro… mais ça peut être n’importe quoi. Quelque chose qui est créatif ou pas. Mais quelque chose qui vous fait du bien, et si possible, autre que du sport. Le but est que cette activité vous apaise le cerveau, vous aide à mettre en pause votre cerveau. 

Limiter son utilisation des réseaux sociaux

Ensuite, par rapport aux réseaux sociaux, si vous ressentez de la pression face aux contenus recovery : je vous conseille de limiter votre utilisation des réseaux sociaux. Ou alors d’avoir un compte recovery et un compte personnel. Comme ça, quand vous ne voulez pas voir de contenus concernant votre TCA, vous allez uniquement sur votre compte personnel.

Ne pas viser l’objectif où vous n’aurez plus du tout de TCA

Ensuite, un autre point important, c’est de ne pas viser à atteindre tout de suite la guérison totale. La guérison totale existe et elle est possible. Mais si vous cherchez à atteindre ça tout de suite, les pas vont vous paraître être des pas de géants avant de les atteindre. La guérison c’est vraiment des tout petits pas et il faut vous fixer de petits objectifs réalisables. 

Equilibrer vie personnelle & guérison

Tout comme dans la guérison d’un burnout professionnel, l’idée est de retrouver un équilibre entre vie personnelle et vie (pas professionnelle) mais vie de guérison on va dire. Si toute la journée vous ne faites que penser à voter guérison, si tous les jours vous vous donnez des défis, si tous les jours ou tous les 3 jours même vous vous challengez, c’est un rythme énorme. Accordez-vous du temps, accordez-vous des jours de repos en quelque sorte. 

Je sais que ton cerveau perfectionniste aimerait tout réussir bien : écouter tous les podcasts, réussir chaque repas, ressortir des choses de chaque séance avec ton thérapeute, faire des exercices de développement personnel, utiliser des outils de gestion de tes émotions… Sauf que t’es pas un robot, t’es humain. Tu as le droit de faire des pauses. Tu as même le droit de ne pas penser à tout ça pendant quelques jours. Tu ne vas pas empirer ta guérison si pendant quelques jours tu t’autorises à couper un peu de la mentalité guérison. Et franchement, faire des petites pauses va t’aider justement à prendre du recul. 

Parfois, tu es peut être tellement plongé dans la guérison que tu oublies de vivre tout court.

Si tu suis plein de comptes Insta/TikTok sur les TCA, que tu lis 1000 choses sur la guérison, que tu fais des to-do list pour ton suivi… c’est top, mais ça peut vite te submerger.

Tu peux faire un petit tri :

  • Garde 2-3 ressources qui te font vraiment du bien
  • Arrête de suivre les comptes qui te mettent la pression (même s’ils sont bien intentionnés)
  • Allège tes routines si elles deviennent étouffantes (genre 6 pages de journal tous les soirs… non)

Souligner ses petits pas

On a tendance à ne voir que ce qui reste à faire… et à zapper tout ce qu’on a déjà accompli.

Mais chaque petit pas compte. Même si t’as “juste” réussi à manger un goûter, ou à ne pas te peser aujourd’hui, ou à parler de ton ressenti sans culpabiliser… c’est énorme.

Tu peux noter chaque soir une petite victoire (même minuscule, même juste te le dire dans ta tête, sans noter). Tu peux tenir un “cahier des fiertés” par exemple que tu relis quand tu as l’impression de ne pas avancer. 

On arrive à la fin de cet article. J’espère que je t’ai aidé à relativiser si tu te retrouves dans ce burnout de la guérison, et à comprendre pourquoi tu es en burnout. J’espère t’avoir donné quelques pistes pour t’alléger et t’aider à redescendre la pression. N’oublie pas que la guérison c’est pas un sprint, c’est un marathon. L’importance c’est de tenir sur la durée, pas d’aller vite. Si tu vas vite, c’est un risque d’avoir une guérison qui n’est pas consolidée et c’est un risque de rechuter dans quelques mois ou quelques années. 

Et l’idée c’est vraiment de vous apporter de la bienveillance. Demandez-vous ce que vous diriez à une autre personne en guérison qui vous partagerez le ressenti que vous avez. Demandez-vous ce que vous diriez à une personne que vous aimez et qui ressentirait la même chose que vous. Souvent, on est toujours plus difficile avec soi-même, donc faire cet exercice peut vraiment aider. 

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Mieux connaître, Trouble du comportement alimentaire, 0 commentaire
Gymnastique, ballet… des facteurs de risque aux TCA ?

Gymnastique, ballet… des facteurs de risque aux TCA ?

Gymnastique, ballet… des facteurs de risque aux TCA ?

Je voudrais mettre le doigt sur un problème beaucoup trop grave mais pourtant normalisé : la pression qui est mise sur l’image corporelle dans le milieu de la dance, et notamment du ballet ; ainsi que chez les gymnastes. J’ai sélectionné ces deux sports car ce sont les deux principaux qui me semblaient avoir cette problématique. Mais si tu en as un autre en tête, partage-le en commentaire.

