Thérapie

Lettre à mon corps ♥︎

Lettre à mon corps ♥︎

Lettre à mon corps ♥︎

Mon très cher corps,

Je suis désolée pour tout ce que je t’ai fait traverser. Désolée d’avoir essayé de te changer, d’avoir voulu faire de toi quelque chose de parfait, en oubliant d’écouter tes besoins. Désolée d’avoir essayé de te faire rentrer dans des cases que la société étiquetait comme « bon » et « sain » mais qui ne l’étaient pas pour ta santé. Je suis désolée d’avoir cru ces discours à la télé, à la radio, sur les réseaux sociaux qui me disaient que je ne pouvais pas te faire confiance pour savoir ce dont tu as besoin, à quel moment et en quelle quantité. Je suis désolée de t’avoir oublié, de t’avoir mis en danger.

Évidemment, je suis désolée d’avoir ignoré ta faim, de t’avoir demandé de faire 1000 choses à la fois à des moments où je ne te donnais même pas l’énergie pour faire ce que je t’imposais. Je suis désolée d’avoir fermé les yeux sur les signaux que tu m’envoyais. Quand je perdais mes cheveux, quand j’avais froid en plein mois d’été, quand je n’avais parfois même plus la force de parler… J’aurais dû prendre soin de toi, t’apporter l’énergie et le repos donc tu avais besoin.

Je suis désolée aussi pour toutes les fois où je te comparais aux autres, où je t’ai fait croire que tu n’étais pas assez bien, que les autres étaient toujours mieux que toi : plus beau, plus mince, plus harmonieux, plus souple, plus musclé… La vérité, c’est que tu es parfait tel que tu es, même si je l’oublie parfois, on est tous uniques et c’est ce qui fait la beauté de chaque corps. Il n’y a pas « un bon type de corps », il y a autant de beaux corps que d’être humain sur cette planète. 

En réalité, je ne cherche pas à me trouver des excuses… Mais j’étais malade. L’anorexie mentale me volait ma vie. Et j’avais le sentiment de ne plus maîtriser plus mes pensées, mes actions. Je ne parvenais plus à savoir ce qui était bon pour moi, et notamment pour ma santé. Je ne parvenais plus à dissocier le vrai du faux. Ma réalité était biaisée. Cette foutue anorexie était comme un brouillard dans ma tête qui m’empêchait de me battre, de m’apprécier à ma juste de valeur. Le reflet de ton corps que je voyais dans la glace n’était pas le même dans mes yeux que dans le regard des autres.

Je trouvais mes jambes trop grosses, mes cuisses trop flasques. Pourtant, c’est elles qui me permettent d’avancer chaque jour.

Combien de fois j’ai croisé mes bras devant mon ventre pour le cacher. Combien fois j’ai haïs le fait qu’il soit gonflé après un repas. Je me trouvais sale. Pourtant, c’est tout ce qui se cache derrière mon ventre qui me permet de digérer la nourriture pour la transformer en énergie… tout simplement pour vivre !

Et toutes ces fois où j’ai vérifié si mes biceps, mes poignets n’étaient pas trop gros. Pourtant, ces bras que j’ai tant tenté de contrôler me permettent de garder l’équilibre. Ils sont reliés à mes mains qui me permettent de créer, d’écrire, de dessiner…

Le monde extérieur t’a fait tellement de mal, depuis si jeune. J’ai cru que si je pouvais te contrôlais, je serai en sécurité. J’ai cru que tu allais pouvoir devenir tellement mince que les autres ne te verraient plus et qu’on ne t’aurait plus jamais fait de mal. Je pensais que j’étais en train de te sauver. Mais c’était tout le contraire. Je te mettais en danger de mort. Je me suis trompée et j’en suis désolée. 

Je sais que tu as pris du temps à me refaire confiance. Toutes ces crises et compulsions alimentaires où tu te remplissais pour faire le plein de nourriture, c’est parce que tu avais peur de connaître à nouveau une période de restriction. Tu avais peur d’être à nouveau affamé. Et je ne t’en veux pas. Je sais que c’était ta façon de me protéger, de rester en vie. 

Tu m’as d’ailleurs sauvé la vie. Tu m’as sauvé la vie quand mes intestins se sont arrêtés et qu’ils hurlaient de douleur. C’était ton premier avertissant pour me dire que tu avais besoin de repos, de soin. Tu m’as sauvé la fois où j’ai essayé de taire mon mental à tout jamais. Tu m’as sauvé chaque jour de ma guérison en me donnant suffisamment de force pour me battre contre ces pu**** de troubles alimentaires. 

Et en fait, je suis super fière de toi. Parce que tu as une force incroyable. Et parce que tu ne m’as jamais abandonné, même quand je t’ai amené à quelques heures de la mort. Tu t’es toujours battue pour moi, avec moi. Tu as tenu bon et tu m’as permis de remporter tous les combats. Aujourd’hui j’ai enfin compris. Compris que si je ne t’écoute pas, je ne te donne pas l’énergie dont tu as besoin, je ne pourrais pas vivre une vie épanouie. Parce qu’aujourd’hui, c’est grâce à un corps épanoui que je peux aimer, danser, chanter, dessiner, écrire, pleurer, voyager, me balader, rire, travailler, créer de nouveau projet…

Ce sera encore peut-être parfois difficile, mais je te promets que je te donnerai tout l’amour dont tu mérites. Je ne veux plus me battre contre toi, je veux me battre pour toi, avec toi pour relever les défis de notre vie. Je prendrai soin de toi, que tu sois heureux ou malheureux. Je te protégerai, je t’écouterai et t’apporterai tout ce dont tu as besoin. Je te serai toujours reconnaissante de tout ce que tu me permets d’accomplir chaque jour. Et surtout, je te ferai toujours confiance.

Merci mon petit corps d’amour ♥︎

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Peut-on se sortir seul d’un trouble alimentaire ?

Peut-on se sortir seul d’un trouble alimentaire ?

Peut-on se sortir seul d’un trouble alimentaire ?

Moi, je vais m’en sortir seule”. J’ai pensé ça pendant longtemps lorsque je sombrais dans l’anorexie mentale : pendant 1 an à vrai dire. En fait, les premiers mois, j’allais voir une psychologue car je voyais bien que j’avais un problème. Mais je n’acceptai pas d’être “anorexique” justement, sans doute à cause de l’anosognosie dont je vous parle dans mon article sur la légitimité au traitement. Je ne lui parlais donc pas vraiment de mon trouble alimentaire. C’est vraiment lorsque j’ai appelé l’hôpital, au service TCA, pour prendre rendez-vous avec un médecin spécialisé que j’ai accepté de l’aide pour lutter contre l’anorexie mentale. Parce que j’ai réalisé que ce que je pensais “contrôler”, en réalité, je ne maîtrisais plus rien. J’ai enfin réalisé et accepté que non, je n’y arrivais pas seule. Et surtout, j’ai compris que demander de l’aide n’était pas un signe de faiblesse mais au contraire, une preuve de courage. 

Mais qui serais-je pour vous affirmer que vous ne vous en sortirez pas si vous ne vous faites pas aider ? Le parcours de chacun est tellement différent. Mais, de par mon expérience et en tant que rescapée de l’anorexie, je pense que se faire aider est primordial pour assurer une guérison définitive des TCA

Dans cet article, je vous donne 7 raisons pour lesquelles se sortir seul d’un trouble alimentaire est extrêmement compliqué (voire impossible).

1 - Votre trouble alimentaire vous manipule

Les troubles alimentaires sont des maladies vicieuses et puissantes qui manipulent l’entourage mais aussi vous-même. Si vous avez écouté mon premier épisode où je parle de mon histoire avec les troubles alimentaires, je vous explique que j’ai fait une première hospitalisation où j’acceptais avec facilité l’augmentation de ma ration de jour en jour. J’en étais moi-même impressionnée, et je me disais qu’en fait, ce n’était pas si difficile de guérir d’un trouble alimentaire. À la sortie, j’étais persuadé que j’étais en train de guérir. Mais le jour où je me suis retrouvée seule dans mon appartement, j’ai tout de suite rechuté. Les médecins, mes parents, mes proches pensaient que je les avais manipulés. Mais j’y croyais sincèrement à cette guérison. En fait, même à moi la petite voix m’a menti. 

Votre trouble alimentaire prend tellement de terrain dans votre tête, que votre voix à vous, la voix de la raison, n’a plus sa place et vous ne parvenez même plus à l’entendre. De plus, c’est une maladie qui vous coupe de votre vie sociale, de vos amis, de votre famille. Parfois vous êtes obligé de quitter votre travail ou d’arrêter l’école par manque de force dû aux dommages de la maladie. Vous vous isolez avec votre trouble alimentaire et personne ne vous aide à vous apporter la voix de la raison.

Dans mon article où je réponds à votre peur de ne pas être assez malade, je vous explique que beaucoup de personnes souffrant de TCA souffrent d’anosognosie. C’est-à-dire que certaines zones de votre cerveau ne sont pas à leur capacité maximale et vous n’avez donc pas conscience de la gravité de votre maladie, voire du fait que vous êtes malade. Il est donc difficile de se battre contre quelque chose que l’on ignore…

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Vous ne pouvez pas faire confiance à l’instinct de votre maladie car vous n’êtes plus maître à 100% de vos pensées, de vos envies, de vos actions. Vous avez comme un parasite, votre TCA, qui agit à votre place, vous faisant croire que c’est pour votre bien tandis qu’il détruit votre santé. 

Votre trouble de la conduite alimentaire déforme la réalité et atténue votre perspicacité. C’est pour cette raison que vous ne vous sentez pas toujours légitime à demander une aide extérieure. Mais sachez donc que vous ne pouvez pas faire confiance à ce que vous dit votre trouble alimentaire. D’où l’importance d’une personne externe, familière aux TCA, qui saura vous dire lorsque votre comportement ou vos pensées émanent de votre trouble.

2 - Vous ne savez plus comment manger

C’est assez dingue à imaginer dans la mesure où manger est un besoin vital auquel on répond depuis que l’on est né, mais après des semaines, des mois voire des années de maladie, vous ne savez plus comment manger. 

Moi je me souviens que je ne savais plus ce qu’était une assiette normale. Je ne savais plus si je me servais assez ou trop de tel ou tel aliment. Vous ne pouvez pas non plus faire confiance à vos signaux de faim et de satiété puisqu’ils ont été altérés lorsque vous ignoriez votre faim ou que vous compensez par de la restriction, de l’hyperactivité, des vomissements ou prises de laxatifs. Vos circuits cérébraux vous envoyant le signal de la faim ou de la satiété sont erronés. Il va falloir beaucoup de temps pour retrouver un fonctionnement “normal”.

Cela veut donc dire que vous allez devoir manger même lorsque vous n’avez pas faim, ou même lorsque vous avez mal au ventre. Si vous vous êtes restreints pendant une période, votre estomac s’est comme rétrécie. Votre fonction de digestion a été endommagée. Donc quand vous vous re-nourrissez, vous avez des sensations inconfortables au ventre. Vous pensez que vous avez trop mangé, cela peut vous faire culpabiliser mais c’est en fait une sensation complètement normale. 

Vous ne pouvez pas non plus vous fiez aux assiettes des personnes avec qui vous mangez tout simplement parce que les besoins de chacun sont différents. Et vos proches n’ont pas de troubles alimentaires. Certaines personnes en guérison ont besoin d’au moins 3000 calories, même 4000-5000 pour réparer leur corps. Vous ne pouvez pas non plus vous fier au plan alimentaire d’autres personnes en guérison que vous voyez sur Instagram. Car même si cette personne souffre de la même maladie, elle n’a pas le même corps que vous, le même passé, la même génétique.

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Enfin, par rapport à ce que je vous ai dit dans le premier point, votre TCA risque de vous dire que votre assiette est trop remplie, ou que vous avez assez mangé, ou que vous devriez compenser si vous avez mangé au restaurant la veille. Mais sachez que si certaines personnes (je veux dire ici sans trouble alimentaire) mangent moins, parce qu’elles ont moins faim après un repas plus “riche”, cela ne s’applique pas à vous qui êtes en guérison. 

Seriez-vous capable de contrer votre trouble alimentaire ? Malheureusement non, et ce n’est pas que vous n’êtes pas assez fort, c’est juste que vous êtes malade. Ce n’est pas de votre faute.

3 - Votre TCA est une façon de vous protéger de vos blessures

Je le dis souvent, un trouble alimentaire n’a rien à voir avec le corps ou l’alimentation. Ça en choque certain d’ailleurs… Mais la nourriture, la perception du corps… ce ne sont que des conséquences à votre TCA. Les troubles alimentaires ne sont pas des “régimes” que vous pouvez arrêter du jour au lendemain.

Votre corps a développé un trouble alimentaire pour vous protéger de quelque chose, en réponse à des blessures profondes que vous avez. En fait, un TCA est un mécanisme de défense qui a d’ailleurs fonctionné pendant un moment : souvent au début, quand les effets néfastes ne sont pas encore apparus.

J'aborde ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

Au début, vous vivez une sorte de “lune de miel” où vous vous sentez puissant. Personnellement, je n’avais jamais eu autant confiance en moi de ma vie. Donc forcément, mon cerveau a associé la perte de poids et le contrôle (sur la nourriture et mon corps) avec quelque chose de positif. 

Votre cerveau a ainsi créé une association entre votre trouble alimentaire et une sorte de sécurité. Donc quand vous êtes en guérison, vous luttez pour sortir des mécanismes de votre trouble alimentaire. Et votre cerveau vous freine car il a peur de sortir de sa zone de confort, il pense qu’il ne sera plus en sécurité.  Lutter contre votre TCA, c’est lutter contre un mécanisme d’adaptation qui vous a aidé à survivre à un moment donné. C’est terriblement difficile, d’où l’importance de se faire accompagner par une personne qui saura vous aider à reprogrammer vos schémas de croyance. 

