Jour : 17 novembre 2022

Faut-il faire une pause dans sa vie pour guĂ©rir de son trouble alimentaire ?

Faut-il faire une pause dans sa vie pour guĂ©rir de son trouble alimentaire ?

Faut-il faire une pause dans sa vie pour guĂ©rir de son trouble alimentaire ?

C’est une question qui m’a Ă©tĂ© posĂ©e et j’ai trouvĂ© super intĂ©ressant de rĂ©pondre via un article de blog dĂ©diĂ© parce que j’ai un vrai vĂ©cu pour rĂ©pondre Ă  cette question.

Mon histoire : est-ce que moi j'ai fait une pause dans ma vie pour guĂ©rir ?

Je te resitue le contexte de mon anorexie. Lorsque je suis tombĂ©e malade, j’Ă©tais en 3ᔉ annĂ©e de licence de commerce. Mais j’étais Ă  l’apogĂ©e de ma maladie, on va dire, lorsque je suis entrĂ©e en Master. J’étais dans une grande Ă©cole de commerce, assez reconnue quand mĂȘme qui Ă©tait l’IESEG Business School. 

Et le cursus que j’avais choisi Ă©tait celui de l’alternance, donc pas le plus simple pour ceux qui connaissent. Le rythme, c’Ă©tait 3 semaines entreprise, 1 semaine Ă©cole.

Bref, au cours de l’annĂ©e 2017, durant la premiĂšre annĂ©e du Mater, mon Ă©tat empirait. J’étais suivi par une trĂšs bonne Ă©quipe, spĂ©cialisĂ©e dans les TCA au CHU de Lille. Et les mĂ©decins avaient plus que conseillĂ© une hospitalisation. Mais pour moi, c’Ă©tait IMPOSSIBLE. Parce que j’avais du mal Ă  croire que j’avais besoin d’une hospitalisation, vu que la maladie minimise constamment la gravitĂ©. Mais au-delĂ  de ça, parfois j’avais conscience que c’était grave. Mais c’était impensable d’arrĂȘter les cours et l’alternance. Rien que l’hĂŽpital de jour, je culpabilisais de manquer 1 journĂ©e. 

Alors j’ai poussĂ© un peu plus loin mes limites. Sauf qu’en fait, les limites, je les avais dĂ©jĂ  atteintes. Mais je n’en avais pas conscience. Et donc j’ai tirĂ© sur la corde jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il s’est passĂ© ce que je te parle dans mon article sur le SRI, j’ai fini en rĂ©animation, du jour au lendemain. Vraiment, du jour au lendemain, le corps te prĂ©vient pas. La veille je travaillais en entreprise. Donc, je n’ai pas eu le temps de dire Ă  mon Ă©cole “Est-ce que je peux avoir un amĂ©nagement ?” Non, j’étais dĂ©jĂ  Ă  l’hĂŽpital, rattachĂ© Ă  des tuyaux, Ă  ne pas savoir comment aller se passer la suite de mon annĂ©e. On Ă©tait en fin d’annĂ©e Ă  ce moment-lĂ , donc je n’ai pas eu de “problĂšme” dans le sens oĂč mon annĂ©e Ă©tait validĂ©e. J’ai par contre ratĂ© 3 mois d’entreprise.

À peine sortie de l’hĂŽpital, je suis retournĂ©e dans le rythme effrĂ©nĂ© de ma vie Ă©tudiante / moitiĂ©-salariĂ© en alternance pour faire la deuxiĂšme et derniĂšre annĂ©e de mes Ă©tudes. Et j’ai rechutĂ©. Et je ne dis pas que c’est ce qui m’a fait rechuter, mais c’est CERTAIN que si je n’avais pas repris exactement le rythme dans lequel je suis tombĂ©e malade, j’aurai certainement eu plus de chance de ne pas replonger. 

Bref, quelques mois passent, et, suite Ă  une tentative de suicide, mĂȘme chose, je pars aux urgences et je dois arrĂȘter du jour au lendemain Ă©cole + entreprise. 

