Jour : 13 avril 2020

Covid19 : Conseils pour gérer son trouble alimentaire en confinement

Covid19 : Conseils pour gérer son trouble alimentaire en confinement

Covid19 : Conseils pour gérer son trouble alimentaire en confinement

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Le contexte sanitaire actuel est compliqué à gérer pour le monde entier, notamment avec un confinement imposé mais nécessaire pour lutter contre la propagation du coronavirus. Cependant, certaines personnes ont d’autres difficultés qui s’ajoutent à ce confinement, en particulier pour les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, hyperphagie, orthorexie). En effet, le COVID19 est un virus encore trop peu connu pour nos scientifiques et nous sommes dans la plus grande incertitude face à ce coronavirus. D’ailleurs, la seule chose dont nous sommes sûres, c’est que nous sommes en territoire inconnu. Et l’incertitude, l’inconnu… font partie des mots tant détestés par ceux qui souffrent de troubles alimentaires.

Comment le Covid19 affecte les personnes avec un trouble alimentaire ?

Dans un climat de stress, tout être humain va se tourner vers des stratégies d’adaptation, presque automatiques, déjà utilisées par le passée. Pour les personnes souffrant de troubles de l’alimentation, elles vont adopter un comportement spécifique lié à leur alimentation : la restriction, la purge, la compulsion… Toute action qui va leur procurer une échappatoire, un sentiment de confort et de sécurité momentanément. Les troubles alimentaires se renforcent donc dans cette période de combat face au COVID19.

Pour guérir des troubles alimentaires, il faut lutter contre l’isolement. Car l’isolement, c’est ce que veut la maladie. Et face au contexte actuel, les personnes atteintes de troubles alimentaires sont contraintes de se confiner.

L’isolement est d’autant plus compliqué pour les personnes souffrant d’un trouble alimentaire, car elles se retrouvent, soit seul, soit avec leurs proches. Dans le cas où la personne est confrontée à la solitude, alors la voix de son trouble peut être amplifiée et plus forte. Dans le cas où elle vit le confinement avec sa famille, des angoisses peuvent être générées concernant les repas à partager avec d’autres personnes.

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Le trouble est manipulateur et fera tout pour transformer toute situation en moyen de parvenir à ses fins : « Pas d’école? Pas de travail? Ce confinement c’est l’opportunité pour perdre du poids!» « Personne ne m’en voudra d’avoir rechuté pendant cette période délicate, ce n’est pas grave si je me restreignais à nouveau, je me concentrerai sur ma guérison une fois le confinement terminé» « Je suis seul(e) chez moi, personne pour me surveiller… ». La maladie vous mentira. Mais gardez en mémoire que cette guérison est essentielle pour vous, pour votre vie, peu importe le confinement.

Les gens avec un trouble alimentaire ont souvent des aliments « confort », qui ne génèrent pas ou très peu de stress chez elles. En raison de la panique d’une pénurie, le trafic dans les magasins alimentaires s’accroît créant de réelle pénurie alimentaire temporaire pour certains produits. Cette situation est d’autant plus angoissante, car la personne souffrant d’un trouble alimentaire ne peut pas être certaine que son magasin soit approvisionné normalement, et pire, elle peut se retrouver devant un rayon vide qui comportait son aliment « confort ». 

Je comprends tellement ce que ces personnes peuvent ressentir. Je me souviens quand j’étais anorexique, je n’avais qu’un seul type de yaourt que je considérais comme « sûre ». C’était une marque en particulier qu’on ne trouvait pas dans tous les magasins. Je me rendais exprès dans ce magasin pour mes yaourts, même si c’était à 20 minutes de chez moi. Et si je ne les avais pas, alors je ne mangeais rien d’autre comme yaourt. Je pense également aux personnes orthorexiques qui ont une obsession pour les aliments « sains ». Elles peuvent se retrouver dans l’incapacité d’acheter leurs aliments frais souhaités, et cela peut être bouleversant à vivre.