Le simple fait d’avoir conscience que votre TCA est un mécanisme psychologique pour vous aider à faire face à des blessures ne fera pas disparaître vos problèmes psychologiques ancrés depuis des années. Cela demande un accompagnement régulier, sur le long terme.

4 - Votre peur de guérir est parfois trop intense

Une fois, un médecin m’a dit que si je ne guérissais pas, c’est parce que je ne voulais inconsciemment pas guérir, que j’avais peur de l’après, que j’avais peur de lâcher la maladie. J’ai eu du mal à accepter cela. Comment pouvais- je avoir peur de guérir alors que cette maladie me gâchait la vie ? Oui, mais en même temps, c’était tellement omniprésent dans ma vie depuis 3 ans… Qu’est-ce que j’allais devenir sans elle ? À quoi je penserai ? Guérir, c’est comme déraciner un vieil arbre. Les racines sont tellement profondes que le trou sera immense. Et comment combler ce trou ? 

Évidemment que c’est terrifiant, et c’est complètement normal, il n’y a aucune honte à cela. Mais parfois, pour avancer vers cet inconnu, on a besoin que quelqu’un nous prenne par la main, pour nous aider à nous reconstruire. 

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5 - Les troubles alimentaires sont des maladies mentales complexes

Même si aujourd’hui on a accès à de nombreuses ressources nous expliquant ce que sont les troubles alimentaires, cela reste des maladies complexes où le fonctionnement diffère d’une personne à une autre. Il s’agit de votre santé, de votre vie. Vous n’en avez qu’une, alors prenez-en soin ♥ 

Il s’agit d’un phénomène quand même rare, mais qui peut arriver : le syndrome de réalimentation. J’ai été victime de ce syndrome, et heureusement que j’étais suivi médicalement car je ne serai peut être plus en vie aujourd’hui. En fait, j’étais tellement dénutri que mes intestins se sont arrêtés de fonctionner. Et moi je l’ignorais donc j’ai continué de manger. Et de ce fait, toute la nourriture que j’ingérais s’était bloquée. Je ne suis pas médecin, mais je pense qu’il existe énormément de types de syndrome de réalimentation. Mais ce que je veux dire, c’est que la renutrition ne doit pas se faire du jour au lendemain, ça doit être progressif. Cela m’a conduit aux urgences, puis en réanimation pendant 15 jours. J’ai ensuite été hospitalisée durant presque 3 mois où j’ai eu une ré-alimentation progressive, où j’avais des analyses médicales régulières afin de s’assurer que mon corps acceptait bien la renutrition.

D’ailleurs, autre conséquence de la réalimentation : notre corps crée des œdèmes. La plupart des cas, ils se situent au niveau des pieds et des jambes. Mais cela peut s’aggraver si ce n’est pas surveillé.

Les troubles alimentaires ont des conséquences neurologiques également importantes à prendre en compte pour mieux comprendre notre perception. Par exemple, vous ne percevez pas correctement votre corps. Vous vous voyez souvent plus gros que ce que vous n’êtes réellement, c’est le phénomène de dysmorphophobie. Un spécialiste saura vous expliquer cela. 

Personnellement, lorsque j’étais dénutrie, je n’étais plus capable de réfléchir correctement, j’oubliais certains mots, je n’avais plus de force. J’étais épuisée et je n’avais pas l’énergie pour combattre mon trouble alimentaire. Même si l’hospitalisation était très difficile et que le fait de ne plus gérer moi-même mes repas était un véritable défi, je n’avais pas le choix. Et avec du recul, je sais que cela m’a permis de me décharger de la “responsabilité” de mon alimentation le temps que je reprenne des forces, que je retrouve la raison. Attention, je ne dis pas qu’il faut forcément passer par la case hôpital pour guérir. Simplement, pour moi, c’était une étape par laquelle je n’avais pas le choix de passer.

6 - Vos proches ne sont pas impartiaux

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Bien que les proches ne peuvent pas vous faire guérir à votre place, ils ont un rôle important. Personnellement, je pense que leur rôle dans la guérison est surtout l’écoute, l’empathie, le soutien. C’est clairement très difficile d’être aux côtés d’une personne souffrant de troubles alimentaires car c’est une maladie complexe, pleine d’ambivalence. C’est d’autant plus difficile lorsque c’est son enfant ou son compagnon de vie. 

Ma mère et ma sœur ont eu un rôle central dans ma guérison. Et sans elles, je m’en serai sortie mais certainement beaucoup plus difficilement. Cependant, l’aide des proches a ses limites. Déjà, tout le monde ne parvient pas à avoir une écoute empathique et bienveillante car le fait de vous voir souffrir les affecte trop. Certaines personnes préfèrent aussi ne pas s’impliquer dans votre guérison pour se protéger. Mais la plus grosse limite est que vos proches ne sont pas impartiaux. Et pour moi, c’est primordial d’avoir un appui extérieur impartial.

Parfois, ma mère me répétait des choses dans le but de m’aider mais cela m’horripilait, m’agaçait. Ma psychiatre ou les infirmières de l’hôpital m’apportaient le même conseil, et je l’acceptais et l’appliquais. Cela énervait un peu ma mère je pense mais je lui expliquais que si cela venait d’une personne neutre, qui plus est du corps médical, cela avait beaucoup plus d’impact sur moi. Autre point, vos proches ne sont pas formés aux mécanismes des troubles alimentaires. Et c’est complètement normal.

Mais de ce fait, ils ne sauront pas forcément répondre à vos questions ou n’adopteront pas forcément le bon comportement face à une compulsion alimentaire par exemple. Ainsi, ils peuvent vous donner malencontreusement des conseils complètement inappropriés.

7 - Notre société actuelle ne vous aide pas à guérir

Notre société actuelle, bien que cela évolue, est centrée autour des diktats de la diet culture. Cela complique vraiment le rétablissement des troubles alimentaires quand on entend à la télé, à la radio, sur les réseaux sociaux tous des messages autour de l’alimentation et du corps. 

C’est assez dingue comme ce sont des paroles omniprésentes. Je le vois, à mon travail et même dans la bouche de mes proches : les gens parlent sans même se rendre compte de l’impact que tel repas aurait soi-disant sur leur poids. La société se base sur la croyance que tout est binaire : la nourriture est soit bonne ou mauvaise, soit healthy ou grasse, soit peu calorique ou fast food. 

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Donc lorsque votre trouble alimentaire vous dit que vous ne devez pas manger, vous allez trouver facilement un argument autour de vous qui confortera cela plutôt que le contredira : un ami qui saute un repas, une grande sœur qui fait un régime, un cousin qui a commencé un nouveau programme de sport intense, les pubs de la télé qui vous disent qu’il faut préparer le summer body… Bref, vous voyez de quoi je parle ! 

De plus, malheureusement, la société est également mal éduquée sur les TCA. Beaucoup ne perçoivent pas lorsqu’une personne souffre d’un trouble alimentaire et vont féliciter une perte de poids par exemple. Pire, certaines personnes pourraient vous demander conseil pour savoir comment maigrir ou résister devant des gourmandises… (ça m’est arrivé) : la pire chose à demander quoi.

Nous sommes tous humains et nous avons besoin de soutien. Je vous ai demandé sur Instagram les raisons pour lesquelles vous ne consultiez pas quelqu’un. Dans cet article, j’ai répondu à certaines de vos réponses. Mais la dimension financière et la difficulté de trouver le bon psy sont souvent revenus :

  • Concernant le côté financier, il vous est possible de demander d’être en ALD (affection à longue durée). Ainsi, lorsque vous consultez un médecin ou un psychiatre dans le cadre de votre TCA, cela sera pris en charge à 100%. En revanche, pour tout ce qui est médecine douce (dont les psychologues) en effet, ce n’est pas encore assez pris en charge en France… Mais il est possible de consulter gratuitement dans des CMP (Centre Médico-Psychologique). Je vous conseille cependant de rechercher des thérapeutes spécialisés dans les troubles alimentaires
  • Pour ce qui est de trouver la bonne personne : en effet, cela ne se fait pas toujours du premier coup. Mais c’est pourquoi il faut persister. Je n’ai clairement pas trouvé le bon praticien du premier coup. Mais j’ai tenté avec d’autres et j’ai trouvé plusieurs bons thérapeutes qui m’ont réellement aidé dans ma guérison. 

Je terminerai cet article en appuyant sur le fait que, bien qu’une aide extérieure soit nécessaire, être acteur de sa guérison est primordial. Cela se fait de différentes façons. Je vous partage souvent des conseils sur mon compte Instagram ou aux travers mes podcasts, mais en voici certains exemples :

  • Lire du contenu, écouter des podcasts, suivre des comptes Instagram qui vous expliquent les fonctionnements des TCA et vous partage des conseils
  • Faire des exercices concrets : de relaxation, de restructuration de vos pensées, analyser vos émotions
  • Instaurer un environnement positif : dire des mantras positifs, se créer un tableau de visualisation, s’entourer de personnes bienveillantes, faire des activités qui font sens pour vous
  • La thérapie par l’art : Écrire vos ressentis, dessiner, colorier des mandalas…

Je pense que je ferai un article bientôt pour vous faire une liste des choses concrètes que j’ai mis en place et qui m’ont aidé 😉

En attendant, j’espère que cet article vous permettra de réfléchir à votre besoin de demander une aide extérieure. Je vous invite à partager votre expérience en commentaire ou à me faire part d’autres peurs que vous avez et qui vous empêchent de sauter le cap pour demander de l’aide.

Si vous avez d’autres tips de choses que vous avez mis en place seul, n’hésitez pas aussi à les partager !

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Publié par Norainnoflower dans Conseils, Thérapie, 0 commentaire
Êtes-vous assez malade pour être légitime à une aide extérieure pour faire face à votre TCA ?

Êtes-vous assez malade pour être légitime à une aide extérieure pour faire face à votre TCA ?

Êtes-vous assez malade pour être légitime à une aide extérieure pour faire face à votre TCA ?

Je ne suis pas assez malade pour me sentir légitime à un traitement et soigner mes troubles alimentaires”. C’est un ressenti qui revient très fréquemment dans les troubles alimentaires

J’ai moi-même ressenti ça pendant au moins 6 mois, voire plus. Durant au moins 6 mois, je disais que j’avais quelque chose qui ressemblait à de l’anorexie, mais, chez moi, c’était différent et dans tous les cas “je gérais”. Au bout d’un an, j’ai pris rendez-vous avec un médecin spécialisé à l’hôpital. Mais même après 1 an et demi dans les TCA, j’étais encore persuadée que moi, je gérais mon TCA seule, je n’avais pas besoin d’être hospitalisée. Moi je n’étais pas assez malade, mon cas n’était pas assez grave pour justifier une hospitalisation. Un jour, le médecin a dit à mes parents qu’il fallait me faire hospitaliser à temps complet car mon corps allait bientôt me lâcher, que c’était une urgence. Dans ma tête, je me disais qu’il était fou, qu’il ne se rendait pas compte que moi je n’étais pas aussi malade que les filles qui se font hospitaliser à temps complet. J’étais majeure, alors j’ai refusé l’hôpital. Le médecin m’a dit “Dans ce cas, je vais prévenir le service de réanimation que vous allez arriver bientôt”. Et franchement, je me foutais de lui intérieurement, je me disais qu’il était complètement marteau. Mais il avait raison, ça n’a pas manqué, à peine 1 mois plus tard je suis arrivée aux urgences où j’ai été transféré en réanimation pour 15 jours. 

Alors, je peux vous assurer que je comprends ce que vous ressentez…

Dans cet article, je vais vous démontrer que ce sentiment d’illégitimité que vous avez s’explique cérébralement. Je vous expliquerai aussi pourquoi vous devriez vous faire aider le plus vite possible.

Vous souffrez (très certainement) d’anosognosie

Anosognosie. Je n’avais jamais entendu parler de ce terme, même lorsque je souffrais moi-même d’anorexie ! Avant de vous parler de ce phénomène, je précise juste que je ne suis pas neurologue. Je suis juste “experte” des troubles alimentaires grâce à ma propre expérience et je me suis documentée pour vous apporter les éléments d’informations qui arrivent. 

Anosognosie est un terme utilisé par des neurologues, dans les maladies mentales, faisant référence aux dommages cérébraux dans les zones frontale et pariétale. 

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Ces dysfonctionnements du cerveau empêchent la personne d’avoir conscience de sa maladie, ou du moins, elle en atténue sa gravité. Ce phénomène a surtout été observé pour la moitié des personnes atteintes de schizophrénie et un peu moins de la moitié des personnes bipolaires. Ce qui expliquerait d’ailleurs pourquoi ces personnes refusent souvent de prendre leurs médicaments pour se soigner. Chez les personnes atteintes de troubles alimentaires, il y a moins d’études qui ont été menées mais une étude américaine rapporte que près de 80% des patients en souffriraient.  

Et lorsque le lobe frontal et pariétal ne fonctionnent pas à 100%, la personne concernée perd (ou du moins partiellement) sa capacité à “mettre à jour” son image de soi, la perception de son corps.