Les facteurs de risques de la gym & du ballet au développement des troubles alimentaires

Cet article me tenait à cœur de le faire car trop souvent, j’ai des filles qui ont fait ou font encore du ballet, de la gym… et elles me témoignent le rôle qu’a eu ce sport dans le développement de leur trouble alimentaire. Je n’ai pas trouvé les chiffres français, mais une étude américaine de 2022 montrait que 1 gymnaste sur 2 souffrait de TCA. Et un danseur de ballet a 10 fois plus de risque de développer un TCA qu’un autre danseur.  Je voudrais donc te présenter les différentes raisons possibles qui peuvent expliquer pourquoi ces sports amènent parfois au développement de trouble alimentaire.

#1 - Des performances liées au poids, aux courbes du corps

Les performances de gymnastique et du ballet ne se mesurent pas dans le fait d’atteindre une ligne d’arrivée. Les performances sont très tournées autour du poids et de l’apparence physique. 

Pour ce qui est de la gym, les gymnastes soulèvent leur propre poids corporel contre la gravité. Ainsi, pour améliorer leur performance, les jeunes athlètes tombent rapidement dans des régimes alimentaires pour diminuer leur poids vers un chiffre toujours plus bas.

 

Pour ce qui est du ballet, l’accent est mis sur leurs courbes corporelles, la “légèreté de leur mouvement”. On s’attend à ce qu’ils soient “flottant”. Beaucoup de danseurs commencent le ballet très jeune et y restent des années. Entre temps, la puberté fait son apparition. Or, les courbes sont très peu acceptées dans le monde du ballet. À la vue de leur corps qui se développent naturellement et par peur que cela affecte leurs performances, les jeunes ballerin(e)s tombent rapidement dans des entraînements sportifs plus intenses ou des régimes restrictifs pour chercher à modeler leur corps pour qu’il corresponde aux attentes.

#2 - La mentalité de ces industries et les stéréotypes de la société

Le pire dans tout ça, c’est que ces pratiques sportives intenses et ces régimes restrictifs dans lesquels tombent les jeunes athlètes, c’est considéré comme normal. Dans ces industries, l’insatisfaction corporelle est considérée comme étant la norme. Et si tu parles de tes difficultés à accepter ton corps ou de tes prises de tête sur la nourriture, sur ton poids… c’est perçu comme un signe de faiblesse, ou de “ne pas travailler assez dur”.

Les professeurs les poussent même à aller en ce sens. Même les danseurs et gymnastes entre eux se tirent vers le bas, dans ces pratiques destructrices pour leurs corps et leur santé. Il y existe d’ailleurs une réelle compétition qui peut naître entre les athlètes (un peu comme entre les malades des troubles alimentaires…).

C’est un monde où l’accent est mis sur le perfectionnisme, sur la discipline, sur le contrôle (de son corps, de ses mouvements, de sa façon de marcher…). Il s’agit là de facteurs communs que l’on retrouve chez les personnes qui souffrent de trouble alimentaire.

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D’ailleurs, durant les compétitions, l’apparence physique fait clairement partie de la notation impactant le score. Une triste anecdote à ce sujet : Christy Heinrich, la gymnaste d’élite de la fin des années 80 aux États-Unis souffrait d’anorexie et de boulimie. Un juge américain lui a dit qu’elle devait perdre du poids pour faire partie de l’équipe nationale. Elle est décédée des complications de ses TCA en 1994, elle ne pesait plus que 27 kg…

Dans les clubs de gym les plus compétitifs qui veulent amener leurs athlètes à un haut niveau, les entraîneurs vont recruter des athlètes toujours plus jeunes. Le but ? Confronter les enfants à des sauts périlleux le plus tôt possible, tant qu’ils n’ont pas encore une trop grande notion du danger. Mais de ce fait, ces enfants sont plongés très rapidement dans un monde porté sur l’apparence alors qu’ils sont encore vulnérables. 

 

Et les clichés de la société participent à cette pression sur le corps, une fois de plus ! Dans les films, dans les séries TV, dans les médias… On nous montre qu’un bon danseur ou un bon gymnaste est une grande personne, mince. C’est comme s’il fallait être maigre pour gagner dans ces sports. De ce fait, de nombreux stéréotypes subsistent et entretiennent cette pression sur l’image corporelle qu’ils renvoient : 

Ah bon, tu fais du ballet et tu manges tout ça ?

Mais tu ne vas pas manger ça quand même ? Et tes compétitions de gym ?”

 

#3 - Un environnement matériel favorable aux développements des TCA

Pour les ballerin(e)s, l’entraînement se fait devant des miroirs pour avoir un œil continue sur ses mouvements, sur son corps. Cela participe à l’obsession corporelle.

Et que ce soit les gymnastes ou les danseurs de ballet, leur uniforme correspond souvent à des justaucorps, des costumes ajustés qui collent à la peau. Donc une fois de plus, cela rajoute une pression supplémentaire pour ne pas avoir un “bout de peau en trop”…

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Comment faire pour lutter contre cette pression à l’image corporelle ?

On peut avoir l’impression que je dépeins un tableau assez noir de la gymnastique et du ballet. Si c’est ce qui est ressenti, ce n’est pas ce que je voulais faire. En réalité, mon but était surtout de sensibiliser pour bien comprendre les risques que présentent ces pratiques sportives pour le développement des TCA.

Mais je comprends bien qu’il s’agit de sports artistiques et que l’accent est mis sur les mouvements du corps, la beauté des tenues, etc. Et d’ailleurs, ce sont deux sports dont j’aime beaucoup regarder en spectacle et j’ai un grand respect pour ceux qui pratiquent ces sports.