Le confinement impose des déplacements limités, et à l’heure actuelle, des exercices physiques autorisés pour une certaine durée et dans un certain rayon kilométrique autour du lieu de résidence. L’hyperactivité fait partie du trouble pour beaucoup de personnes souffrant d’anorexie, de boulimie, etc. Le fait de ne plus pouvoir se rendre à sa salle de sport ou de restreindre les déplacements quotidiens est déroutant et très complexe à gérer.

La possibilité de se rendre dans son centre de soin, au cabinet de son psychologue ou dans le bureau de sa nutritionniste est réduite, voire impossible en cette phase de confinement. Il est néanmoins important et même primordial que les professionnels de santé s’organisent pour poursuivre les consultations à distance. Cela peut être dommageable de rompre le lien avec son thérapeute pendant cette période de confinement.  

Plus globalement, la lutte contre le Covid19 entraîne tout un tas de restrictions qui entrent en contradiction avec l’envie de contrôle des personnes souffrant d’un trouble alimentaire. Ces personnes sont malades, et ne peuvent pas simplement « faire un effort » pour ne pas pratiquer de sport, pour manger différemment « pour une fois », pour rester enfermer avec leur parent avec qui peut-être elles ont souvent des conflits. Non, il ne s’agit pas d’un effort. Elles doivent faire un véritable travail psychologique sur elles pour pallier à cette période éprouvante. N’hésitez pas à tendre la main vers vos proches souffrant de troubles alimentaires. Même s’ils n’acceptent pas votre aide, vous leur aurez montré que vous êtes présent en ces temps difficiles. Toutefois, veillez à ne pas leur dire des phrases plus embarrassantes que réconfortantes. Je vous ai listé les phrases à ne pas dire à une personne souffrant d’un trouble alimentaire dans un article. 

Les conseils pour gérer votre trouble alimentaire pendant le confinement

Les conseils que je vais vous donner sont simplement des techniques visant à vous soutenir. Ne vous mettez pas la pression. Ces outils ne vont pas éliminer vos envies de compulsions, de restriction ou d’exercice physique intense. Non, ces techniques vont vous aider à accepter les difficultés, à tenter de faire avec. Mais il est clair que la situation actuelle est compliquée et qu’il est normal que vous vous retrouvez désarmé et en détresse.

Entre les internautes qui plaisantent sur leur potentiel prise de poids causée par le confinement et les articles des médias en tout genre relatant des renseignements qui ne sont pas toujours fiables toutes les 30 minutes… C’est l’endroit à éviter ! Ne croyez pas toutes les informations que vous voyez défiler sur les réseaux sociaux. Assurez-vous que la source soit fiable et vérifiée par un organisme d’autorité tel que l’OMS par exemple.

Ce que je peux vous conseiller, c’est de vous limiter à une certaine durée par jour de réseaux sociaux, ou de l’utiliser seulement durant une certaine plage horaire. Et si vous tenez à être au courant de l’actualité, je vous recommande la chaîne d’Hugo Décrypte qui réalise un point quotidien sur l’actualité quant au Covid19 avec des informations vérifiées.

Lorsque j’étais à l’hôpital, j’ai commencé à formater mon cerveau à la positive attitude. Ce n’est pas que je croyais réellement aux bénéfices de cette façon de procéder, mais je n’avais que ça à faire, alors je l’ai fait. Et cela a fait ses preuves ! Chaque jour, je me répétais des mantras positifs à voix haute, en me regardant dans la glace. J’avais également fait un tableau de visualisation où j’avais mis des images positives, des citations qui me motivaient, notamment « No rain, no flower ». Bref, enduisez vos murs de proverbes positifs, de photos encourageantes et de tout ce qui vous transmet de la force pour vous battre et garder le sourire. J’avais pareillement confectionné une playlist pour booster ma bonne humeur avec des musiques qui donnent la pêche ! Vous pouvez chanter en même temps ! (Bon, c’est facultatif, mais c’est très efficace aussi !)