Quand j’ai su ça, ça m’a paru tellement évident tout à coup ! Cela veut dire que la personne qui souffre d’anorexie mentale ou de boulimie n’a pas “mis à jour” la perception de son corps. Donc elle a beau avoir perdu des kilos, devant le miroir, elle voit toujours son corps d’avant la maladie. C’est d’ailleurs pour ça qu’une personne souffrant de TCA souffre de dysmorphophobie, c’est-à-dire qu’elle ne se voit pas comme elle est réellement. On souffre tous, plus ou moins de dysmorphophobie. Mais chez les personnes souffrant d’anorexie mentale, c’est accentué.

On parle très fréquemment de déni en début de troubles alimentaires. Mais en fait je trouve que l’anosognosie est différente du déni. Déjà parce que déni, c’est beaucoup plus simple à dire qu’anosognosie 😅 (Sans rire, j’ai dû l’écrire 15 fois en écrivant cet article, je galère toujours autant à l’écrire haha)

Blague à part, je trouve que c’est vraiment différent et ça permet de comprendre pourquoi la personne malade pense ne pas être malade ou du moins, pas assez. 

L’anosognosie est très puissante et rend l’acceptation du traitement réellement difficile. Parce que la personne est persuadée qu’elle n’est vraiment pas assez malade, que son trouble du comportement alimentaire n’est pas assez grave. 

Le déni, c’est quand on sait qu’on a un problème mais on le “nie”. Alors que l’anosognosie, on ne sait pas qu’on a un problème donc on ne peut pas nier quelque chose qu’on ignore

Du coup, la personne est tellement persuadée qu’elle n’est pas malade, qu’elle est très convaincante. C’est comme ça d’ailleurs qu’elle est capable de persuader son entourage qu’elle n’est pas malade. C’est important de savoir ça pour que vous, en tant que personne malade, vous sachiez que vous ne devez pas faire confiance à votre instinct. Mais pour les proches, c’est aussi important de savoir que vous devez inciter la personne concernée à se soigner même si elle vous dit qu’elle n’est pas malade. Moi je me souviens que la maladie arrivait à bien manipuler mon entourage, mais vraiment malgré moi. C’est pour ça que la maladie s’avère vicieuse. Elle nous ment à nous-même. 

Donc sachez que le fait de croire que vous ne semblez pas assez malade fait partie de la maladie. Même si vous perdez X kilos, vous aurez toujours l’impression de ne pas être assez malade parce que votre trouble alimentaire vous ment.   

Votre poids et IMC n’indiquent pas la gravité de votre TCA

Malheureusement, dans notre société actuelle, on donne encore trop d’importance au poids et à l’IMC dans les troubles alimentaires. Que ce soit l’entourage : ils ne comprennent pas assez le fonctionnement des TCA, donc ils se fient à l’apparence. Et si physiquement, on n’a pas l’air en insuffisance pondérale, bah ça leur semble moins grave. Et même au niveau médical, l’IMC est souvent un indicateur utilisé par les médecins pour se repérer là où on en est dans notre parcours de guérison. À l’hôpital, tout était fait en fonction de l’IMC : il fallait faire tel IMC pour faire du sport, pour avoir une permission, pour pouvoir sortir de l’hôpital, etc. Sauf que si on revient à l’origine de l’IMC, c’est un indicateur qui a été créé par un mathématicien pour des utilisations statistiques et non pas cliniques. L’IMC n’est pas fiable en tant que donnée médicale parce que cela ne prend pas en compte la génétique et l’hygiène de vie de chacun : le poids des muscles et des os est différent selon chaque personne.  

Combien de fois j’ai entendu dire qu’il fallait que j’atteigne l’IMC de 19 pour que je sois en bonne santé métabolique. Sauf qu’à 19, tout le monde n’est pas en bonne santé métabolique. La santé d’une personne ne se résume pas à son IMC. Donc si vous dépassez 19, ça ne veut pas dire que ​vous êtes guéri ! L’objectif n’est pas d’atteindre un certain IMC pour guérir.

IMC-poids-trouble-alimentaire

Il ne faut pas oublier que les TCA sont avant tout des maladies mentales, et pas des maladies physiques. Cela veut dire que même une personne avec une corpulence d’apparence “normale” (même s’il n’y a pas de normalité) peut être en détresse émotionnelle et psychique ! Les troubles de la conduite alimentaire se présentent sous toutes les formes et toutes les tailles. Il existe autant de TCA que de personnes malades. Je sais à quel point c’est difficile de se sentir légitime parce que j’ai eu la phase dans laquelle j’avais regagné du poids mais où j’étais horriblement mal mentalement. Et en effet, autour de moi, les gens semblaient penser que j’allais mieux et me traitaient comme tel. Et cela rendait encore plus compliqué à accepter mon TCA. Mais rappelez-vous que vous êtes la seule personne à ressentir le mal que vous éprouvez. Vous n’avez pas besoin de le prouver aux autres pour rendre valable votre douleur

Pourquoi vous devez vous faire aider au plus vite

Je fais souvent la comparaison avec un cancer pour faire comprendre surtout aux proches la gravité des TCA (et du fait aussi que cela ne dépend pas de la volonté des personnes concernées). Lorsqu’on diagnostique un cancer à une personne, elle ne va pas attendre d’être en phase terminale pour commencer son traitement, sans quoi elle réduit considérablement ces chances de s’en sortir. Pour un TCA c’est la même chose. L’anorexie est l’une (si ce n’est pas là) des maladies mentales les plus difficiles à guérir avec un taux de mortalité plutôt élevé pour une maladie mentale. Au plus vous agissez rapidement, au plus vous divisez par deux vos risques de rechute. Alors pourquoi attendre ? 

Je parle de ce sujet dans cet épisode de mon podcast :

Au plus vous agissez tôt, au plus vous diminuez les dommages physiques. Au plus le trouble alimentaire gagne du terrain dans votre tête, au plus il est difficile de l’arrêter et au plus les conséquences sur le long terme s’accentuent. Je suis désolée si ces propos font peur, mais c’est important de comprendre que les TCA sont dangereux. Moi-même je n’y croyais pas et j’ai fini en réanimation. Les médecins m’ont dit que j’ai eu la chance que ce soit mes intestins qui se sont arrêtés de fonctionner. Si c’était le cœur ou le foie, je ne serais pas en train de vous écrire cet article…

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Vous êtes assez malade pour vous soigner

Le terme “assez malade” ne devrait même pas exister. Il n’y a pas de “assez malade” dans les troubles alimentaires. Vous souffrez de votre trouble du comportement alimentaire et vous êtes légitime à un traitement, même si :

  • Vous avez le sentiment d’avoir déjà un poids “santé”. Ce n’est pas une question de poids, comme j’en parle juste avant dans mon paragraphe sur l’IMC ;
  • Vous vous nourrissez toujours ou vous avez l’impression que vous mangez beaucoup (Un TCA ce n’est pas forcément ne pas manger comme beaucoup le pense) ;
  • Vous n’avez pas fait de séjour à l’hôpital, vous n’êtes pas passé par la réanimation ou vous n’avez pas été sondé ;
  • Vous n’avez pas de complications médicales ou vos résultats d’analyses au laboratoire sont “normaux”. Sachez d’ailleurs que dans les troubles alimentaires, les répercussions physiques et/ou mentales se font insidieusement, petit à petit. Vous ne voyez peut-être pas encore des conséquences qui sont déjà en cours dans votre corps ;
  • Vous parvenez encore à aller à l’école ou au travail. Comme la maladie nous ment à nous même, on est capable d’avoir une force surhumaine qui s’écroule du jour au lendemain. La veille où je suis arrivée en réanimation j’étais encore au travail. Une fille avec qui j’étais à l’hôpital passait son bac la veille d’arriver en réanimation. Le cerveau sait tromper votre corps… ;
  • Vous passez encore de bonnes journées. Ce n’est pas parce que certains jours vous arrivez à battre la petite voix que vous êtes moins malade ;
  • Vous avez l’impression que les autres sont “pires”. Les troubles alimentaires sont des maladies compétitives. Vous aurez toujours l’impression que les autres mangent moins que vous, semblent plus hyperactifs, sont dans un état plus grave que vous. Mais vous comparer ne fera qu’alimenter votre TCA. Je vous propose d’aller voir mon article dédié pour vous détacher de cette habitude. 
  • Votre famille et vos amis ne paraissent pas si “inquiets” que ça pour vous. Ne vous y fiez pas. Déjà parce que, comme expliqué auparavant, votre TCA est tellement puissant que vous êtes très convaincant pour leur dire que tout va bien. Et parce que, pour vos proches, c’est parfois un moyen de protection pour eux-mêmes. Ou c’est aussi une façon de ne pas vouloir vous fragiliser encore plus, de ne pas vouloir vous impacter avec leurs inquiétudes. 
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Si vous pensez ne pas avoir le droit au traitement pour votre trouble alimentaire, posez-vous ces questions : 

Est-ce que votre relation à la nourriture vous empêche de vivre correctement ?  Est-ce que vous savez accepter un repas avec des amis ou de la famille de manière fluide, sans stress ? Est-ce que lorsque vous faites vos courses vous vous prenez la tête sur les informations nutritionnelles notées sur les packagings ? Est-ce que vous avez l’impression que vous avez très souvent des pensées autour de la nourriture dans votre tête ? Est-ce que vous passez du temps à regarder du contenu sur la nourriture sur internet ? Est-ce qu’il vous arrive de mentir pour ne pas manger ? 

Il en va de même pour l’activité physique : est-ce que vous culpabilisez si vous êtes une journée tranquille dans votre canapé sans faire de l’exercice ? Est-ce que vous êtes perturbé si on vous propose une sortie qui vous ferait rater votre séance de sport ? Est-ce que vous avez ce sentiment d’être constamment en action ? Est-ce que si votre médecin vous demande de ne pas faire d’exercice pendant 1 ou 2 semaines cela vous rend nerveux.se ? 

Si vous avez répondu oui à au moins une de ces questions, alors la nourriture et/ou l’activité physique ont des conséquences négatives sur votre vie dont vous devriez en parler avec un thérapeute et/ou un médecin

Vous n’avez pas besoin de justifier votre souffrance pour être légitime à une aide extérieure. Avoir besoin d’aide pour vous sortir de votre trouble alimentaire n’est pas quelque chose dont vous devriez vous sentir coupable. Vous avez le droit de vous faire aider, et vous devriez le faire, au plus vite. 

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Guérir des troubles alimentaires (TCA) avec l’EMDR ?

Guérir des troubles alimentaires (TCA) avec l’EMDR ?

Guérir des troubles alimentaires (TCA) avec l’EMDR ?

Mon dernier article sur ce blog vous parlait de ma rechute dans les troubles alimentaires. Même si elle a pu toucher certaines personnes d’entre vous, je ne voyais personnellement pas cette rechute comme quelque chose de négatif. Je ressentais au fond de moi que, paradoxalement au fait que des mécanismes des troubles alimentaires refaisaient surface, moi, je ne m’étais jamais sentie aussi proche de la guérison. Je vous avez expliqué, toujours dans cette volonté de me battre définitivement contre les TCA, que j’avais repris un suivi thérapeutique avec de l’EMDR. Dans cet article, je souhaite vous donner le maximum d’information sur l’EMDR qui est une thérapie encore peu connue : cela vous permettra de mieux appréhender ce que fait le praticien et comment se déroule concrètement une séance. Je vous partage là mon expérience personnelle avec l’EMDR. 

Update de ma situation

Update de ma situation et de mon rapport avec les TCA 3 mois après vous l’avoir annoncé : je vais beaucoup mieux. J’ai la sensation d’avoir fait des pas de géants, d’avoir compris des choses sur mon histoire, d’avoir évolué dans ma façon d’agir et de penser, notamment sur mon rapport au corps et à l’alimentation. 

D’un point de vue nutritionnel : je remange beaucoup plus en quantité en ayant maintenant une ration cohérente avec mon mode de vie. Je n’ai plus de peur irrationnelle quant à certains aliments, je ne me refuse plus aucune catégorie d’aliments. Je vous avez expliqué ce besoin de tout contrôler, notamment quand je suis invitée pour un repas à l’extérieur de chez moi. Aujourd’hui, cela ne m’angoisse plus. Je ne vois pas uniquement le repas mais plutôt l’échange social qu’il y a autour. Je préfère évidemment quand je suis au courant en amont, et je ne pourrais pas dire que le fait d’être invité au restaurant au dernier moment ne me stressera pas, mais je parviens enfin à me faire plaisir sans que ce soit prévu. 

D’un point de vue mental : je ne ressens plus aujourd’hui de surcharge mentale comme c’était le cas il y a 3 mois. À l’heure où j’écris cet article, je ne me suis jamais sentie aussi heureuse de ma vie : dans mon couple, au travail, dans mon lieu de vie… et surtout concernant ma confiance en moi. Je n’ai pas encore à 100% confiance en moi car il n’y a pas de magie, la confiance, c’est quelque chose qui se travaille au quotidien et qui se renforce avec le temps. Mais je suis fière de la femme que je suis, de ce que j’accomplis et je crois profondément en mes capacités et compétences. 

Écrire cet article me permet de prendre du recul sur ma situation et de faire le point sur là où j’en suis dans ma vie. La question qui m’est venue subitement à l’esprit : est-ce que je suis en train de sortir définitivement de mes troubles psychologiques et donc de mes TCA grâce à l’EMDR ?

Avant de donner une réponse concrète à cette question, je vous partage mon expérience avec l’EMDR. 

Pourquoi soigner le côté « alimentation » ne suffit pas pour guérir des TCA ?