Mais je pense qu’une évolution des mentalités est tout de même indispensable pour la bonne santé physique et mentale des pratiquants de ces sports. 

Déjà, je voulais quand même préciser que toutes les personnes qui font de la gym et du ballet ne tombent pas dans les troubles alimentaires. Évidemment, d’autres facteurs externes jouent : le contexte environnemental, un événement stressant, un traumatisme, un contexte d’abandon/ de séparation avec autrui, un caractère perfectionniste, etc.

Mais il faudrait tout de même qu’il existe des campagnes de sensibilisation aux troubles alimentaires dans ces écoles de gym, de ballet. Il devrait même y avoir des cours de diététique pour rappeler ce dont le corps a besoin. Il me semble que ça existe dans quelques grandes institutions, mais ça ne devrait pas être réservé à l’élite. 

Et bien que la discipline fait partie des sports à haut niveau, il faudrait tout de même qu’il y ait une évolution de l’état d’esprit des professeurs pour qu’ils gardent en tête que chaque corps est beau tel qu’il est. Il faudrait que ceux qui enseignent, désapprennent les idées reçues alliant beauté et minceur. Ainsi, cela se ressentira dans leur discours pour y mettre un peu plus de bienveillance, je l’espère. 

Et faut-il interdire son enfant s’il souhaite faire de la gym ou du ballet ?

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Selon moi, non, si c’est sa passion, qu’il en a envie, il faut le laisser faire. Mais en étant conscient des risques et en apportant donc une grande vigilance à son insatisfaction corporelle et à ses habitudes alimentaires. Il faudrait aussi lui rappeler que sa pratique sportive ne doit pas se faire au détriment de sa santé. Il faudrait lui rappeler que son corps est parfait tel qu’il est, qu’il doit en prendre soin ; et pour cela, il faut répondre à ses besoins. Il faudrait lui dire que peu importe ce qu’il entend, son corps a des besoins primaires auxquels il faut répondre. Il faudrait l’aider à prendre du recul sur ce qu’il peut entendre durant ses cours.

Vos témoignages à ce sujet

N’ayant jamais fait de gymnastique ni de ballet, j’ai écrit cet article à partir de mes recherches et de mon point de vue.

Je serais donc super contente d’avoir des témoignages de danseurs, de gymnastes ou même de leurs parents. 

Tu peux me faire part de ton témoignage directement en commentaire en bas de l’article, ou via mon Instagram sur @norain.noflower

Je mettrai alors la capture d’écran de ton témoignage dans cette partie de l’article, ci-dessous.

Je mets quelques questions pour te guider si tu souhaites témoigner : 

  • Présente-toi : Prénom, âge. 
  • Si tu fais de la gym / ballet, depuis combien de temps en fais-tu ? 
  • As-tu développé des TCA avant, pendant ou après ce sport ?
  • Dans quel cadre ce sport a déclenché ton TCA ?
  • Est-ce que ce sport a empiré ton TCA ?
  • Est-ce que tu te souviens de ta relation aux autres sportifs ?
  • Est-ce que tu te souviens d’une pression particulière mise par les coaches ? As-tu des souvenirs de choses qu’ils ont dites/ fait dans ce sens ?
  • Qu’est-ce que tu penses que le monde de la dance / du ballet a besoin pour diminuer le risque de développer des TCA ? 
  • Quel conseil dirais-tu à une personne qui soufre de TCA & qui fait de la gym/dance aujourd’hui ? 

Les témoignages que j'ai reçu :

Salut, je m’appelle Thelma et j’ai 17 ans. Ça fait 2 ans et demi que j’ai des Tca (entre anorexie, boulimie et hyperphagie). A la fin du confinement, j’ai commencé à développer une obsession pour la nourriture mais avant ça, comme on était confiné chez nous, je faisais du sport tout les jours chez moi donc en réalité, j’ai commencé à avoir un problème avec les Tca pendant le confinement. Je voulais témoigner mon approche de la gym et des Tca.
Je fais de la gym depuis que j’ai 2 ans donc ça fait maintenant 15 ans que j’en fait. À un moment de mon parcours, je faisais plus d’entraînement que les autres et j’évoluais plus vite. C’était pour moi une récompense et j’étais fière de moi de voir que j’arrivais à faire de nouvelles choses. Puis j’ai grandi et c’était de plus en plus dur de progresser rapidement. J’ai remis la cause sur mon poids, je ne voyais pas autre chose qui pouvait me ralentir dans ma progression (en fait c’est tout à fait normal que ça soit plus dur). Et je voyais les autres gymnastes avec qui je m’entraînais grandir mais rester toujours autant fortes, énergiques. Ça m’a fait beaucoup de peine mais j’ai continué. En 2018, une gymnaste a développé un Tca mais elle arrivait à faire énormément de sport et elle était tellement musclée. Ensuite une deuxième gymnaste et même si elles avaient des poids faibles, elles arrivaient à évoluer (mais je savais pas que c’était de l’hyperactivité). Du coup je me suis dit qu’il fallait que je fasse pareil. (Je n’ai pas développé un Tca que pour cette raison). Je ne ratais plus aucun entraînement et je n’arrêtais pas une seule minute pendant ceux-ci. Pendant le confinement c’était tous les jours muscu. Puis mon médecin spécialisé dans les tca m’a fait une dispense de sport. C’était un moment horrible quand on te dit que tu n’as plus le droit de faire du sport alors que c’était en quelque sorte une addiction. Puis j’ai été hospitalisé et ensuite j’ai fait de l’hôpital de jour pendant 1an et demi. Donc je n’ai pas fait de sport pendant 2ans
Il y a quelques mois, j’ai été autorisé à refaire du sport. Les premiers mois, je n’ai pas réussi à y aller par peur du regard des autres puis je n’étais pas prête psychologiquement. J’ai repris la gym il y a maintenant 3 mois. C’est très compliqué pour moi d’y aller même si au final ça me fait du bien de voir des gens. Mon club où je suis n’est pas un club où il faut absolument la performance. C’est plutôt un lieu où l’on fait du sport ensemble pour se défouler, s’entraider, s’amuser et tout ça dans une bonne ambiance. Mais malgré tous ces points positifs, je me compare énormément aux autres gymnastes et pendant ces 2 années sans sport, j’ai beaucoup perdu (muscles, souplesse…) et voir et me dire que je dois recommencer tout à zéro est vraiment démotivant.
Derrière ce témoignage, je veux dire aux gens qui souffrent ou pas de tca que peu importe le sport que l’on pratique, ce n’est pas une forme d’acharnement contre soi même. Même si on a des courbes ou bien peu de muscles, on est libre de pratiquer un sport comme on le souhaite et que se soit une forme de plaisir. En pratiquant un sport trop intensif, les choses vont empirées mais le plus dur est de remonter.
Voilà je vous souhaite tous bon courage et on tient bon.

