Faut-il faire une pause dans sa vie pour guérir de son trouble alimentaire�
Câest une question qui mâa Ă©tĂ© posĂ©e et jâai trouvĂ© super intĂ©ressant de rĂ©pondre via un article de blog dĂ©diĂ© parce que jâai un vrai vĂ©cu pour rĂ©pondre Ă cette question.
Mon histoire : est-ce que moi j'ai fait une pause dans ma vie pour guérir�
Je te resitue le contexte de mon anorexie. Lorsque je suis tombĂ©e malade, j’Ă©tais en 3á” annĂ©e de licence de commerce. Mais jâĂ©tais Ă lâapogĂ©e de ma maladie, on va dire, lorsque je suis entrĂ©e en Master. JâĂ©tais dans une grande Ă©cole de commerce, assez reconnue quand mĂȘme qui Ă©tait lâIESEG Business School.Â
Et le cursus que jâavais choisi Ă©tait celui de lâalternance, donc pas le plus simple pour ceux qui connaissent. Le rythme, c’Ă©tait 3 semaines entreprise, 1 semaine Ă©cole.
Bref, au cours de lâannĂ©e 2017, durant la premiĂšre annĂ©e du Mater, mon Ă©tat empirait. JâĂ©tais suivi par une trĂšs bonne Ă©quipe, spĂ©cialisĂ©e dans les TCA au CHU de Lille. Et les mĂ©decins avaient plus que conseillĂ© une hospitalisation. Mais pour moi, c’Ă©tait IMPOSSIBLE. Parce que jâavais du mal Ă croire que jâavais besoin dâune hospitalisation, vu que la maladie minimise constamment la gravitĂ©. Mais au-delĂ de ça, parfois jâavais conscience que câĂ©tait grave. Mais câĂ©tait impensable dâarrĂȘter les cours et lâalternance. Rien que lâhĂŽpital de jour, je culpabilisais de manquer 1 journĂ©e.Â
Alors jâai poussĂ© un peu plus loin mes limites. Sauf quâen fait, les limites, je les avais dĂ©jĂ atteintes. Mais je n’en avais pas conscience. Et donc jâai tirĂ© sur la corde jusquâĂ ce quâil soit trop tard. Il sâest passĂ© ce que je te parle dans mon article sur le SRI, jâai fini en rĂ©animation, du jour au lendemain. Vraiment, du jour au lendemain, le corps te prĂ©vient pas. La veille je travaillais en entreprise. Donc, je n’ai pas eu le temps de dire Ă mon Ă©cole âEst-ce que je peux avoir un amĂ©nagementâŻ?â Non, jâĂ©tais dĂ©jĂ Ă lâhĂŽpital, rattachĂ© Ă des tuyaux, Ă ne pas savoir comment aller se passer la suite de mon annĂ©e. On Ă©tait en fin dâannĂ©e Ă ce moment-lĂ , donc je nâai pas eu de âproblĂšmeâ dans le sens oĂč mon annĂ©e Ă©tait validĂ©e. Jâai par contre ratĂ© 3 mois dâentreprise.