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Et Ă  ce moment-lĂ , j’ai fait un “arrĂȘt sur image”. 

Et je me suis demandĂ©, sur mon lit d’hĂŽpital, aprĂšs avoir Ă©chappĂ© de prĂšs Ă  la fin de ma vie pour la deuxiĂšme fois : “Bon, est-ce que je n’arrĂȘterai pas, ne serait-ce que momentanĂ©ment, ma vie pro pour me concentrer sur ma guĂ©rison ?”. Je suis presque sĂ»re que pour beaucoup de personnes extĂ©rieures, non malades notamment, la rĂ©ponse est presque Ă©vidente. Mais pour moi, c’était bien plus compliquĂ©. Ce n’Ă©tait pas juste “faire une pause”. Pour moi, c’était un Ă©chec. C’était Ă©chouer dans ma quĂȘte du perfectionnisme. 

Et c’était peut-ĂȘtre l’une des dĂ©cisions les plus difficiles de ma vie Ă  ce moment-lĂ , mais j’ai fait le choix, Ă  raison, de ma santĂ© avant ma vie professionnelle. Je ne m’étais pas donnĂ© de durĂ©e limite de temps, mais au moins 1 an. Et pour te dire, finalement, je ne me suis arrĂȘtĂ©e que 6 mois (parce que j’allais plus vite que je ne l’aurais cru sur le chemin de la guĂ©rison). Mais j’ai tout de mĂȘme repris en temps partiel, Ă  l’école comme en entreprise. En entreprise j’ai repris Ă  50% puis 80%. À l’école, j’ai fait ma troisiĂšme annĂ©e avec plus de temps pour rĂ©aliser mon mĂ©moire par exemple. 

Et bref, c’était important pour moi de commencer Ă  te parler de mon histoire pour maintenant te donner tous les conseils et rĂ©flexions qui m’ont aidĂ© Ă  prendre cette dĂ©cision.

Pourquoi la décision de faire une pause t'est difficile ...

Je ne vais pas faire de gĂ©nĂ©ralitĂ©, mais beaucoup de personne souffrant de troubles alimentaires sont perfectionnistes, comme je l’étais. Et peut-ĂȘtre que toi qui me lis, tu es comme ça. 

Mon exemple, je le trouve assez pertinent dans le sens oĂč j’étais Ă  la fois Ă  l’école ET en entreprise. Donc j’étais confrontĂ©e Ă  deux figures que tu peux connaĂźtre si tu es Ă©tudiant ou salariĂ©. 

Peut-ĂȘtre que ta rĂ©flexion, elle est difficile Ă  prendre parce que tu te dis : 

“Je ne peux pas arrĂȘter mon parcours scolaire en cours de route”

Franchement, je me disais exactement ça. Je me disais “Non mais Mathilde, t’as fait un sans faute lĂ , tu n’as pas redoublĂ© une seule classe. Tu ne peux pas t’arrĂȘter comme ça.”

Mais alors qu’en fait, 6 mois, 1 an, mĂȘme 2
 Mais c’est tellement rien dans une vie ! Je te jure. Et ça aide de ramener ton problĂšme Ă  l’échelle du temps. Parce que lĂ , au moment oĂč tu y penses, ça te parait insurmontable. Mais sur 80 ans (en moyenne) de vie, mais qu’est-ce que c’est ?

Et puis, peut-ĂȘtre que tu te mets de la pression pour la rĂ©ussite de ta scolaritĂ©. Mais franchement, j’étais une Ă©lĂšve assez modĂšle dans le sens oĂč depuis le lycĂ©e, j’Ă©tais la premiĂšre de ma classe. Et j’ai presque sacrifiĂ© ma vie Ă©tudiante pour ça. Et quand je suis arrivĂ©e sur le marchĂ© du travail, je me suis pris une sacrĂ©e claque. Parce qu’en fait, la cour d’école, ce n’est pas la cour de la vie. Et heureusement en fait. Parce que ça ne veut pas dire que quand t’es un mauvais Ă©lĂšve, tu ne rĂ©ussis pas dans la vie. C’est juste que l’école, ce n’est pas fait pour tout le monde. Et c’est Ă©crit nulle part sur ton CV que t’es premiĂšre. Et les entreprises ne recherchent pas des premiers de classe, ils recherchent des profils. Ils t’engageront parce que tu es toi. 