Thelma

Vers mes8-10ans ma mère m’a biensur fait faire de la danse classique, je ne peux malheureusement pas vraiment témoigner suite aux plutôt lourdes conséquences qu’a eu mon parcours d’anorexie avec mes problèmes de mémoire…Mais j’ai quand même des “flashs” qui me sont revenus et c’est clair que les profs mettent une pression assez lourde sur leurs élèves, surtout concernant le poids-l’apparence et l’élégance;Vu le contexte personnel dans lequel j’ai “grandi” aussi (avec ma mère anorexique+mon père assez absent…)cela n’a pu que m’aider, entre autres, à ce que je tombe ds l’anorexie sans problème de poids à l’époque…Si j’ai un conseil à donner pour ceux qui veulent tenter un de ces domaines, ou pour leur entourage, ce serait vraiment de tenir compte en1er de l’état d’esprit de celui qui veut faire cette activité, ainsi que du pourquoi…Je pense qu’il ne vaut mieux pas mettre la pression lorsque l’activité est commencée, et voir par la suite le comportement du “nouveau sportif”, et au moindre doute l’amener consulter une “bonne” personne;

Stéphanie

Bonjour!  j’ai vu qu’un article allait être écrit sur le thème du ballet/gymnastique et des TCA et j’aimerais donner mon petit témoignage là-dessus!
J’ai fait de la danse de mes 4 à mes 18 ans et suis dans la maladie depuis mes 16 ans ( j’en ai 21 ans mais ne me considère pas totalement guérie, je débute cependant une thérapie!), et je me souviens des compliments que j’ai reçu en perdant du poids! Tous les adultes de la compagnie me félicitaient, trouvaient que j’avais de la force d’avoir perdu autant de poids si vite … personne ne s’est demandé si perdre 20 kg en 3 ou 4 mois, à 16 ans,ce n’était pas un peu dangereux ? ( à n’importe quel âge d’ailleurs) … je pense que ces compliments ont rendu mon TCA encore plus fort car ‘y voyais un réel accomplissement et ça m’aidait à penser que ce que je faisais était « bien » et que j’avais le contrôle, que je devenais une meilleure version de moi-même …
je me sentais plus belle en me regardant dans les miroirs de la salle de danse! Mais évidemment ça n’a pas duré et une fois la « lune de miel » passée j’ai commencé à subir les réelles conséquences ( encore aujourd’hui) alors la danse n’a pas déclenché mes TCA mais je me dis qu’elle y a peut-être contribué un peu ( je me souviens aussi que quand j’étais plus jeune, vers mes 14 ans, une pesée régulière avait été instaurée à la danse par de nouveaux sponsors et une fille grosse avait d’ailleurs été refusée pour un spectacle alors qu’elle dansait merveilleusement bien! C’est indécent de peser des ados et des enfants et de commenter leur poids comme si ça contribuait à la valeur en tant que personne … et en plus de faire de la discrimination assumée avec cette fille par exemple )

Juliette

Merci beaucoup pour ta lecture (et ta participation peut-être) 🙂 

J’espère que cet article t’a plus ! N’hésite pas à me faire ton petit retour en commentaire.

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Publié par Norainnoflower dans Mieux connaître, Parents, Trouble du comportement alimentaire, 0 commentaire
À cœur ouvert : je vous l’avoue enfin…

À cœur ouvert : je vous l’avoue enfin…

À cœur ouvert : je vous l’avoue enfin…

17 mois. C’est le temps qu’il s’est écoulé depuis que j’ai publié mon dernier article de blog. 17 mois, c’est long, c’est plus d’un an. Et en un an, il s’est passé beaucoup de chose.  

Plusieurs fois, je me suis dit que je devais écrire sur mon blog. Les premiers mois, j’avais envie d’écrire sur d’autres sujets pour aider mes lecteurs à sortir des TCA ou à aider un proche à en sortir. Mais j’avais la sensation de ne pas être honnête.  