Ă peine sortie de lâhĂŽpital, je suis retournĂ©e dans le rythme effrĂ©nĂ© de ma vie Ă©tudiante / moitiĂ©-salariĂ© en alternance pour faire la deuxiĂšme et derniĂšre annĂ©e de mes Ă©tudes. Et jâai rechutĂ©. Et je ne dis pas que câest ce qui mâa fait rechuter, mais câest CERTAIN que si je nâavais pas repris exactement le rythme dans lequel je suis tombĂ©e malade, jâaurai certainement eu plus de chance de ne pas replonger.Â
Bref, quelques mois passent, et, suite Ă une tentative de suicide, mĂȘme chose, je pars aux urgences et je dois arrĂȘter du jour au lendemain Ă©cole + entreprise.Â
Et Ă ce moment-lĂ , jâai fait un âarrĂȘt sur imageâ.Â
Et je me suis demandĂ©, sur mon lit dâhĂŽpital, aprĂšs avoir Ă©chappĂ© de prĂšs Ă la fin de ma vie pour la deuxiĂšme fois : âBon, est-ce que je nâarrĂȘterai pas, ne serait-ce que momentanĂ©ment, ma vie pro pour me concentrer sur ma guĂ©rison ?â. Je suis presque sĂ»re que pour beaucoup de personnes extĂ©rieures, non malades notamment, la rĂ©ponse est presque Ă©vidente. Mais pour moi, câĂ©tait bien plus compliquĂ©. Ce n’Ă©tait pas juste âfaire une pauseâ. Pour moi, câĂ©tait un Ă©chec. CâĂ©tait Ă©chouer dans ma quĂȘte du perfectionnisme.Â
Et câĂ©tait peut-ĂȘtre lâune des dĂ©cisions les plus difficiles de ma vie Ă ce moment-lĂ , mais jâai fait le choix, Ă raison, de ma santĂ© avant ma vie professionnelle. Je ne mâĂ©tais pas donnĂ© de durĂ©e limite de temps, mais au moins 1 an. Et pour te dire, finalement, je ne me suis arrĂȘtĂ©e que 6 mois (parce que jâallais plus vite que je ne lâaurais cru sur le chemin de la guĂ©rison). Mais jâai tout de mĂȘme repris en temps partiel, Ă lâĂ©cole comme en entreprise. En entreprise jâai repris Ă 50% puis 80%. Ă lâĂ©cole, jâai fait ma troisiĂšme annĂ©e avec plus de temps pour rĂ©aliser mon mĂ©moire par exemple.Â
Et bref, câĂ©tait important pour moi de commencer Ă te parler de mon histoire pour maintenant te donner tous les conseils et rĂ©flexions qui mâont aidĂ© Ă prendre cette dĂ©cision.
Pourquoi la décision de faire une pause t'est difficile ...
Je ne vais pas faire de gĂ©nĂ©ralitĂ©, mais beaucoup de personne souffrant de troubles alimentaires sont perfectionnistes, comme je lâĂ©tais. Et peut-ĂȘtre que toi qui me lis, tu es comme ça.Â
Mon exemple, je le trouve assez pertinent dans le sens oĂč jâĂ©tais Ă la fois Ă lâĂ©cole ET en entreprise. Donc jâĂ©tais confrontĂ©e Ă deux figures que tu peux connaĂźtre si tu es Ă©tudiant ou salariĂ©.Â
Peut-ĂȘtre que ta rĂ©flexion, elle est difficile Ă prendre parce que tu te dis :Â
âJe ne peux pas arrĂȘter mon parcours scolaire en cours de routeâ
Franchement, je me disais exactement ça. Je me disais âNon mais Mathilde, tâas fait un sans faute lĂ , tu nâas pas redoublĂ© une seule classe. Tu ne peux pas tâarrĂȘter comme ça.â
Mais alors quâen fait, 6 mois, 1 an, mĂȘme 2⊠Mais câest tellement rien dans une vie ! Je te jure. Et ça aide de ramener ton problĂšme Ă lâĂ©chelle du temps. Parce que lĂ , au moment oĂč tu y penses, ça te parait insurmontable. Mais sur 80 ans (en moyenne) de vie, mais quâest-ce que câest ?