Et d’ailleurs, mon master je l’ai fait en 3 ans, ça se voit sur mon CV et je n’ai JAMAIS eu une seule question par rapport Ă  ça. Vraiment. Alors que je m’étais prĂ©parĂ©e avec une rĂ©ponse toute faite pour justifier ça. Mais en fait, il y a tellement de personne qui change de voie en cours de route, qui font une cĂ©sure d’un an, qui redouble. Et ce n’est pas grave, ça ne fait aucune faute pour ces personnes. Elles sont pas moins bien, moins compĂ©tentes. Juste, chacun a son propre parcours. 

Voilà, je te dis tout ça parce que c’est une prise de conscience que j’ai eue avec le temps. 

Mais c’est pour te faire prendre conscience que mĂȘme si tu passes le BAC ou un examen cette annĂ©e, ça peut attendre. Et d’ailleurs, au plus tu laisses passer le temps, au plus la maladie peut prendre davantage de terrain. Et au moins tes capacitĂ©s intellectuelles seront Ă  leur maximum. Parce qu’une maladie mentale ça te prend beaucoup d’énergie. Si tu te sous-alimentes, ton corps n’a mĂȘme pas de rĂ©ponse Ă  ses besoins et donc, les capacitĂ©s de ton cerveau sont forcĂ©ment impactĂ©es (mĂ©morisation, concentration, etc.). Tu n’es pas surhumain. Je ne te dis pas ça pour te faire peur, mais pour te dire que tu peux faire une pause pour prendre soin de ta santĂ©, recharger tes batteries et profiter davantage de tes pleines capacitĂ©s par la suite. 

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Les examens, l’école, ça peut attendre. Ta santĂ©, elle n’attend pas. Des chances pour poursuivre tes Ă©tudes, tu en as plein, pour de vrai. Ta santĂ©, tu n’en as qu’une.

Et tout ce que je viens de dire pour l’école, c’est la mĂȘme chose en entreprise. Ta carriĂšre, tu pourras la reprendre plus tard. Tu n’es pas aussi performante que tu ne pourrais l’ĂȘtre.

Personnellement, en entreprise, parfois, j’avais des moments d’absence. En rĂ©union, j’étais lĂ  sans ĂȘtre lĂ . À la fin de journĂ©e, j’étais tellement affamĂ©e que je ne savais plus me concentrer. Et Ă©videmment qu’ils le voyaient les autres salariĂ©s. Il vaut mieux faire une pause, prendre soin de toi, de ta santĂ© pour revenir pleine d’énergie et montrer ce que tu vaux rĂ©ellement, sans le brouillard de la maladie. Et lĂ , tu pourras mĂȘme Ă©voluer dans ta carriĂšre. 

À quoi bon faire de grandes Ă©tudes si tu ne peux pas exercer ton mĂ©tier comme tu le pourrais ?

Peut-ĂȘtre que tu as peur de ce que les autres peuvent penser :

Tes amis, tes profs, ton entreprise, mĂȘme tes proches. Tu as peut-ĂȘtre peur de leur jugement, peur de les dĂ©cevoir, peur qu’ils te croient trop faible.