En lien avec la culture de l’optimisme, vous pouvez également tirer le positif de votre journée chaque jour avec la gratitude. Chaque soir, vous pouvez prendre un petit carnet où vous noterez un point positif de votre journée ou une chose pour laquelle vous êtes reconnaissante. Par exemple : Grâce au confinement, je fais des économies de shopping. Ou plus simplement : Je suis reconnaissante pour cette belle journée ensoleillée, je suis reconnaissante de pouvoir vivre dans cette jolie maison… N’oubliez pas que mêmes les petites choses qui vous paraissent insignifiantes comptent ! Tant qu’elles ont procuré en vous un sentiment positif : la chaleur du soleil sur votre peau, le plaid doux qui vous enveloppe dans le canapé, le sourire de la voisine hier matin. Cela permettra de vous endormir sur une note positive et d’entraîner votre cerveau à se focaliser sur les choses positives.

Essayez d’adopter une certaine routine qui structure vos journées. Pour ma part, le confinement me rappelle beaucoup mes hospitalisations où j’ai été enfermé pendant trois mois sans bouger et ainsi à devoir tuer le temps par moi-même. Je me créais donc des routines avec par exemple le matin une plage horaire pour colorier des mandalas et écrire. L’après-midi, je réservais une plage horaire destinée à la lecture et à des jeux avec d’autres personnes…

Votre routine doit comprendre des temps de repos, des temps pour manger, des temps pour discuter avec vos amis ou votre famille, des temps pour travailler, etc.

C’est également important de continuer se doucher chaque jour et de s’habiller différemment la journée de la nuit. Je sais que c’est super confortable d’être en jogging toute la journée. Mais on entre ainsi dans un état d’esprit qui n’est pas si bon pour notre moral.

Concernant le sommeil, essayez de garder un rythme raisonnable : ne pas vous coucher trop tard ni vous lever trop tardivement. Évidemment, je ne vous parle pas non plus de vous réveiller à 6 heures du matin. Agissez selon les besoins de votre corps. Vous pouvez d’ailleurs en profiter pour dormir un peu plus tard pour vous reposer, vers 9 h 30 par exemple. Mais éviter d’aller dormir vers 3 h du matin pour vous lever à midi.

Prévoyez vos plages horaires où vous mangerez vos repas. Dans la journée, vous devez avoir au moins 3 repas, voire 4 à 5 avec les collations. Respectez votre plan alimentaire même en période de confinement avec des heures fixes. Structurer vos repas vous aidera à réguler vos sensations de faim et de satiété et de prévenir les compulsions alimentaires.

Manger à table si possible, pas dans votre lit ou dans le canapé. Et évitez également de manger devant une distraction que peut être votre téléphone, votre ordinateur ou votre télévision. Lorsque vous mangez, vous mangez. C’est important de prendre le temps de faire une chose à la fois pour que votre cerveau inculque bien l’idée qu’il est en train de se nourrir.

Réglez des alarmes pour vos heures de repas et de collation si cela peut vous aider. Et prévoyez des activités avant et après pour vous éviter de ruminer : par exemple, appelez un ami, lire un livre, colorier un mandala, etc. Notez vos plans alimentaires, vos heures de repas sur un papier, et affichez-les dans votre chambre ou même dans la cuisine.

Pour les personnes ayant une ration prescrite par une équipe soignante, veuillez à contacter un professionnel de santé référant qui saura vous donner un plan B voire C pour adapter votre plan avec les aliments disponibles et que vous vous sentez prêt à manger. Si l’un de vos aliments confort n’est plus accessible, faites une liste d’aliment qui peut le remplacer par un autre produit sûr pour vous.

Concernant ceux pour lesquels une quantité importante de denrée peut être déclencheur de compulsion, essayez d’éloigner la nourriture de votre vue. Soit en demandant à un proche de le cacher, soit en le mettant dans une cave, au garage, ou dans la voiture afin de limiter les crises alimentaires.

Si vous sentez la compulsion alimentaire, arrivez, tentez de la maintenir 5 minutes : soit en téléphonant à un proche, en faisant un jeu sur votre smartphone, en lisant une page d’un livre… Cela n’évitera pas forcément la crise, mais votre cerveau aura enregistré que vous avez interrompu le processus du schéma répétitif habituel de la crise alimentaire. Un décalage neurologique s’est ainsi créé et permet un changement de comportement sur le long terme.