Et puis, peut-ĂȘtre que tu te mets de la pression pour la rĂ©ussite de ta scolaritĂ©. Mais franchement, jâĂ©tais une Ă©lĂšve assez modĂšle dans le sens oĂč depuis le lycĂ©e, j’Ă©tais la premiĂšre de ma classe. Et jâai presque sacrifiĂ© ma vie Ă©tudiante pour ça. Et quand je suis arrivĂ©e sur le marchĂ© du travail, je me suis pris une sacrĂ©e claque. Parce quâen fait, la cour dâĂ©cole, ce n’est pas la cour de la vie. Et heureusement en fait. Parce que ça ne veut pas dire que quand tâes un mauvais Ă©lĂšve, tu ne rĂ©ussis pas dans la vie. Câest juste que lâĂ©cole, ce n’est pas fait pour tout le monde. Et câest Ă©crit nulle part sur ton CV que tâes premiĂšre. Et les entreprises ne recherchent pas des premiers de classe, ils recherchent des profils. Ils tâengageront parce que tu es toi.Â
Et dâailleurs, mon master je lâai fait en 3 ans, ça se voit sur mon CV et je nâai JAMAIS eu une seule question par rapport à ça. Vraiment. Alors que je mâĂ©tais prĂ©parĂ©e avec une rĂ©ponse toute faite pour justifier ça. Mais en fait, il y a tellement de personne qui change de voie en cours de route, qui font une cĂ©sure dâun an, qui redouble. Et ce n’est pas grave, ça ne fait aucune faute pour ces personnes. Elles sont pas moins bien, moins compĂ©tentes. Juste, chacun a son propre parcours.Â
VoilĂ , je te dis tout ça parce que câest une prise de conscience que jâai eue avec le temps.Â
Mais câest pour te faire prendre conscience que mĂȘme si tu passes le BAC ou un examen cette annĂ©e, ça peut attendre. Et dâailleurs, au plus tu laisses passer le temps, au plus la maladie peut prendre davantage de terrain. Et au moins tes capacitĂ©s intellectuelles seront Ă leur maximum. Parce quâune maladie mentale ça te prend beaucoup dâĂ©nergie. Si tu te sous-alimentes, ton corps nâa mĂȘme pas de rĂ©ponse Ă ses besoins et donc, les capacitĂ©s de ton cerveau sont forcĂ©ment impactĂ©es (mĂ©morisation, concentration, etc.). Tu nâes pas surhumain. Je ne te dis pas ça pour te faire peur, mais pour te dire que tu peux faire une pause pour prendre soin de ta santĂ©, recharger tes batteries et profiter davantage de tes pleines capacitĂ©s par la suite.Â
Les examens, lâĂ©cole, ça peut attendre. Ta santĂ©, elle n’attend pas. Des chances pour poursuivre tes Ă©tudes, tu en as plein, pour de vrai. Ta santĂ©, tu nâen as quâune.
Et tout ce que je viens de dire pour lâĂ©cole, câest la mĂȘme chose en entreprise. Ta carriĂšre, tu pourras la reprendre plus tard. Tu nâes pas aussi performante que tu ne pourrais lâĂȘtre.
Personnellement, en entreprise, parfois, j’avais des moments dâabsence. En rĂ©union, jâĂ©tais lĂ sans ĂȘtre lĂ . Ă la fin de journĂ©e, jâĂ©tais tellement affamĂ©e que je ne savais plus me concentrer. Et Ă©videmment quâils le voyaient les autres salariĂ©s. Il vaut mieux faire une pause, prendre soin de toi, de ta santĂ© pour revenir pleine dâĂ©nergie et montrer ce que tu vaux rĂ©ellement, sans le brouillard de la maladie. Et lĂ , tu pourras mĂȘme Ă©voluer dans ta carriĂšre.Â
à quoi bon faire de grandes études si tu ne peux pas exercer ton métier comme tu le pourrais ?
Peut-ĂȘtre que tu as peur de ce que les autres peuvent penser :
Tes amis, tes profs, ton entreprise, mĂȘme tes proches. Tu as peut-ĂȘtre peur de leur jugement, peur de les dĂ©cevoir, peur quâils te croient trop faible.