Moi, c’Ă©taient les peurs que j’éprouvais Ă  l’égard des autres. Mais comme je dis souvent, les peurs qu’on a vis-Ă -vis des autres, ce sont souvent nos propres peurs qu’on projette sur les autres. La rĂ©alitĂ©, c’est que j’avais peur de me dĂ©cevoir moi-mĂȘme, peur de me croire trop faible. Encore une fois parce que je plaçais la barre trop haut, que j’étais trop exigeante avec moi-mĂȘme, trop perfectionniste. Je ne me laissais pas le droit Ă  l’erreur. Sauf qu’en fait, il n’y a aucune erreur. Comme j’ai dit avant, ce n’est pas une erreur de faire une pause dans sa vie. Au contraire, c’est intelligent et bienveillant envers soi que de prioriser sa santĂ© par rapport Ă  sa vie professionnelle. Mais ce n’est pas un choix facile, je le sais.

Et du coup, lorsque j’ai pris la dĂ©cision de faire une pause, j’ai dĂ» en avertir Ă  la fois mon entreprise et l’école. Et en plus je me mettais une grosse pression parce que dans mon Ă©cole, c’était du high level donc j’avais vraiment peur de passer pour quelqu’un de faible. Et j’ai eu en face de moi des personnes extrĂȘmement bienveillantes. Et qui ont tout arrangĂ© pour que je reprenne les cours d’une façon compatible avec mes traitements & ma prise en charge mĂ©dicale. J’avais le droit, ou non (au choix) d’avoir des amĂ©nagements en termes de date des rendus des projets, etc. Mais ça, c’est quand j’ai repris. Mais pour le fait de faire une pause, j’ai eu aucun problĂšme et au contraire. Parce que les gens autour de toi veulent ta bonne santĂ©. Et surtout, ils sont comme toi : ils sont humains. Et en entreprise, pareil, j’ai eu beaucoup de bienveillance.

Alors aprĂšs, c’est sĂ»r, je suis tombĂ©e sur des personnes bienveillantes. Et j’espĂšre sincĂšrement que tu auras ça autour de toi. Et souvent, on pense que les autres vont mal rĂ©agir mais c’est tout le contraire. AprĂšs, les “cons”, c’est un concept international qui n’est pas en voie de disparition, donc il y en a partout. Et malheureusement, c’est possible que tu n’aies pas un retour aussi bienveillant. 

En Ă©cole, ça m’étonnerait, mais c’est possible. En entreprise, ça m’étonne presque moins parce qu’ils sont dans un objectif de rentabilitĂ© et parfois, ils voient les dĂ©cisions en termes d’argent et du remplacement qu’ils devraient faire, etc. Mais lĂ , j’ai envie de dire, presque, ça te donne un aperçu rĂ©el de qui tu as en face. Est-ce que tu as vraiment envie de travailler dans une entreprise qui a ces valeurs-là ? Dans tous les cas, ils n’ont pas le droit de te refuser un arrĂȘt de travail. Et il ne faut pas se stresser par rapport Ă  l’argent que ça peut leur coĂ»ter parce que : de 1, la plupart des frais sont pris en charge par les organismes faits pour. Et de 2, c’est une entreprise. Ils ont les fonds pour ce genre de situation. Ils ne sont pas Ă  l’abri que demain, n’importe quel salariĂ© de leur entreprise ait un accident subitement. On ne peut pas le prĂ©voir ça. 

AprĂšs, je sais que ce n’est clairement pas toujours simple Ă  prendre comme dĂ©cision. Surtout que parfois, il y a aussi le cĂŽtĂ© financier qui entre en compte, parce que le salaire n’est pas maintenu Ă  100%. AprĂšs, parles-en au service RH de ton entreprise. Parce que certaines entreprises permettent le maintien de tout ou partie du salaire. Et d’ailleurs, sache que les ressources humaines veulent que leurs salariĂ©s soient bien pris en charge. Parce qu’ils n’ont aucun intĂ©rĂȘt Ă  ce que ça se sache que les salariĂ©s de leur entreprise soit “mal traitĂ©s”. Donc gĂ©nĂ©ralement, ils font tout pour t’arranger. AprĂšs, encore une fois, c’est dans les meilleurs cas et les entreprises de me***, il y en a partout. Mais moi, je m’Ă©tais fait des montagnes, et en discutant, je me suis rendue compte que les gens en face Ă©taient trĂšs bienveillants. 