Rétrospective des 17 derniers mois

Il y a 17 mois, je vivais encore à Marseille, cette ville à l’opposé de ma région natale. Je ne m’y étais jamais vraiment senti bien, mais j’avais enfin trouvé un travail qui correspondait à mes compétences. Je sortais donc de quelques mois de chômage et surtout de deux mois de confinement. Bien qu’une grande partie de la population ait mal vécu le confinement, personnellement, j’ai adoré. C’est d’ailleurs la période où j’ai sorti ce blog ainsi que le compte Instagram associé et que j’ai terminé la première ébauche de mon livre. Pour vous dire, j’ai tellement aimé ce confinement, que les autres fois où cela nous menaçait, j’espérais sincèrement retourner dans le cocon que j’avais au printemps 2020.  

Avec du recul, je comprends pourquoi le confinement fut un réconfort pour moi. En fait, j’ai employé un mot qui résume assez bien la situation dans le paragraphe précédent : cocon. Pendant le confinement, j’avais mes petites routines qui se répétaient chaque jour. Et surtout, je n’avais pas d’imprévu. Il n’y avait pas de risque d’avoir une soirée organisée à l’imprévu, pas de personne qui démarquerait sans que je ne m’y sois préparée psychologiquement… Je pouvais prévoir un planning sans qu’il ne soit dérangé. Je contrôlais tout.  

Quand je vous parle de contrôle ici, je ne vous parle pas au niveau alimentation. On sait tous que les troubles alimentaires sont intrinsèquement liés à la notion de contrôle. Dans mon cas, le contrôle a toujours été global lorsque j’étais anorexique. J’en profite pour rappeler que l’alimentation est souvent la conséquence d’un problème initial. C’est la seule façon que notre corps et notre esprit ait trouvée pour se protéger d’une blessure plus ou moins consciente. 

Personnellement, quand je contrôle tout et que je n’ai pas d’imprévu, je me sens en sécurité. Quand un imprévu surgit dans ma vie, je ressens un séisme dans tout mon corps. J’ai mal au ventre, je mordille mes ongles, j’écris un planning heure par heure et… je contrôle mon alimentation. Avec la thérapie que je suis actuellement (je vous en parlerai en détail plus tard), j’ai compris que le contrôle, c’est mon bouclier. On m’a fait du mal dans un moment où je ne m’y attendais pas, où je ne « contrôlais » pas. Alors instinctivement, mon corps et mon esprit tente de contrôler tous les paramètres de ma vie afin de me protéger

Bref, à la sortie du confinement, quand j’ai commencé ce travail, je me suis rendu compte qu’en fait, les 3 derniers mois n’avaient rien de la vie réelle. Et franchement, je me suis pris une très grosse claque. J’ai eu la sensation qu’on me mettait un gros coup de batte dans les jambes. J’étais sur les genoux et j’ai même rampé pendant plusieurs mois.

De là, j’ai enchaîné des périodes restrictives où je tentais de manger super sain (trop)… aux périodes boulimiques où je mangeais à toute heure des grosses quantités de muffins, viennoiseries, bol de céréales, etc. Je ne vais pas vous mentir, puisque je veux être à 100 % honnête : j’ai pris du poids. Je ne sais pas combien je n’ai plus de balance. Et franchement, heureusement que je ne l’ai pas su. Ça n’aurait fait que m’enfoncer.

En décembre, j’ai changé de travail. Avec mon copain, on avait envie de migrer vers Lyon.

Je commence alors un nouveau travail où ça se passe très mal. Je vous passe les détails, mais au niveau moral, je pleurais 1 jour sur 2 et la nourriture était mon réconfort. Je ne me restreignais plus, je n’avais plus de crises de boulimie. En revanche, je mangeais gras et sucré, sans limite. J’étais souvent fatiguée, mes vêtements ne m’allaient plus… Et ma confiance en moi, qui soit-dit en passant n’était déjà pas très élevée, s’est vu s’amoindrir à cause de l’homme que j’avais pour patron dans l’entreprise en question. Je me suis remise en question au point où j’étais prête à changer d’orientation professionnelle. Bref, j’ai fini par quitter ce travail en février.

En mars, par chance, j’ai trouvé rapidement un nouveau travail. Je craignais sincèrement de retomber sur des managers malveillants. J’avais peur aussi de ne pas être à la hauteur du travail qu’on me demanderait. Les derniers mois que je venais de vivre m’avaient affaiblie mentalement. 

rechuter

Et c’est là je pense qu’elle en a profité pour revenir. Si vous aussi vous souffrez de trouble alimentaire, vous devez savoir de qui je parle quand je fais référence à « elle ». Elle, la maladie, celle qui vient semer des troubles dans ma tête, qui me plonge dans un brouillard m’empêchant d’avancer sur la route de la vie. Celle qui créait un éboulement de rochers pour parsemer mon chemin de gros cailloux, d’obstacles qui rendent ma vie plus difficile à vivre.

Franchement, elle est maligne. Elle fait les choses implicitement, sans qu’on s’en rend compte.