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Si vous avez lu d’autres articles de mon blog ou écouté mon podcast, vous savez que je crois profondément qu’on ne guérit pas d’un TCA en se focalisant uniquement sur l’alimentation. Je l’ai déjà expliqué, pour moi l’alimentation et le contrôle sur le poids sont uniquement les conséquences de vos problématiques. Ce qu’il faut traiter pour une guérison efficace, ce sont les causes de votre trouble alimentaire : que vous est-il arrivé pour que votre cerveau ait développé un trouble alimentaire ? Les troubles alimentaires sont souvent liés au contrôle, donnant une impression de sentiment de sécurité : de quoi votre corps cherche-t-il à se protéger ?

Ce n’est pas facile de répondre à ces questions, surtout quand on ne s’est jamais posé sur ce sujet, que ce soit seul ou dans une thérapie avec un professionnel. Et puis surtout, ce n’est pas toujours un processus conscient. 

Je ne suis pas médecin, psychologue ou psychiatre…mais je vous partage mon avis en tant que « rescapée » de l’anorexie mentale. Je pense, et c’est d’ailleurs mon cas, que les TCA sont généralement liés à des événements traumatisants, qui ont d’ailleurs souvent lieux dans l’enfance. En réalité, il y a de nombreuses recherches et cas pratiques* qui ont démontré cette corrélation : 

Il existe une théorie de l’attachement qui suggère qu’on l’on dispose tous d’un système inné lorsqu’on est enfant à rechercher la proximité avec un adulte. L’enfant recherche naturellement l’attention d’un adulte qui s’occupera de lui, généralement son parent ou la personne légale qui est en charge de lui. Le fait que l’enfant dispose d’un parent qui lui donne de l’amour, de l’attention… va lui apporter un sentiment de sécurité. Il développera ainsi une représentation de lui-même impliquant qu’il est une personne méritante et qu’il peut compter sur autrui pour qu’on s’occupe de lui. 

Cette théorie suppose donc qu’un parent absent, physiquement mais aussi simplement qui n’a pas apporté l’amour ou l’attention nécessaire à son enfant, aura des conséquences sur le développement psychologique de l’enfant. En effet, l’enfant ne dispose alors pas du sentiment de sécurité indispensable à la construction de lui-même. Il va ainsi développer des stratégies de régulation émotionnelle souvent inadaptées qui se traduiront en troubles psychologiques. Plus généralement, le manque de sécurité dans l’enfance implique l’émergence et la persistance (s’il n’est pas traité) d’un état de stress post-traumatique dans la vie d’adulte.

Pourquoi je parle de cela ? Parce que l’absence d’un parent, d’une des figures représentatives nécessaires à la construction de l’enfant, est perçue comme un événement traumatique, une maltraitance émotionnelle. Un évènement traumatique fait justement référence à de la maltraitance émotionnelle mais aussi physique, sexuelle… De tels traumatismes constituent des facteurs de risque pour le développement de conduites autodestructrices, notamment celles liées aux troubles alimentaires : le fait de se restreindre, de recourir à de la compensation (vomissement, hyperactivité physique, prise de laxatif…) 

Bref, vous l’aurez compris, l’anorexie mentale, la boulimie ou toute autre type de troubles alimentaire sont souvent liés à des événements traumatiques qui ne seront pas réglés en se focalisant uniquement sur la perception du corps et la relation à la nourriture. 

Ce n’est que mon avis, mais c’est ce que j’ai expérimenté : pour moi, les troubles du comportement alimentaire se soignent avec une approche pluri-disciplinaire. C’est-à-dire qu’il faut combiner (pas forcément en même temps) plusieurs thérapies pour des effets efficaces sur le long terme. Personnellement, au-delà des hospitalisations en service de TCA, j’ai suivi pendant longtemps une thérapie analytique. À la sortie de ma deuxième hospitalisation, j’ai commencé une TCC (Thérapie cognitivo-comportementale) que j’ai trouvé très efficace. Ma thérapeute se concentrait sur le traitement des schémas de croyances et de pensées. Cependant, comme j’étais dans un état de dénutrition très important, les schémas de croyance se concentraient davantage sur mon rapport au corps et à la nourriture justement plutôt que sur les événements traumatiques originels. En parallèle, je faisais de la sophrologie pour calmer mon anxiété. J’ai essayé aussi quelques séances d’hypnoses. Et plus généralement, je travaillais sur ma confiance en moi avec la pratique de la psychologie positive et en intégrant une troupe de théâtre. 

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Une approche pluri-disciplinaire est importante parce qu’elle vous permet de tester celle qui vous conviendra. De plus, chaque thérapie ne travaille pas de la même façon et surtout pas les mêmes aspects de votre trouble : certaines se concentrent sur les impacts dans le présent, sur les conséquences ; certaines vont uniquement utiliser la parole, d’autres emploient des exercices concrets… Certaines sont longues, d’autres sont brèves. Certaines se concentrent sur les causes, la genèse de vos troubles, les événements traumatiques comme c’est le cas avec l’EMDR.

Mais comment l’EMDR est arrivé à moi ? En fait, la première fois que j’en ai entendu parler c’était au tout début de mon anorexie. Je rentrais à l’hôpital de jour quand une fille terminait son dernier jour. Et je lui ai demandé comment elle s’en est sortie. Elle m’avait parlé du fait qu’elle avait suivi une thérapie d’EMDR. Je ne connaissais absolument pas. Je l’avais noté dans mes notes sur mon téléphone et j’ai gardé cette note pendant longtemps sans jamais m’y intéresser plus que ça. Je l’avais gardé dans un coin de ma tête mais je pense qu’en fait, je n’étais pas encore prête à tester cette pratique qui m’était méconnue. Je fais confiance en la vie et je pense que si les choses se sont passées comme ça, c’est que j’avais beaucoup d’autres chemins à parcourir avant d’être prête pour l’EMDR.

Retrouvez cet article en épisode de podcast :

Qu’est-ce que l’EMDR?

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l’EMDR c’est un acronyme anglais qui signifie « Eye Movement Desensitization and Reprocessing ». Concrètement, il s’agit donc d’une nouvelle forme de thérapie brève qui va venir désensibiliser et retraiter des souvenirs par des mouvements oculaires.

Cette forme de thérapie est encore assez peu connue je trouve, mais elle a été approuvée notamment par de nombreuses victimes des attentats de Paris en 2015 qui ont vu des effets positifs notables sur la gestion de leur traumatisme. 

Je vais commencer par vous donner un exemple bateau, indépendant des TCA, pour vous faire comprendre comment l’inconscient impact votre guérison. Dans le cas d’un stress post-traumatique (comme je vous expliquais, c’est fréquemment le cas avec les TCA) souvent consciemment, on a la volonté de s’en sortir pour aller mieux. Cependant, inconsciemment, une partie de nous-même nous en empêche.

Prenons l’exemple d’une personne qui a été renversé par une voiture ou qui tout simplement a vu une autre personne se faire renverser par une voiture. Le souvenir de cet événement a été perçu comme traumatisant. Depuis, cette personne souffre d’un stress post-traumatique qui se manifeste par des crises d’angoisses lorsqu’elle est dehors, dans la rue, à proximité de voiture. Pourtant, cette personne a vraiment envie de marcher paisiblement dans la rue, sans être tétanisée par le bruit des voitures. Mais le problème, c’est qu’inconsciemment, son cerveau est encore sous le choc avec des souvenirs traumatiques qui génèrent en elle un sentiment d’insécurité et de peur. 

l’EMDR a pour but de travailler sur les déclencheurs, les souvenirs originels de vos symptômes actuels (angoisse, cauchemars, ruminations et plus globalement troubles psychologiques dont TCA…). Le ou les traumatismes ont été stockés de façon dysfonctionnelle à travers des souvenirs considérés comme étant à l’origine de votre pathologie. 

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À travers des stimulations bilatérales, le plus généralement des mouvements oculaires rapides, la thérapie d’EMDR va venir reclasser les souvenirs traumatiques dans une zone de mémoire explicite pour donner du sens à ces souvenirs et démêler les associations qui se sont faites depuis des années et qui enclenchent des symptômes dans la vie actuelle du patient. 

Les stimulations bilatérales peuvent prendre d’autres formes que les mouvements oculaires : ça peut être des stimuli tactiles (comme le fait de tapoter les genoux ou les mains) et des stimuli auditifs. Je pense qu’il est plus courant d’utiliser les mouvements oculaires. En tout cas, mes séances sont basées sur cette méthode. 

Quelles pré-requis pour une thérapie d’EMDR efficace ?

Une chose très importante est le choix du praticien. Tout le monde ne peut pas pratiquer l’EMDR et d’ailleurs, ne le faite pas vous-même avec les simples mouvements oculaires. 

l’EMDR peut être pratiqué par des psychologues, psychiatres ou psychothérapeute ARS qui sont certifiés. Une thérapie d’EMDR suit un protocole spécifique qui demande une formation adéquate. Les praticiens certifiés sont répertoriés dans l’annuaire d’EMDR France. C’est vraiment important de s’assurer que votre praticien est un professionnel certifié. 

Lorsque vous commencez une thérapie d’EMDR, vous pouvez avoir « peur ». Je pense qu’il est naturel de ressentir une peur d’avoir tout à coup conscience de certains souvenirs que votre cerveau avait choisis de classer dans votre inconscience. C’est important d’expliquer vos peurs et questions à votre praticien qui saura vous donner des détails et des explications en mesure de vous rassurer. Faites-lui confiance et n’hésitez pas à tout lui dire, à être à 100% transparent et à être honnête. C’est un professionnel qui a l’habitude, il ne va pas vous juger. Et ce conseil vaut d’ailleurs pour toutes les thérapies en général. Son but est de vous aider. Il n’a aucun intérêt à vous juger, sinon, il n’en aurait pas fait son métier. 

De même, c’est important de recourir à la pratique d’EMDR quand vous vous sentez prêt. Faites-le parce que vous avez envie de le faire, pour vous et pas parce qu’on vous a demandé d’aller voir un thérapeute ou pour faire plaisir à un proche. Même chose, c’est un conseil qui est valable pour toutes les thérapies. Pensez à vous, à votre bonheur : vous êtes la seule personne qui vit votre propre vie. 

Enfin, il est important d’être bien au moment où vous réalisez l’EMDR. Alors, évidemment, lorsque vous êtes souffrant de TCA vous n’êtes globalement pas très bien dans votre vie. Mais j’entends par là que vous n’êtes pas en surcharge mentale ou que vous ne venez pas de vivre un autre événement traumatique très récemment. En effet, l’EMDR va venir réveiller des souvenirs négatifs qui peuvent générer chez vous de l’angoisse, des peurs… Cela peut être très déstabilisant donc il vaut mieux être dans un moment favorable et propice à travailler sur cette thérapie. 

En revanche, un prérequis qui n’en est pas un : il ne faut pas avoir forcément vécu un traumatisme pour engager une thérapie d’EMDR. La raison pour laquelle on consulte est implicitement dû à la façon dont certains souvenirs sont stockés dans notre mémoire et qui posent problème et alimentent votre pathologie. Ce que je veux dire c’est que vous pouvez vous sentir « légitime » de choisir cette thérapie sans avoir été violé, agressée, attouché, battue… Tout simplement parce que tout le monde vie des événements douloureux qui sont perçus comme traumatiques par votre cerveau. Tout le monde connait malheureusement des décès, des ruptures, des humiliations ou insultes à l’école… Parfois on n’a même pas conscience que notre corps perçoit un événement comme traumatisant, justement puisque c’est inconscient. Par exemple, une crise de panique ne vous met pas littéralement en danger puisque c’est une peur (donc pas nécessairement réelle). Pourtant, votre corps vit bien cette crise comme un danger. 

Comment se déroule concrètement une séance d’EMDR ?

1. La phase de préparation

Ne vous attendez pas à faire de l’EMDR (notamment les mouvements oculaires) dès la première séance. Comme je vous l’expliquais auparavant, l’EMDR suit un protocole précis. 

Afin de vous offrir une thérapie de confiance, il est nécessaire d’y instaurer un environnement favorable. Pour cela, la construction d’une relation thérapeutique de confiance entre le praticien et le patient est primordial. C’est d’ailleurs là où vous allez sentir si vous avez le « feeling ». Moi, il m’est déjà arrivé de voir des thérapeutes avec qui je n’avais absolument pas ce sentiment de confiance. Et du coup, je ne poursuivais pas parce que je me braquais. Ça ne sert à rien de forcer, ça ne peut pas toujours « fusionner », c’est normal, tout le monde ne peut pas plaire à tout le monde et ça ne veut d’ailleurs pas dire que le thérapeute est incompétent. Moi, le thérapeute que j’ai choisi m’a été recommandé car il était spécialisé dans mes événements traumatiques justement. Et en plus, j’ai ressenti ce fameux feeling dès la première séance, donc…Bingo !

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C’est également durant ces premières séances que le thérapeute explique concrètement ce qu’il va faire, et ce qu’est l’EMDR. Profitez-en pour poser toutes vos questions (il n’y a pas de question bête) pour être pleinement rassuré avant de commencer concrètement. 

Les deux ou trois premières séances permettent de construire ce climat de confiance mais pas que. C’est également durant cette phase préparatoire que vous allez co-construire avec votre thérapeute un plan de ciblage. Concrètement, votre thérapeute va apprendre à vous connaître, à comprendre vos problématiques et vos différents souvenirs traumatiques pour établir un plan de ciblage qui sera en quelque sorte le fil conducteur de votre thérapie. Après évidemment, ça reste modulable car au fil du temps, vous pourrez avoir de nouveaux éléments, et notamment souvenirs, à apporter à ce plan de ciblage. 