Moi, c’Ă©taient les peurs que jâĂ©prouvais Ă lâĂ©gard des autres. Mais comme je dis souvent, les peurs quâon a vis-Ă -vis des autres, ce sont souvent nos propres peurs quâon projette sur les autres. La rĂ©alitĂ©, câest que jâavais peur de me dĂ©cevoir moi-mĂȘme, peur de me croire trop faible. Encore une fois parce que je plaçais la barre trop haut, que jâĂ©tais trop exigeante avec moi-mĂȘme, trop perfectionniste. Je ne me laissais pas le droit Ă lâerreur. Sauf quâen fait, il nây a aucune erreur. Comme jâai dit avant, ce nâest pas une erreur de faire une pause dans sa vie. Au contraire, câest intelligent et bienveillant envers soi que de prioriser sa santĂ© par rapport Ă sa vie professionnelle. Mais ce n’est pas un choix facile, je le sais.
Et du coup, lorsque jâai pris la dĂ©cision de faire une pause, jâai dĂ» en avertir Ă la fois mon entreprise et lâĂ©cole. Et en plus je me mettais une grosse pression parce que dans mon Ă©cole, câĂ©tait du high level donc jâavais vraiment peur de passer pour quelquâun de faible. Et jâai eu en face de moi des personnes extrĂȘmement bienveillantes. Et qui ont tout arrangĂ© pour que je reprenne les cours dâune façon compatible avec mes traitements & ma prise en charge mĂ©dicale. Jâavais le droit, ou non (au choix) dâavoir des amĂ©nagements en termes de date des rendus des projets, etc. Mais ça, c’est quand jâai repris. Mais pour le fait de faire une pause, j’ai eu aucun problĂšme et au contraire. Parce que les gens autour de toi veulent ta bonne santĂ©. Et surtout, ils sont comme toi : ils sont humains. Et en entreprise, pareil, jâai eu beaucoup de bienveillance.
Alors aprĂšs, câest sĂ»r, je suis tombĂ©e sur des personnes bienveillantes. Et jâespĂšre sincĂšrement que tu auras ça autour de toi. Et souvent, on pense que les autres vont mal rĂ©agir mais câest tout le contraire. AprĂšs, les âconsâ, câest un concept international qui nâest pas en voie de disparition, donc il y en a partout. Et malheureusement, câest possible que tu nâaies pas un retour aussi bienveillant.Â
En Ă©cole, ça mâĂ©tonnerait, mais câest possible. En entreprise, ça mâĂ©tonne presque moins parce quâils sont dans un objectif de rentabilitĂ© et parfois, ils voient les dĂ©cisions en termes dâargent et du remplacement quâils devraient faire, etc. Mais lĂ , j’ai envie de dire, presque, ça te donne un aperçu rĂ©el de qui tu as en face. Est-ce que tu as vraiment envie de travailler dans une entreprise qui a ces valeurs-lĂ âŻ? Dans tous les cas, ils n’ont pas le droit de te refuser un arrĂȘt de travail. Et il ne faut pas se stresser par rapport Ă lâargent que ça peut leur coĂ»ter parce que : de 1, la plupart des frais sont pris en charge par les organismes faits pour. Et de 2, câest une entreprise. Ils ont les fonds pour ce genre de situation. Ils ne sont pas Ă l’abri que demain, nâimporte quel salariĂ© de leur entreprise ait un accident subitement. On ne peut pas le prĂ©voir ça.Â
AprĂšs, je sais que ce n’est clairement pas toujours simple Ă prendre comme dĂ©cision. Surtout que parfois, il y a aussi le cĂŽtĂ© financier qui entre en compte, parce que le salaire nâest pas maintenu Ă 100%. AprĂšs, parles-en au service RH de ton entreprise. Parce que certaines entreprises permettent le maintien de tout ou partie du salaire. Et dâailleurs, sache que les ressources humaines veulent que leurs salariĂ©s soient bien pris en charge. Parce quâils nâont aucun intĂ©rĂȘt Ă ce que ça se sache que les salariĂ©s de leur entreprise soit âmal traitĂ©sâ. Donc gĂ©nĂ©ralement, ils font tout pour tâarranger. AprĂšs, encore une fois, câest dans les meilleurs cas et les entreprises de me***, il y en a partout. Mais moi, je m’Ă©tais fait des montagnes, et en discutant, je me suis rendue compte que les gens en face Ă©taient trĂšs bienveillants.Â
Pour ma part, j’avais mes parents derriĂšre financiĂšrement et clairement, ce fut une vĂ©ritable aide. Je ne vais pas le nier et jâen suis trĂšs reconnaissante. Jâai conscience que tout le monde nâa pas cette opportunitĂ©-lĂ .Â
Peut-ĂȘtre que tu ne connais pas lâALD. LâALD câest le diminutif dâAffection Longue DurĂ©e et ça permet une prise en charge Ă 100% des soins de santĂ©. Les troubles alimentaires sont des maladies qui bĂ©nĂ©ficient de lâALD.Â
Si tu veux davantage d’information, je te mets ici un document de l’HAS (Haute AutoritĂ© de SantĂ©).