Pour ma part, j’avais mes parents derriĂšre financiĂšrement et clairement, ce fut une vĂ©ritable aide. Je ne vais pas le nier et j’en suis trĂšs reconnaissante. J’ai conscience que tout le monde n’a pas cette opportunitĂ©-lĂ . 

Peut-ĂȘtre que tu ne connais pas l’ALD. L’ALD c’est le diminutif d’Affection Longue DurĂ©e et ça permet une prise en charge Ă  100% des soins de santĂ©. Les troubles alimentaires sont des maladies qui bĂ©nĂ©ficient de l’ALD. 

Si tu veux davantage d’information, je te mets ici un document de l’HAS (Haute AutoritĂ© de SantĂ©).

Et moi, j’étais en ALD. La demande d’ALD doit ĂȘtre faite par le mĂ©decin traitant. Pourquoi je te parle de ça, parce que c’est une vraie aide financiĂšre. 

Moi, j’Ă©tais en ALD pendant 4 ans. Et je ne payais pas le mĂ©decin traitant, pas les mĂ©dicaments. Je n’ai payĂ© aucun frais Ă  l’hĂŽpital, les 6 mois d’hospitalisation, tous les rdv avec la psychiatre, etc. 

Malheureusement, les psychologues et autres mĂ©decines douces ne sont pas pris en charge par l’ALD.

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Donc la rĂ©ponse Ă  la question “Faut-il faire une pause dans sa vie pour guĂ©rir ?”, c'est...

Bah si tu en as la possibilitĂ©, selon moi, c’est carrĂ©ment mieux. Moi, vu que j’ai arrĂȘtĂ© tout l’environnement qui me causait du stress, j’ai pu pleinement me consacrer Ă  ma guĂ©rison. Parce que la guĂ©rison, c’est pas seulement manger et voir des mĂ©decins. C’est aussi prendre le temps pour se reposer, mais pas que dormir. Genre, se reposer c’est aussi prendre du temps pour soi, prendre le temps de prendre du temps finalement. C’est prendre soin de soi aussi, c’est se reconstruire, se redĂ©couvrir en dehors de la maladie. C’est mettre en place des actions, de nouvelles activitĂ©s pour tout ça. C’est ralentir le rythme de sa vie pour solidifier les fondations de sa guĂ©rison en fait, et Ă©viter les rechutes. Une rechute n’est pas dramatique, dans le sens oĂč j’en ai quand mĂȘme connue et c’est par les rechutes que j’ai pu me sortir toujours plus loin de mes troubles alimentaires. Les rechutes font avancer. Mais, je pense que si j’avais maintenu le mĂȘme environnement que j’avais lorsque j’étais malade, je n’en serais peut-ĂȘtre pas sortie aussi vite, aussi bien. 

Les troubles alimentaires, c’est des maladies super graves. Ton TCA te le fait certainement minimiser donc tu n’en as peut-ĂȘtre pas bien conscience. Mais te battre contre un TCA, c’est beaucoup d’énergie.  Donc c’est normal d’avoir un amĂ©nagement de sa vie pour t’aider Ă  ça en fait. 

Et d’ailleurs, peut-ĂȘtre que tu vas te dire que cet article de blog concerne que les personnes qui sont en insuffisance pondĂ©rale, Ă  deux doigts de l’hospitalisation. Non, pas que. Parce que c’est une maladie mentale, pas une maladie de poids. Et la guĂ©rison est Ă©puisante mentalement. Donc peu importe ton poids, sens-toi lĂ©gitime d’avoir un ralentissement de ton rythme de vie pour ta guĂ©rison.

Pareil, peut-ĂȘtre que tu te dis, “Oui, mais elle, c’était des grandes Ă©tudes ou un mĂ©tier plus prenant que le mien”. Pareil, ça, ce sont des excuses de ton trouble alimentaire qui minimise comme d’habitude ta situation. Mais c’est pas que le fait de travailler qui est Ă©puisant. C’est l’organisation que ça te demande autour : les stress du quotidien au travail (tout le monde en a), le fait de devoir te lever tĂŽt, le temps de trajet, etc. Tout ça, c’est des choses stressantes. 