Le plan de ciblage va dépendre d’une personne à une autre. Mon thérapeute a choisi de traiter en premier les souvenirs les plus lointains (lorsque j’étais plus jeune) mais c’est dans mon cas les événements traumatiques de départ qui ont engendré justement, par effet ricochets, d’autres expériences négatives. Ce plan vous sera dans tous les cas présenté et validé avec votre accord. 

Enfin, toujours dans la volonté de créer un climat de confiance, c’est durant cette phase de préparation que vous allez choisir votre lieu de réconfort. Il s’agit d’un endroit sécurisant, réel ou imaginaire, où vous pourrez y trouver du réconfort si les émotions sont trop intenses lors des séances. Il s’agit là d’un exercice de visualisation que vous pouvez d’ailleurs également utiliser de façon autonome. Personnellement, au moment où j’ai commencé la thérapie, j’avais le sentiment de me sentir en sécurité nulle part dans ma vie actuelle. J’ai donc imaginé cet endroit sécurisé et il m’arrive d’y aller le soir, avant de dormir. 

2. C’est parti pour la désensibilisation …

La désensibilisation se fait justement par les mouvements oculaires. Le thérapeute place deux doigts vers le haut (l’index et le majeur) et réalise des mouvements horizontaux (ou verticaux, même s’il me semble que ça reste plus rare quand même). Je me souviens avoir été assez étonné de la rapidité de ces mouvements la première fois ! Je sais qu’il existe des cas où les thérapeutes vont utiliser des baguettes ou des leds à la place des doigts. Encore une fois, ça reste plus généralement les doigts qui sont utilisés. 

Un souvenir va être traité en 1 ou 2 séances en moyenne, selon votre ressenti à l’égard de ce souvenir. Avant de commencer la désensibilisation, le thérapeute va évaluer votre ressenti quant au souvenir : les émotions ressenties, potentiellement y donner une note de 1 à 10 où 10 est le plus fort, et si vous ressentez ce souvenir physiquement dans votre corps. Je trouve que c’est assez difficile d’évaluer ces choses-là, mais il ne faut pas non plus trop réfléchir.  Néanmoins, cela demande toutefois d’être « connecté » avec votre corps, d’être à son écoute. 

Ensuite, il va vous demander de vous imprégner de ce souvenir, de vous replonger dans la situation vécue, que ce soit avec une image ou un sentiment selon votre souvenir qui peut être plus ou moins flou. Et de là, il fera les mouvements avec ses doigts en vous demandant de laisser les images et émotions venir à vous sans forcer. Ce n’est franchement pas toujours simple surtout chez des personnes ayant l’habitude d’overthink (comme moi, par exemple !). Parfois, on a l’impression qu’on divague complètement et que notre cerveau nous fait penser à quelque chose qui n’a ABSOLUMENT rien avoir avec le souvenir initial. Mais il faut faire confiance à votre cerveau. Il peut s’avérer qu’en fait, en creusant, votre cerveau ne fait pas ce lien-là par hasard. Et dans tous les cas, c’est au thérapeute de vous guider et de savoir si vous vous égarez. Si le thérapeute note que vous êtes parti vraiment loin du souvenir et que ça n’a pas d’intérêt, il vous remettra en condition de façon à vous recentrer sur le souvenir initial. 

En fait, le thérapeute fait de nombreuses pauses dans ses mouvements en vous demandant ce que vous avez à l’esprit à l’instant T. Il peut arriver que vous n’ayez absolument rien, et ce n’est pas grave. Le thérapeute reprend ses mouvements et laisser aller à nouveau votre cerveau vers les souvenirs qu’il souhaite. 

Le praticien recommencera le process de désensibilisation d’un souvenir traumatique jusqu’à ce que vos émotions négatives ressenties soient au plus basses.

3. Clôturer la séance

À la fin de la séance, le thérapeute évalue à nouveau vos sentiments au contact du souvenir initial : en redonnant une note sur 10 quant à l’intensité du souvenir, si vous le ressentez en vous corporellement, l’émotion qui vous vient naturellement, etc. Personnellement, j’ai toujours ressenti que je parvenais à prendre beaucoup plus de recul face au souvenir, qu’il m’atteignait moins. J’ai eu d’autres séances où le souvenir était encore très intense, mais c’est pour cela que le thérapeute fait cette évaluation : ainsi, il sait que la prochaine séance, ce souvenir fera encore l’objet d’un travail de désensibilisation et de retraitement. 

Avant de vous laisser partir, le thérapeute prend également le temps de vous ramener à la « réalité ». Le travail de désensibilisation peut être déstabilisant car on réveille toutes les blessures du passé. Son rôle est donc de ne pas vous laisser en détresse émotionnelle. Il s’assure que vous retournez dans un état émotionnel stable, et cela peut d’ailleurs passer par l’utilisation du lieu de sécurité. 

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C’est évident pour moi, mais je vous le précise tout de même : vous êtes complètement conscient lors de vos séances d’EMDR. Et d’ailleurs, c’est un aspect important de la thérapie. Parfois, mon thérapeute énonce clairement à voix haute, pendant la désensibilisation, que nous sommes dans le présent, que le passé est terminé, qu’il ne m’impacte plus et que je suis présente ici et maintenant. Moi, ça m’aide beaucoup lorsqu’il dit ça. Ça surprend d’abord parce qu’on ne s’attend pas à entendre quelqu’un parler lorsqu’on suit le mouvement des doigts. Mais après, ça permet au cerveau d’enregistrer que le passé est distinct du présent, et qu’une situation du passé n’arrivera plus aujourd’hui. 

Quels effets et au bout de combien de temps ?

Le temps d’une thérapie est vraiment subjectif à chacun, c’est au cas par cas et je pourrais même pas vous dire encore combien de temps il me reste personnellement. Je prends le temps qu’il faut car c’est ma santé et c’est pour un mieux-être à vie. Cela va dépendre d’où vous en êtes dans votre parcours psychologique, dans votre rapport à votre trouble alimentaire, du contexte environnemental, etc. 

Je pense que les effets sont très personnels aussi et dépendent de chaque personne. Quant à moi, je perçois des effets notables. Je suis en thérapie depuis presque 6 mois, et c’est surtout depuis 1 mois et demi que je me sens super bien dans ma vie. Pour autant, ça ne veut pas dire que ç’a pris 4 mois à faire effet. Les effets se font petit à petit, pas à pas. 

Avant les séances de désensibilisation, j’étais quand même assez septique sur le fait d’avoir des souvenirs ou sentiments que je n’aurai pas pu déjà percevoir après autant d’années de thérapie. Pourtant, je me suis surprise à percevoir des souvenirs (pas spécialement traumatiques) dont je n’avais absolument pas conscience de les avoir stocké. Ce sont des souvenirs qui m’ont permis de mieux comprendre des schémas de croyances que j’avais par exemple. J’ai également réussi à comprendre beaucoup de choses dans mon comportement ou dans des sentiments que j’avais à l’égard des autres (mes parents, mes collègues de travail…). Je dirai que l’EMDR m’a aidé à faire des liens entre des souvenirs dont je n’aurai pas imaginé qu’il y aurait un lien justement. 

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Aujourd’hui, comme je vous l’expliquais en introduction, j’ai réussi à lâcher le contrôle que j’avais sur la nourriture. Attention, je n’étais pas au stade d’une anorexie sévère comme j’ai pu connaître en 2017-2018. J’ai déjà fait énormément de chemin depuis, et j’avais des restes de troubles alimentaires, mais je n’étais plus sous l’emprise de l’anorexie comme j’ai pu vous l’illustrer dans l’épisode de mon podcast sur la journée dans ma tête d’anorexique. Je ne veux pas non plus dire que l’EMDR guérit magiquement et rapidement les TCA. Non, ce serait malheureusement trop simple… Mais je pense que c’est en travaillant sur mes souvenirs traumatiques initiaux, que mon cerveau les a mieux retraité, que leurs impacts sur moi est par conséquent moins envahissant. Ainsi, mon cerveau ressent moins le besoin de se sentir en sécurité en contrôlant mon corps ou mon alimentation.

L’EMDR a également l’effet de me faire prendre confiance en moi : j’ai pris conscience de ma force mentale, de mon indépendance face à mes parents, de mes capacités et que du fait que justement, je peux me faire confiance pour surpasser n’importe quel combat de ma vie. 

Pour vous donner un exemple concret, j’ai pris conscience de l’effet de l’EMDR à Noël. Je suis une personne très traditionnelle sur Noël et (j’étais) très proche de mes parents, notamment de ma mère. Ces dernières années, il m’arrivait de pleurer juste parce que mes parents me manquaient alors que je les ai souvent au téléphone. Cette année, j’ai fait le choix de faire Noël dans la famille de mon copain au dernier moment. Et ça m’a surpris mais je n’ai pas été impacté émotionnellement. Je n’étais pas triste pour autant. Je suis quand même allée pour les vacances dans ma famille. J’avais prévu d’y rester 1 semaine, mais je n’y suis finalement restée que 3-4 jours. En fait, j’ai pris conscience là-bas que je me sentais mieux chez moi, plus en sécurité que dans ma maison d’enfance. Et j’ai su l’exprimer à mes parents, sans culpabiliser parce que juste j’ai le droit de me sentir mieux ailleurs que chez eux. Ça ne veut pas dire que je ne les aime pas, ça veut juste dire que j’ai grandi et que je vis ma vie telle qu’elle me plait même si elle ne ressemble pas à celle de mes parents. Et ça pour moi, c’était un grand pas !

Est-ce qu’il y a des effets indésirables ?

Je ne pense pas qu’il y ait d’effets indésirables, après encore une fois, je ne suis pas médecin donc je vous partage simplement mon vécu. Moi, personnellement, je me sens fatiguée après chaque séance (même les premières où il s’agissait simplement de préparer, car c’est quand même éprouvant de remuer ses blessures). Après certaines séances, le lendemain, je suis complètement HS, avide d’énergie.

Il m’est arrivé également de faire des cauchemars les nuits qui suivent ou de ressentir certaines émotions négatives, de repenser à des choses auxquelles je n’avais pas pensé depuis longtemps. Ce n’est pas évident, mais c’est juste normal car ça travaille dans votre cerveau…

C’est intéressant d’ailleurs de noter vos cauchemars ou pensées les jours suivants. Lors de la prochaine séance, votre thérapeute vous demandera si vous avez repéré des changements dans votre vie suite à la séance précédente. 

Aussi, j’ai parfois mal à la tête le soir même ou le lendemain, comme lorsqu’on overthink justement et que ça travaille tellement dans notre tête que ça en devient douloureux physiquement. 

Je continue cette thérapie alors il se pourrait bien que je mette à jour cet article ou que j’en partage un autre avec d’éventuels autres retours. Je suis consciente que j’ai toujours des choses à travailler pour être certaine d’évacuer la totalité des symptômes des troubles alimentaires qui pourraient encore me rester. 

Alors du coup, est-ce que je suis en train de sortir définitivement de mes troubles alimentaires grâce à l’EMDR ? Je sens clairement que je suis au bout du tunnel, mais je ne pourrais pas dire que c’est uniquement l’EMDR qui me fait sortir définitivement des TCA. C’est certain que c’est la thérapie qu’il me fallait car j’ai ce besoin de travailler sur les événements traumatiques initiaux. Mais je suis personnellement persuadée que ma thérapie est efficace grâce à tout le travail que j’ai fait auparavant en TCC, en pratiquant la psychologie positive, etc. En tout cas, je vous recommande de tester cette thérapie et de vous en faire votre propre avis. 

Je vous invite à partager votre propre expérience en commentaire si jamais vous avez expérimenté l’EMDR. N’hésitez pas aussi si vous avez d’autres questions, j’y répondrai avec plaisir !

*Journal of EMDR Practice and Research, Volume 12, Number 4, 2018 Zaccagnino et al « Anorexie mentale et EMDR : un cas clinique » : M. Zaccagnino, M. Cussino, C. Callerame, C. Cvilotti, I. Fernandez 

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Anorexie : je vous raconte mes séjours à l’hôpital

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En écrivant mon article tout savoir de l’hospitalisation à temps complet en TCA, j’ai eu envie de vous raconter mes propres hospitalisations lorsque j’étais anorexique. Je tiens avant tout à dire que ceci est mon ressenti personnel et que malgré que cela ait été difficile, j’en retire une expérience positive. Mais je sais que certains patients ont mal vécu leur hospitalisation et cela leur aurait même fait plus de mal que de bien. Cela dépend du vécu, mais également du service hospitalier. Dans cet article, je vais donc vous expliquer comment j’ai éprouvé mes deux séjours hospitaliers : de mes premiers moments en précisant les routines journalières et hebdomadaires du service dans lequel j’étais. Attention, ces routines sont propres à l’hôpital dans lequel j’étais. Tous les services de troubles alimentaires ne fonctionnent pas pareil, mais cela peut vous donner une idée des méthodes utilisées.

Mon histoire

Pendant mon anorexie, j’ai vécu deux hospitalisations en service addictologie TCA (trouble du comportement alimentaire). Concrètement, c’était un service où la majorité des patientes était des femmes anorexiques. J’ai connu seulement  deux garçons anorexiques en six mois d’hôpital. De temps à autre, il y avait également des boulimiques qui venaient se sevrer des leurs crises et vomissements pour une durée de deux ou trois semaines.

Ma première hospitalisation, j’y ai été contrainte suite à un syndrome de renutrition. C’est-à-dire que mon intestin avait cessé de fonctionner, j’ai alors passé 10 jours en réanimation avant de me faire hospitaliser près de 3 mois au service des TCA.