Et moi, jâĂ©tais en ALD. La demande dâALD doit ĂȘtre faite par le mĂ©decin traitant. Pourquoi je te parle de ça, parce que câest une vraie aide financiĂšre.Â
Moi, j’Ă©tais en ALD pendant 4 ans. Et je ne payais pas le mĂ©decin traitant, pas les mĂ©dicaments. Je nâai payĂ© aucun frais Ă lâhĂŽpital, les 6 mois dâhospitalisation, tous les rdv avec la psychiatre, etc.Â
Malheureusement, les psychologues et autres mĂ©decines douces ne sont pas pris en charge par lâALD.
Donc la rĂ©ponse Ă la question âFaut-il faire une pause dans sa vie pour guĂ©rir ?â, c'est...
Bah si tu en as la possibilitĂ©, selon moi, câest carrĂ©ment mieux. Moi, vu que jâai arrĂȘtĂ© tout lâenvironnement qui me causait du stress, jâai pu pleinement me consacrer Ă ma guĂ©rison. Parce que la guĂ©rison, c’est pas seulement manger et voir des mĂ©decins. Câest aussi prendre le temps pour se reposer, mais pas que dormir. Genre, se reposer câest aussi prendre du temps pour soi, prendre le temps de prendre du temps finalement. Câest prendre soin de soi aussi, câest se reconstruire, se redĂ©couvrir en dehors de la maladie. Câest mettre en place des actions, de nouvelles activitĂ©s pour tout ça. Câest ralentir le rythme de sa vie pour solidifier les fondations de sa guĂ©rison en fait, et Ă©viter les rechutes. Une rechute nâest pas dramatique, dans le sens oĂč jâen ai quand mĂȘme connue et câest par les rechutes que jâai pu me sortir toujours plus loin de mes troubles alimentaires. Les rechutes font avancer. Mais, je pense que si jâavais maintenu le mĂȘme environnement que jâavais lorsque jâĂ©tais malade, je nâen serais peut-ĂȘtre pas sortie aussi vite, aussi bien.
Les troubles alimentaires, c’est des maladies super graves. Ton TCA te le fait certainement minimiser donc tu nâen as peut-ĂȘtre pas bien conscience. Mais te battre contre un TCA, câest beaucoup dâĂ©nergie. Donc câest normal dâavoir un amĂ©nagement de sa vie pour tâaider à ça en fait.
Et dâailleurs, peut-ĂȘtre que tu vas te dire que cet article de blog concerne que les personnes qui sont en insuffisance pondĂ©rale, Ă deux doigts de lâhospitalisation. Non, pas que. Parce que câest une maladie mentale, pas une maladie de poids. Et la guĂ©rison est Ă©puisante mentalement. Donc peu importe ton poids, sens-toi lĂ©gitime dâavoir un ralentissement de ton rythme de vie pour ta guĂ©rison.
Pareil, peut-ĂȘtre que tu te dis, âOui, mais elle, câĂ©tait des grandes Ă©tudes ou un mĂ©tier plus prenant que le mienâ. Pareil, ça, ce sont des excuses de ton trouble alimentaire qui minimise comme dâhabitude ta situation. Mais câest pas que le fait de travailler qui est Ă©puisant. Câest lâorganisation que ça te demande autour : les stress du quotidien au travail (tout le monde en a), le fait de devoir te lever tĂŽt, le temps de trajet, etc. Tout ça, câest des choses stressantes.