Et peut-ĂȘtre que d’autres s’en sortent sans faire de pause. Mais ne te compare pas. Chacun fait comme il peut, et ça n’enlĂšve pas la gravitĂ© de leur maladie, la pertinence de leur combat. Chacun a son propre chemin de guĂ©rison. 

AprĂšs, je ne veux pas “culpabiliser” ni mettre de pression. Ce n’est pas parce que tu n’as pas l’opportunitĂ© de faire une pause ou un amĂ©nagement dans ta vie que tu ne vas pas guĂ©rir. Non, comme je viens de dire, il y en a des personnes qui s’en sortent sans. Encore une fois, je ne dis jamais qu’il faut faire les choses comme ça, de telle maniĂšre. Il n’y a pas de bonne façon de guĂ©rir. Ni de mauvaise d’ailleurs.

Je t’apporte juste mes conseils, suite Ă  mon expĂ©rience. Et je sais que cette dĂ©cision n’est pas facile Ă  prendre. Et parfois, on pense qu’on n’a pas la possibilitĂ©, mais on n’en a mĂȘme pas parlĂ© autour de soi. Donc je te conseille dĂ©jĂ  de parler de ça autour de toi : Ă  tes profs, tes responsables pĂ©dagogiques, tes collĂšgues, ton manageur si tu es Ă  l’aise, le service RH. Alors, les parents c’est pas forcĂ©ment les mieux placer. Je dis ça parce que ma mĂšre Ă©tait un peu dans le dĂ©ni, enfin peut-ĂȘtre pas dĂ©ni, mais c’est vrai qu’au dĂ©but je pense qu’elle n’avait pas forcĂ©ment conscience que j’avais besoin de pause. Et elle m’a fait beaucoup douter, alors que j’étais Ă  l’hĂŽpital. Elle m’avait par exemple dit “Mais il te reste 6 mois aprĂšs, t’es tranquille, tu peux peut-ĂȘtre tenir bon ?” Sauf que ces 6 mois m’auraient peut-ĂȘtre Ă©tĂ© fatal. Vraiment sincĂšrement, je le pense. Parce que quand j’ai fait ma tentative de suicide, jamais je m’en pensais capable. Jusqu’au jour oĂč
 ça n’arrive pas qu’aux autres ! Tout comme la fois oĂč j’ai fini en rĂ©animation, j’étais persuadĂ©e que moi ce n’était pas si grave. 

Et d’ailleurs, je rebondis sur le fait qu’on pense jamais que c’est le bon moment. On se dit toujours “oui, je ferai une pause plus tard.”, “j’attends tel Ă©vĂ©nement pour pouvoir me consacrer Ă  ma guĂ©rison”. Mais la vie, elle n’attend pas. Vraiment. Elle tient qu’à un fil pour de vrai. Je suis sĂ»r que tout le monde, toi y compris, a des anecdotes autour de soi d’une personne qui est partie sans prĂ©venir. Demain, ça sera peut-ĂȘtre trop tard. Ta vie, c’est maintenant, tu n’en as qu’une. Et ta vie, ta santĂ©, c’est le plus important.

L’école, c’est qu’un passage de ta vie. Tu peux le mettre en pause. Ta carriĂšre professionnelle ne sera que plus belle, plus Ă©panouie si tu es en pleine forme. C’est lĂ  oĂč tu pourras rĂ©ellement profiter d’opportunitĂ© qui auront un rĂ©el tremplin. Ce que j’ai vĂ©cu ensuite en entreprise, les missions que j’ai eues, jamais, j’aurai pu les rĂ©aliser, ou du moins pas comme je l’ai fait, si je n’avais pas fait de pause.