Ma deuxième hospitalisation, c’est moi qui l’ai demandé. Elle a eu lieu six mois après la première. J’oscillais entre compulsions alimentaires et restriction, et je ne parvenais pas à me sortir de ce cercle infernal. J’ai donc décidé de mettre ma vie en pause, d’arrêter mes études et de me faire hospitaliser une nouvelle fois. J’ai dû patienter trois semaines sur liste d’attente avant de pouvoir commencer ma deuxième hospitalisation de trois mois. 

Les premiers jours à l'hôpital

Les premiers jours sont assez déroutants. Il faut s’adapter à une nouvelle organisation, à de nouvelles règles et de nouvelles personnes. Vous réalisez pendant ces premiers jours que vous serez enfermé pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois avec de nombreuses restrictions (peu de visite, accès à Internet et au téléphone limité, pas de contrôle sur les repas…). Je ne vais pas vous mentir, lorsque vous entrez à l’hôpital, vous n’êtes pas en colonie de vacances. C’est vraiment une étape très difficile de votre histoire que vous vous apprêtez à vivre. Mais elle est parfois nécessaire pour justement vous permettre de continuer à vivre.

Généralement, le premier jour, lors de votre admission, vous constituez votre dossier avec l’équipe soignante : vous racontez comment agit votre trouble alimentaire dans votre vie quotidienne. C’est essentiel d’être honnête et transparent avec le personnel soignant. Ils ne vont pas vous juger. Ils connaissent ces pathologies et savent que vous êtes prisonniers d’une maladie. Pour instaurer une relation de confiance avec le personnel infirmier, c’est important de leur dire toute la vérité. Ils sauront comment vous aider. Par exemple, ne leur déclarez pas que vous n’aviez aucun problème pour manger à l’extérieur ou que vous réussissiez à suivre une ration à 1800 calories tous les jours. Sinon, lorsque vous serez devant votre assiette, incapable d’avaler la sauce, les pommes de terre et le steak haché, les infirmières auront du mal à vous comprendre…

Lors de votre admission, on vous explique les règles du service et les horaires à respecter :

Lorsque je suis arrivée, on a fouillé ma valise pour y retirer tout ce que je pouvais utiliser contre moi : lacet, rasoir, ciseaux, pince à épiler, etc. D’ailleurs, à chaque fois que quelqu’un me ramenait quelque chose (du linge propre, des cadeaux, des affaires…), tout était inspecté pour vérifier qu’il n’y avait pas d’objets interdits ou de nourriture (notamment les chewing-gum ou boisson zéro calorie).

Ensuite, on m’a expliqué les règles quant aux visites : 3 visites sont autorisées par semaine et l’on choisit les jours. En semaine, la visite se passe de 17 :00 à 18 :00. Le weekend, elle se déroule de 14 :00 à 16 :00 et de 17 :00 à 18 :00.

Pour les téléphones, ils étaient autorisés une demi-heure de 19 :15 à 19 :45 en théorie. Généralement, c’était soit un peu avant ou un peu après. Vous n’avez pas d’autre accès à internet dans la journée. Vous pouvez cependant prendre un MP4 tant qu’il n’y a pas possibilité d’accéder à internet avec.

Concernant les permissions, elles sont accordées en fonction de l’évolution de vos constantes et de votre ration. Elles sont données par étape : une demi-journée, puis une journée, puis 24 h avec une nuit, puis 48 h avec deux nuits. Elles préparent petit à petit à la sortie de l’hospitalisation.

Les deux premiers jours, dans le service où je me trouvais, j’étais en observation. C’est-à-dire que je me nourrissais avec ce que je voulais dans les quantités que j’acceptais. Et en fonction de cela, on m’a fixé ma ration. Il ne faut pas vous forcer, mangez ce dont vous vous sentez capable. J’avais donc commencé avec une ration calorique à 700. Ensuite, elle était réévaluée de 100 à 200 calories en plus tous les 2 ou 3 jours en fonction de mes difficultés. Attention, dans mon service on m’avait déterminé une ration calorique, mais tous les hôpitaux ne fonctionnent pas de la même façon.

À chaque fois qu’on me proposait une nouvelle ration calorique, je pouvais voir à quoi elle correspondait : en termes de gramme de féculent/protéine/légume à chaque repas. Puis, je la signais pour prouver que je m’engageais à la respecter. Je n’étais pas obligée de le ratifier. Cependant, cela signifiait que je ne voulais pas progresser et que je n’essayais même pas de m’en sortir. Dans ce cadre, la nourriture faire partie de notre traitement, ce sont nos médicaments. Si vous refusez d’augmenter de ration pendant plusieurs jours, vous pourriez être exclu du service.

Attention, pas de pression, vous pouvez vous arrêtez à certain palier. Par exemple, moi je suis restée 2 semaines à 1600 calories. Et vous n’augmentez pas de ration jusqu’à l’infini : ma première hospitalisation je me suis arrêtée à 2300 calories, mais à ma deuxième j’avais stoppé à 1900 calories.

Pendant les premiers jours, c’est difficile, car vous avez un énorme décalage avec votre vie avant d’arriver à l’hôpital et votre vie après. Avant d’arriver à l’hôpital, beaucoup (dont moi) sont hyperactifs. Pour ma part, la veille de ma première fois à l’hôpital je travaillais encore en entreprise. Je faisais du sport tous les jours et voilà que d’un coup je me retrouvais à ne plus pouvoir rien faire, à devoir rester assise toute la journée… C’était difficile de réussir à lutter contre l’hyperactivité.

Enfin, c’est souvent durant les 2 ou 3 premiers jours que je faisais la connaissance avec l’interne qui allait s’occuper de moi durant toute la durée de l’hospitalisation. Avec lui ou elle, je définissais mes objectifs. Par exemple : comprendre les causes de mon anorexie, récupérer un IMC à 16, reprendre x kilos, améliorer ma relation avec mon père, etc.

Routine hebdomadaire à l'hôpital

Toutes les semaines se ressemblaient. Voici donc la routine hebdomadaire du service dans lequel j’étais hospitalisée :

Le lundi, c’était le jour de la pesée. Il y avait deux pesées dans la semaine. Concrètement, deux infirmières et une aide-soignante rentraient dans ma chambre pour me réveiller. Une des infirmières prenait mes constantes (glycémie, tension, température). Puis je passais aux toilettes avant de monter sur la balance. Je pouvais choisir de voir ou non mon poids. Pour ma part, je l’ai toujours demandé.

Le lundi matin, c’était la réunion des médecins. C’est-à-dire que les internes, les médecins du service et deux infirmières se rassemblent pour discuter de chacun des dossiers des patients. C’est généralement lors de cette réunion que de nouvelles décisions sont prises concernant les patients. De ce fait, en fin de journée, mon interne venait me voir pour m’annoncer ce qui avait été prononcé : augmentation de ration, travail à faire pour diminuer un TOC alimentaire, etc.

Pendant le tour des médecins, la totalité des patients du service était en rendez-vous de groupe avec la psychologue du service. On discutait d’un sujet que nous choisissons généralement collectivement.

Le mardi, nous avions une fois de plus une activité de groupe cette fois-ci avec deux diététiciens, souvent pour travailler sur des croyances alimentaires. Ensuite, on avait un petit atelier chant. Concrètement, on chantait tous ensemble avec un des infirmiers qui était musicien. C’était une activité qui détendait vraiment, car elle n’avait pas de rapport avec notre maladie. Cela faisait du bien de décrocher un peu.

Le mercredi il n’y avait pas vraiment d’activité. Généralement, je voyais mon interne tous les deux jours donc c’était l’un des jours où je la rencontrais.

Ensuite, je choisissais le mercredi soir pour organiser une visite entre 17 :00 et 18 :00  pour faire une coupure dans ma semaine.

Le jeudi était un jour particulier dans notre service. Déjà parce que c’était le deuxième jour de la pesée, donc même rituel que le lundi. Mais aussi, car il y avait ce qu’on nomme « le tour en chambre ». Nous étions tous regroupés dans la salle à manger, sans avoir le droit d’aller en chambre ni même dans le couloir des chambres. Pendant ce temps-là, un à un, nous étions appelés pour rencontrer dans notre chambre l’ensemble du corps médical, y compris le chef de service. Cela durait 15 à 30 minutes et on pouvait poser toutes les questions que l’on voulait : quand est-ce que je sors ? Quand est-ce que je peux sortir en permission ? C’est vraiment ce jour-là où de réelles décisions sont prises. C’est une étape assez stressante et assez longue qui perdure généralement jusqu’au repas, voire au-delà.

L’après-midi, il y avait la balnéothérapie pour ceux qui avaient un IMC supérieur à 14. Personnellement, je n’ai jamais eu un IMC supérieur à 14 durant mes hospitalisations donc je n’ai jamais pu faire cette activité. Moi, j’étais en sophrologie. C’était donné par notre kinésithérapeute, c’était un moment vraiment relaxant où l’on était à l’étage en dessous. Ça nous changeait d’environnement et cela faisait du bien.

Le vendredi midi, la plupart du temps on avait une salle de repas « apprêtée ». C’est-à-dire qu’il y avait des nappes, de la décoration sur les tables, des beaux couverts… L’idée était de nous divertir pour égayer le repas qui était source de stress pour nous. Après le déjeuner, nous avions généralement un nouvel atelier avec les diététiciens qui nous avaient préparé la salle de repas ce jour-là.

Plus aléatoirement, dans la semaine nous avions un rendez-vous avec la kinésithérapeute si cela était prescrit par l’interne. Nous avions également la possibilité de prendre un rendez-vous avec l’esthéticienne qui nous maquillait, nous coiffait ou nous offrait un massage.

En règle générale, les semaines n’étaient pas beaucoup chargées en activité, et cela pour trois raisons. La première, c’est que les hôpitaux manquent crucialement de moyens financiers pour nous permettre plus d’activité. La deuxième est due au fait que les hôpitaux, du moins publics, sont encore assez fermés sur les pratiques de médecines douces. Preuve en est, c’était notre kinésithérapeute qui nous faisait des séances de sophrologie… Et enfin, l’insuffisance des ateliers s’expliquait par le fait que la plupart des patientes avaient un IMC inférieur à 14. Il fallait donc limiter les déplacements physiques et les mouvements qui fatiguaient vite un corps frêle disposant de peu de forces.

Parfois dans la semaine, l’interne pouvait, avec mon accord, organiser un entretien familial. Vous pouvez demander que votre père, votre mère ou vos deux parents y assistent. Mais vous pouvez également faire participer votre conjoint(e), un frère, une sœur, une tante, etc. Les entretiens familiaux simplifient la discussion entre l’entourage et la patiente, car il y a deux coordinateurs : l’interne qui vous suit et le chef de service. Ces deux derniers peuvent plus facilement faire comprendre votre maladie à vos proches.

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Le week-end était beaucoup plus calme, puisqu’il n’y avait plus de médecins, à part celui de garde qui venait uniquement en cas d’urgence. Les samedi et dimanche étaient de ce fait assez longs, mais relaxants, car on abordait moins les questions autour de l’alimentation avec les diététiciens ou sur notre propre guérison avec notre interne ou la psychologue.

Les visites étaient plus longues le week-end. Ainsi, le samedi et dimanche j’avais de la visite de 14 :00 à 16 :00, ce qui occupait bien le temps.

Une journée dans ma vie de patiente à l’hôpital

La journée que je vais vous décrire est une journée typique de mon hospitalisation. Les jours se suivaient et se ressemblaient, à l’exception de certaines activités qui changeait comme je l’ai expliqué dans le paragraphe précédent. Cependant, cela reste une journée type dans l’hôpital où j’ai été hospitalisé.

Le matin, j’étais réveillée par les infirmières. Je n’avais pas le droit de me lever avant, car la première chose qu’elles faisaient était d’enregistrer mes constantes : température, tension et glycémie. Si je bougeais au préalable, les constantes seraient faussées. Ensuite, j’avais minimum 15 minutes pour me préparer pour la journée avant le verrouillage des chambres, cela dépendait quand j’avais été réveillée. Généralement, c’était entre 7:00 et 7:45, et une infirmière fermait les portes à clé maximum à 8:00.

8:00, c’était également le début du petit-déjeuner. Nous allions chercher un à un notre plateau-repas. Je me servais moi-même pour apprendre les bonnes quantités qu’il faudrait continuer d’adopter à la sortie. Chacun avait une ration différente donc un plateau-repas différent. Nous mangions par table de 4, et parfois une infirmière se joignait à nous. Cependant, je sais que dans certains hôpitaux, les patients mangent seuls en chambre.

Nous étions surveillés pendant notre repas afin d’empêcher qu’on ne dissimule de la nourriture par terre, sous les plateaux ou dans nos poches. Nous étions également chronométrés pour éviter qu’on ne s’éternise : 30 minutes à partir du moment où nous avions reçu notre plateau-repas.

Ensuite, les chambres restaient fermées jusqu’à 10:30. Ceci pour éviter qu’on retourne dans notre chambre faire du sport ou vomir le repas. Pendant ce temps-là, il fallait donc s’occuper. Personnellement, je dessinais, je coloriais des mandalas, j’écrivais énormément dans des cahiers, etc. Mais dans tous les cas, nous devions faire notre activité assise. Si nous étions debout depuis plus de 10 secondes, une infirmière nous rappelait à l’ordre.

De 10:30 à 11:45, nous pouvions rejoindre notre chambre pour faire les activités identiques que nous faisions dans le salon, mais seule.

Vers 11:45-12:00, nous retournions en salle des repas pour prendre le déjeuner. Même rituel qu’au matin, nous allions chercher un à un notre repas, en nous servant nous-mêmes dans les quantités indiquées sur notre ration. Tout cela bien évidemment sous la surveillance d’une infirmière. Nous étions chronométrés : 45 minutes si nous avions une entrée dans notre ration, sinon 30 minutes.