Et peut-ĂȘtre que dâautres sâen sortent sans faire de pause. Mais ne te compare pas. Chacun fait comme il peut, et ça nâenlĂšve pas la gravitĂ© de leur maladie, la pertinence de leur combat. Chacun a son propre chemin de guĂ©rison.
AprĂšs, je ne veux pas âculpabiliserâ ni mettre de pression. Ce nâest pas parce que tu nâas pas lâopportunitĂ© de faire une pause ou un amĂ©nagement dans ta vie que tu ne vas pas guĂ©rir. Non, comme je viens de dire, il y en a des personnes qui sâen sortent sans. Encore une fois, je ne dis jamais quâil faut faire les choses comme ça, de telle maniĂšre. Il nây a pas de bonne façon de guĂ©rir. Ni de mauvaise dâailleurs.
Je tâapporte juste mes conseils, suite Ă mon expĂ©rience. Et je sais que cette dĂ©cision nâest pas facile Ă prendre. Et parfois, on pense quâon n’a pas la possibilitĂ©, mais on n’en a mĂȘme pas parlĂ© autour de soi. Donc je te conseille dĂ©jĂ de parler de ça autour de toi : Ă tes profs, tes responsables pĂ©dagogiques, tes collĂšgues, ton manageur si tu es Ă lâaise, le service RH. Alors, les parents câest pas forcĂ©ment les mieux placer. Je dis ça parce que ma mĂšre Ă©tait un peu dans le dĂ©ni, enfin peut-ĂȘtre pas dĂ©ni, mais câest vrai quâau dĂ©but je pense quâelle n’avait pas forcĂ©ment conscience que jâavais besoin de pause. Et elle mâa fait beaucoup douter, alors que jâĂ©tais Ă lâhĂŽpital. Elle mâavait par exemple dit âMais il te reste 6 mois aprĂšs, tâes tranquille, tu peux peut-ĂȘtre tenir bonâŻ?â Sauf que ces 6 mois mâauraient peut-ĂȘtre Ă©tĂ© fatal. Vraiment sincĂšrement, je le pense. Parce que quand jâai fait ma tentative de suicide, jamais je mâen pensais capable. Jusquâau jour oĂč⊠ça nâarrive pas quâaux autres ! Tout comme la fois oĂč jâai fini en rĂ©animation, jâĂ©tais persuadĂ©e que moi ce nâĂ©tait pas si grave.
Et dâailleurs, je rebondis sur le fait quâon pense jamais que câest le bon moment. On se dit toujours âoui, je ferai une pause plus tard.â, âjâattends tel Ă©vĂ©nement pour pouvoir me consacrer Ă ma guĂ©risonâ. Mais la vie, elle n’attend pas. Vraiment. Elle tient quâĂ un fil pour de vrai. Je suis sĂ»r que tout le monde, toi y compris, a des anecdotes autour de soi dâune personne qui est partie sans prĂ©venir. Demain, ça sera peut-ĂȘtre trop tard. Ta vie, c’est maintenant, tu nâen as quâune. Et ta vie, ta santĂ©, câest le plus important.
LâĂ©cole, câest quâun passage de ta vie. Tu peux le mettre en pause. Ta carriĂšre professionnelle ne sera que plus belle, plus Ă©panouie si tu es en pleine forme. Câest lĂ oĂč tu pourras rĂ©ellement profiter dâopportunitĂ© qui auront un rĂ©el tremplin. Ce que jâai vĂ©cu ensuite en entreprise, les missions que jâai eues, jamais, j’aurai pu les rĂ©aliser, ou du moins pas comme je lâai fait, si je nâavais pas fait de pause.