Au début, ça prenait l’allure d’un rééquilibrage alimentaire. Quelque chose de plutôt sain, qui ne paraissait pas extrémiste. J’ai commencé par diminuer les aliments gras, manger plus de choses saines. Puis j’ai racheté ma balance alimentaire. Au début, je calculais approximativement, seulement quelques aliments d’ailleurs. Jusqu’en juin, je pense que ce rééquilibrage alimentaire était positif pour moi. Je me sentais mieux dans mes vêtements, j’étais moins fatiguée, j’avais une meilleure opinion de moi-même. Mon nouveau boulot se passait super bien, j’aime beaucoup le poste que j’occupe. Et j’ai des collègues de mon âge avec qui je partage des bons moments, des managers bienveillants qui ont la volonté de me faire grandir professionnellement.

J’ai l’impression que j’avais tout pour être bien. Pourtant, je n’acceptais toujours pas mon corps. Je le haïssais même. Ce pauvre corps qui m’a gardé en vie alors que je l’ai mis à rude épreuve pendant plusieurs années. Ça faisait 4 mois que j’avais commencé ce rééquilibrage alimentaire. Je n’avais pas conscience que mes troubles alimentaires revenaient. C’est à l’approche de mes vacances, en août, que je l’ai compris.

Les vacances. Pour ma part, elles étaient tant attendues, mais aussi très redoutées. Les vacances résonnaient pour moi comme une perte de contrôle dans mon alimentation. Durant les trois semaines d’août, j’avais de nombreux repas prévus à l’extérieur, en compagnie d’autres personnes, au restaurant… J’étais angoissée à l’approche de ces vacances juste à cause des repas. Mais pourtant, je fonçais : j’allais au restaurant, je répondais à toutes ces invitations même si cela me demandait de ne pas contrôler mon repas. Je me faisais plaisir, je m’accordais la possibilité de tout manger.

Et soudain… Le brouillard

Avec du recul aujourd’hui, j’ai compris que mon comportement de cet été était plutôt malsain. Je me suis accordé la possibilité de manger comme je voulais… Mais à quel prix ? Je me souviens que durant mes 4 ans d’anorexie mentale, lorsque j’avais la sensation de beaucoup manger, en quelque sorte, je me punissais. Je n’avais plus le droit de manger pendant 24 heures et je devais faire des heures de sport. Même si j’étais épuisée, même si je n’avais plus de souffle, même si j’avais mal aux os, même si j’étais à quelques heures de la mort. Je n’avais pas le droit de juste manger et de me reposer. C’était elle qui me l’interdisait.

À la rentrée de septembre, c’était beaucoup moins violent, mais j’ai encore réduit la quantité dans mes assiettes. Je me restreignais encore un peu plus. Je pense que c’est à la rentrée que j’ai pris conscience que j’avais rechuté. Je me rappelle d’un soir en particulier où j’étais terrorisé parce qu’une soirée s’organisait avec mes collègues et que j’allais devoir manger des aliments que je ne contrôle pas.

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Et soudain… ce fut le brouillard dans ma tête. J’ai eu l’impression de m’être menti pendant les derniers mois. J’étais déçue de moi.

C’était il y a environ deux mois. Je souriais beaucoup moins, je n’avais plus envie d’écouter de la musique positive. J’étais passée de la playlist « Feel Good Vibes » à « Sad Songs Sing-along ». J’étais fatiguée, irritable, triste. J’ai eu l’impression de retourner 3 ans avant. Et ça a été mon électrochoc : vivre une semaine dans ma vie d’anorexique d’il y a 3 ans.

J’ai eu du mal à accepter que j’ai pu rechuter. Mais en fait, quand j’ai fait la rétrospective des trois années depuis laquelle je suis sortie de ma dernière hospitalisation, je me suis rendu compte que je n’en étais jamais vraiment totalement sortie.

Pourtant, je vous assure qu’en mars 2020, j’étais persuadée que plus jamais je n’aurai de troubles alimentaires. Je pensais que tout était terminé.

Mon trouble alimentaire est invisible

J’ai rechuté, mais cette fois, c’est différent de mes 4 années d’anorexie. Lorsque j’étais anorexique, j’étais allé à un stade très bas… Je pesais à peine 30 kilos et ce corps si fragile et squelettique, c’était mon bouclier. Même si je détestais qu’on regarde ce corps, les autres devinaient très facilement que j’étais malade en me contemplant. Cela me donnait une certaine crédibilité. Oui, ma souffrance était bien visible. Je ne cherchais pas la pitié des gens, seulement de l’empathie. Je voulais seulement qu’ils puissent voir à quel point c’était difficile de se battre contre cette maladie, que ce n’était pas juste dans ma tête, que je n’avais pas « qu’à faire un effort » pour aller mieux.

Après mes deux dernières années de crises de boulimie, compulsions alimentaires et j’en passe… j’ai pris du poids. Aujourd’hui, je ne sais pas quel poids puisque, comme je l’ai dit plus haut, je n’ai plus de balance. Mais depuis le mois de mars, j’ai largement réduit ma ration. Je mange bien en deçà de ce que je devrais. Pourtant, mon corps n’a pas changé, il n’a pas maigri ou très peu. Je le sais, car je fais toujours la même taille de pantalon. Je ne donnerai pas de données chiffrées, car ça n’a aucune utilité de se comparer, chaque corps est différent.

Mon corps ne perd plus de poids car il se souvient. Il se rappelle du manque dans lequel je l’ai plongé il y a quelques années. Il se rappelle que la privation l’a amené jusqu’à la réanimation, qu’il avait un nombre incroyable de fils et de sonde rattachés à lui pour l’aider à survire. Il ne veut plus vivre cela. Il n’a plus envie d’être aussi proche de la mort. Il se protège et donc me protège. C’est en ça que je le remercie.