Les portes restaient fermées jusqu’à 15:00. Entre temps, si nous devions aller aux toilettes, on devait demander à une infirmière, qui vérifiait ensuite si nous n’avions pas vomi ou jeté de la nourriture dans les toilettes. C’était elle qui donnait son accord pour qu’on tire la chasse d’eau.

À 16:00, c’était l’heure de la collation de l’après-midi. Même rituel qu’au matin et au déjeuner, et nous avions 30 minutes maximum pour manger

Les portes des chambres étaient fermées jusqu’à 17:30, sauf si nous avions de la visite. Alors, nous pouvions entrer dans notre chambre avec la visite de 17:00 à 18:00.

À 18:30, nous retournions en salle des repas pour le dîner. C’était assez difficile de passer à table à peine 1h30 après en être sortie. Mais c’était dû aux horaires des cuisines en hôpital.

Les chambres étaient à nouveau fermées jusqu’à 20:30. De 19:15 à 19:45, nous avions accès à nos portables. Nous étions tous éparpillés dans le salon ou le couloir. On ne parlait pas trop fort pour avoir un minimum d’intimité. Durant ce temps, j’appelais souvent ma mère, ma sœur et mon frère.

À 21:00, nous avions la tisane. C’est un moment de détente qui pouvait s’avérer stressant, si nous n’avions pas respecté notre ration dans la journée, nous avions la possibilité de prendre une collation pour compenser le manque calorique de la journée.

Le couvre-feu était à 23:00. Habituellement, je regagnais ma chambre dès 21:00. Mais il m’arrivait de regarder la télévision jusqu’à 22:00 avec les autres patients. Dans la nuit, une infirmière passe de temps en temps pour vérifier que tout va bien. Mais elle ne nous réveille pas si nous sommes endormis.

Généralement, dans la journée, on voit son interne, tout au moins un jour sur deux. Personnellement, je parlais avec eux comme à un psychologue, car je suis tombée sur d’excellents internes ! Nous faisions également des exercices ensemble d’acceptation du corps et sur les distorsions cognitives.

Ce n’est franchement pas une période facile : être surveillé lorsqu’on va aux toilettes, être sans cesse enfermé, assise, sans trop faire d’activité. Cela ressemble même à une prison. La seule zone « extérieur » que nous avions était la terrasse pour les fumeurs. Et comme le service était à l’étage, le balcon était entouré de grillage pour dissuader toutes tentatives de suicide.

Il y a bien des moments où je haïssais l’endroit où je me trouvais, où j’avais envie de retrouver ma vie d’avant, où je n’en pouvais plus de vivre avec 10 autres malades en étant constamment surveillé par les infirmières et médecins. Ce n’était clairement pas facile de partager mon quotidien avec d’autres individus tous aussi malades que moi. Notre trouble alimentaire était notre addiction, notre moyen de survie. Prenez 10 personnes et privez-les de leur moyen de survie. Évidemment, parfois on voit des patients qui pètent des plombs. Ce n’est pas simple, mais il faut faire abstraction des autres et se concentrer sur soi. C’est votre guérison, pas la leur. Tout comme votre guérison n’est pas la leur.

Puis je me suis rappelé qu’à l’extérieur, ma vie était anéantie par la maladie. Je me suis imaginé que si j’avais eu un grave accident de la route, j’aurai peut-être été alitée dans un lit pendant 3 mois sans pouvoir sortir et en dépendant des infirmières pour manger, boire et faire ma toilette. À l’hôpital, je prenais conscience de la gravité de ma maladie et des soins dont j’avais besoin. Enfin, j’ai compris que l’hôpital était pour moi une sécurité. Cela me permettait d’éviter les compulsions, de ne pas compenser par du sport à outrance, d’empêcher de me peser tous les jours. J’avais un support 24 h/24 7j/7 dès que je n’allais pas bien. J’étais entourée par une équipe médicale qui comprenait ma maladie, qui ne me jugeait pas et qui était là pour m’aider.

Je vous invite vraiment à lire mon article sur l’hospitalisation à temps complet en TCA. Cela vous permettra de répondre à vos questions : quand hospitaliser ? Au bout de combien de temps peut-on sortir ? Les bénéfices de l’hospitalisation, mais aussi les points négatifs.

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Publié par Norainnoflower dans Thérapie, 2 commentaires
Tout savoir sur l’hospitalisation à temps complet en TCA

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J’ai eu envie de faire cet article, car je me souviens que quand j’étais moi-même anorexique, je recherchais sur Internet des témoignages de filles ayant traversé une hospitalisation en service de trouble alimentaire. C’est pourquoi j’ai voulu faire cet article afin de vous fournir le maximum d’information à ce sujet. Je vous invite parallèlement à lire mon article sur mon expérience personnelle en hôpital lors de mon anorexie. L’article est vraiment complémentaire à celui-ci et vous donnera un aperçu de mon propre vécu. J’y raconte également les routines hebdomadaires et quotidiennes à l’hôpital en service des troubles alimentaires.

Avant tout, sachez que si vous souffrez d’un trouble alimentaire (anorexie, boulimie, hyperphagie…), il est préférable d’être hospitalisé dans un service spécialisé en trouble alimentaire plutôt qu’en psychiatrie générale ou en maison de repos. Cela dépend bien évidemment des motifs d’hospitalisation, mais des professionnels habitués aux problématiques et formés pour les pathologies de troubles de comportement alimentaire (TCA) sauront mieux vous encadrer que personne.

Quand hospitaliser ?

Je ne suis pas médecin, mais je suppose qu’il y a des critères d’hospitalisation, dont voici une liste d’exemples tirés à partir de mes recherches sur les sites de HAS (haute autorité de santé) :

Raisons cliniques

Troubles mentaux et addiction

Anorexie mentale

Contexte environnemental

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Il ne faut évidemment pas avoir tous ces critères pour être hospitalisé. Dans tous les cas, avant de vous faire hospitaliser, vous avez un premier rendez-vous avec un médecin du service qui évalue votre situation et décide avec vous si l’hospitalisation vous correspond. Si le motif pour lequel vous voulez être hospitalisé ne figure pas sur la liste ci-dessus, demandez quand même. L’énumération que j’ai inscrite est simplement un exemple de raisons possibles, la liste est non exhaustive.

Me concernant, j’ai choisi ma deuxième hospitalisation vu que je n’arrivais pas à arrêter seule mes comportements destructeurs (restriction et compulsions alimentaires). J’avais également besoin d’un milieu neutre, car l’environnement familial n’est pas toujours évident à concilier avec la guérison. Enfin, j’avais besoin de faire une pause dans ma vie. Je me sentais submergée et je ne parvenais pas à me consacrer à ma guérison. L’hospitalisation me permettait de me soulager de nombreuses tâches quotidiennes qui devenaient trop compliquées à gérer.

Si vous êtes mineur(e) et que c’est vos parents qui ont décidé, dites-vous qu’ils ne font pas cela pour votre mal. Au contraire, c’est pour vous protéger. C’est parce qu’ils vous aiment qu’ils souhaitent que vous alliez mieux. Ils ont probablement pris cette décision conjointement avec les médecins. De toute façon, vous n’avez pas d’autres choix que d’y aller si la décision a été prise. Alors, prenez-vous « au jeu » et mettez toutes les chances de votre côté pour que l’hospitalisation se passe bien et soit efficace. 

Quand peut-on sortir de l'hôpital ?

Je sais que certains hôpitaux instaurent des contrats de poids ou demande l’atteinte d’un certain IMC pour permettre une sortie. Dans l’hôpital où je me trouvais, il n’y avait pas vraiment de condition à remplir. La sortie dépendait de l’évolution de notre poids, de nos angoisses face à la nourriture, du travail effectué sur notre propre histoire, etc. Cela se décidait en fonction du ressenti du patient lui-même et des médecins.

Si vous êtes mineur(e) : ce sont les médecins qui décident conjointement avec vos parents. Généralement, c’est lorsque vous avez fait des progrès nutritionnels, que vous avez regagné du poids, de l’énergie et que vous avez atteint une ration à 1800 calories.

Si vous êtes majeure : vous pouvez partir quand vous le souhaitez. Mais ne voyez pas l’hôpital comme une contrainte, mais plutôt comme une aide. D’ailleurs, je dis « quand vous le souhaitez« , mais si vous êtes en danger vital alors vous serez hospitalisé sous contrainte. Pour que les médecins acceptent votre demande de sortie, il vous faut avoir récupéré un peu de poids, un IMC supérieur et maintenir une ration d’au moins 1800 calories depuis plus de 10 jours d’hôpital.

On peut ressortir lorsqu’on sent que l’hospitalisation n’est plus bonne pour soi, qu’elle devient plus nocive que bénéfique. Le fait d’habiter avec 10 autres patients tout aussi malades que vous peut être néfaste au bout d’un moment. Vous pouvez très bien repartir chez vous quelques semaines en programmant avec votre interne une nouvelle hospitalisation 1 mois plus tard.

Les bénéfices de l’hospitalisation

Dans la plupart des cas, on entre à l’hôpital lorsqu’on a déjà tout essayé, qu’on a plus vraiment le choix et que notre poids est bien trop faible pour nous permettre de vivre seul sans assistance médicale. Mais moi je trouve cela dommage. Bien que ce soit grandement redouté par beaucoup des patients, l’hôpital est pour moi un bon traitement face à l’anorexie. Cela dépend bien évidemment de la qualité du service et des méthodes utilisées. Mais me concernant, l’hôpital a été bénéfique. Toutefois, je sais que c’est difficile d’accepter une hospitalisation et moi-même j’ai été hospitalisée deux fois de suite quand je n’avais presque plus le choix. En revanche, suite à ma deuxième hospitalisation, j’étais prête à revenir pour une durée plus courte de 15 jours si c’était nécessaire. Mais avec un bon suivi extérieur, je n’ai pas eu le besoin d’y retourner.

En effet, tout est structuré avec des repas planifiés. Il y a une routine quotidienne et hebdomadaire qui permettent de mettre un cadre. Cela est rassurant. Vous n’avez plus rien à gérer, vous pouvez pleinement vous concentrer sur votre guérison. Parce que oui, pour qu’une hospitalisation soit efficace, vous devez vouloir guérir. Il faut que vous ayez le désir de travailler sur les choses qui vous font mal, sur les plaies qui ne sont pas encore cicatrisées. Vous devez parallèlement avoir envie d’affronter vos peurs, car c’est de cette façon que vous pourrez déranger la maladie et ainsi vous en sortir.

Cela vous permet également de faire un point sur votre vie extérieure. Vous avez « l’excuse » d’être à l’hôpital et donc de ne plus poursuivre votre scolarité, votre vie professionnelle ou d’accepter n’importe quelle autre invitation dont vous n’aviez pas l’envie d’aller. Cela vous offre l’opportunité de faire un bilan sur votre orientation pro, peut-être sur certaines relations toxiques que vous avez envie d’interrompre. L’hôpital permet de vous reposer, de laisser de côté tous les impératifs de la vie.

L’encadrement médical est familiarisé avec les troubles alimentaires. Ils comprennent tous les mécanismes qui se passent dans votre tête. Ils ont de l’expérience et savent vous conseiller, vous guider sur le chemin de la guérison. C’est bon de se sentir compris, et de ne plus avoir tous ces conflits familiaux ou amicaux avec d’autres personnes qui tentaient de comprendre. Malheureusement, pour vraiment bien comprendre votre maladie, il faut la vivre de près ou de loin, en tant que malade ou personne très proche du malade. Alors tant mieux si les autres ne comprennent pas. C’est qu’ils ne l’ont pas vécu.

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Le côté négatif de l’hôpital

L’un des désavantages de l’hospitalisation, du moins dans le service où j’étais, c’est qu’on s’exprime en calorie et en gramme. À tous nos repas il y a protéine, féculent et fruits/légumes dans notre assiette. C’est peut-être nécessaire au moment de l’hospitalisation, mais il est difficile de s’en détacher par la suite. Me concernant, j’ai pris 2 ans pour accepter que ce n’est pas grave si un jour je n’avais que protéine et féculent dans mon assiette, que je ne suis pas obligée de rassembler toutes les catégories d’aliments à chaque repas.

Le traitement se focalise essentiellement sur l’alimentation, les carences et autres problèmes physiques provoqués par la maladie. Ainsi, la prise en charge se concentre sur les conséquences de l’anorexie. Les hôpitaux sont malheureusement encore beaucoup trop fermés aux techniques de médecine douce. De ce fait, l’analyse des causes est minime. En 6 mois (2 x 3 mois) d’hospitalisation, j’ai rencontré 4 fois la psychologue de l’hôpital et je voyais mon interne 30 minutes tous les deux jours dans la semaine, sois 1 h 30 par semaine. Ce n’est clairement pas assez pour faire une thérapie approfondie. C’est pour cela que l’hôpital est souvent qu’un premier pas. D’ailleurs, je tiens à préciser une chose importante : c’est qu’il ne faut pas aller à l’hôpital en pensant que vous en ressortirez guéri. Non pas du tout, comme je le disais l’hôpital est seulement la première étape de la guérison. Elle vous offre tous les outils et ressources dont vous avez besoin. Une hospitalisation permet de vous remettre sur pieds. Lorsque vous sortez, le vrai combat commence. Vous allez devoir apprendre à voler avec vos propres ailes.