Enfin, je voulais dire aussi que parfois, le travail permet de se retrouver, de se connecter aux autres, de se sentir utile et donc câest bĂ©nĂ©fique pour la guĂ©rison. Alors dans ce cas tant mieux, et câest pour ça que je ne suis pas radicale dans ma rĂ©ponse et que je ne parle pas forcĂ©ment de totalement arrĂȘter, mais parfois juste de faire un mi-temps thĂ©rapeutique pour ralentir ton rythme. Mais dans tous les cas, mĂȘme si tu es Ă mi-temps, lâidĂ©e câest pas de faire une pause pour te concentrer, dâautant plus Ă faire de lâactivitĂ© physique, pour alimenter ton TCA. Alors Ă©videmment je dis ça, je sais que ce n’est pas simple de lutter contre. Mais ce que je veux dire câest que si tu prends un amĂ©nagement, câest pour ta guĂ©rison. Donc câest presque tâobliger par exemple dâavoir des rdv mĂ©dicaux ou des activitĂ©s qui te font du bien les jours oĂč tu ne travailles pas. Par exemple moi du coup jâavais des rdv de sophrologie, je passais du temps avec des amis, je faisais de lâart thĂ©rapie (donc simplement des activitĂ©s artistiques), jâen profitais pour faire une journĂ©e en hĂŽpital de jour au service TCA, etc. Si tu nâamĂ©nages rien, le risque, c’est que tu ailles Ă la salle de sport, marcher dehors, ou travailler davantage sur tes cours si tu es Ă©tudiante. VoilĂ , jâai presque oubliĂ© de le dire mais câest super important ça !
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Donc voilĂ , ma rĂ©ponse câest que je la conseille vivement cette pause. Je ne dis pas que câest indispensable. Mais dans mon cas, ça mâa clairement aidĂ© ++ Ă mâen sortir. Et je pensais devoir mâarrĂȘter longtemps, et finalement, jâai Ă©tĂ© plus vite que je ne lâaurai pensĂ©. Et jâai fait 6 mois de pause au total. Ce n’est tellement rien. Sur le marchĂ© du travail, tu te retrouves avec des personnes de tout Ăąge, et de tout parcours. Rares sont les personnes finalement qui savaient quoi faire Ă 18 ans et qui sont restĂ©es sur cette voie toute leur vie. Je parle dans notre gĂ©nĂ©ration actuelle, la gĂ©nĂ©ration de tes parents câest pas la mĂȘme quâaujourdâhui, les temps ont Ă©voluĂ©. Et heureusement ! Câest rare maintenant de faire la mĂȘme mĂ©tier, dans la mĂȘme entreprise toute sa vie.
Moi, je suis en train de changer de voie professionnelle en ce moment, parce que je me rends compte que ce que je faisais ne me faisait pas vibrer, et jâai trouvĂ© dâautres raisons dâĂȘtre au fil du temps. Et câest normal, et heureusement que dans notre vie on peut changer de direction.
Donc je recommande une pause, un ralentissement du rythme effrĂ©nĂ© dans lequel tu vis. Parce que je connais trop bien ça. JâĂ©tais Ă 1000 Ă lâheure, je ne m’autorisais pas de pause, je bossais comme une dingue pour atteindre un perfectionnisme inatteignable. Et on dit parfois que câest difficile de guĂ©rir dans lâenvironnement qui te maintient malade. Et âpauseâ peut faire peur mais rien que faire un amĂ©nagement, un ralentissement de ses horaires, de son planning, ça peut dĂ©jĂ faire une grosse diffĂ©rence. Rien que âd’avoir 1 journĂ©e, voire 2 demi-journĂ©es dans sa semaine, ou terminer plus tĂŽt. Parles-en rĂ©ellement autour de toi. MĂȘme par email si ça te fait peur en face.
N’hĂ©site pas Ă partager ton histoire en commentaire pour tĂ©moigner si tu as un amĂ©nagement de ta vie pro et qui tâaide Ă guĂ©rir.
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