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Enfin, je voulais dire aussi que parfois, le travail permet de se retrouver, de se connecter aux autres, de se sentir utile et donc c’est bĂ©nĂ©fique pour la guĂ©rison. Alors dans ce cas tant mieux, et c’est pour ça que je ne suis pas radicale dans ma rĂ©ponse et que je ne parle pas forcĂ©ment de totalement arrĂȘter, mais parfois juste de faire un mi-temps thĂ©rapeutique pour ralentir ton rythme. Mais dans tous les cas, mĂȘme si tu es Ă  mi-temps, l’idĂ©e c’est pas de faire une pause pour te concentrer, d’autant plus Ă  faire de l’activitĂ© physique, pour alimenter ton TCA. Alors Ă©videmment je dis ça, je sais que ce n’est pas simple de lutter contre. Mais ce que je veux dire c’est que si tu prends un amĂ©nagement, c’est pour ta guĂ©rison. Donc c’est presque t’obliger par exemple d’avoir des rdv mĂ©dicaux ou des activitĂ©s qui te font du bien les jours oĂč tu ne travailles pas. Par exemple moi du coup j’avais des rdv de sophrologie, je passais du temps avec des amis, je faisais de l’art thĂ©rapie (donc simplement des activitĂ©s artistiques), j’en profitais pour faire une journĂ©e en hĂŽpital de jour au service TCA, etc. Si tu n’amĂ©nages rien, le risque, c’est que tu ailles Ă  la salle de sport, marcher dehors, ou travailler davantage sur tes cours si tu es Ă©tudiante. VoilĂ , j’ai presque oubliĂ© de le dire mais c’est super important ça !

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Donc voilĂ , ma rĂ©ponse c’est que je la conseille vivement cette pause. Je ne dis pas que c’est indispensable. Mais dans mon cas, ça m’a clairement aidĂ© ++ Ă  m’en sortir. Et je pensais devoir m’arrĂȘter longtemps, et finalement, j’ai Ă©tĂ© plus vite que je ne l’aurai pensĂ©. Et j’ai fait 6 mois de pause au total. Ce n’est tellement rien. Sur le marchĂ© du travail, tu te retrouves avec des personnes de tout Ăąge, et de tout parcours. Rares sont les personnes finalement qui savaient quoi faire Ă  18 ans et qui sont restĂ©es sur cette voie toute leur vie. Je parle dans notre gĂ©nĂ©ration actuelle, la gĂ©nĂ©ration de tes parents c’est pas la mĂȘme qu’aujourd’hui, les temps ont Ă©voluĂ©. Et heureusement ! C’est rare maintenant de faire la mĂȘme mĂ©tier, dans la mĂȘme entreprise toute sa vie.

Moi, je suis en train de changer de voie professionnelle en ce moment, parce que je me rends compte que ce que je faisais ne me faisait pas vibrer, et j’ai trouvĂ© d’autres raisons d’ĂȘtre au fil du temps. Et c’est normal, et heureusement que dans notre vie on peut changer de direction. 

Donc je recommande une pause, un ralentissement du rythme effrĂ©nĂ© dans lequel tu vis. Parce que je connais trop bien ça. J’étais Ă  1000 Ă  l’heure, je ne m’autorisais pas de pause, je bossais comme une dingue pour atteindre un perfectionnisme inatteignable. Et on dit parfois que c’est difficile de guĂ©rir dans l’environnement qui te maintient malade. Et “pause” peut faire peur mais rien que faire un amĂ©nagement, un ralentissement de ses horaires, de son planning, ça peut dĂ©jĂ  faire une grosse diffĂ©rence. Rien que ‘d’avoir 1 journĂ©e, voire 2 demi-journĂ©es dans sa semaine, ou terminer plus tĂŽt. Parles-en rĂ©ellement autour de toi. MĂȘme par email si ça te fait peur en face. 

N’hĂ©site pas Ă  partager ton histoire en commentaire pour tĂ©moigner si tu as un amĂ©nagement de ta vie pro et qui t’aide Ă  guĂ©rir. 

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