À l’hôpital, vous êtes dans une sorte de cocon : tout est fait et pensé pour vous (les repas, les quantités…) et lorsque vous n’êtes pas bien, on vous apporte une solution ou un soutien dans la minute. Même si c’est nécessaire au début de l’hospitalisation pour offrir les meilleures conditions pour le traitement, ce n’est pas la vraie vie. Et il y a un énorme décalage entre la vie à l’hôpital et la vie dehors. C’est pour cela que c’est important de profiter au maximum de nombreuses permissions de sortie pour faire une transition entre l’hôpital et la maison. C’est durant les permissions que vous vous rendrez compte des difficultés qu’il y a à l’extérieur et que vous pourrez déjà commencer à les appréhender avec vos médecins : tentations alimentaires, regards des autres, repas en famille, etc. Dans la vie quotidienne, lorsque vous vous retrouvez en train de cuisiner votre repas (chose que vous n’avez pas faite depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois), les choses se compliquent.

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Pour conclure cet article, je ne vous ferai pas de recommandation quant à l’hospitalisation, car le choix est propre à chacun. Pour moi, les mois que j’ai passés à l’hôpital ont été extrêmement difficiles à vivre, mais se sont avérés bénéfiques. Lorsque j’y étais, je ne trouvais même pas vraiment la pertinence. Cela me faisait du bien, momentanément, mais je ne voyais pas comment ça pouvait me guérir. Finalement, en couplant l’hôpital à d’autres thérapies à la sortie, cela a été très utile sur le long terme. C’est en partie grâce à mes hospitalisations que je me suis sortie de l’anorexie. Néanmoins, il n’existe pas de recette miracle pour guérir. Cela va dépendre d’un ensemble d’actions que vous entreprendrez et qui se monteront efficaces sur le long terme.

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Les leçons de vie que j’ai apprises de mon anorexie

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Dans ce récit, je souhaite vous faire part des leçons de vie que j’ai tirées de ma maladie. Ces prises de conscience, je les ai notées petit à petit dans un journal que j’ai tenu pendant mes 4 années de combat contre les troubles alimentaires. Je les relis encore de temps en temps, car je n’arrive pourtant pas toujours à les appliquer. Mais ce n’est pas grave, parce que je ne suis pas parfaite. C’est d’ailleurs l’une des leçons que j’ai tirées : l’imperfection est normale. Mais je vous laisse découvrir cela un peu plus bas.

L’anorexie est la maladie du contrôle. Chaque personne anorexique est différente et a une histoire unique. Mais on retrouve des traits de caractère commun chez ces patients : la peur de l’échec et de l’imprévu, le perfectionnisme, la crainte constante du regard des autres et évidemment, le manque incroyable de confiance en soi.

1. Acceptez les choses qui viennent à vous

L’une des premières leçons que j’ai acquises c’est d’accepter. Accepter les choses qui viennent à moi. Il est inutile de lutter contre le changement, car il est naturel et surtout indispensable pour évoluer. Imaginez si l’on vivait toujours à l’âge de pierre… Changez les choses que vous pouvez changer, mais acceptez le reste.

Personnellement, je réussis à accepter les choses en me disant que si elles arrivent, ce n’est pas un hasard. C’est qu’elles sont nécessaires pour moi, qu’elles vont me générer quelque chose de positif dans ma vie. Mon anorexie mentale n’a clairement pas été la période la plus glorieuse de mon existence. Pourtant, je suis prête à déclarer aujourd’hui que je suis contente d’avoir traversé cette période dans ma vie. D’abord parce que j’ai réussi à m’en sortir. Mais ensuite, car elle m’a apporté un tas de leçons qui me permettent d’avancer chaque jour dans ma vie, de la vivre différemment.

2. Les autres : les accepter, s’en détacher et communiquer

Il n’y a pas que les choses quotidiennes à accepter, il y a également les autres. Admettre qu’ils aient leur propre opinion et que même si elle est opposée à la nôtre, ça les regarde. Cela ne signifie pas qu’ils ont ou que j’ai raison, ça veut simplement dire qu’on est tous uniques. On ne peut pas changer les autres, en revanche, on peut modifier notre perception par rapport à autrui.

En parlant des autres, j’ai aussi réussi à me détacher du regard des autres, bien que ce ne soit pas tous les jours évident. Mais j’ai compris que l’opinion des gens ne définit pas ma réalité. Je dois apprendre à me faire confiance, à suivre mon instinct. Et quand bien même je me tromperais, ce n’est pas grave, je m’instruirai de ma propre expérience et je m’améliorerai la fois d’après. J’ai d’ailleurs dû, pendant ma maladie, me détacher le maximum des préjugés des autres, notamment des phrases que j’ai entendues et que je vous ai répertorié dans mon article concernant les phrases à ne pas dire à une personne anorexique

J’ai aussi saisi que pour enrichir sa relation avec les autres, il suffit parfois simplement de communiquer. Parler, s’exprimer, dire ce que l’on ressent à l’autre. Cela parait tellement simple mais surtout essentiel. En effet, ce qui est évident pour vous ne l’est pas forcément pour l’autre. Et si l’on attend quelque chose de quelqu’un, il vaut mieux le verbaliser plutôt qu’espérer un comportement ou une parole en supposant que l’autre l’ait deviné.

3. Vous en avez fait assez

La prochaine leçon, j’ai pris environ 1 460 jours avant de l’inculquer réellement, soit les quatre années de ma maladie. Et j’ai enfin compris que non, la perfection n’existe pas et qu’il ne sert à rien de gaspiller son énergie pour chercher à atteindre l’inatteignable. « You are enough ». Je ne sais pas si vous connaissez cette expression anglaise. Cela signifie que vous en avez fait assez et que vous avez le droit de vous accorder des pauses, de prendre du temps pour vous. On a le droit de ne rien faire, d’uniquement s’allonger dans le canapé. Ce n’est pas possible d’être constamment à 100 %, de toujours tout faire dans les règles. Comme on dit, « le moins est l’ami du mieux ». C’est important de prendre le temps de faire une chose à la fois, de refuser de temps en temps certaines sollicitations, de se contenter des choses simples. Vous avez également le droit de ressentir des émotions négatives parfois, c’est juste complètement normal. Et c’est en outre plutôt rassurant, ça veut dire que vous êtes humain !

4. L’échec est le secret pour grandir

Autre chose qui fait partie de la race humaine : l’échec. C’est humain d’échouer. L’échec fait partie de la vie. On a même besoin de défaites pour se construire et progresser. Souvenez-vous de vos débuts dans la vie, vraiment les prémices de votre existence. Pour apprendre à marcher, vous êtes tombé. Plus d’une fois d’ailleurs, mais vous vous êtes toujours relevé. Et c’est comme ça que vous savez marcher aujourd’hui. Les échecs font partie de la vie, et nous aident à avancer. En fait, ils représentent le secret pour grandir.

Vous pouvez accepter vos failles, vos faiblesses. Vous n’êtes pas invincible, vous pouvez tomber, comme tout le monde.

C’est pareillement essentiel de parvenir à placer le curseur au milieu. Ce que je veux dire, c’est que tout n’est pas blanc ou noir. Il n’y a pas que des succès ou des échecs, il existe aussi des demi-succès. Et c’est primordial de savoir les savourer.

5. La seule chose que l'on dispose, c’est le présent

J’ai compris également l’importance du moment présent. La seule chose qui existe vraiment, c’est le présent ! Le passé est fini et l’on ne peut plus le changer. L’avenir, on ne peut pas le prédire. Rien n’existe si ce n’est le présent. Si l’on réfléchit bien, le passé est survenu au présent et le futur se produira dans le présent. Le présent est donc la seule chose que l’on a. C’est d’ailleurs en me concentrant sur le moment présent que j’ai réussi à entrevoir des instants de bonheur dans la pire période de ma vie. J’ai eu tant de belles attentions durant mes quatre années de maladie. Lorsque j’étais en réanimation, j’avais peu de visite. Une jeune soignante passait 15 minutes de son temps chaque jour pour discuter avec moi et me remonter le moral. Au moment où j’étais hospitalisée en TCA (Trouble du Comportement Alimentaire), une autre infirmière avait fait une vidéo de son fils de 5 ans pour moi qui disait « Mathilde, je suis sûre que tu vas t’en sortir, t’es la meilleure ! ». Une autre encore avait laissé un mot dans ma trousse pour me donner plein de courage. Je n’ai trouvé ce mot que 5 mois après, et il m’a tellement réchauffé le cœur. J’ai eu tant de petits cadeaux, de messages, d’attentions de ma famille, de mes amis qui m’ont soutenu dans l’instant présent.

6. Vous êtes la seule personne à pouvoir vous changer

L’anorexie est une maladie mentale. Les patients ne sont pas responsables et la volonté ne suffit pas à les sortir de là. Mais j’ai quand même appris une chose de ma guérison. C’est qu’il ne faut jamais rester dans l’attente, il faut provoquer du changement et ce changement peut venir que de nous-mêmes. Nous sommes la seule personne à avoir le pouvoir de transformer notre propre vie. Et même si l’on risque d’échouer, on se doit de tout tenter. Car en essayant une thérapie, on va peut-être rencontrer une personne qui va nous aider d’une autre façon, ou comprendre un des facteurs de la maladie. Il ne faut jamais cesser d’y croire. Il faut toujours être sûre qu’on y arrivera, qu’on se sortira de la maladie ou de n’importe quelle situation difficile que l’on vit. Agissez, et vous serez surpris de tous les changements que vous êtes capables d’opérer.

7. La nourriture, ce n’est que de la nourriture

Je voudrais aussi vous parler de l’alimentation. Bien que la nourriture ne soit que la conséquence de l’anorexie et non la cause, c’est l’obsession de tous les patients souffrants de troubles du comportement alimentaire : anorexique, boulimique, orthorexique, hyperphagique et j’en passe. Les préoccupations autour de notre corps et de notre alimentation sont grandissantes chez de plus en plus de personnes dans notre société, et de plus en plus jeunes.

C’est difficile, mais nécessaire de tenter de faire abstraction face à toutes ces normes qu’on nous impose. Il est nécessaire de prendre du recul. Manger ou ne pas manger ne va pas résoudre vos problèmes. Au contraire, cela peut en créer de nouveau. Si l’on ne s’alimente pas correctement, et vice-versa, les conséquences peuvent être désastreuses. Manger tel ou tel aliment ne fera pas de vous quelqu’un de bien ou de mal. C’est important de se détacher de toutes les croyances que l’on a sur la nourriture.

8. Votre poids et votre corps ne définissent pas votre valeur

C’est parfois difficile de me le remémorer, mais la vie ne se limite pas à l’apparence. Non, le chiffre qu’affiche la balance ou le nombre indiqué sur un mètre ruban ne définit pas votre personne. Il ne sert à rien de tenter d’atteindre des nombres précis. De quoi avez-vous envie qu’on se souvienne de vous ? De votre poids ? Des centimètres de votre tour de cuisse ? Pensez à ce qui est vraiment important, les choses qui vous caractérisent réellement.

Nous sommes dans une société visuelle, confrontés à des normes qui définissent ce qu’est la beauté. Avant de tomber dans l’engrenage de l’anorexie, j’avais commencé par un simple régime. Pourtant je n’avais pas de kilos en trop. Mais je n’étais pas bien dans mon corps. La société n’est pas l’unique coupable de ce régime, mais elle y a fortement contribué.

Dans le fond, je comprends pourquoi tant de gens se sentent mal dans leur peau. Quand bien même c’est en train de changer, les mœurs ancrées dans cette société prônent l’idée qu’une personne belle est mince. On entend, on voit, on lit partout les mêmes choses : les cures d’amincissement, les régimes detox, les pertes de poids fulgurantes en seulement deux semaines, etc. C’est impossible de passer à côté : les publicités à la télévision, à la radio, dans les clips musicaux, dans les magazines, dans les films, sur les réseaux sociaux… On est formaté inconsciemment à chercher à avoir le corps parfait. Alors on essaie tous, tant bien que mal, de suivre les mœurs et de rentrer dans le moule.

 

On ne va pas se mentir, une personne jolie physiquement est très attirante. Mais si cette même personne est égoïste, agressive, malhonnête, hautaine, machiavélique et j’en passe… Ce n’est pas une belle personne !

C’est l’âme et l’esprit qui définissent la vraie beauté de quelqu’un. Le poids, qu’il soit faible ou élevé ne va pas déterminer la valeur de quelqu’un. C’est important de ne pas se focaliser sur l’apparence, mais plutôt d’entrevoir la beauté d’un sourire, de la confiance, de la gentillesse, du partage…

Je sais que vous avez des complexes, on en a tous !  « Un ventre trop gros », « un nez qui couvre 80 % du visage », « un pied plus gros que l’autre », « les cuisses les plus grosses du monde »… Mais il faut également cesser de se focaliser sur une seule partie de votre corps. Déjà parce que vous amplifiez certainement votre vision de cette partie du corps tandis que personne ne la remarque. Mais aussi, car c’est essentiel de voir son corps dans son ensemble. Je ne parle pas du poids que pèse l’ensemble de votre corps. Non, le poids c’est un chiffre, et cela ne vous définit pas. Pensez plutôt à ce que votre corps vous permet de réaliser. Votre corps est unique, et il vous appartient. Un corps ne sert pas à être beau, bien sculpter et parfait. Un corps vous offre la possibilité de vivre, d’être en forme, de rire, de créer, d’accomplir vos rêves, d’être de bonne humeur, de partager de magnifiques moments avec les personnes que vous aimez et même de donner la vie !

Ce n’est pas facile de toujours appliquer toutes ses règles de vie. Mais ne vous inquiétez pas, accordez-vous le droit de ne pas être parfait, et de prendre le risque d’échouer. Vous en retirez vos propres leçons de vie !

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