Je le remercie, car depuis qu’elle est revenue dans ma tête, je pense que si j’avais vu mon corps maigrir, je ne sais pas si j’aurai réussi à arrêter le cercle vicieux infernal que j’ai connu quelques années plus tôt.

Mais c’est aussi parce que mon corps me protège qu’aujourd’hui, que mon trouble alimentaire est invisible. Alors certes, je ne suis plus aussi malade qu’avant, et heureusement. Mais depuis le mois de Septembre, je n’ai jamais été aussi mal, aussi loin dans mes troubles alimentaires que depuis que je suis sortie de ma dernière hospitalisation en 2018. Pourtant, personne ne peut le voir et donc me comprendre.

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Aujourd’hui, je suis épuisée mentalement. Je n’en veux pas à mes proches qui ne comprennent pas, car pour moi, seules les personnes réellement atteintes de troubles alimentaires profonds peuvent comprendre. Alors je préfère savoir qu’ils ne comprennent pas, ça signifie qu’ils ont une relation saine à leur corps et à l’alimentation. Mais c’est tellement fatiguant pour moi de devoir tout le temps contrôler. Aujourd’hui, je suis incapable de manger un repas non prévu ou non cuisiné par moi-même. J’ai besoin de connaître la quantité, la composition, la valeur énergétique… Et non, ce n’est pas un caprice. S’il on me demande de manger quelque chose que je ne connais pas sans que je ne m’y prépare, je tremble, j’ai une boule à la gorge, j’ai envie de pleurer, de hurler ma peur.. et je pourrais très certainement tomber dans les pommes.

Le problème, c’est qu’avec un trouble alimentaire « invisible », les gens oublient vite, justement que j’ai des troubles alimentaires. Et ce qui change aussi par rapport à lorsque j’étais anorexique, c’est que j’ai une vie sociale. Donc je continue les soirées, les repas de famille… Et c’est tellement compliqué à gérer. Manger avec d’autres personnes requiert énormément d’énergie pour faire face à mes peurs. Je déteste qu’on me regarde manger, et la plupart du temps, je ne parviens pas à manger comme eux. Et forcément, j’ai toujours des remarques sur le pourquoi je ne mange pas tel ou tel aliment. Les gens ne sont pas malveillants, je le sais, mais jamais ils ne m’auraient demandé cela si mon corps était encore squelettique.

Une autre grande différence par rapport à mes années anorexiques : aujourd’hui, je vis avec mon copain. C’est très difficile pour lui de comprendre et surtout de me voir me prendre la tête pour des histoires de nourriture. J’ai conscience que cela l’empêche d’avoir une vie sociale fluide. On accueille moins de personnes chez nous parce que pour moi, c’est source de crise d’angoisse. On mange moins au restaurant pour les mêmes raisons… Parfois, j’aurai envie de tout quitter et de vivre seule. Mais je sais que c’est mon trouble alimentaire qui veut ça, pas Mathilde. Si mon copain n’était pas à mes côtés, je serais tombée sans doute bien plus vite et bien plus bas dans mes troubles alimentaires. Il est une raison pour laquelle je me bats. 

Pourquoi j’ai rechuté ?

Une des choses qui m’a aidé dans tout mon combat contre les troubles alimentaires, c’est de toujours chercher à comprendre mon comportement. Je réalise très souvent une introspection de mes états d’âme. Ça m’aide vraiment à avancer.

Alors pourquoi j’ai rechuté ? J’ai compris que la lutte contre les troubles alimentaires, c’est vraiment un long chemin et que les rechutes, qu’elle soit petite ou plus importante, sont nombreuses. Mais surtout, elles surviennent tant que le problème initial n’a pas été travaillé en profondeur. J’avais travaillé sur les raisons de mon anorexie à l’hôpital. Mais en réalité, je ne l’avais pas réglé. 

Je pense sincèrement que c’est pour cette raison que je suis retombée aujourd’hui. C’est une façon que mon corps a trouvée pour me dire « Eh Mathilde ! Attends, je pense que t’as oublié de régler quelque chose avec toi-même ! Bon, je vais t’envoyer quelques signaux pour que t’arrête de te mentir… ». L’humain est bien fait, le cerveau est extraordinairement intelligent. Si tu ne parles pas d’un mal-être, ton mal-être parlera lui-même à travers ton corps et/ou dans ta tête.

Ce que j’ai mis en place pour m’en sortir…

Une fois que j’ai pris conscience que j’avais rechuté et surtout… que je l’avais accepté, il fallait que je mette en place des choses pour m’en sortir. Certaines personnes vous diront que l’on peut s’en sortir seule. Je ne suis pas médecin, je n’ai pas la science infuse (d’ailleurs, les médecins ne l’ont pas non plus!). Mais j’ai quand même mon avis sur la question… Je pense que s’il on veut se sortir des troubles alimentaires, il faut accepter une aide extérieure. Peut-être que c’est possible de se sortir seul de cette maladie, à condition de ne pas être à un stade trop avancé, mais vous mettrez certainement 10 ans de plus que si vous vous entourez de professionnels.