Même si le confinement oblige une distanciation sociale, vous pouvez vous tourner vers les nouvelles technologies pour discuter avec vos amis ou vos proches : Messenger, Skype, Zoom, House Party… Vous pouvez en outre faire des jeux en ligne avec vos collègues sur Skribbl.io ou Blindz pour les fans de blind test (j’en suis une). Vous pouvez d’ailleurs en planifier après avoir mangé pour vous occuper l’esprit et éviter d’écouter la voix de la culpabilité. C’est l’occasion également de discuter de ce que vous vivez pendant ce confinement vis-à-vis de votre trouble alimentaire. Vous avez le droit de vous sentir en difficulté et c’est important d’en parler à quelqu’un en qui vous avez confiance.

Les nouvelles technologies vont parallèlement vous permettre de poursuivre les consultations avec votre médecin à distance. Si ce dernier n’utilise pas de solution vidéo, n’hésitez pas à chercher un autre thérapeute temporairement sur des sites tels que Care ou Goodpsy. Mais c’est essentiel de ne pas interrompre le traitement pour vous maintenir sur le chemin de la guérison.

Profitez-en pour apprendre de nouvelles compétentes. Me concernant, durant cette période de confinement, j’en ai profité pour peaufiner mon livre et commencer ce projet de site internet. Vous utilisez l’occasion pour découvrir une nouvelle langue, écrire votre propre livre, ou simplement pratiquer la pleine conscience, la méditation, la relaxation… Ce sont des méthodes qui vous permettront de vous détendre et de gérer votre stress pendant cette période de confinement. Vous pouvez recourir à l’application petit bambou qui est très bien fait avec des méditations courtes guidées. Mais vous pouvez également en trouver gratuitement sur YouTube.

Rappelez-vous qu’à notre époque, avec internet, on peut se former à un tas de choses pour ne pas dire « tout ».

En vous occupant l’esprit, vous aurez moins de temps pour ressasser des idées noires.

Utilisez l’art pour vous distraire : le dessin, la musique, le cinéma, mais également en regardant des musées, des spectacles diffusés en ligne. Intéressez-vous notamment à la lecture. Et si vous n’avez pas eu le temps de faire le plein de livre dans votre bibliothèque, pensez aux e-books en ligne.

yoga

L’hyperactivité est très difficile à gérer. Mais quand bien même vous « bougez » moins que d’habitude, rappelez-vous que votre corps nécessite de l’énergie pour vivre, pour faire fonctionner vos organes, pour régénérer vos cellules, pour assurer ses fonctions. Même au repos, votre corps dépense de l’énergie et a besoin de carburant.

Si vous cherchez à pratiquer du sport, et que c’est autorisé par votre équipe médicale encadrante, préférez un sport doux comme le yoga. Vous trouverez des vidéos gratuites sur YouTube de cours de Yoga, notamment pour les débutants si vous êtes novices. Assurez-vous que votre pratique sportive ne soit pas excessive ni compulsive. Et profitez-en peut-être si vous vous sentez prête à freiner votre activité sportive.

Soyez bienveillant envers vous-même. Il s’agit d’un événement historique que nous vivons actuellement et personne ne peut prédire ce qu’il se passera demain. Il est donc normal de ressentir des émotions négatives, d’être angoissé dans ce contexte. N’oubliez pas d’être empathique avec vous-même. Faites-vous confiance. Vous êtes très fort, bien plus que vous ne l’imaginez. Et vous allez y arriver, c’est une conviction. Réfléchissez à la dernière difficulté que vous avez rencontrée et que vous étiez certain(e) de ne pas surmonter. Vous avez fini par y parvenir. Alors il n’y a aucune raison que vous ne réussissiez pas cette fois. Rappelez-vous que vous n’êtes pas tout seul. Et pleurez si vous en avez envie, c’est important de laisser ses émotions sortir.

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