J’ai donc fait le choix des professionnels. Après des années de thérapies analytiques, j’ai bien compris tous mes problèmes, tous mes schémas de pensées… ce qui me manque : c’est l’action ! J’avais entendu parler de thérapie de l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). Pour faire bref, c’est une thérapie qui s’appuie sur une stimulation sensorielle, c’est-à-dire le mouvement oculaire (des yeux) pour retraiter les différents traumatises qui ne seraient pas encore totalement digérés par mon corps. Tant qu’un trauma n’est pas digéré, il se manifeste. En l’occurrence pour moi, il se manifeste par mes troubles alimentaires. Je vous parlerai de cette thérapie en détail dans un article dédiée lorsque j’aurai fait suffisamment de séance et que je pourrais vous en parler avec davantage de recul.

Ces thérapies ne seront pas efficaces si je ne m’investis pas à 200 %. Et c’est quelque chose dont j’ai totalement conscience, c’est pour cela que je me bats tous les jours. Et franchement, pour être honnête, ce n’est vraiment pas simple. J’en pleure souvent. J’ai souvent envie d’être seule, de hurler. Parfois, j’aimerais retourner dans l’anorexie sévère dans laquelle j’étais il y a quelques années, j’aimerais retourner à l’hôpital, mais dans mon corps tout maigre. Mais une fois de plus, c’est le trouble alimentaire qui veut ça, pas moi, Mathilde. 

Si seulement ils savaient…

L’écriture, c’est une façon pour moi d’être honnête, de mettre des mots sur mes maux. C’est pourquoi je souhaite terminer cet article en exprimant ce que j’aimerais que les autres comprennent.

J’aimerais que mon copain, ma famille, mes amis… et tout ceux qui m’entourent comprennent… Je ne veux pas leur parler de cette rechute, car je sais qu’ils ont déjà assez souffert de mes années d’anorexie. J’aimerais tellement leur épargner ce nouveau combat parce que c’est énergivore et ils ont leur propre vie, leurs propres combats à mener. Je veux juste qu’ils comprennent que j’ai conscience de mes troubles alimentaires. Je ne retomberai plus jamais comme j’ai pu être malade auparavant. Au contraire, je connais parfaitement les mécanismes des troubles alimentaires maintenant. Et je connais mes limites, j’arrive à savoir quand j’ai besoin d’aide, c’est pour cela que j’ai su m’entourer de professionnels aujourd’hui. Je ne veux pas que mes proches m’aident pour les mêmes raisons que lorsque j’étais anorexique : j’ai besoin de gens impartiales dans ma guérison.

Mais ce que je veux surtout qu’ils se souviennent c’est que ça n’a rien avoir avec la nourriture. Je sais, c’est paradoxal. Mais ma façon de manger et de penser vis-à-vis de mon alimentation, c’est juste la conséquence. Si je suis retombée dans ces travers là, c’est parce que je n’ai pas terminé de travailler sur les causes de mon mal-être initiale, mes blessures, mes traumatismes d’enfance. Et c’est tellement difficile de survivre avec ces blessures que pour tenter de me faire une zone de confort dans lequel je pourrais éventuellement me sentir en sécurité… Et bien, je tente de contrôler mon corps, mon apparence.

On a fait du mal à mon corps. Alors j’essaie de tout faire pour contrôler chaque paramètre de mon corps, pour le protéger, pour ne plus qu’on me fasse de mal. Vous voyez… c’est bien plus complexe qu’une histoire de manger ou non tel ou tel aliment.

Et puis, il y a vous, mes lecteurs… Si vous saviez comme je suis désolée. Je m’en veux de ne plus avoir communiqué, que ce soit sur mon blog ou sur Instragram. Je ne l’ai pas vu revenir. Et quand j’en ai pris conscience, je me suis sentie désemparée et je devais d’abord penser à moi, d’abord accepter ce dont il m’arrivait pour tout mettre en place et avoir les armes nécessaires pour me battre et gagner ce nouveau combat. Je n’ai jamais cherché à vous mentir. Et partager cet article aujourd’hui avec vous, c’est une façon de vous montrer que même lorsqu’on pense en être sortie, il faut être vigilant avec des troubles alimentaires. Une fois de plus, cela montre l’importance de traiter les causes de vos troubles plutôt que les conséquences (alimentation, compulsions alimentaires, hyperactivité sportive…). Je ne m’engage pas sur une fréquence d’article, mais j’ai vraiment envie de partager avec vous mes nouvelles thérapies et ce qui fonctionnera (ou pas) pour moi dans ce nouveau combat : thérapie EMDR, coaching nutrition personnalisée…

Une chose est sûre : je vais m’en sortir ! Je n’ai jamais été aussi mal, mais pourtant, je ne me suis jamais sentie aussi proche de la guérison totale (parce que oui, elle existe !). Je le sais, j’en ai vraiment envie. Je n’aime pas ces pensées qui viennent me parasiter. Je n’aime pas l’insécurité dans laquelle je vis. Je vois que je passe à côté de moment magnifique tout ça à cause de ces put*** de troubles alimentaires ! Je veux une vie épanouie, je veux profiter à 200% de mon couple, de ma famille, de mes amis. Je veux continuer de grandir professionnellement, d’investir dans ma vie professionnelle. Je veux voyager, faire la fête, découvrir de nouvelles expériences. Je veux aimer mon corps. Je veux donner naissance à des enfants, les voir grandir et bâtir une famille qui s’épanouit. Je veux aimer la vie. C’est pour toutes ces raisons que je me bats aujourd’hui et que je remporterai encore la prochaine bataille.

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